Biographie de André Barsacq

Voir son actualité

André Barsacq ( Théodosie, le 5 février 1909 ou 24 janvier dans la religion orthodoxe - Paris, le 3 février 1973 ) est un metteur en scène, réalisateur, décorateur, scénographe, dramaturge et directeur de théâtre français.



Né en Crimée, la petite enfance d'André Barsacq se déroule au bord de la Mer Noire, où son père, un ingénieur agronome français introduit de nouvelles techniques de traitement des vignobles. Le décès prématuré de son mari, à l'âge de 33 ans, oblige sa mère, d'origine russe, à rentrer en France, avec ses deux fils. Léon Barsacq, l'aîné, sera toute sa vie très proche de son frère, André, de deux ans son cadet. Tous deux choisissent de faire des carrières artistiques ; Léon Barsacq deviendra l'un des premiers décorateurs français de cinéma de son temps, travaillant notamment avec Jean Renoir ou René Clair.

A Paris, André Barsacq fait ses études au lycée Henri-IV, puis à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, section architecture. Il se passionne alors pour l'effort de rénovation dramatique conduit par Jacques Copeau et ses élèves fondateurs des théâtres du cartel.



Après avoir vu l'adaptation de Jean Cocteau d’Antigone, mise en scène par Charles Dullin dans son Théâtre de l'Atelier, en 1925, il décide de travailler pour le théâtre et entre chez Dullin en 1927 en qualité que décorateur. Son premier succès éclatant lui est donné à dix-huit ans avec la création des décors et des costumes de Volpone de Jules Romains et Stefan Zweig, mis en scène par Charles Dullin.

Pendant dix ans, il travaille ensuite avec ce dernier, en compagnie d'Antonin Artaud, Jean Hugo, Jean-Louis Barrault ou Roger Blin. Il fait les décors et les costumes pour Le Stratagème des roués de George Farquhar (1929), Musse de Jules Romains (1930), et Le Médecin de son honneur de Calderon.

Il établit par ailleurs pour la Compagnie des Quinze de Michel Saint-Denis un dispositif théâtral nouveau en remplacement de la scène cimentée existant au Théâtre du Vieux-Colombier. Dans ce dispositif seront joués deux pièces d'André Obey, dont il dessine les décors : Noé (1930) et Le viol de Lucrèce (1931).

En 1933, il part avec Jacques Copeau en Italie, pour participer à la mise en scène des grands spectacles de plein air organisés par le Mai Florentin : Le mystère de Sant'Ulliva, une légende du XVIe siècle. Il y retourne en 1935, toujours avec Jacques Copeau, pour la réalisation de Savonarole crée sur la Piazza della Signoria à Florence.

En 1936, Jacques Copeau lui confie les décors et les costumes de Napoléon Unique de Paul Reynal au Théâtre de la porte Saint Martin. La même année, il décore, dessine les costumes et assure la mise en scène de la création de Perséphone, musique d'Igor Stravinski, livret d'André Gide. Il travaille également à la création du ballet Sémiramis avec Ida Rubinstein et Paul Valéry - un ballet dont il assure décors, costumes et scénographie au Théâtre National de l'Opéra.

En juillet 1943, André Barsacq et Jacques Copeau travaillent une dernière fois ensemble pour la mise en scène de l'adaptation d'une œuvre médiévale, Le Miracle du pain doré, dans la cour d'honneur des Hospices de Beaune.

Parallèlement à cette activité théâtrale, André Barsacq collabore, comme décorateur, avec de grands cinéastes. Il exécute les décors de L'Argent (1928) et de L'Honorable Catherine (1942) pour Marcel L'Herbier ; ceux de Maldonne (1927), de Gardien de Phare (1929) et de Lumière d'été (1942) pour Jean Grémillon ; ceux de Martyre de l'Obèse (1932) pour Pierre Chenal et de Courrier Sud (1935) pour Pierre Billon ; enfin ceux de Yoshiwara (1936) pour Max Ophuls.

Il est également assistant-réalisateur de Jean Grémillon pour Maldonne, Gardien de Phare et La Dolorosa.



En 1937, il fonde avec Jean Dasté et Maurice Jacquemont la Compagnie des Quatre saisons. Désormais, sa carrière se confond avec celle de la jeune troupe. Il en assume les responsabilités de direction, de mise en scène et de décoration.

La toute première représentation de la troupe se déroule en mai 1937 devant les cheminots du Réseau de l'Etat sur des tréteaux installés en forêt de Rambouillet. Elle y joue Le Médecin Volant de Molière, qu'elle reprend le 14 juillet 1937 sur le Pont-Neuf de Paris. A l’Exposition universelle de Paris, la Compagnie des Quatre saisons emporte un succès éclatant avec Le roi cerf de Carlo Gozzi. Elle est aussitôt sollicitée par le French Theatre de New York.

La troupe s'embarque pour New-York où, pendant la saison 1937-1938, elle joue sept spectacles mis en scène par André Barsacq, qui se lie alors d'amitié avec Antoine de Saint-Exupéry et Orson Welles. Parmi ces pièces, on dénombre Le voyage de Monsieur Perrichon d'Eugène Labiche, Knock de Jules Romains, Jean de la Lune de Marcel Achard, Y'avait un prisonnier de Jean Anouilh et Fantasio de Alfred de Musset.

Après ses succès new-yorkais, la Compagnie des Quatre Saisons joue le même répertoire à Rio de Janeiro. Puis elle rentre en France fin 1938 pour créer, au Théâtre des Arts, Le bal des voleurs de Jean Anouilh, dans une mise en scène, décors et costumes d'André Barsacq.

La Compagnie des Quatre Saisons retourne encore une fois à New York pour y présenter huit spectacles. Cinq d'entre eux sont montés par André Barsacq, dont, entre autres, Les Fourberies de Scapin de Molière, Chacun sa vérité de Luigi Pirandello et Siegfried de Jean Giraudoux.



En 1940, Charles Dullin quitte le Théâtre de l'Atelier qu'il animait depuis 1922. Il confie sa succession à André Barsacq. L'essentiel de l'oeuvre de metteur en scène, de décorateur, d'auteur et d'adaptateur d'André Barsacq se réalise sur la scène de ce théâtre.

Il y crée des œuvres d'auteurs alors vivants tels que Jean Anouilh, Antigone, Le Bal des Voleurs, Eurydice, Roméo et Jeannette, L'Invitation au Château, Colombe, Médée ; Marcel Aymé, la Tête des autres, Les Quatre vérités, Les Oiseaux de Lune, Les Maxibules ; Paul Claudel, Le Pain Dur ; Félicien Marceau, L'Œuf, Catarina, L'étouffe-chrétien, La bonne soupe, Le babour, Un jour j'ai rencontré la vérité ; Françoise Sagan, Château en Suède, Un piano dans l'herbe ; René de Obaldia, Le Satyre de la Villette ; Jacques Audiberti, Une fourmi dans le corps ; Georges Neveux, Zamore ; Dominique Rolin, L'Epouvantail ; Rémo Forlani, Au bal des chiens ou Jean-Claude Carrière, L'Aide Mémoire.

Son répertoire comporte en outre des oeuvres de dramaturges classiques tels que Racine, Molière, Régnard, Marivaux, Carlo Gozzi, Beaumarchais et Musset, mais aussi, plus contemporains, tels que Pirandello, Durrenmatt, Ugo Betti et Tennessee Williams, dont il assure la création de certaines pièces en France.

Son ascendance maternelle russe et son alliance avec la famille de Léon Bakst en font également un subtil médiateur de l'atmosphère slave, en particulier de Tchekov, Tourgueniev, Ostrovski, Maiakovski, qu'il traduit à chaque fois, et de Gogol, dont il traduit le théâtre pour la Bibliothèque de la Pléiade.

Au nombre de ses traductions, on compte par ailleurs celle des Géants de la Montagne de Luigi Pirandello, qu'il a fréquenté à Florence dès 1933.

De surcroît, il adapte L'Idiot et Crimes et châtiment de Dostoievski.

Il a enfin réalisé un film inspiré de Macbeth, dont il a écrit le scénario avec Jean Anouilh, Le Rideau rouge, interprété par Michel Simon et Pierre Brasseur



Que ce soit au Théâtre de l'Atelier, à la Comédie française, à l'Odéon ou à l'Opéra Garnier, André Barsacq va durant trois décennies présenter plus de 80 spectacles dont 40 créations soit plus à l'époque que tous les théâtres subventionnés.

Il dirige plusieurs des artistes majeurs de son temps : Jean Vilar, Michel Bouquet, Philippe Noiret, Michel Piccoli, Yves Robert, Charles Denner, Jean-Paul Belmondo, François Périer, Jacques Dufilho, Jean Rochefort, Laurent Terzieff, Claude Rich, Michael Lonsdale, Jean Dasté, Jean-Pierre Marielle, Jacques François, Niels Arestrup, Pierre Arditi, Jacques Higelin, Jacques Perrin ou Roland Dubillard, mais encore Arletty, Delphine Seyrig, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, Maria Casarès, Edwige Feuillère, Marie Bell, Danièle Delorme ou Suzanne Flon.

Tout au long de sa carrière, il fait appel à de nombreux artistes comme les peintres et décorateurs Lucien Coutaud, Léon Gischia, Raymond Peynet, Alexandre Trauner et René Allio ou à des musiciens comme Darius Milhaud, Georges Auric, Francis Poulenc, Henri Sauguet, Jean Wiener, Georges Delerue et Jacques Loussier.



André Barsacq a travaillé à de nombreuses reprises pour l'opéra.

Il dirige entre autres Maria Callas dans Médée de Luigi Cherubini en 1953 au Teatro Communale de Florence, Renata Tebaldi dans La Tosca de Giacomo Puccini en 1960 à l'Opéra de Paris et enfin Régine Crespin dans La Gioconda d'Amilcare Ponchielli en 1967 à l'Opéra de Marseille.

Il met également en scène The Turn of the Screw (Le Tour d'écrou) de Benjamin Britten et les créations de Sud de Julien Green et Kenton Coe en 1965 à l'Opéra de Marseille ou encore de Madame de... de Jean-Michel Damase, d'après Louise de Vilmorin, sur un livret de Jean Anouilh en 1970 à l'Opéra de Monte-Carlo.



En 1958, André Barsacq fonde le "Nouveau Cartel" avec Jean-Louis Barrault, Jean Mercure et Raymond Rouleau.

Fondateur, Président puis Président d'honneur du Syndicat national des metteurs en scène, André Barsacq obtient en 1960 la signature avec les pouvoirs publics de la convention collective reconnaissant les droits de créateur des metteurs en scène et leurs droits de salariés.

Il a aussi été Président du Centre Français du Théâtre et fondateur du Théâtre pour l'Enfance.

Parmi ses assistants au Théâtre de l'Atelier, on dénombre, entre autres, Claude Régy, Marcel Camus et Gérard Vergez.

Son activité enfin l'entraîne, à intervalle régulier, en dehors de France, au cours de nombreuses tournées avec ses troupes, celle du Théâtre des Quatre saisons puis celle de l'Atelier. Ainsi présente-t-il ou règle-t-il des mises en scènes au Brésil, aux Etats-Unis, en Italie, en Ecosse, en Israël, au Liban, en Yougoslavie, en Bulgarie, en Roumanie, aux Pays-Bas ou en URSS.

Félicien Marceau a écrit à son sujet : « Animateur au sens le plus fort du terme, il ne se contentait pas de voir des auteurs, il les suscitait. II ne se contentait pas d'engager des acteurs, il allait en chercher auxquels personne n'aurait pensé. Auteurs et acteurs, on ne compte pas ceux qui lui doivent cette chose capitale, et la plus difficile : leur première chance, leur première affirmation. Cela aussi, c'était tout ensemble le talent et la générosité. Pour que le théâtre soit vivant, pour qu'il soit cette passion qui brûle et sans quoi il n'est pas de répliques feintes devant des murs feints, il y faut cet amour, cette ferveur, ce courage, ce goût du risque, cette rigueur, ce respect du public. C'est tout cela qu'il y avait chez André Barsacq. »[1]

Mort prématurément en 1973, alors qu'il préparait avec Georges Wilson le montage de Long voyage vers la nuit d'Eugène O'Neill, André Barsacq est inhumé à Paris, au cimetière des Batignolles, où repose également son épouse Mila, décédée en 2000.

À Montmartre, dans le 18e arrondissement, la partie de la rue Berthe[2] (il habitait au numéro 2) comprise entre la rue Foyatier et la rue Drevet a été rebaptisée rue André Barsacq [3] par arrêté municipal du 30 août 1978.

A l'occasion du centenaire de sa naissance, le Ministère de la Culture retient le nom d'André Barsacq dans le cadre des célébrations nationales 2009.





  • 1937 : Le Roi-Cerf de Carlo Gozzi, Comédie des Champs-Elysées
  • 1958 : L'Epouvantail de Dominique Rolin, Théâtre de l'Œuvre
  • 1958 : La Bonne Soupe de Félicien Marceau, Théâtre du Gymnase
  • 1959 : Bérénice de Jean Racine, Théâtre du Gymnase
  • 1960 : Les Ambassades de Roger Peyrefitte, Théâtre des Bouffes-Parisiens
  • 1960 : L'Etouffe-chrétien de Félicien Marceau, Théâtre de la Renaissance
  • 1961 : Les Maxibules de Marcel Aymé, Théâtre des Bouffes-Parisiens
  • 1962 : La Fourmi dans le corps de Jacques Audiberti, Comédie française
  • 1965 : La Provinciale d'Ivan Tourgueniev, adapté par André Barsacq, Théâtre de l'Odéon
  • 1966 : Les Trois Sœurs d'Anton Tchekov, adapté par Georges Pitoëff et Pierre-Jean Jouve, Théâtre Hébertot
  • 1967 : Un jour j'ai rencontré la vérité de Félicien Marceau, Comédie des Champs-Elysées
  • 1968 : Siegfried de Jean Giraudoux, Théâtre des Célestins
  • 1969 : Mon destin moqueur d'Anton Tchekov, Théâtre Hébertot




  • 1972 : Les Oiseaux de lune (TV), réalisateur
  • 1972 : David, la nuit tombe (TV), réalisateur
  • 1972 : Les Vilains (TV), réalisateur
  • 1972 : Le Babour (TV), réalisateur
  • 1969 : Le Revizor (TV), réalisateur
  • 1968 : L'Idiot (TV), réalisateur
  • 1967 : Le Roi Cerf (TV), réalisateur
  • 1966 : Un mois à la campagne (TV), réalisateur
  • 1964 : Château en Suède (TV), réalisateur
  • 1960 : Les Joueurs, scénario et adaptation
  • 1952 : Le Rideau rouge, réalisateur et scénariste






  • L'Agrippa, Comédie en trois actes, Bordas, 1947
  • Préface et traduction, 7 pièces en un acte, d'Anton Tchekov, Denoël, 1955
  • Adaptation, La Punaise, Comédie féerique, de Vladimir Maïakovski, Paris-Théâtre, n°144, 1959
  • Préface et traduction, Théâtre, de Ivan Tourgueniev, Denoël, 1963
  • Adaptation, Un Mois à la campagne, de Ivan Tourgueniev, L’Avant-Scène Théâtre, n°307, 1964
  • Traduction, Théâtre in Oeuvres complètes de Nicolas Gogol, Bibliohèque de la Pléiade, Gallimard 1966
  • Adaptation de L’Idiot de Fedor Dostoïevski, L'Avant-Scène Théâtre, n° 367, 1966
  • Traduction, Les Géants de la Montagne, de Luigi Pirandello, Denoël, 1967
  • Adaptation de La forêt d'Alexandre Ostrovski, L'Avant-Scène Théâtre, n° 447, 1970


  • Où va le théâtre, Intermède, n°1, Printemps 1946
  • Lois scéniques, La Revue théâtrale, n°5, Avril-Mai 1947
  • Qu’est devenu le Cartel, Opéra, n°117, 6 août 1947
  • L’expérience de trois mises en scène de plein air, in Architecture et dramaturgie, Bibliothèque d'esthétique, Flammarion, 1950
  • Préface et mise en scène au Voyage de Monsieur Perrichon d'Eugène Labiche, Coll. Mise en Scène, Editions du Seuil, 1954
  • Quels sont les responsables de la crise du théâtre, Les Nouvelles Littéraires, n°1508, 26 juillet, 1956
  • Jean Anouilh, A l'Atelier pendant près de 15 ans, Cahiers de la compagnie M.Renaud-J.L.Barrault, Mai 1959
  • Vsevolod Meyerhold, le premier metteur en scène de "La Punaise", Paris Théâtre, n°144, Mai 1959
  • Félicien Marceau mis en scène, Livres de France n°4, Editions du Seuil, 1961
  • Ce soir on improvise, la dramaturgie de Luigi Pirandello, L’Avant-Scène Théâtre, n°333, 1965
  • Luigi Pirandello, La tragédie moderne, Europe, Juin 1967


  • Communiqué de presse pour l'exposition André Barsacq, un décorateur au carrefour de la réflexion scénique du XXe siècle, BNF, 2004
  • Présentation de l'éditeur du livre Place Dancourt : La vie, l’œuvre et l’Atelier d’André Barsacq


  • Jean-Louis Barsacq, Place Dancourt : La vie, l’œuvre et l’Atelier d’André Barsacq, Gallimard, 2005 - ISBN 207077595X
  • André Barsacq, un décorateur au carrefour de la réflexion scénique du XXe siècle, Préface de Jean-Noël Jeanneney, Bibliothèque nationale de France, 2004
  • Jean Anouilh, En marge du théâtre, La Table Ronde, 2000
  • André Barsacq, Cinquante ans de théâtre, Préface de Georges Le Rider, Bibliothèque nationale de France, 1978


  1. Texte de programme du Théâtre de l'Atelier, 1974
  2. Rue Berthe dans la nomenclature des voies de Paris
  3. Rue André Barsacq

Commentaires

Informations générales

Biographie relatives

Recommandations