Biographie de Charles X de France

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Charles X (château de Versailles, 9 octobre 1757–Görz, Empire d'Autriche, 6 novembre 1836) fut roi de France et coprince d'Andorre de 1824 à 1830. Il est le souverain français qui est parvenu à l'âge le plus avancé, 79 ans.



Petit-fils de Louis XV, roi de France et de Navarre, Charles-Philippe est le cinquième fils du dauphin Louis-Ferdinand et de son épouse, la dauphine, née Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767). L'enfant est le plus jeune frère du roi Louis XVI alors duc de Berry et du comte de Provence, futur Louis XVIII . Deux filles le suivront Marie-Adélaïde-Clotilde, future Reine de Sardaigne et Élisabeth, victime de la terreur révolutionnaire.

Il est d'abord titré « petit-fils de France » et comte d'Artois (en mémoire de Robert de France, comte d'Artois, frère de saint Louis), mais le choix de ce titre serait également lié aux conséquences de la tentative d'assassinat menée par Damiens contre Louis XV[1]. Il est baptisé le 22 octobre 1763 avec les prénoms Charles Philippe. Sa marraine est sa tante Sophie-Philippine de France, et son parrain le roi Charles III d'Espagne (ce qui explique le choix de ses prénoms).



Il épouse le 16 novembre 1773 Marie Thérèse de Sardaigne (1756-1805), dont il a deux fils, Louis-Antoine, le duc d'Angoulême (futur dauphin) et Charles Ferdinand, le duc de Berry, et deux filles mortes en bas âge : Sophie (1776-1785) et Marie-Thérèse (1783).

En 1772, âgé de 15 ans, il est colonel général des Suisses et Grisons.

Il assiste au sacre de son frère Louis XVI en 1775, où il représente le duc de Normandie, pair du Royaume. Il est également apanagé des duchés d'Angoulême et de Mercoeur.



Dans sa jeunesse, c'est un grand amateur de jolies femmes, auquel peu résistent. À un certain moment il s’attache durablement à Madame de Polastron, née Louise d'Esparbès de Lussan, épouse de Denis de Polastron (°1758 - †1821), demi-frère de Yolande de Polastron. Cette liaison ne donne aucune descendance au comte d’Artois.

Louise d'Esparbès de Lussan fut prostituée avant de connaître son prochain, mais heureusement jamais ce problème ne s'éparpilla. Devenue donc par son mariage Madame de Polastron se trouve donc être la belle-sœur de Yolande de Polastron, comtesse de Polignac, gouvernante des Enfants de France, amie de la reine Marie-Antoinette. Ami de cette dernière, le comte d'Artois se rend comme elle impopulaire par ses dépenses inconsidérées, et le public leur attribue une liaison, à tort sans doute.

Denis de Polastron, le mari de Louise, embrasse la carrière militaire, et combat lors de la Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique, durant laquelle il est nommé Colonel dans le régiment de La Fayette. Il meurt à l'âge de 63 ans en 1821.

Louise d'Esparbès de Lussan meurt précocement de la tuberculose en 1804 à l'âge de 39 ans. Le comte d'Artois est très affligé par cette disparition, car il en a été réellement amoureux. On peut même dire que Louise a été l'un des grands amours de sa vie, sinon le seul qui ait eu une véritable importance. Il est tellement marqué par ce deuil qu'il décide de prononcer un vœu de chasteté perpétuelle et de renforcer ses convictions religieuses au point de devenir un véritable dévot. Sa vie privée devient entièrement irréprochable. Peu de temps après, il se rapproche du courant ultramontain de l'Église catholique de France dont il soutient avec enthousiasme l'influence.



Sa préférence va à son plus jeune fils, Charles Ferdinand, duc de Berry, qui lui ressemble beaucoup, au physique comme au moral. L’aîné, Louis Antoine, duc d'Angoulême, au contraire, est timide et souffre de problèmes d’impuissance et de tics nerveux.



Bon vivant et léger, il entraîne dans un tourbillon de fêtes mondaines sa belle-sœur, la reine Marie-Antoinette. Il acquiert le château de Maisons où il s'en va chasser en joyeuse et galante compagnie dont fait partie la jeune vicomtesse de Beauharnais...

Il commence à s’intéresser à la politique avec la première grande crise de la monarchie, en 1786, après laquelle il prend la tête de la faction réactionnaire à la cour de Louis XVI. Le comte d'Artois devient le chef de file des réformateurs de ce que Jean-Christian Petitfils appelle la "Révolution royale", c'est-à-dire le projet radical de Calonne. Il se heurte donc aux Notables réunis en assemblée : Charles accepte la suppression des privilèges financiers de l'aristocratie, mais non la réduction des privilèges sociaux dont jouissent l'Église et la noblesse. Il pense qu’on peut réformer les finances de la France sans renverser la monarchie. Selon ses propres mots, le temps est venu de réparer mais non de démolir.

Il suscite la colère du tiers état en s’opposant à toute initiative d'accroître son droit de vote en 1789, amenant son frère à l’accuser d’être « plus royaliste que le roi ».

En liaison avec le baron de Breteuil, il noue des alliances politiques pour chasser Necker. Ce plan échoue quand Charles essaie de le faire renvoyer le 11 juillet, sans que Breteuil soit au courant, beaucoup plus tôt que prévu à l’origine. C'est le début d’une brouille qui se change en haine réciproque.



Le comte d’Artois est l'un des premiers à émigrer, le 16 juillet 1789. Il parcourt les diverses cours de l'Europe pour chercher des défenseurs à la cause royale. Il se trouve à Turin - chez son beau-père et son beau-frère - de septembre 1789 à juillet 1791, où il porte alors le titre de marquis de Maisons, ainsi qu'à Bruxelles, Coblence, résidence de son oncle maternel l'Archevêque-Électeur de Trêves et Liège.

Il quitte Hamm en août 1794 comme comte de Ponthieu. Il se rend enfin en Grande-Bretagne et assiste aux conférences de Pillnitz, 1791. Nommé par Monsieur (son frère, futur Louis XVIII) devenu lieutenant général du royaume après la mort de son frère Louis XVI, du 28 janvier 1793 à 1814. À la mort de son neveu Louis XVII le 8 juin 1795, il est appelé Monsieur, frère du roi. Il veut opérer, avec le secours des Anglais, un débarquement à l'île d'Yeu sur les côtes de la Vendée (1795) (pour aider les insurgés Vendéens), mais il n'y peut réussir (voir Expédition de l'île d'Yeu). Il se rend en Grande-Bretagne où il passe le reste de la Révolution et du Premier Empire.



En 1814, il est nommé lieutenant-général du royaume, il pénètre en Suisse allemande, à la suite des alliés, et fait son entrée à Berne le 15 avril. Au premier moment, il sait se concilier les esprits par l'aménité de ses manières; mais il se perd bientôt dans l'opinion en signant, avec un empressement que condamne Louis XVIII même, un traité qui enlève à la France toutes les places conquises depuis 1792. Après le 2e retour de Louis XVIII (1815), il se tient éloigné des affaires et emploie tout son temps soit à la chasse qui est pour lui une passion, soit à des pratiques religieuses. Il oublie la guerre.



Malgré les apparences, il reste secrètement actif dans la sphère politique, en étant le chef occulte du parti ultra-royaliste. Bien des royalistes ignorent que Charles X est franc-maçon. , certes pas très actif dans les loges, mais refusant de réprouver les anticléricaux.



À la mort de son frère Louis XVIII, en 1824, il monte sur le trône, et renoue avec la tradition du sacre, le 29 mai 1825 dans la cathédrale de Reims, où le cardinal de La Fare prononce un discours remarqué. Il débute par quelques mesures libérales, et abolit la censure des journaux, mais il ne tarde pas à se jeter dans les bras des ultra-royalistes, dont Jean-Baptiste de Villèle est le chef, et s'aliène l'opinion par la loi du sacrilège, la concession d'un milliard d'indemnités aux émigrés, le licenciement de la garde nationale, le rétablissement de la censure (1825-1827). Son règne est marqué par la domination des « ultras », la frange revancharde des royalistes, opposée à la Charte de 1814.

Son catholicisme dévot indispose le peuple de Paris, volontiers anticlérical voire anticatholique ; comme à l’enterrement de Louis XVIII il est habillé de violet, couleur de deuil des rois de France, le bruit court qu’il est évêque, des caricatures le montrent en train de célébrer la messe devant les membres de sa famille, et la chose est généralement admise dans l'opinion.

Pour calmer les mécontents, il forme en janvier 1828 un ministère modéré, présidé par de Martignac. Ce ministère réparateur a déjà réussi à ramener les esprits, lorsqu'il est brusquement congédié et remplacé, le 8 août 1829, par le ministère de Jules de Polignac, qui fait renaître toutes les défiances. En effet, peu de mois après, et malgré le respectueux avertissement donné par l'adresse des 221 députés, paraissent les « ordonnances de Saint-Cloud » qui dissolvent les chambres, convoquent les collèges électoraux en changeant de mode d'élection, et suspendent la liberté de la presse (25 juillet 1830). Devant le développement de l'opposition libérale, Charles X tente de rétablir son autorité.

Deux événements importants se sont accomplis sous le règne de Charles X :

  • l'intervention en faveur des Grecs, qui a pour résultat la victoire de Navarin (1827) et amène l'affranchissement de la Grèce (1830),
  • l'expédition contre le dey d'Alger, qui aurait offensé le consul de France, expédition qui aboutit à la prise d'Alger (6 juillet 1830).


Ces ordonnances inconstitutionnelles excitent immédiatement une réprobation universelle; Paris se soulève les 27, 28 et 29 juillet: ce sont les Trois Glorieuses de 1830, ou « Révolution de Juillet », qui renversent finalement Charles X. Le 30, Louis-Philippe, duc d'Orléans, est nommé Lieutenant-général du royaume par les députés insurgés, poste qu'il accepte le 31. Il réduit le droit aux plus grands propriétaires.



Le 2 août, Charles X, retiré à Rambouillet, abdique, et convainc son fils aîné le dauphin Louis Antoine de contresigner l'abdication. Il confie à son cousin le duc d'Orléans la tâche d'annoncer que son abdication se fait au profit de son petit-fils Henri, duc de Bordeaux, âgé de dix ans, faisant du duc d'Orléans le Régent.

Leur résolution est annoncée dans une lettre de Charles X au duc d'Orléans :

« Mon cousin,
Je suis trop profondément pénétré des maux qui affligent et qui pourraient menacer mes peuples pour n'avoir pas cherché un moyen de les prévenir. J'ai donc pris la résolution d'abdiquer la couronne en faveur de mon petit-fils le duc de Bordeaux.
Le Dauphin, qui partage mes sentiments, renonce aussi à ses droits en faveur de son neveu.
Vous aurez, en votre qualité de lieutenant général du royaume, à faire proclamer l'avènement de Henri V à la couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous concernent pour régler les formes du nouveau gouvernement pendant la minorité du nouveau roi...
Vous communiquerez mes intentions au corps diplomatique et vous me ferez connaître le plus tôt possible la proclamation par laquelle mon petit-fils sera reconnu sous le nom de Henri V. »
Il existe une controverse sur l'abdication : Charles X ne peut forcer son fils à renoncer à ses droits, car la dynastie de France est successive et non héréditaire. Ce dernier, devenu fictivement « Louis XIX » entre le moment où son père signe l'abdication et le moment où lui-même la contresigne, aurait pu conserver la couronne pour lui-même et reprendre en main l'armée et le pays. Mais finalement, il renonce par obéissance ou par faiblesse.

Malgré l'abdication, le duc d'Orléans prend le pouvoir sous le nom de « Louis-Philippe Ier ». Le 3 août, en effet, devant les Chambres réunies, il annonce bien l'abdication de Charles X, contresignée par le dauphin, mais ne mentionne pas qu'elle est effectuée en faveur du duc de Bordeaux. Par ailleurs, Charles X -déjà en exil- interdit à la duchesse de Berry, la mère du duc de Bordeaux, d'amener son fils à Paris. Charles X embarque à Cherbourg pour l'exil, sans laisser de consigne à ses fidèles. C'est alors le début de la monarchie de Juillet. En exil, Charles X porte le titre de courtoisie de « comte de Ponthieu ».

Le roi déchu se retire d'abord au palais de Holyrood, en Écosse. Grâce à ses bonnes relations avec les Habsbourg, il s'installe au Château de Prague. Il y reçoit des visites de Chateaubriand. Ils partent ensuite à České Budějovice. Il doit fuir une épidémie de choléra et part enfin à Görz (alors en Autriche), actuelle Gorizia e Nova Gorica (ville divisée en 1947 par la ligne militaire Morgan). Il meurt dans cette ville du choléra en 1836. Il est inhumé à Kostanjevica (Nova Gorica, Slovénie).



À la mort de Charles X, l'effet de la double abdication du 2 août 1830 aurait dû conduire à la proclamation de son petit-fils, le duc de Bordeaux, sous le nom de Henri V. Pourtant, le fils aîné de Charles X, le dauphin Louis Antoine, signe une proclamation dans laquelle, tout en confirmant sa renonciation de 1830, il déclare que « dans les circonstances actuelles », l'intérêt de son neveu exige qu'il soit « chef de la maison de France » et investi de l'autorité royale, sous le nom de « Louis XIX » et avec le titre de courtoisie de « comte de Marnes », jusqu'au jour où « la monarchie légitime sera rétablie » : il transmettrait alors la couronne à son neveu.

Cette subtilité s'explique par le fait que, la mort de Charles X investissant ipso facto le dauphin de la royauté, il suffit de notifier le décès aux cours européennes pour notifier également l'élévation de Louis XIX. En revanche, la reconnaissance de l'accession au trône d'Henri V implique la notification de la double abdication de 1830, dont on peut redouter que les cours refusent de la recevoir dès lors qu'elles ont toutes reconnu la monarchie de Juillet.

Un descendant de Charles X règne de nos jours : le grand-duc Henri de Luxembourg. En effet, son grand-père, Félix de Bourbon-Parme, époux de Charlotte de Luxembourg, a pour grand-mère Louise d'Artois, fille du duc de Berry et petite-fille de Charles X.





  • Prétendants au trône de France depuis 1830
  • Légitimisme
  • Restauration
  • Phoebus des Berberies Fervent défenseur de Charles X


  • 1831 : Jules Lacroix, Charles X. Paris : E. Renduel. 15 p.
  • 1837 : Alissan de Chazet, Charles X, esquisse historique. Paris : Ledentu. 71 p.
  • 1889 : marquis de Villeneuve, Charles X et Louis XIX en exil. Mémoires inédits du marquis de Villeneuve, publiés par son arrière-petit-fils. Paris : Plon, Nourrit et Ce. VIII + 322 p.
  • 1893 : Henry Manayre : Charles X (1757-1836). Paris : chez l'auteur. 16 p.
  • 1927 : Pierre de La Gorce, La Restauration. Tome II : Charles X. Paris : Plon. 343 p.
  • 1958 : Jacques Vivent, sous le pseud. de « Villebrumier », Charles X, dernier roi de France et de Navarre. Paris : le Livre contemporain. 411 p.
  • 1967 : Jean-Paul Garnier, Charles X, le roi, le proscrit. Paris : Fayard, coll. « Les Grandes études historiques ». 483 p.
  • 1972 : José Cabanis : Charles X : roi ultra. Paris : Gallimard, coll. « Leurs figures », 521 p.
  • 1980 : Éric Le Nabour, Charles X : le dernier roi. Avec une préface d'Alain Decaux. Paris : Jean-Claude Lattès. 405 p.
  • 1988 : André Castelot : Charles X : la fin d'un monde. Paris : Perrin. 587 p.
  • 1990 : Georges Bordonove : Charles X : dernier roi de France et de Navarre. Paris : Pygmalion, coll. « Les Rois qui ont fait la France ». 313 p. + 8 p. de planches.
  • 1991 : Landric Raillat, Charles X : le sacre de la dernière chance. Paris : Olivier Orban. 345 p.
  • 1999 : Yves Griffon, Charles X, roi méconnu, Paris : Rémi Perrin. 299 p.
  • 1999 : Paul et Pierrette Girault de Coursac, Provence et Artois : les deux frères de Louis XVI. F.X. de Guibert.






  1. Selon les souvenirs, probablement apocryphes, de la marquise de Créquy: suite à cette tentative de régicide, les États d'Artois se rassemblent sous la présidence du marquis de Créquy, premier baron de la province, pour exprimer à Louis XV leur désolation de ce que le criminel soit artésien, et en réparation proposent que la province paye cette année le double de ce qu'elle doit fournir en argent et en hommes pour le service de la couronne. Louis XV ne veut pas accepter ce sacrifice, et pour témoigner à cette province son absence de toute rancune, fait donner le titre de comte d'Artois à son quatrième petit-fils, né justement cette année-là

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