Biographie de Charles Sorel

Voir son actualité

Charles Sorel, sieur de Souvigny, (né vers 1602, mort le 7 mars 1674), est un romancier et écrivain français du XVIIe siècle.



Charles Sorel est issu d'une famille de robins. Son père s'est établi à Paris où il a acheté une étude de Procureur du Parlement. La date de naissance de Sorel est mise en doute. Elle est fondée sur son acte de décès mais impliquerait qu'il ait écrit L'Histoire comique de Francion à l'âge de vingt ans[1]. Charles Sorel fait ses études dans un collège parisien, peut-être le collège de Lisieux[2].

Son père l'aurait poussé à entreprendre des études de droit mais ses premiers écrits semblent indiquer une volonté de s'introduire à la Cour.[3] On dispose d'assez peu d'informations biographiques mais Emile Roy affirme qu'il est un moment protégé par le comte de Cramail et l'on sait qu'il dédie L'Orphise de Chrysante au comte de Barradas. Il participe en 1623 à la composition du livret du Ballet des Bacchanales aux côtés de Théophile de Viau, Boisrobert, Saint-Amant et Du Vivier. Il fréquente donc les milieux libertins.

Polygraphe, il alterne œuvres de fiction et œuvres d'érudition. Il affiche dès 1628 une ambition d'historien avec la publication de l'Avertissement sur l'histoire de la monarchie française qui dénonce les légendes et les mythes qui farcissent les histoires de France aux siècles précédents. Il professe la volonté d'écrire une nouvelle histoire qui allie véracité et qualité du style. Ce vaste projet de ne sera jamais réalisé, mais Sorel rachète en 1635 la charge de premier historiographe de France laissée vacante par son oncle maternel Charles Bernard. Il continuera d'écrire tout au long de sa vie des traités historiques et des pièces de circonstance mais sans aucun apport notable.

La suppression des charges d'historiographe en 1663 par Colbert l'oblige à vendre la maison familiale et à se retirer chez un de ses neveux. Il y décède en 1674 en bon chrétien, ayant apparemment renié les idées libertines de sa jeunesse.[4]



L'ensemble de son œuvre romanesque a été publiée anonymement ou sous des pseudonymes. Sorel souhaitait en effet donner de lui-même une image d'érudit qui se combinait mal avec une œuvre romanesque avouée. Cependant il laisse à l'intérieur d'autres œuvres les indices permettant d'identifier les œuvres qui lui tiennent le plus à cœur.[5]
Il publie en 1621 L'Histoire de Cléagénor et de Doristée, puis en 1622 Le Palais d'Angélie, recueil d'histoires dans la tradition du Décaméron. Il reprend en 1623 le principe de l'écriture de nouvelles avec la publication des Nouvelles françaises. Ce recueil de cinq nouvelles assez longues[6] s'inscrit dans la lignée des Nouvelles exemplaires de Cervantes. Elles constituent une étape importante dans l'évolution du genre dans la mesure où elles s'éloignent à la fois de la longueur démesurée des romans et de la très grande brièveté des fabliaux médiévaux, tout en racontant des histoires sérieuses et non simplement amusantes[7].
Mais 1623 est surtout l'année de publication de son œuvre romanesque la plus connue et la plus reconnue : L'Histoire comique de Francion, publiée d'abord en sept livres, revue et allongée en onze livres en 1626, puis en douze livres en 1633. Cette œuvre constitue l'une des premières histoires comiques à la française et restera l'un des chefs-d'œuvre du genre. Sorel y tourne en ridicule les romans pastoraux et propose une satire parfois vive de la société de son temps.
Il met en place dans le Francion une réflexion sur l'écriture romanesque qui sera reprise et développée dans Le Berger extravagant en 1627, sous-titré Anti-Roman en 1633. Il s'agit d'un roman burlesque, où le fils d'un marchand parisien, l'esprit perturbé par la lecture excessive de bergeries inspirées de L'Astrée, se choisit une maîtresse peu avenante, et devient le pasteur d'une douzaine de moutons sur les bords de la Seine. Sorel nous livre ici une satire efficace, proche de la farce, du roman héroïque.
Il reviendra au genre de la nouvelle en 1642 avec La Maison des jeux. Enfin, sa dernière tentative dans le domaine de la fiction sera le Polyandre, roman comique en 1648. Ce roman tente de proposer une peinture de la société parisienne à travers quelques personnages très typés. Il restera inachevé.



Outre quelques écrits à prétention historique, Sorel produit divers ouvrages relevant de l'érudition. Il publie en 1634, 1637, 1641 puis 1644 les quatre volumes de La Science universelle où il reprend les différentes doctrines philosophiques de son temps.
Ses connaissances bibliographiques lui permettent d'écrire deux ouvrages fort utiles pour ceux qui s'intéressent à la littérature du XVIIe siècle : La Bibliothèque française en 1664, puis De la connaissance des bons livres en 1671[8]. Il y dresse un panorama de la littérature française et livre ses propres analyses.







Bibliographie selon Émile ROY[9] :

  • - Histoire amoureuse de Cléagénor et de Doristée. Contenant leurs diverses fortunes avec plusieurs autres estranges avantures arrivées de nostre temps, disposées en quatre livres, Paris, Toussainct Du Bray, 1621.
  • - Le palais d’Angélie, Paris, Toussainct du Bray, 1622.
  • - Nouvelles françaises où se trouvent divers effets de l'amour et de la fortune, Paris, Pierre Billaine, 1623.
  • - L'Histoire comique de Francion, Paris, Pierre Billaine, 1623. Le roman est augmenté en 1626, puis, de nouveau en 1633. Dans cette dernière édition, il est intitulé La vraie histoire comique de Francion et paraît sous le nom de Nicolas de Moulinet, sieur du Parc.
  • - L'Orphise de Chrysante, Paris, Toussainct Du Bray, 1626.
  • - Le Berger extravagant, Paris, Toussainct Du Bray, (3 volumes) 1627-1628. Réédition sous le titre d' Anti-Roman en 1633, Paris, Toussainct Du Bray.
  • - Advertissement sur l’Histoire de la monarchie française, Paris, Claude Morlot, 1628,
  • - Histoire de la monarchie française où sont descrits les faicts memorables & les vertus heroïques de nos anciens rois, Paris, Claude Morlot, 1629.
Deuxième édition : Paris, Louys Boulanger, 1630.

  • - Suite et conclusion de la Polyxene, François Pomeray et Toussaint Du Bray, 1632. Cf. Gabrielle Verdier, "Sorel et le mystère de la Polyxène" in Charles Sorel Polygraphe, Textes rassemblés par Emmanuel Bury et édités par Eric Van der Schueren, Les Presses de l’Université Laval, 2006.
  • - Pensées chrétiennes sur les commandements de Dieu, Paris, Jean Jost, 1634.
  • - La vraye suite des adventures de la Polyvene du feu sieur de Moliere, Suivie & concluë sur ses memoires, Paris, Anthoine de Sommaville, 1634.
  • - La science des choses corporelles, Paris, Pierre Billaine, 1634. Il s'agit du premier tome de La Science Universelle.
  • - Des Talismans ou Figures faites sous certaines constellations... tiré de la seconde partie de la Science des choses corporelles, par le sieur de l'Isle, Paris, Antoine de Sommaville, 1636.
  • - Le deuxième tome de La Science Universelle paraît sous le titre de Première partie de la Science universelle, contenant la science des choses corporelles, qui est la vraie physique, Paris, Pierre Billaine, 1637. Il comporte la deuxième partie de l’ouvrage : La science des choses spirituelles.
  • - La science universelle de Sorel, où il est traité de l’usage et de la mélioration de toutes les choses du monde, Troisième volume, Paris, Toussaint Quinet, 1641. Les trois premiers volumes de la Science universelle sont réédités en 1647.
  • - La perfection de l'âme, dans laquelle on trouve celle de la volonté par la morale practique [...]Quatriesme volume et conclusion de la science universelle de Sorel, Paris, Toussaint Quinet, 1644. Enfin, une dernière édition des quatre parties paraît en 1668.
  • - La solitude et l’amour philosophique de Cléomède, Premier sujet des Exercices Moraux de M. Ch. Sorel, Conseiller du Roy & Historiographe de France, Paris, Antoine de Sommaville, 1640.
  • - La défense des Catalans, Paris, Nicolas de Sercy, 1642.
  • - Remonstrance aux peuples de Flandre. Avec les droicts du Roy sur leurs Provinces, Paris, Nicolas de Sercy, 1642.
  • - La Fortune de la Cour, ouvrage curieux tiré des Mémoires d'un des principaux Conseillers du duc d'Alençon, frère du Roy Henri III, Paris, Nicolas de Sercy, 1642.
  • - La Maison des jeux, Paris, Nicolas de Sercy, 1642.
  • - Les Loix de la Galanterie, in Recueil des pièces les plus agréables de ce temps, Paris, Nicolas de Sercy, 1644.
Réédition des Les Loix de la Galanterie : Aubry, Paris, 1855. Texte en ligne [1] et [2]

  • - Polyandre, Histoire Comique, Paris, Veuve Sercy / Augustin Courbé, 1648.
  • - Discours sur l'Académie françoise establie pour la correction et l'embellissement du langage, pour sçavoir si elle est de quelque utilité aux particuliers et au public, et où l'on voit les raisons de part et d'autre sans déguisement, Paris, Guillaume de Luyne, 1654.
  • - De la perfection de l'homme, où les vrays biens sont considérez, et spécialement ceux de l'âme, avec les méthodes des sciences, Paris, Robert de Nain, 1655.
  • - Description de l'Isle de portraiture et de la ville des portraits, Paris, Charles de Sercy, 1659.
  • - Relation véritable de ce qui s'est passé au royaume de Sophie, depuis les troubles excités par la rhétorique et l'éloquence. Avec un discours sur la Nouvelle Allégorique, Paris, Charles de Sercy, 1659.
  • - L'Histoire de la monarchie française sous le règne du roy Louis XIV, contenant tout ce qui s'est passé de plus remarquable entre les couronnes de France et d'Espagne, et autres païs estrangers, Paris, Jean-Baptiste Loyson, 1662.
  • - Chemin de la fortune ou les bonnes règles de la vie pour acquérir des richesses en toute sorte de conditions et pour obtenir les faveurs de la cour, les honneurs et le crédit, Entretiens d'Ariste sur la vraye science du monde, Paris, Jean-Baptiste Loyson, 1663.
  • - Oeuvres diverses, ou Discours meslez, Paris, Compagnie des libraires du Palais, 1663.
  • - La bibliothèque française, Paris, Compagnie des libraires du Palais, 1664. Seconde édition en 1667.
  • - Divers traités sur les droits et les prérogatives des Roys de France, Tirez des Memoires Historiques & Politiques De M. C. S. S. D. S. , Paris, Compagnie des Marchands libraires du Palais, 1666.
  • - De la connoissance des bons livres, ou Examen de plusieurs autheurs, Paris, André Pralard, 1671.
  • - Les récréations galantes, contenant : Diverses questions plaisantes... le Passe-temps de plusieurs petits jeux ; quelques enseignes en prose ; le Blazon des couleurs ; l'Explication des songes ; et un Traité de la phisionomie, suite et II. partie de la Maison des jeux, Paris, Etienne Loyson, 1671.
  • - L'histoire des pensées, mêlée de petits jeux, nouvelle galante, Paris, Etienne Loyson, 1671.
  • - De la prudence ou des bonnes règles de la vie pour l'acquisition, la conservation et l'usage légitime des biens du corps et de la fortune, et des biens de l'âme..., Paris, André Pralard, 1673.


  • Histoire comique de Francion, in Romanciers du XVIIe siècle, édition établie par Antoine Adam, Gallimard, Pléiade, 1958.
  • Histoire comique de Francion, édition de Fausta Garavini chez Folio classique, 1996.
  • La Soeur jalouse, extraite des Nouvelles françaises a été publiée par Roger Guichemerre dans Dom Carlos et autres nouvelles françaises du XVIIe siècle, folio classique, 1995.


  • Charles Sorel Polygraphe, Textes rassemblés par Emmanuel Bury et édités par Eric Van der Schueren, Les Presses de l’Université Laval, 2006.
  • Hervé D. Béchade , Les romans comiques de Charles Sorel, fiction narrative, langue et langages, Genève, Librairie Droz, 1981.
  • Patrick Dandrey, Parcours critique consacré à L’Histoire comique de Francion, Klincksieck, 2000.
  • Martine Debaisieux, Ecriture et contrefaçon chez Charles Sorel, Orléans, Paradigme, 2000 ; 1ère édition 1989.
  • Anna Lia Franchetti , Il « Berger Extravagant » di Charles Sorel, Firenze, Leo S. Olschki Editore, 1977.
  • Fausta Garavini, La maison des jeux, science du roman et roman de la science au XVIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 1998.
  • Frank Greiner et Véronique Sternberg, L'Histoire comique de Francion de Charles Sorel, Paris, SEDES, 2000.
  • Michèle Rosellini et Geneviève Salvan, Le Francion de Charles Sorel, éditions Atlande, Neuilly, 2000.
  • Emile Roy, La vie et l'œuvre de Charles Sorel, Paris, Hachette, 1891, Slatkine reprints, Genève, 1970.
  • Jean Serroy, Roman et réalité, les histoires comiques au XVIIe siècle, Librairie Minard, 1981.
  • F. E. Sutcliffe, Le réalisme de Charles Sorel, problèmes humains du XVIIe siècle, Paris, Librairie Nizet, 1965.
  • Gabrielle Verdier, Charles Sorel, Boston, Twayne Publishers, 1984.
  • Wim de Vos, Le singe au miroir, emprunt textuel et écriture savante dans les romans comiques de Charles Sorel, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1994.


  • Antoine Adam, « Le roman français au dix-septième siècle » Présentation de Romanciers français du dix-septième siècle, Gallimard, Pléiade, Paris, 1957.
  • Dominique Bertrand, « Le « livre du chaudron » de Palissy confisqué par Sorel, dans Libertinage et philosophie au XVIIe siècle, numéro 10, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2008.
  • Fausta Garavini, « L’itinéraire de Sorel : du Francion à la Science Universelle », dans la Revue d’histoire littéraire de la France, Mai-août 1977.
  • Anne-Julia Iung Appel, Solitude et l'Amour philosophique de Charles Sorel, vertu des "sciences contemplatives" ou déboires de la représentation, dans Libertinage et philosophie au XVIIe siècle, numéro 10, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2008.
  • Jean-Pierre Leroy, « Réflexions critiques de Charles Sorel », dans Dix-Septième Siècle, 1974, numéro 105.
  • Maurice Lever, « Le statut de la critique dans le Berger Extravagant », dans la Revue d’Histoire Littéraire de la France, Mai-août 1977, pages 417 à 431.
  • Laura Rescia, « Il mito di Narcisso nel « Berger Extravagant » di Charles Sorel », dans Studi Francesi, 117, anno XXXIX, settembre-dicembre 1995, page 457-466.
  • Olivier Roux, « Le berger et l’astronome », Libertinage et philosophie n°9, Les libertins et la science, Saint-Etienne, Publications de l’université de Saint-Etienne, 2005, pp. 257-277.
  • Olivier Roux, « Le « Traité du vide » de Charles Sorel, dans Libertinage et philosophie au XVIIe siècle, numéro 10, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2008.
  • Emile Roy, introduction à l’édition critique de l’Histoire comique de Francion, STFM, Paris, Hachette, 1924-31, 4 volumes.
  • Jean Serroy, « Francion et l’argent, ou l’Immoraliste et les Faux Monnayeurs » dans Dix-Septième Siècle, 1974, numéro 105.
  • Holly Tucker, « Pleasure, seduction, and authorial identity in Charles Sorel’s Le Berger Extravagant », dans Neophilologus, 84, 2000.


  1. Antoine Adam souligne dans son introduction du volume de Pléiade Romanciers du XVIIe siècle qu'une telle œuvre peut difficilement avoir été écrite par un homme aussi jeune. Ce problème a d'ailleurs servi d'argument Pierre Louÿs pour mettre en doute l'attribution du Francion à Sorel.
  2. Il n'y en a pas de preuve mais Sorel précise dans une des éditions du Francion que le collège décrit est le collège de Lisieux. Cela a fait penser à de nombreux chercheurs qu'il y avait probablement fait ses études
  3. Les Vertus du Roy (1615) et L'Épithalame sur l'heureux mariage du Très Chrétien Roi de France Louis XIIIe (1616)
  4. Michèle Rosellini souligne cependant dans le volume consacré au Francion chez Atlande que ses fréquentations peuvent faire penser qu'il continuait à cultiver une authentique liberté de pensée derrière des dehors rangés.
  5. Voir la biobibliographie publiée dans l'édition de L'Histoire comique de Francion par Fausta Garavini chez folio classique ainsi que celle qui est présentée dans cette page.
  6. Qui seront complétées par deux nouvelles supplémentaires en 1645 sous le titre Nouvelles choisies.
  7. Voir Roger Guichemerre, introduction à la nouvelle La soeur jalouse dans Dom Carlos et autres nouvelles du XVIIe siècle, folio classique.
  8. Ces deux ouvrages sont disponibles sur Gallica.
  9. La bibliographie de Charles Sorel a été établie par Émile ROY dans La vie et l'œuvre de Charles Sorel, Paris, Hachette, 1891, Genève, Slatkine reprints, 1970. Cependant, Roy a eu tendance a être très généreux avec Sorel. La bibliographie ci-dessus n'indique que les oeuvres que Sorel a avouées, plus ou moins explicitement dans deux textes :
    • L'"Advertissement sur ce livre, et sur quelques choses qui en dependent" qui conclut le tome 1 de La Science Universelle des trois premières éditions (1634, 1641, 1647),
    • "L’ordre et l’examen des livres attribuez à l’autheur de la Bibliothèque françoise" dans La Bibliothèque française (1664, 1667).
    Récemment, Gabrielle Verdier a tenté de démontrer que Sorel était également l'auteur de la première Suite de la Polyxène de Molière d'Essertine: "Sorel et le mystère de la Polyxène" in Charles Sorel Polygraphe, Textes rassemblés par Emmanuel Bury et édités par Eric Van der Schueren, Les Presses de l’Université Laval, 2006.