Alexandre Fiodorovitch Kerensky [en russe : ????????? ????????? ?????????] (2 mai 1881 (22 avril selon le calendrier julien) - 11 juin 1970) occupa divers postes ministériels dans les deux premiers gouvernements du prince Georgy Lvov après la révolution de Février et fut le président des deux suivants jusqu'à la prise du pouvoir par les bolchéviks à l'occasion de la révolution d'Octobre.
L'arrivée en politique
Alexandre Kerensky (Aron Kirbis) est né à Simbirsk (rebaptisée Oulianovsk en 1924, cette ville est aussi le lieu de naissance de Lénine). Son père y était principal dans une école. Il est diplômé en droit de l'université de Saint-Pétersbourg en 1904.
Il manifesta à l'époque de la révolution de 1905 ses sympathies politiques en assurant fréquemment la défense de meneurs révolutionnaires traduits devant les tribunaux. Il fut élu à la quatrième Douma en 1912 comme un membre des Trudoviks (un parti socialiste modéré). Orateur brillant et leader politique adroit, il devint un membre du comité provisoire de la Douma comme socialiste-révolutionnaire et chef de l'opposition socialiste au régime de Nicolas II.
La Révolution russe
Quand éclate la révolution (dite « bourgeoise » dans la rhétorique soviétique) de février 1917, Kerensky est l'un des leaders les plus en vue. Il est élu vice-président du soviet de Petrograd. Il fut d'abord ministre de la Justice (dans le premier gouvernement du prince Georgy Lvov) puis de la Guerre (dans le second, en mai). Il forme ensuite le troisième gouvernement provisoire, en tant que premier ministre, en juillet. Après la tentative avortée de coup d'État du général Kornilov le mois suivant et la démission de certains de ses ministres, il se nomme « commandant-en-chef suprême ».
Le problème essentiel auquel Kerensky était confronté est le suivant : la Russie était épuisée par trois années de participation à la Première Guerre mondiale et la population aspirait dans sa grande majorité à la paix. La propagande des partis sur sa gauche, au premier rang desquels le parti bolchevique, promettait au peuple « du Pain, la Paix et des Terres ». Les soldats du front, très réceptifs à ce discours, désertaient en masse pour regagner leurs villages. L'armée se désintègrait. Kerensky et les autres responsables politiques se sentirent au contraire obligés de respecter les engagements de la Russie vis-à-vis des Alliés, c'est à dire de continuer la guerre jusqu'à une victoire de plus en plus hypothétique, sur le front Est en tous cas. Ils craignaient de plus que l'Allemagne n'exige des concessions territoriales importantes en l'échange d'un armistice. C'est ce refus de désengagement qui est l'une des principales causes de sa chute.
Pendant le putsch de Kornilov, Kerensky, qui redoute de voir le pouvoir lui échapper, fait distribuer des armes aux milices ouvrières de Petrograd, qui forment la Garde rouge. Dès le début du mois d'octobre la plupart de ces milices sont contrôlées par les bolcheviks. Lénine est déterminé à renverser le gouvernement de Kerensky avant qu'il ne puisse être légitimé par l'élection prévue de l'Assemblée constituante. Les bolcheviks s'emparent du pouvoir le 7 novembre (soit le 25 octobre selon le calendrier julien) au cours de la révolution d'Octobre.
Kerensky échappe aux bolcheviks et se réfugie à Pskov, où il tente de rassembler des troupes loyales pour essayer de reprendre la capitale. Son armée prend Tsarskoïe Selo mais elle est battue, le lendemain, à Poulkovo. Kerensky vivra les semaines suivantes dans la clandestinité, avant de pouvoir quitter le pays pour un exil en France. Pendant la guerre civile russe, il ne soutint aucune faction : il s'opposa aussi bien au régime bolchévique qu'aux armées blanches tentant de restaurer la monarchie.
L’exil
Kerensky vit à Paris jusqu'en 1940. Il est au cœur des divisions et querelles qui divisent les exilés russes à l'étranger. Quand les Allemands envahissent la France, il doit de nouveau fuir et gagne les États-Unis. Lors de l'offensive allemande contre l'Union soviétique, il offre son soutien à Staline mais ne reçoit pas de réponse. Il fait des annonces radiophoniques aux États-Unis pour encourager l'effort de guerre. Après le conflit il organise un groupe nommé l'Union pour la libération de la Russie, sans grand résultat.
Kerensky s'installa d'abord à New York mais passa ensuite la majeure partie de son temps à l'Institut Hoover de l'université Stanford en Californie, où il enseigna. Il y contribua à la constitution et au classement de l'énorme fond d'archives sur l'histoire contemporaine russe. Écrivain politique prolixe pendant son exil, ses principaux livres sont Le Prélude au bolchévisme (1919), La Catastrophe (1927), La Révolution russe - 1917 (1928), La Crucifixion de la liberté (1934) et La Russie et l'Histoire à un point de changement (1966). Il mourut à New York en 1970 comme l'un des derniers acteurs des événements de 1917. L’Église orthodoxe russe lui refusa un enterrement chrétien, le considérant comme l'un des principaux responsables de la prise du pouvoir par les communistes. L’Église orthodoxe serbe le lui refusa également. Kerensky est inhumé à Londres.
