André Glucksmann est un philosophe et essayiste français, né le 19 juin 1937 à Boulogne-Billancourt.
Biographie
Né dans une famille de juifs autrichiens, il fait ses études à Lyon, puis à l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Exclu du Parti Communiste en 1956 pour avoir désapprouvé avec sa cellule l'intervention des chars soviétiques à Budapest. Il entre au CNRS comme spécialiste de la guerre, de la dissuasion et de la stratégie nucléaire, travaillant sous la direction de Raymond Aron. En 1968, il publie son premier livre, Le Discours de la Guerre, participe aux événements de mai 1968, puis devient militant anarcho-maoïste en 1970, et, dans les années 1970, milite en faveur des résistants à l'oppression soviétique. En 1972, il qualifie la France de « dictature fasciste » dans un article publié dans la revue Les Temps Modernes[1]. Il rêve par ailleurs à l'embrasement de l'Europe entière de Lisbonne à Moscou[2]. En 1975, il publie La Cuisinière et le mangeur d'hommes, réflexions sur l'État, le marxisme et les camps de concentration, où il fait un parallèle entre le nazisme et le communisme. Ce livre et Les Maîtres penseurs, qui paraît en 1977, sont des succès de librairie, mais suscitent de nombreuses réactions critiques dans la gauche européenne.
Pendant les années 1980, il publie d'autres ouvrages, et couvre pour la presse française la chute du Mur de Berlin. En règle générale, il promeut un atlantisme fondé sur l'anti-totalitarisme et la promotion des droits de l'homme, notamment lors du conflit contre l'Irak au nom de la nécessité de renverser Saddam Hussein. En 2003, dans le journal Le Monde, il fustige le « camp de la paix ». Il participe à la création du think tank le Cercle de l'Oratoire ainsi qu'à sa revue Le Meilleur des Mondes. Il est, en outre, devenu président de l'association des "Amis du Meilleur des Mondes" qui publie en co-gérance avec les éditions Denoël, cette revue.
André Glucksmann a soutenu, comme Bernard-Henri Lévy, l'intervention de l'OTAN contre la Serbie en 1999. Il est également connu pour son soutien en faveur de la cause tchétchène (Il a séjourné illégalement pendant un mois en Tchétchénie) et dénonce régulièrement l'attitude des pays occidentaux envers la politique de Vladimir Poutine, attitude qu'il juge complaisante.
À l'élection présidentielle de 2007, il apporte son soutien à Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP (Union pour un Mouvement Populaire). Dans une tribune publiée dans l'édition du Monde datée du 30 janvier 2007, le philosophe estime que le candidat UMP est le « seul candidat aujourd'hui à s'être engagé dans le sillage de la France du cœur », celle qui soutint les « boat-people vietnamiens fuyant le communisme, syndicalistes embastillés de Solidarnosc, (...) les dissidents russes, Bosniaques, Kosovars, Tchétchènes ». Dans la même tribune, Glucksmann « refuse d'incriminer » Ségolène Royal, une candidate qu'il « respecte », mais fustige une gauche « qui se croit moralement infaillible » mais a renoncé, écrit-il, au combat d'idées et à la solidarité internationale. Néanmoins lors de l'important meeting de Nicolas Sarkozy à Paris Bercy, il attaque avec virulence Ségolène Royal au sujet de sa complaisance avec les dirigeants chinois au sujet des Droits de l'Homme. Bien que peu d'accord avec les conceptions sociales de Nicolas Sarkozy, il a, en outre, affirmé que le candidat UMP était le plus engagé contre le totalitarisme, sujet de prédilection du philosophe. Réagissant en décembre 2007 au coup de téléphone amical de Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine après les législatives russes, André Glucksmann y trouvé une « faute de goût » et déclaré « Inutile de croire séduire Poutine en lui passant la main dans le dos. (...) On ne traite pas l’homme du KGB comme un pote. Il eût été plus honorable d’agir comme Angela Merkel, Gordon Brown ou George Bush, qui boudent ostensiblement. »[3]
Une réplique[4] publiée dans le même journal par Jean-Marie Laclavetine dans l'édition du 5 février met en cause la crédibilité de Glucksmann, comparant ses engagements politiques actuels avec son soutien au maoïsme.
André Glucksmann est quelquefois cité comme membre du PNAC. En fait, il n'a été que l'un des signataires en 2004, au côté de personnalités aussi diverses que Massimo D'Alema ou Joe Biden, d'une lettre ouverte présentée par le think tank néoconservateur aux chefs d'états et de gouvernements de l'Union européenne et de l'OTAN [5].
Ouvrages
- Une rage d'enfant (2006)
- Le Discours de la haine (octobre 2004)
- Ouest contre Ouest (août 2003)
- Descartes c'est la France (octobre 1987)
- Dostoïevski à Manhattan (janvier 2002)
- La Troisième Mort de Dieu (mars 2000)
- Cynisme et passion (janvier 1999)
- Le Bien et le mal (septembre 1997)
- De Gaulle où es-tu ? (mars 1995)
- La Fêlure du monde (décembre 1993)
- Le XIe commandement (janvier 1992)
- Silence, on tue (octobre 1986) avec Thierry Wolton
- L'Esprit post-totalitaire, précédé de Devant le bien et le mal (mai 1986) avec Petr Fidelus
- La Bêtise (mars 1985)
- La Force du vertige (novembre 1983)
- Cynisme et passion (octobre 1981)
- Les Maîtres penseurs (mars 1977)
- La Cuisinière et le Mangeur d'Hommes, réflexions sur L'état, le marxisme et les camps de concentration (1975)
- Discours de la guerre, théorie et stratégie (1967)
Notes et références
- ? Les Temps Modernes, n°310 bis (1972)
- ? Rapporté par Raymond Aron dans ses Mémoires
- ? (fr)Glucksmann critique la politique étrangère de Sarkozy sur le nouvelobs
- ? Glucksmann, ou l'amour du grand homme, par Jean-Marie Laclavetine, dans Le Monde
- ? An Open Letter to the Heads of State and Government of the European Union and NATO, September 28, 2004
Liens externes
- « Tchétchénie, briser le silence », Le Monde, 21 mars 2006.
- « Un Pearl-Harbor moral », Le Monde, 12 décembre 1991 (sur les Balkans).
- « Choc des civilisations ? Non : des philosophies » Le Monde, 3 mars 2006 (sur l'affaire des caricatures).
- « André Glucksmann, mauvais avocat d’une cause juste » Oulala.net, 15 mai 2004 (article critique sur les prises de position d'André Glucksmann).
- « Le Talon d'Achille de Pétrostar », critique de la politique menée par Vladimir Poutine.
- « Le Moscou des affaires ressemble au "chicago" des années trente », critique sur les relations mafieuses des affaires dans la Russie de Poutine à partir du cas de Mikhaïl Khodorkovsky.


