Pierre-Philippe-Antoine Gobet, dit Dorfeuille (1745-1806), est un comédien, un grand voyageur et un révolutionnaire français.
Après avoir joué à Lille en 1768, puis à La Rochelle et Poitiers de 1773 à 1775, il est engagé au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles cette dernière année. En 1779 il est à Nantes, puis il s'associe à Hus et Gaillard pour diriger le Grand Théâtre de Bordeaux de 1781 à 1783.
Il débute à la Comédie-Française en 1783, puis une nouvelle fois en 1789, mais sans succès. Entre-temps il dirige des troupes à La Haye, Dijon, Ostende et Cambrai. En 1790, Dorfeuille obtient le privilège de l'Ambigu-Comique et des Variétés-Amusantes. Protégé du duc d'Orléans, il est le premier locataire de la nouvelle salle de la Comédie-Française établie au Palais-Royal.
Enthousiasmé par la Révolution, multipliant textes et saynètes patriotiques. Missionnaire jacobin, il visite successivement les sociétés politiques de tout l'Ouest français (de la Bretagne au Pays basque) puis celles du Midi méditerranéen. Il met ses talents de comédien et d'auteur dramatique au service de son anticléricalisme, de son hostilité à l'aristocratie, de son exaltation des valeurs militaires des volontaires nationaux. Lui-même s'engage dans l'armée, devient aide de camp de plusieurs généraux et se lie d'amitié avec Dubois-Crancé.
Admirateur de La Fayette et de Mirabeau en 1790-1791, puis des Girondins en 1791-1792, son évolution le porte vers les Montagnards en 1793. Particulièrement enthousiaste à l'égard de Marat et d'Hébert, cet apôtre de la Nature, du Soleil et de la Raison prend part à la lutte déchristianisatrice, qu'il prolonge par une assimilation au Père Duchesne, au nom duquel il écrit à Roanne.
Reconnu par les représentants en mission à Lyon (Albitte, Fouché, Collot d'Herbois surtout), il est chargé de la Commission de justice populaire de Ville-Affranchie, puis de différentes missions dans les départements voisins (il assure, en particulier, le contrôle de la manufacture d'armes de Saint-Étienne).
Contrairement à ce qu'affirment la plupart des biographies, il n'est pas assassiné en 1795 : en juin 1795, il demande l'autorisation d'ouvrir un Odéon national sur l'emplacement de l'ancien Théâtre-Français (actuel Théâtre de l'Odéon), qui n'ouvrira qu'un mois. En 1799 il fonde un théâtre pour jeunes comédiens et publie, l'année suivante, L'Art de la représentation théâtrale.
