Biographie de Che Guevara

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Ernesto Guevara (né le 14 juin 1928 à Rosario, Argentine, et exécuté le 9 octobre 1967 à La Higuera, Bolivie), plus connu sous le nom de Che Guevara ou Le Che (prononcé communément /(t)ʃe.ɡe.va.ra/ en français et /t͡ʃe.ɡeˈβa.ɾa/ en espagnol[1]), est un révolutionnaire marxiste et homme politique d'Amérique latine, dirigeant de la guérilla internationaliste cubaine.

Alors qu'il est jeune étudiant en médecine, Guevara voyage à travers l'Amérique latine, ce qui le met en contact direct avec la pauvreté, dans laquelle beaucoup de gens vivent alors. Son expérience et ses observations pendant ces voyages l'amènent à la conclusion que les inégalités socio-économiques ne peuvent être changées que par la révolution. Il décide alors d'intensifier son étude du marxisme et de voyager au Guatemala afin d'apprendre des réformes entreprises par le président Jacobo Arbenz Guzmán, renversé quelques mois plus tard par un coup d’État appuyé par la CIA[2].

Peu après, Guevara rejoint le mouvement du 26 juillet, un groupe révolutionnaire dirigé par Fidel Castro. Après plus de deux ans de guérilla durant laquelle Guevara devient commandant, ce groupe prend le pouvoir à Cuba en renversant le dictateur Fulgencio Batista en 1959.

Dans les mois qui suivent, Guevara est désigné procureur d'un tribunal révolutionnaire qui exécute plus d'une centaine de policiers et militaires du régime précédent jugés coupables de crimes de guerre, puis il crée des camps de « travail et de rééducation ». Il occupe ensuite plusieurs postes importants dans le gouvernement cubain qui écarte les démocrates[3], réussissant à influencer le passage de Cuba à une économie socialiste intégrée politiquement dans le bloc communiste et échouant dans l'industrialisation du pays en tant que ministre. Guevara écrit pendant ce temps plusieurs ouvrages théoriques sur la révolution et la guérilla.

En 1965, après avoir dénoncé l'exploitation du tiers monde par les deux blocs de la guerre froide, il disparaît de la vie politique et quitte Cuba avec l'intention d'étendre la révolution. D'abord au Congo-Léopoldville, sans succès, puis en Bolivie où il est capturé et exécuté sommairement par l'armée bolivienne entraînée et guidée par la CIA[4],[5],[6].

Après sa mort, Che Guevara est devenu une icône pour les mouvements révolutionnaires marxistes du monde entier, mais demeure toujours l'objet de controverses entre historiens, notamment à cause de témoignages sur des possibles exécutions d'innocents[7].

Une photo de Che Guevara par Alberto Korda est considérée comme une des plus célèbres au monde[8].





Ernesto Guevara de la Serna naît le 14 juin 1928 à Rosario, Argentine, de Ernesto Guevara Lynch et Celia de La Serna, tous deux d'ascendance basque, irlandaise et espagnole. Beaucoup d'éléments indiquent cependant que sa date de naissance officielle ait été reculée d'un mois pour éviter un scandale, car trop proche du mariage[9]. Ses parents sont de lignée aristocratique[10] mais vivent comme une famille de classe moyenne, avec un penchant pour des idées de gauche non autoritaristes, s'opposant notamment à Perón et à Hitler. La tante d'Ernesto, qui a élevé sa mère à la mort prématurée de leurs parents, est communiste.

Aîné de 5 enfants, il vit d'abord à Córdoba, la seconde ville du pays. Dès l'âge de trois ans, il apprend le jeu d'échecs auprès de son père et commence à participer à des tournois dès 12 ans[11]. Sa mère lui enseigne le français qu'il parlera couramment[12]. Ernesto Guevara de la Serna se fait rapidement connaître pour ses opinions radicales même à un âge pourtant précoce. Il voudrait être un des soldats de Francisco Pizarro dans sa soif d'aventure [13].

Toute sa vie, il subit de violentes crises d’asthme, qui l'accablent dès l'enfance. Il affronte cette maladie et travaille afin de devenir un athlète accompli. Malgré l'opposition de son père, il devient joueur de rugby. Il gagne le surnom de « fuser », (une contraction de furibundo (« furibond ») et du nom de famille de sa mère, « Serna ») à cause de son style de jeu agressif[14]. Durant son adolescence, il met à profit les périodes de repos forcés de ses crises d'asthme pour étudier la poésie et la littérature, depuis Pablo Neruda en passant par Jack London, Emilio Salgari et Jules Verne, jusqu'à des essais sur la sexualité de Sigmund Freud ou des traités sur la philosophie sociale de Bertrand Russell. Il écrit des poèmes (parfois parodiques) tout au long de sa vie comme cela est courant chez les Latino-américains de son éducation. Il développe également un grand intérêt pour la photographie.

En 1948, il entreprend des études de médecine à Buenos Aires. Il joue alors quelques mois au San Isidro Club, équipe de rugby de première division, qu'il doit quitter à cause de son père qui trouve ce niveau de jeu dangereux pour un asthmatique, et joue ensuite dans des équipes de moindre niveau[15]. Durant cette période, il songe à se marier avec une fille de la haute société argentine et à s'établir, mais il ne peut mener ce projet à bien à cause de l'opposition de la famille de cette dernière, de sa propre personnalité déjà jugée anticonformiste, et de son désir grandissant de voyages et de découvertes.



En 1951, son vieil ami d'extrême gauche Alberto Granado, biochimiste, lui suggère de prendre une année sabbatique. De cette façon, ils peuvent concrétiser le voyage dont ils parlent depuis longtemps, traversant l'Amérique du Sud sur une vieille moto Norton 500 cm³ surnommée « La vigoureuse » (La poderosa en espagnol) dans des conditions souvent précaires (dormant souvent volontairement dans la cellule d'un commissariat), avec pour objectif de passer quelques semaines comme volontaires dans la léproserie de San Pablo sur les bords de l'Amazone au Pérou. Guevara relate cette épopée dans Diarios de motocicleta: Notas de viaje por América Latina[16]. Le périple qui dure 9 mois et mènera Guevara jusqu'à Miami les fait d'abord arriver au Chili où ils doivent abandonner la Poderosa à bout de souffle et où ils visitent les mines géantes de Chuquicamata et découvrent les conditions de vies des mineurs. Ils traversent ensuite la cordillère des Andes, rencontrent le docteur Hugo Pesce, spécialiste de la lèpre et fondateur du parti socialiste péruvien qui influera beaucoup sur les idéaux de Guevara, puis après avoir apporté leur aide dans la léproserie de San Pablo, ils descendent l'Amazone en canoë jusqu'en Colombie en pleine époque de la Violencia et se séparent au Venezuela d'où Guevara s'envole alors pour les États-Unis dans un avion de marchandises. Il revient à Buenos Aires le 31 juillet 1952 pour terminer ses études de médecine.

Au travers de ses propres observations de la pauvreté et de l'impuissance des masses, et influencé par ses lectures marxistes, il conclut que le seul remède aux inégalités sociales de l'Amérique latine est la révolution par les armes. Il en est conduit à considérer l'Amérique latine non comme un ensemble de nations distinctes mais comme une entité économique et culturelle requérant une « stratégie continentale de libération ». Cette conception bolivarienne d'une Amérique latine unie et sans frontière partageant une culture métisse (mestizo) est un thème qui reviendra de manière importante dans ses activités révolutionnaires ultérieures. De retour en Argentine, il termine ses études le plus rapidement possible afin de poursuivre son périple en Amérique du Sud et reçoit son diplôme le 12 juin 1953.



Le 7 juillet 1953, il entreprend un long périple à travers la Bolivie, le Pérou, l'Équateur, le Panamá, le Costa Rica, le Nicaragua, le Honduras, Salvador puis le Guatemala.

En Bolivie, il participe à l'été 1953 à la révolution sociale populiste du MNR, puis s'en détache avec indignation, estimant que cette révolution sociale reste entachée d'inégalités raciales.

Il arrive fin décembre 1953 au Guatemala, où le président de gauche Jacobo Arbenz Guzmán, dirige un gouvernement populiste lancé dans de profondes réformes sociales. Le gouvernement Arbenz mène notamment une réforme agraire qui avec d'autres initiatives, tente d'éliminer un système de latifundium dominé par les États-Unis au travers de la United Fruit Company (UFCO). La UFCO est le plus grand propriétaire terrien et employeur du Guatemala, et le plan de redistribution d'Arbenz inclue l'expropriation de 40% des terres de celle-ci[17]. Le gouvernement des États-Unis avait peu de preuves soutenant leur déclaration d'une augmentation de la menace communiste au Guatemala[18], cependant la relation entre l'administration Eisenhower et la UFCO démontre le niveau d'influence des intérêts corporatistes dans la politique étrangère des États-Unis[19].

Dans une lettre à sa tante Beatriz, Ernesto Guevara explique sa motivation à s'établir dans ce pays : « Au Guatemala, je me perfectionnerai et accomplirai tout ce qui est nécessaire pour devenir un vrai révolutionnaire. »[20].

Peu après son arrivée à Guatemala Ciudad, Guevara rencontre Hilda Gadea Acosta, une économiste péruvienne qui vit et travaille au Guatemala, sur les conseils d'un ami qui leur est commun. Gadea, qu'il épousera plus tard, a de nombreux contacts politiques en tant que membre de l'alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA) socialiste, dirigé par Víctor Raúl Haya de la Torre. Elle présente Guevara à de nombreux responsables de haut niveau du gouvernement Arbenz, mais lui permet aussi de renouer le contact avec un groupe d'exilés cubains qu'il a déjà rencontrés au Costa Rica, membres du mouvement du 26 juillet de Fidel Castro. Guevara joint ces « moncadistas » dans la vente d'objets religieux liés au Christ noir d'Esquipulas, et est aussi assistant de deux spécialistes vénézuéliens de la malaria à l'hôpital local. Les tentatives d'Ernesto Guevara d'obtenir un internat ne sont guère fructueuses et sa situation financière devient très précaire, ce qui l'amène à vendre certains bijoux d'Hilda.

C'est pendant cette période qu'il obtient son surnom célèbre de « Che », à cause de son utilisation intensive de l'interjection argentine « che », qui signifie approximativement « hé », « mon pote » ou « mec »[21] tel qu'employé familièrement en français. L'Argentine, l'Uruguay, et le sud du Brésil forment la seule zone géographique (Rioplatense) où cette expression est utilisée.

La situation politique change radicalement à partir du 15 mai 1954, quand une livraison d'armes et d'artillerie légère Škoda arrive de la Tchécoslovaquie communiste à Puerto Barrios à destination du gouvernement Arbenz, à bord du bateau suédois Alfhem. La quantité d'armes est alors estimée à 2 000 tonnes par la CIA[22] et seulement 2 tonnes par Jon Lee Anderson[23]. Ernesto Guevara se rend brièvement au Salvador pour renouveler son visa, et retourne au Guatemala quelques jours avant la tentative de coup d'État de Carlos Castillo Armas appuyé par la CIA qui soupçonne le président Arbenz d'être communiste[24]. Les forces anti-Arbenz qui viennent du Honduras ne réussissent pas à arrêter le transbordement des armes. Après une pause pour se regrouper, la colonne de Castillo Armas reprend l'initiative, aidée d'un soutien aérien américain[25]. Guevara a hâte de combattre pour Arbenz et rejoint dans un premier temps une milice créée par les jeunesses communistes. Frustré par l'inaction de ce groupe, il revient à la médecine. Alors que le coup d'État est en passe de réussir, il redevient volontaire au combat mais en vain : Arbenz trouve refuge dans l'ambassade mexicaine et demande à ses partisans de quitter le pays. Après l'arrestation de Hilda, il se met sous la protection du consulat argentin où il reste jusqu'à ce qu'il reçoive un sauf-conduit quelques semaines plus tard. À ce moment, il décline un vol gratuit pour l'Argentine que lui propose l'ambassade, préférant se diriger vers le Mexique.

Le renversement du régime démocratiquement élu d'Arbenz par un coup d’État appuyé par la CIA (opération PBSUCCESS) renforce la vue qu'Ernesto Guevara avait des États-Unis comme une puissance impérialiste qui s'opposerait implacablement à tout gouvernement qui essaierait de corriger les inégalités socioéconomiques endémiques à l'Amérique du Sud et aux autres pays en voie de développement[26]. Il devient définitivement convaincu que le socialisme atteint à travers le combat et défendu par une population armée est le seul moyen de rectifier une telle condition.



Che Guevara arrive à Mexico début septembre 1954. Il retrouve peu après Ñico López et d'autres exilés cubains qu'il a connus quelques années plus tôt au Guatemala. En juin 1955, López le présente à Raúl Castro. Quelques semaines plus tard, Fidel Castro arrive à Mexico après avoir été amnistié d'une peine de prison à Cuba. Le 8 juillet 1955, Raúl présente Guevara à son frère aîné. Après une conversation d'une nuit entière, le Che devient convaincu que Fidel est le dirigeant révolutionnaire inspiré qu'il cherche et il rejoint immédiatement le mouvement du 26 juillet qui tente de renverser le gouvernement du dictateur Fulgencio Batista. Initialement désigné comme médecin du groupe, le Che participe à l'entraînement militaire avec les autres membres du mouvement, à la fin duquel il est désigné par leur instructeur le colonel Alberto Bayo comme la meilleure recrue[27].

Entre temps, Hilda Gadea est arrivée à Mexico et reprend sa liaison avec Guevara. Durant l'été 1955 elle l'informe qu'elle est enceinte, et il lui demande immédiatement le mariage. Leur fille, Hilda Beatríz, naît le 15 février 1956[28].





Ernesto "Che" Guevara fait alors partie des 82 hommes (un des quatre non-Cubains de l'expédition) qui partent avec Fidel Castro en novembre 1956 pour Cuba, sur un petit yacht en mauvais état appelé Granma qui résiste mal au mauvais temps qui sévit durant le voyage. Les guerilleros sont attaqués juste après leur débarquement par l'armée de Batista qui a eu vent de l'expédition. Seule une vingtaine d'hommes survivent à l'expédition et une douzaine rejoignent la Sierra, les autres étant tués au combat ou exécutés sommairement.

Le Che écrit plus tard que pendant cette confrontation il dut abandonner son sac d'équipement médical pour ramasser une caisse de munitions abandonnée par un de ses compagnons en fuite. Plus tard, il se rappelle que ce moment aura été la marque de sa transition de médecin à combattant[29].



Les rebelles survivants se regroupent et fuient dans les montagnes de la Sierra Maestra pour lancer une guérilla contre le régime de Batista. Là, ils sont soutenus par les paysans locaux (guajiros ou montunos) qui souffrent d'abord du régime de Batista, et puis de la répression politique lancée contre la guérilla et ses partisans réels ou supposés qui les affectent directement. Che Guevara agit comme médecin et combattant, en dépit de nombreuses crises d'asthme dues au climat. Le Che souligne l'importance de se faire accepter par la population en fournissant des soins dans les villages isolés ou en alphabétisant les nouvelles recrues au cœur de la jungle.

Leurs forces (en armes et en recrues) augmentent avec le soutien logistique de la partie urbaine du mouvement de 26 juillet (non communiste, le partido socialista popular cubain n'aide Castro qu'à partir du moment où ils sont certains de sa victoire, mi-1958) et des États-Unis (qui voient en Castro une bonne alternative au régime corrompu de Batista et auxquels Castro a dissimulé ses objectifs communistes). L'existence de deux parties dans le mouvement sera très importante dans le futur et créera de nombreuses tensions. Les dirigeants urbains les plus importants étaient Frank País, Vilma Espín, Celia Sánchez, Faustino Pérez, Carlos Franqui, Haydee Santa María, Armando Hart, René Ramos Latour (Daniel), majoritairement démocrates et anticommunistes.

Guevara se montre très strict face aux actes d'indiscipline, de trahison et aux crimes, pas seulement pour sa propre troupe mais aussi envers les soldats ennemis et les paysans qui habitent la zone. Cette partie de sa personnalité est mise en évidence le 17 février 1957, quand les guérilleros découvrent que l'un d'entre eux, Eutimio Guerra, est un traître qui avait donné la localisation du groupe, ce qui avait permis à l'armée régulière de bombarder leur position sur le pic de Caracas et ensuite de les embusquer sur les hauteurs de Espinosas, mettant les rebelles au bord de la déroute. Lors de son arrestation, il est en possession d'armes et d'un sauf-conduit délivrés par l'ennemi. Eutimio demande la mort. Fidel Castro décida donc qu'il soit fusillé pour trahison, mais sans indiquer qui devait l'exécuter. Devant l'indécision générale qui s'ensuivit, ce fut le Che qui l'exécuta, démontrant une froideur et une dureté contre les crimes de guerre qui le rendirent célèbre, ce qui n'empêcha pas Guevara de subir une violente crise d'asthme au lendemain de l'exécution[30],[31]. Une autre version de l'exécution indique que Castro désigne le guérillero Universo pour l'exécuter; Universo et Le Che amènent le traître à l'écart pour ne pas le tuer devant les hommes et Le Che l'exécute en route à un moment qu'il juge opportun.[32]

Entre 1957 et 1958, certaines estimations évaluent que 15 personnes accusées de trahison ou d'espionnage ont été exécutées sur ordre de Guevara, dont l'une d'entre elles exécuté l'une d'entre elles devant sa famille uniquement parce qu'il exprimait son opposition à la révolution selon un guérillero témoin, exilé depuis à Miami[7]. Au contraire, Guevara paraît tolérant face aux erreurs involontaires de ses propres troupes et face aux prisonniers ennemis. Ceci contribuera à la bonne réputation du M26-Sierra et incitera par la suite les soldats ennemis à se rendre plutôt qu'à combattre avec acharnement. De nombreuses fois il intervient auprès de Fidel Castro pour éviter des exécutions[33]. Il soigne lui-même des soldats ennemis et interdit formellement la torture ou l'exécution des prisonniers, qu'il protège avec la même vigueur qu'il a à châtier les traîtres[34],[35]. Un autre témoignage, contradictoire avec les précédents, affirme qu'il a fait fusiller un des gamins guérilleros du maquis cubain parce qu'il avait volé un peu de nourriture[36] .

Durant les premiers mois de 1957 le petit groupe de guérilleros se maintient de manière précaire, avec un appui rare de la population locale. Il est poursuivi par un réseau de paysans-espions (chivatos), par les troupes du gouvernement et doit de plus lutter contre les infiltrations et améliorer la discipline militaire. Il y a une succession de petits combats et d'escarmouches avec peu de pertes de part et d'autre[37].

Fin février paraît dans le New York Times, le journal le plus lu des États-Unis, une interview de Fidel Castro réalisée par Herbert Matthews dans la Sierra Maestra. L'impact est énorme et commence à générer une grande sympathie envers les guérilleros dans l'opinion publique nationale et internationale. Le 28 avril c'est une conférence de presse au sommet du pico Turquino, la montagne la plus haute de Cuba, pour CBS.

Fin mai, l'effectif des guérilleros augmente, atteignant 128 combattants bien armés et entraînés. Le 28 mai se produit une première action d'ampleur, l'attaque de la caserne de El Uvero où meurent 6 guérilleros et 14 soldats avec une grande quantité de blessés des deux côtés. Après le combat, Fidel Castro prend la décision de laisser la charge des blessés à Che Guevara pour ne pas ralentir le groupe principal devant la poursuite des troupes gouvernementales. Guevara s'occupe alors des blessés des deux camps et parvient à un accord sur l'honneur avec le médecin de la caserne afin de laisser sur place les blessés les plus graves à la condition qu'ils soient emprisonnés de manière respectable, pacte que l'armée gouvernementale respectera[38].

Le Che et quatre hommes (Joel Iglesias, Alejandro Oñate («Cantinflas»), «Vilo» et un guide) doivent alors cacher, protéger et soigner sept guérilleros blessés pendant cinquante jours. Dans ce laps de temps, Guevara non seulement les aura tous soignés et protégés, mais aura de plus maintenu la discipline du groupe, recruté neuf autres guérilleros, obtenu le soutien décisif du régisseur d'une grande propriété rurale de la région et établi un système d'approvisionnement et de communication avec Santiago de Cuba. Quand il rejoint le reste des troupes le 17 juillet, le Che est à la tête d'un groupe autonome de 26 hommes. Les rebelles tiennent alors un petit territoire à l'ouest du Pico Turquino avec 200 hommes disciplinés et un bon moral. Fidel Castro décide alors de former une deuxième colonne de 75 hommes, qu'il appellera ensuite quatrième colonne pour tromper l'ennemi sur la quantité de ses troupes. Il promeut Che Guevara au grade de capitaine, puis cinq jours après le désigne commandant de cette colonne. Avant cela seul Fidel Castro avait le grade de commandant. À partir de ce moment, les guérilleros doivent l'appeler « Comandante Che Guevara »[39].



La colonne contient alors quatre pelotons dirigés par Juan Almeida, Ramiro Valdés, Ciro Redondo et Lalo Sardiñas comme commandants en second. Peu après vient Camilo Cienfuegos en remplacement de Sardiñas qui a tué accidentellement un de ses hommes en le menaçant et dont l'exécution a été votée par les guérilléros à une étroite majorité, mais qui a été épargné et dégradé par Guevara. Une étroite amitié naît entre Cienfuegos et le Che.

Guevara se distingue en intégrant dans ses troupes de nombreux guajiros (paysans de l'île) et Afro-cubains, qui constituent alors la catégorie de population la plus marginalisée du pays, à une époque où le racisme et la ségrégation raciale sont encore répandus y compris dans les propres rangs du mouvement du 26 juillet (en 1958, l'accès au parc central de Santa Clara était interdit aux personnes à la peau noire)[40].

Il baptise les nouvelles recrues qui intègrent sa colonne « descamisados » (sans chemises), reprenant l'expression qu'Eva Perón utilisait pour s'adresser aux travailleurs argentins, aussi péjorativement appelés « cabecitas negras » (têtes noires). Une de ces recrues, Enrique Acevedo, un adolescent de quinze ans que Guevara nomme chef de la commission disciplinaire de la colonne, a plus tard écrit ses impressions de l'époque dans un journal :

« Tous le traitent avec grand respect. Il est dur, sec, parfois ironique avec certains. Ses manières sont douces. Quand il donne un ordre on voit qu'il commande vraiment. Il s'accomplit dans l'action[41]. »
La quatrième colonne réussit, grâce à quelques victoires (Bueycito, El Hombrito), à prendre contrôle de la zone de El Hombrito pour y établir une base permanente. Ses membres y construisent un hôpital de campagne, une boulangerie, une cordonnerie et une armurerie afin d'avoir une infrastructure d'appui. Le Che lance le journal El Cubano Libre.

Une des fonctions de la colonne du Che est de détecter et éliminer les espions et les infiltrés ainsi que maintenir l'ordre dans la région, exécutant les bandits qui profitent de la situation pour assassiner, piller et violer, en se faisant souvent passer pour des guérilléros. La stricte discipline dans la colonne fait que de nombreux guérilléros demandent leur transfert sur d'autres colonnes[42], bien qu'en même temps le comportement juste et égalitaire de Guevara, la formation qu'il accorde à ses hommes, depuis l'alphabétisation jusqu'à la littérature politique complète, en fait un groupe fortement solidaire[43].

Les troupes du gouvernement dirigées par Ángel Sánchez Mosquera mènent une politique de guerre sale dans la région. Le 29 novembre 1957 ils attaquent les guérilléros causant deux morts, parmi eux Ciro Redondo. Le Che est blessé (au pied) de même que Cantinflas et cinq autres combattants. La base est complètement détruite et la colonne se repositionne dans un lieu appelé la mesa pour en construire une nouvelle. Elle crée la radio clandestine Radio Rebelde en février 1958. Radio Rebelde diffuse alors des informations pour la population cubaine mais sert aussi de lien entre les différentes colonnes réparties sur l'île[44]. Radio rebelde existe toujours aujourd'hui à Cuba.

Début 1958, Fidel Castro est devenu l'homme le plus sollicité par la presse internationale et des dizaines de journalistes du monde entier viennent à la Sierra Maestra pour l'interviewer. De son côté Che Guevara est devenu, pour la presse qui défend Batista, le personnage central de la guérilla. Evelio Lafferte, un lieutenant de l'armée cubaine fait prisonnier, et qui ensuite est passé guérilléro dans la colonne du Che, se souvient :

« La propagande contre lui (Guevara) était massive ; on disait que c'était un tueur à gages, un criminel pathologique..., un mercenaire qui prêtait ses services au communisme international... Qu'ils utilisaient des méthodes terroristes, qu'ils socialisaient les femmes qui quittaient alors leurs enfants... Ils disaient que les soldats faits prisonniers par les guérilléros étaient attachés à un arbre et se faisaient ouvrir le ventre à la baïonnette[45]. »
En février, l'armée rafle 23 militants du mouvement du 26 juillet et les fusille sur les premiers contreforts de la Sierra Maestra, pour simuler une victoire contre la guérilla. Cet événement est un scandale pour le gouvernement de Batista. Le 16, la guérilla castriste attaque la caserne de Pino del Agua avec des pertes des deux côtés. Peu après arrive le journaliste argentin Jorge Ricardo Masetti de tendance péroniste, qui est un des fondateurs de l'agence de presse cubaine Prensa Latina et l'organisateur à Salta (Argentine) en 1963 de la première tentative de guérilla de Che Guevara hors de Cuba[46].

Le Che entre en conflit avec les dirigeants de la partie urbaine du mouvement du 26 juillet. Ceux-ci le considèrent comme un marxiste extrémiste avec trop d'influence sur Fidel Castro, et lui les considère de droite, avec une conception timide de la lutte et une disposition trop complaisante envers les États-Unis. Soviétophile convaincu[47], il écrit en 1957 à son ami René Ramos Latour : « J'appartiens, de par ma formation idéologique, à ceux qui croient que la solution des problèmes de ce monde est derrière ce que l'on appelle le rideau de fer »[48]. Il s'affirmait également volontiers admirateur du défunt Staline: « Celui qui n'a pas lu les quatorze tomes des écrits de Staline ne peut pas se considérer comme tout à fait communiste[49]. »



Le 27 février 1958, Fidel Castro amplifie les opérations de guérilla en créant trois nouvelles colonnes dirigées par Juan Almeida, son frère Raúl Castro et Camilo Cienfuegos, qui deviennent commandants. Almeida doit agir dans la zone orientale de la Sierra Maestra, Raúl Castro doit ouvrir un deuxième front et s'installer dans la Sierra Cristal, au nord de Santiago de Cuba. En avril Camilo Cienfuegos est désigné chef militaire de la zone entre les villes de Bayamo, Manzanillo et Las Tunas, alors que Castro établit son quartier général à La Plata.

Le 3 mai a lieu une réunion clef du mouvement du 26 juillet où Fidel Castro et la guérilla de la Sierra prennent le commandement sur la partie urbaine plus modérée. Che Guevara, qui eut un rôle important dans cette réorganisation, écrit un article en 1964 sur ces faits :

« Le plus important est que se jugeaient et s'analysaient deux conceptions qui s'affrontaient depuis le début de la guerre. La conception de la guérilla sortie triomphante de l'affrontement, consolidant le prestige et l'autorité de Fidel... Il apparut une seule capacité dirigeante, celle de la Sierra, et concrètement un seul dirigeant, un commandant en chef, Fidel Castro[50]. »

À ce moment, l'armée de Batista, sous les ordres du général Eulogio Cantillo prépare une offensive. Fidel Castro demande alors à Che Guevara de laisser la quatrième colonne et de prendre en charge l'école militaire de Minas del Frío pour l'entraînement des recrues. Le Che reçoit l'ordre de bon gré mal gré mais organise fébrilement cette arrière-garde, construisant même une piste d'atterrissage près de La Plata. Camilo Cienfuegos lui écrit à cette époque : « Che, mon frère d'âme : J'ai reçu ta note, je vois que Fidel t'a mis à la tête de l'école militaire, j'en suis heureux car de cette manière nous aurons dans le futur des soldats de première qualité, quand ils m'ont dit que tu venais "nous faire cadeau de ta présence", ça ne m'a pas plu beaucoup, tu as joué un rôle principal dans ce domaine; si nous avons besoin de toi dans cette étape insurrectionnelle, Cuba aura encore davantage besoin de toi quand la guerre se terminera, donc le géant a bien fait de prendre soin de toi. J'aimerais beaucoup être toujours à tes côtés, tu as été mon chef pendant longtemps et tu le seras toujours. Grâce à toi j'ai l'opportunité d'être maintenant plus utile, je ferai l'indicible pour ne pas te déshonorer. Ton éternel pote. Camilo[51]. »

À Minas del Frío il partagea la vie de Zoila Rodríguez García, une guajira qui vivait dans la Sierra Maestra et qui collaborait activement avec la guérilla comme toute sa famille. Dans un témoignage postérieur, Zoila raconte le genre de relation qu'ils eurent: « Il apparut en moi un amour très grand et très beau, je me compromis avec lui, pas seulement comme combattante mais aussi comme femme. Un jour, il me demanda de lui amener un livre de son sac à dos ; il avait des lettres dorées et je lui demandais si elles étaient d'or. La question lui plut, il rit et me répondit : « C'est un livre sur le communisme ». Ça me donna de la peine de lui demander ce que voulait dire "communisme", parce que je n'avais jamais entendu ce mot[52]. »

Le 6 mai commence l'offensive de l'armée qui compte 10 000 hommes, dont deux tiers de conscrits. Le plan était de déloger avec des bombardements massifs au napalm et à l'explosif les guérilléros qui comptaient 280 hommes et quelques femmes, pour ensuite les encercler dans une nasse de plus en plus étroite. Pendant les premières semaines les forces gouvernementales sont presque au point de défaire la guérilla, qui subit de grandes pertes et la désorganisation de ses filières, alors qu'augmentent le sentiment de défaite et les désertions. De son côté, Che Guevara organise une nouvelle colonne (la « huitième » et baptisé Ciro Redondo en hommage à un de ses lieutenants mort au combat l'année précédente) avec les recrues de l'école de Minas del frio. Quand le 26 juin, Raúl Castro séquestre de sa propre initiative 49 américains, le Che critique sa conduite comme « un extrémisme dangereux »[53].

Cependant les troupes gouvernementales sont incapables de capturer les guérilléros qui se cachent en permanence et reprennent l'offensive. Le 20 juillet, ils obtiennent leur première grande victoire à Jigüe et le même jour la majorité des forces de l'opposition reconnaît Fidel Castro comme commandant en chef. Le 28, la colonne du Che assiège les troupes du gouvernement à Las Vegas, qui fuient alors, abandonnant leur poste. Le 30 meurt au combat René Ramos Latour, principal adversaire du Che au sein du mouvement, ce dernier écrit néanmoins dans son journal : « De profondes divergences idéologiques me séparaient de René Ramos et nous étions ennemis politiques, mais il a su mourir en accomplissant son devoir, en première ligne, et il est mort ainsi parce qu'il a senti une impulsion intérieure que je lui niais, et qu'à cette heure je dois rectifier[54]. »

Le 7 août 1958, l'armée commence son retrait en masse de la Sierra Maestra. La faiblesse de Batista se fait évidente et Fidel Castro décide alors d'étendre la guerre au reste de l'île. Che Guevara et Camilo Cienfuegos doivent marcher vers le nord pour diviser Cuba en deux et attaquer la ville stratégique de Santa Clara, clef pour la route vers La Havane.



Le 31 août 1958 les colonnes de Che Guevara et Camilo Cienfuegos partent à pied vers l'ouest de Cuba. Ils mettent six semaines à arriver dans la zone de l'Escambray, dans la province de Las Villas, au centre de l'île, traversant 600 km de zone marécageuse, poursuivis par les avions et les patrouilles du gouvernement.

Guevara installe son campement sur un relief inaccessible culminant à 630 m[55]. Il crée une nouvelle école militaire pour accueillir les nouvelles recrues, ainsi qu'une centrale hydro-électrique, un hôpital de campagne, des ateliers et un journal El Miliciano.

Dans la zone agissent d'autres forces de guérilla, comme le « Segundo Frente Nacional del Escambray » dirigé par l'espagnol Eloy Gutiérrez Menoyo, le « Directorio Revolucionario », le « Partido Socialista Popular » (communiste) ainsi que les forces locales du mouvement du 26 juillet dirigées par Enrique Oltuski. En général ces forces se querellent et l'unification est impossible. À ce moment, le Che rencontre Aleida March, une militante active du mouvement du 26 juillet anticommuniste, qui devient son épouse et avec qui il a quatre enfants.

Le 3 novembre Batista réalise des élections afin d'atténuer l'opposition généralisée et construire une sortie électorale qui isolerait la guérilla. Ceux-ci et les groupes de l'opposition demandent le boycott des élections qui n'ont qu'une faible participation, délégitimant le candidat élu, Andrés Rivero Agüero.

À Las Villas Che Guevara parachève la formation de la huitième colonne en plaçant aux postes clefs des hommes de confiance, la plupart originaires de milieux modestes. Il y a les hommes de son escorte, Juan Alberto Castellanos, Hermes Peña, Carlos Coello (« Tuma »), Leonardo Tamayo (« Urbano ») et Harry Villegas (« Pombo »). Il y a aussi des soldats qui font partie de son cercle le plus intime, comme Joel Iglesias, Roberto Rodríguez (« el Vaquerito »), Juan Vitalio Acuna (« Vilo »), Orlando Pantoja (« Olo »), Eliseo Reyes, Manuel Hernández Osorio, Jesús Suárez Gayol (« el Rubio »), Orlando Borrego. Beaucoup de ces hommes composent le célèbre commando suicide dirigé par «El Vaquerito», comprenant seulement des volontaires et chargé des missions les plus difficiles[56].

Fin novembre, les troupes du gouvernement attaquent la position de Che Guevara et de Camilo Cienfuegos. Les combats durent une semaine, à la fin duquel l'armée de Batista se retire en désordre et avec beaucoup de pertes en hommes et en matériel. Les guérilleros contre-attaquent, suivant une stratégie d'isolement des garnisons du gouvernement, dynamitant les routes et ponts ferroviaires. Les jours suivants les régiments gouvernementaux capitulent un par un : Fomento, Guayos, Cabaiguán (où le Che se fracture le coude), Placetas, Sancti Spíritus.

Ensuite la colonne de Cienfuegos va prendre Yaguajay, dans une bataille importante qui dure du 21 au 31 décembre, pendant que Guevara s'empare de Remedios et du port de Caibarién le 26 et la caserne de Camajuaní le jour suivant, où les troupes du gouvernement fuient sans combattre.

Le chemin est alors libre pour attaquer Santa Clara, quatrième ville de Cuba et ultime bastion du gouvernement avant La Havane. Batista fortifie la ville et envoie 2 000 soldats et un train blindé sous les ordres de l'officier le plus compétent à sa disposition, le colonel Joaquín Casillas. Au total, les troupes gouvernementales ont 3 200 soldats pour combattre 364 guérilleros[57]. Le 28 décembre commence l'attaque qui fut sanglante (Santa Clara est bombardé par l'aviation de Batista[58]) et dure trois jours dans toute la ville. Durant les combats meurt un des hommes les plus emblématiques de la huitième colonne Roberto Rodríguez, «el Vaquerito». Guevara a établi que la cible prioritaire de la bataille est le train blindé, qui fut pris le 29 au soir.

Ce fait d'armes est une victoire décisive qui entraîne directement la chute de Batista[59]. Apprenant la nouvelle et que ses généraux négocient une paix séparée avec les dirigeants, le dictateur prend la décision de fuir en République dominicaine quelques heures après, accompagné de sa famille, de quelques fonctionnaires, avec parmi eux le président Andrés Rivero Agüero et son frère qui était maire de La Havane.

Les forces rebelles triomphantes dans toute l'île entreprennent de fusiller les criminels de guerre après des jugements sommaires. À Santa Clara le Che donne l'ordre de fusiller entre autres le chef de la police, Cornelio Rojas. Le colonel Joaquín Casillas, qui avait été condamné en 1948 pour l'assassinat d'un syndicaliste Jesús Menéndez et ensuite laissé en liberté, est détenu et meurt dans des circonstances troubles. La version officielle indique que Casillas fut tué alors qu'il essayait de s'échapper, mais il est aussi possible qu'il fut exécuté sur ordre du Che[60].

Le pays est alors paralysé par une grève générale demandée par Fidel Castro. Suivant ses ordres, les colonnes de Che Guevara et Camilo Cienfuegos à la tête de leurs guérilléros (dits Barbudos) se dirigent alors vers La Havane pour occuper les casernes de Columbia et la forteresse de la Cabaña les 2 et 3 janvier.



Le 2 janvier, Che Guevara est nommé par Fidel Castro commandant et « procureur suprême » de la prison de la forteresse de la Cabaña[61]. Pendant les 5 mois à ce poste il décide des arrestations et supervise les jugements qui ne durent souvent qu'une journée et signe les exécutions de 156 à 550 personnes selon les sources[62],[63],[64]. Les accusés sont pour la plupart des officiels du régime de Batista : policiers, hommes politiques ou personnes influentes accusées d'avoir contribué à la répression à laquelle le régime s'était livré notamment en 1958 juste avant sa chute[65], des membres du « bureau de la répression des activités communistes » qui avait recourt à l'enlèvement, la torture et l'assassinat[66], ou des militaires accusés de crime de guerre, mais aussi des dissidents politiques. Seuls les militaires et policiers sont condamnés à mort, les civils étant conduits devant un autre tribunal[67].

Selon un procureur qui travaillait avec Guevara pour ces accusations, les procédures étaient illégales car « les faits étaient jugés sans aucune considération pour les principes judiciaires généraux », « les éléments présentés par l'officier investigateur étaient considérés comme des preuves irréfutables », « il y avait des membres de familles de victimes du régime précédent parmi les jurés » et « Che Guevara était aussi président de la cour d'appel »[68]. À l'inverse les médias, mêmes américains, soulignent que chaque accusé a droit à une défense équitable, à un avocat et des témoins, et que les procès sont publics[58],[69]. Malgré tout l'aumônier de la prison affirme que des dizaines d'innocents ont été exécutés[70].Alors que selon une autre source, au contraire, le père franciscain chargé d'assister les fusillés aurait avoué au Che que ceux-ci confessaient des crimes plus grands encore que ceux pour lesquels ils étaient condamnés [71]. Ces exécutions inquiètent beaucoup les démocrates à Cuba et dans le monde, et entraînent des protestations (surtout aux États-Unis). Cependant Herbert Matthews, du New York Times, rapporte qu'il ne connaît pas d'exemple d'innocent exécuté et fait remarquer que « lorsque les batistains tuaient leurs adversaires - généralement après les avoir torturés - à un rythme effrayant, il n'y avait pas eu de protestations américaines »[72]. Fidel Castro en visite aux États-Unis demande alors une suspension des exécutions. Le Che n'est pas d'accord avec la mesure, prétextant que « le frein des conventions bourgeoises sur les droits de l'homme avait été la raison de la chute du régime d'Arbenz au Guatemala » et que « les condamnations suivaient un jugement qui permettait la défense et portait la signature des responsables, à la différence des assassinats des dictatures latino-américaines qui n'avaient soulevé aucune protestation de la part de la presse ou du gouvernement des États-Unis, alors qu'ils avaient lieu après de terribles tortures, dans l'anonymat, et souvent sans que l'on retrouve les cadavres »[73]. Le degré d'implication de Guevara qui a mis en œuvre le quart de ces exécutions est toujours débattu[74].

Le 7 février 1959 le nouveau gouvernement proclame Che Guevara « citoyen cubain de naissance » en reconnaissance de son rôle dans le triomphe des forces révolutionnaires. Le 22 mai 1959 le divorce avec Hilda Gadea (avec laquelle il s'est séparé avant même son départ pour Cuba) est prononcé, ce qui lui permet de régulariser sa situation avec Aleida March, une cubaine du mouvement du 26 juillet, qu'il a rencontrée dans la province de Las Villas en 1958 et qu'il épouse le 2 juin de la même année. Fidel Castro modifie la constitution du pays pour permettre à un étranger s'étant particulièrement illustré durant la guérilla et ayant reçu le grade de Commandant de pouvoir être membre du gouvernement. Cette modification ne concerne que l'Argentin Guevara.

Le 7 octobre, Che Guevara assisté de son second Nathanael Bennoit, devient un des dirigeants de l'institut national de la réforme agraire. Il devient également président de la banque nationale de Cuba le 26 novembre. Ce dernier poste était un peu ironique, car le Che condamne l'argent et rêve de son abolition[75]. La signature sur les billets de banque ne portera d’ailleurs que son surnom « Che »[76]. La nomination de Guevara a ce poste par Castro alors qu'il n'a aucune formation économique est politique : le Che sera en position stratégique pour affronter les intérêts nord-américains. Sa nomination est d'ailleurs interprétée comme une provocation par le gouvernement américain qui suspend ses crédits à l'importation[77].

Dès cette année 1959, il aide à organiser des expéditions révolutionnaires à Panamá et en République dominicaine, expéditions qui échoueront toutes[78],[79].

À cette époque renaît son goût pour les échecs. Il participe à la plupart des tournois ayant lieu à Cuba tout en promouvant ce jeu[80],[81].

Il visite Tokyo en juin 1959 pour évaluer la réforme agraire radicale effectuée par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Il note à cette occasion que la réforme agraire cubaine offre plus de propriétés privées et un meilleur taux de compensation que la réforme ayant eu lieu au Japon[82]. Malgré ces propos, Cuba voit la plupart de ses activités nationalisées et les libertés individuelles restreintes. De nombreux démocrates sont emprisonnés, les départs en exil se multiplient (chiffre qui atteindra 100 000 en 1961[83]) et les journaux et chaînes de télé d'opposition sont censurées où repris en main par des partisans de Castro[84]. Le régime devient de plus en plus autoritaire, en partie pour appliquer ses réformes communistes, mais aussi en réaction aux pressions américaines et d'une invasion qui semble inévitable au gouvernement cubain[85].

En mars 1960 Guevara fait partie des premiers secours aux victimes de l'explosion de la Coubre, un navire rempli d'armes à destination du gouvernement cubain. Cette opération de secours devient encore plus dangereuse quand une deuxième explosion fait plus d'une centaine de morts[86]. Les causes de la double explosion ne seront jamais clairement établies. Le gouvernement cubain accusera la CIA[87] et William Alexander Morgan, un ancien rival du Che dans la lutte contre Batista et soupçonné d'être un agent américain[88]. Les exilés cubains (anticastristes) avanceront également la théorie que le sabotage a été organisé par des opposants soviétiques à Guevara[89]. C'est au service commémoratif des victimes que la célèbre photo d'Alberto Korda du Che sera prise.

En mai 1960 Guevara a un rôle clef en tant que président de la banque centrale dans l'escalade de la tension entre Cuba et les États-Unis. Lorsque le gouvernement américain refuse que ses compagnies nationales raffinent du pétrole soviétique, il les menace de ne pas payer la dette cubaine de pétrole et de nationaliser les raffineries. Lorsque les États-Unis refusent de céder, les menaces sont mises à exécution en juillet 1960. Les nationalisations sont immédiatement suivies d'une annulation des accords commerciaux sur les achats du sucre cubains par les États-Unis[90]. La vision idéaliste du rôle de l'argent dans la société humaine et le rôle de redistribution des richesses qu'il assigne à la banque nationale change complètement les objectifs de celle-ci[91] mais la mènera à la faillite[36].

Après avoir négocié un accord commercial avec l'Union soviétique en 1960, Che Guevara représente Cuba dans de nombreuses délégations auprès de pays du bloc communiste ou du mouvement des non-alignés en Afrique et en Asie suite à l'imposition de restrictions commerciales. Ces restrictions se transforment en un embargo des États-Unis contre Cuba en 1962 qui est toujours en application en 2008.

Guevara est l’instigateur du système cubain de camps de travail forcé (appelés « camps de travail correctif ») en 1960-1961, et créé le premier de ceux-ci à Guanahacabibes afin de rééduquer les responsables des entreprises publiques qui étaient coupables de diverses entorses à l’éthique révolutionnaire[92].



Guevara devient le 23 février 1961 ministre de l'Industrie. Il s'attelle à transformer l'économie capitaliste agraire de Cuba en économie socialiste industrielle. Il est l'un des participants actifs aux nombreuses réformes économiques et sociales mises en place par le gouvernement. Le Che devient alors célèbre dans le monde pour ses attaques enflammées sur la politique étrangère des États-Unis en Afrique, en Asie (guerre du Vietnam) mais surtout en Amérique latine.

Pendant cette période, il définit la politique cubaine et sa propre opinion dans de nombreux discours, articles, lettres et essais. Dans son livre La Guerre de guérilla (1961), il promeut la réédition dans d'autres pays de la révolution cubaine, préconisant de commencer la rébellion par de petits groupes (foco) de guérillas de paysans sans besoin de grandes organisations pour attaquer le gouvernement. Sa stratégie est ensuite de générer un sentiment révolutionnaire dans la population en augmentant l'échelle de la guérilla par étapes, avant de lancer une insurrection armée. Cependant ce modèle de « révolution à la cubaine » en Bolivie et ailleurs sera un échec à cause, selon certains, de son manque de soutien populaire. Cette stratégie est considérée aujourd'hui comme ineffective. Elle avait fonctionné à Cuba parce que la population voulait se débarrasser de Batista et parce que les fondations d'une révolution avaient déjà été jetées par d'autres tel que Frank País (assassiné par la police de Batista en 1958). Tout ce dont la population cubaine avait eu besoin lors de la révolution était une avant garde pour les inspirer.

Son essai Le socialisme et l'homme à Cuba (1965) avance le besoin d'un « homme nouveau » (hombre nuevo) en conjonction avec l'état socialiste. C’est-à-dire plus qu'il préconise une révolution personnelle et morale en plus d'une simple révolution économique. L'apport d'une activité à la société par un être humain, en plus de son activité rémunérée, se transforme en une valeur exemplaire, source de solidarité. Pour le Che la société communiste idéale n'est pas possible sans que le peuple n'évolue en cet « homme nouveau » et l’État socialiste n'est selon lui qu'une première nécessité, une échelle destinée à être grimpée puis abandonnée dans une société d'égaux sans gouvernements ni États. Toute société qui fonctionne uniquement sur la récompense matérielle, que ce soit une économie socialiste soviétique ou capitaliste serait ainsi vouée à l'échec[93].

En tant qu'officiel du gouvernement et toujours aussi conscient de la valeur de l'exemple, Che Guevara s'emploie à démontrer ce que doit être cet « homme nouveau ». Il passe régulièrement ses week-ends et soirées au travail volontaire, que ce soit dans les usines de textiles, sur les ports ou à la récolte de la canne à sucre. Il pense que cela permet de garder un contact direct entre le peuple et ses dirigeants[94] et aussi qu'un tel sacrifice et une telle implication de la part du peuple sont nécessaires pour atteindre le communisme à travers une société socialiste.

Che Guevara sera aussi connu pour son austérité personnelle, son niveau de vie et ses habitudes simples, bien que vivant dans les quartiers privés de la capitale[36]. Il déteste tout favoritisme lié au rang (comme c'était déjà le cas lors de la guérilla). Par exemple lorsqu'il devient membre du gouvernement, il refuse une augmentation de salaire, préférant garder sa paye de « commandante » de l'armée. Cette austérité se manifeste aussi par un mépris des richesses qu'il démontre de nombreuses fois, un exemple marquant étant lors d'un dîner avec des officiels communistes en URSS, où lorsque le repas est servi dans de la porcelaine de valeur, le Che fait remarquer sarcastiquement à ses hôtes « Est-ce de cette façon que vit le prolétariat en Russie ? » Certains voient Che Guevara comme le modèle à la fois austère et « glamour » de cet « homme nouveau »[95].

Guevara ne participe pas à la défense de Cuba lors du débarquement de la baie des Cochons en 1961. Il est alors placé à la défense d'une autre partie de l'île et blessé accidentellement par sa propre arme[96].

Il joue un rôle clef dans la crise des missiles de Cuba en négociant en 1962 à Moscou avec Raúl Castro auprès des Russes l'implantation de missiles balistiques nucléaires sur l'île. Che Guevara pense alors que l'installation de missiles soviétiques peut protéger Cuba de toute attaque militaire américaine. Dans une interview au journal britannique le Daily Worker quelques semaines après la fin de la crise, il déclarera tout en fulminant contre le recul soviétique, à moitié en plaisantant, que si les missiles avaient été sous contrôle cubain, ils les auraient utilisés[97].

Il est confronté à de nombreuses difficultés dans ses tâches de réforme. L'économie cubaine est souvent archaïque et décousue, donc peu encline à une rationalisation des moyens de production. En outre, Guevara fait de la lutte contre la bureaucratie naissante une de ses priorités. Le matériel envoyé par le bloc soviétique est souvent de mauvaise qualité ou obsolète. C'est à ce moment que Guevara commence à comprendre la réalité derrière les discours officiels et à perdre la foi envers le modèle soviétique et stalinien qui l'animait depuis le Guatemala, pour développer sa propre idéologie du communisme[98].

En plus de ces problèmes, et suite à l'embargo américain et à l'entrée de Cuba dans le COMECON, l'industrialisation massive est abandonnée. L'île reste un fournisseur agricole, mais cette fois-ci pour le bloc de l’Est.



En décembre 1964 Che Guevara voyage à New York comme chef de la délégation cubaine à l'ONU où il prononce le 11 décembre un discours à l'assemblée générale contre la politique étrangère américaine[99], participe à une émission télé et rencontre des personnalités aussi différentes que le sénateur Eugene McCarthy, des compagnons de Malcolm X ou les Rockefeller[100]. Le 17 décembre, il commence une tournée internationale de 3 mois au cours de laquelle il visite la Chine, l'Égypte, l'Algérie, le Ghana, la Guinée, le Mali, le Bénin, la République du Congo et la Tanzanie, avec des étapes en Irlande, Paris et Prague. À Pyongyang, il déclare que la Corée du Nord est un « modèle dont Cuba devrait s'inspirer »[101]. À Alger, le 24 février, il fait son dernier discours sur le devant de la scène internationale où il déclare : « Il n'y a pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons pas rester indifférents face à ce qui se passe dans n'importe quelle partie du monde. La victoire de n'importe quel pays contre l'impérialisme est notre victoire, tout comme la défaite de quelque pays que ce soit est notre défaite[102]. »

Il étonne alors son audience en proclamant « Les pays socialistes ont le devoir moral d'arrêter leur complicité tacite avec les pays de l'ouest exploiteurs[102]. »


Deux semaines après son retour à Cuba où il est accueilli par Fidel et Raul Castro, il disparaît littéralement de la vie publique. Son activité en 1965 est un grand mystère étant donné qu'il est à l'époque considéré comme le numéro deux du gouvernement.

Les causes de sa disparition sont toujours controversées et peuvent être attribuées à diverses raisons :

  • échec de l'industrialisation ;
  • la pression des Soviétiques et d'une partie des responsables cubains sur Castro. En effet, ceux-ci désapprouvaient l'alignement économique et idéologique communiste pro-chinois du Che, surtout à une époque où se creusait le conflit sino-soviétique et où l'économie cubaine dépendait de plus en plus de l'Union soviétique. Guevara était considéré par beaucoup comme un avocat de la stratégie maoïste en Amérique du Sud. Ses détracteurs comparaient son plan d'industrialisation au grand Bond en avant chinois ;
  • d'autres suggèrent que Castro avait pris ombrage de la popularité de Guevara et commençait à le considérer comme une menace. Ils trouvent suspectes ses explications sur sa disparition et sont surpris que le Che n'ait jamais fait une annonce publique de ses intentions.
Après la crise des missiles cubains et ce qu'il a pris comme une trahison de Khrouchtchev qui a donné son accord au retrait des missiles sans consulter Castro, Che Guevara est devenu sceptique quant au rôle de l'URSS. Comme révélé dans son dernier discours à Alger, il en est venu à la conclusion que l'hémisphère Nord, mené par les États-Unis dans l'ouest et l'URSS dans l'est, exploite l'hémisphère Sud. Il soutient le Vietnam du Nord dans la guerre du Vietnam et encourage les peuples des autres pays en voie de développement à prendre les armes et a créer « de nombreux Viêt Nam »[103]. Cependant, aussi bien Guevara que Castro sont partisans d'un « front anti-impérialiste uni » et tentent à plusieurs reprises de réconcilier l'Union Soviétique et la Chine.

Pressé par la spéculation internationale et les rumeurs quant au destin du Che, Fidel Castro déclare le 16 juin 1965 que le peuple sera informé à propos du Che quand lui-même l'aura décidé. Le 3 octobre, Castro dévoile une lettre non datée, écrite par Guevara à son attention, dans laquelle il réaffirme sa solidarité avec la révolution cubaine mais déclare son intention de partir combattre à l'étranger pour la révolution[104]. Il annonce également sa démission de tous ses postes au gouvernement, au parti et dans l'armée. Il renonce aussi à la citoyenneté cubaine qui lui a été donnée. Castro révèlera peu après qu'il savait où Guevara était mais qu'il ne le dirait pas, ajoutant que son ancien compagnon d'armes était en bonne santé.

Malgré les assurances de Castro, la destinée de Che Guevara reste un mystère et un secret bien gardé pour les deux années à venir.



Pendant leur réunion durant la nuit du 14 au 15 mars 1965, Guevara et Castro se sont mis d'accord pour que le Che mène personnellement la première action militaire cubaine en Afrique sub-saharienne. Des sources mentionnent que Guevara aurait convaincu Castro à le soutenir dans son effort tandis que d'autres sources maintiennent que c'est Castro qui aurait convaincu Guevara d'entreprendre cette mission, argumentant que les pays d'Amérique latine visés n'étaient pas encore dans les conditions voulues pour y établir des focos (« foyers ») de guérilla[105]. Castro lui-même affirmera que la dernière version était la bonne[106] .

D'après Ahmed Ben Bella, qui était président d'Algérie à l'époque et avait beaucoup discuté avec Guevara, « La situation en Afrique semblait avoir un énorme potentiel révolutionnaire, ce qui amena le Che à la conclusion que l'Afrique était le maillon faible de l'impérialisme. C'est à l'Afrique qu'il décida de dédier ses efforts[107]. »

L'opération cubaine est planifiée pour aider le mouvement marxiste Simba pro-Patrice Lumumba (dont l'assassinat en 1961 avait indigné Guevara) au Congo-Kinshasa (ancien Congo belge, futur Zaïre et actuelle République démocratique du Congo). Guevara, son second Victor Dreke et 12 Cubains arrivent au Congo le 24 avril 1965. Un contingent d'environ 100 Afro-Cubains les rejoint peu après. L'arrivée du Che est tenue secrète même pour les membres de la guérilla congolaise[108],[109].

Ils collaborent un moment avec le dirigeant Laurent-Désiré Kabila, avec qui ils organisent le maquis d'Hewa Bora. Kabila aide alors les partisans de Lumumba à mener une révolte qui est éliminée en novembre de la même année par l'armée congolaise. Guevara considère bientôt Kabila comme insignifiant et écrit : « Rien ne m'amène à penser qu'il soit l'homme providentiel »[110].

Bien que le Che ait 37 ans et aucune formation militaire classique (il avait été réformé du service militaire argentin à cause de son asthme, chose dont il était fier à cause de son opposition au gouvernement Perón), il a déjà fait l'expérience de la guérilla cubaine et de sa marche décisive sur Santa Clara. Des mercenaires sud-africains tels que Mike Hoare et des exilés cubains opposés au régime castriste travaillent avec l'armée régulière congolaise pour lutter contre Guevara. Ils réussissent à intercepter ses communications, tendent des embuscades contre les rebelles à chaque fois qu'ils tentent une attaque et coupent ses lignes d'approvisionnement[111],[112]. Bien que Guevara tente de dissimuler sa présence au Congo, le gouvernement US est informé de sa localisation et de ses activités. En effet, le National Security Agency (NSA) intercepte toutes ses transmissions grâce à l'équipement du USNS Valdez, un navire d'écoute de l'océan indien.

Le but du Che est d'exporter la révolution cubaine en formant les combattants Simba à l'idéologie communiste et aux stratégies du combat de guérilla. Mais l'incompétence, l'intransigeance, les rivalités internes des rebelles congolais sont citées dans son journal du Congo comme les raisons principales de l'échec de la révolte[113]. Au lieu de s'assurer le soutien des populations locales, les combattants congolais pillent parfois des villages et tuent des civils. Le commandement unique n'existe pas et les chefs locaux rivalisent entre eux pour obtenir argent et matériel qu'ils emploient pour leur profit personnel. Certains responsables de la guérilla sont même assassinés par des rivaux. Enfin, les troupes inexpérimentées croient plus en la sorcellerie qu'à l'instruction militaire des Cubains, ce qui entraînera défaite sur défaite[114].

Après sept mois de frustration, malade de la dysenterie et souffrant de l'asthme, débordé par les troupes de Mobutu, Guevara quitte le Congo avec les survivants cubains (six membres de sa colonne sont morts sur 200). Ils doivent abandonner une bonne partie des combattants congolais faute de place dans les embarcations qui retraversent le lac Tanganyika[115]. À un moment, le Che estime devoir rester seul pour combattre jusqu'au bout comme exemple pour la révolution. Il en est dissuadé par ses compagnons et deux émissaires spéciaux envoyés par Castro. Quelques semaines plus tard, quand il écrit la préface de son journal du Congo, il la commence avec les mots: « Ceci est l'histoire d'un échec »[116].



Parce que Castro a rendu publique la « lettre d'adieu » du Che dans laquelle il coupait tout lien avec Cuba pour se dédier à ses activités révolutionnaires ailleurs dans le monde (alors qu'elle n'aurait dû être dévoilée que dans le cas de sa mort), celui-ci sent qu'il ne pourra pas revenir à Cuba pour des raisons morales. Il passe les 6 mois suivants dans la clandestinité à Dar es Salam et Prague où il compile ses mémoires sur le Congo et les manuscrits de deux livres, un de philosophie[117] et un d'économie[118]. Il visite aussi plusieurs pays d'Europe de l’Ouest dans le but de tester une nouvelle fausse identité et les documents (passeport, etc.) créés pour lui à cet effet par le DGI, les services spéciaux Cubains, en vue de son futur voyage en Amérique du Sud.

Pendant cette période, Castro continue à demander son retour à Cuba. Guevara y consent mais à condition que sa présence à Cuba reste secrète et que son séjour serve à organiser une nouvelle révolution quelque part en Amérique du Sud. Afin d'éviter tout risque de fuite, c'est même déguisé et à leur insu qu'il visitera ses enfants[119].

Le Che hésite beaucoup à commencer une guérilla en Argentine, son pays natal, mais en est dissuadé par Fidel Castro qui pense que l'armée argentine est beaucoup plus efficace que la bolivienne[120].

En 1966 et 1967 la localisation du Che est toujours tenue secrète. Des représentants du mouvement d'indépendance du Mozambique disent avoir rencontré Guevara fin 1966 ou début 1967 à Dar es Salam, où ils auraient rejeté son offre d'assistance à leur révolution[121]. Dans un discours en mai 1967, le ministre de la Défense de Cuba annonce que Guevara « sert la révolution quelque part en Amérique du Sud ».





En 1966 la Bolivie est gouvernée par une dictature militaire dirigée par le général René Barrientos, qui avait renversé dans un coup d'État le président élu Víctor Paz Estenssoro et mis fin à la révolution de 1952.

À la demande de Castro, un terrain est acheté dans la jungle de la région isolée et montagneuse de Ñancahuazú par le parti communiste bolivien pour servir de camp d'entraînement. Ce camp est situé dans une zone géographique très éloignée des demandes de Guevara qui s'incline néanmoins afin de ne pas perdre de temps. Il y arrive le 7 novembre 1966, jour où commence son Journal de Bolivie. Auparavant, c'est déguisé en prêtre qu'il est allé rencontrer Juan Perón exilé à Madrid afin d'essayer d'obtenir sans succès l'assistance des péronistes argentins dans la guérilla bolivienne[122].

Le groupe de 47 guérilleros est composé en majorité de Boliviens mais aussi de seize Cubains de l'entourage très proche de Guevara et de quelques Péruviens et Argentins. Le groupe prend le nom d'ELN (Ejército de Liberación Nacional : armée de libération nationale) avec des groupes d'appui en milieu urbain.

Peu sera accompli pour créer une véritable armée de guérilla, qui ne recueillit jamais l'adhésion de la paysannerie[123]. Guevara pensait avoir l'assistance des dissidents locaux. Or, le parti communiste local est plus tourné vers Moscou que La Havane et ne l'aide pas malgré ses promesses[124]. De plus, l'inflexibilité du Che qui refuse de laisser le contrôle de la guérilla au PC bolivien plutôt que faire un compromis n'aide pas à conclure un accord avec le secrétaire général Mario Monje qui vient les rencontrer clandestinement[125]. Cette tendance existait déjà lors de la campagne cubaine mais avait été limitée par la diplomatie de Castro[126]. L'agent de liaison principal à La Paz, Haydee Tamara Bunke Bider dite « Tania », l'unique femme du groupe, est une ancienne membre de la Stasi, aussi considérée comme un agent du KGB. Cette dernière aurait inconsciemment ou non aidé les intérêts soviétiques en mettant les autorités boliviennes sur la piste de Guevara[127].

Le 9 mars 1967 des militaires en congé et en civil allant pêcher rencontrent des guérilléros (la rencontre est pacifique) et le 11, deux déserteurs de l'ELN sont capturés, ce qui alerte le gouvernement bolivien qui demande alors l'aide des États-Unis et des pays voisins. Sur indications des déserteurs, le campement est découvert, ainsi que peu après de nombreuses caches qui contiennent documents, vivres et photos qui servent à l'identification du Che par la CIA. Les guérilléros doivent abandonner leur campement pour échapper à un encerclement de l'armée bolivienne et prendre dans leurs rangs des membres de la section de soutien urbain comprenant Tania, le Français Régis Debray et l'Argentin Ciro Bustos[128].

Le 23 mars, les forces de Guevara sortent victorieuses de premières escarmouches contre l'armée régulière beaucoup moins expérimentée dans un terrain difficile et montagneux. Mais, les guérilléros ne disposent plus d'un contact radio constant avec La Havane car les deux transmetteurs fournis sont défectueux (sur ce point et sur beaucoup d'autres, l'inorganisation et le manque de préparation ont fait que certains historiens suspectent même un sabotage)[129]. L'unique lien des guérilléros avec le monde n'est plus qu'un vulgaire récepteur radio. Malgré la nature violente du conflit, Guevara donne des soins médicaux à tous les soldats boliviens blessés et relâche tous les prisonniers[130].

Le Che divise ses forces le 17 avril, afin d'extraire de la zone Régis Debray et Ciro Bustos qui ne supportent plus les conditions de vie de la guérilla et pour qu'ils puissent transmettre des messages à Cuba et aux communistes argentins[128]. Guevara met Juan Vitalio Acuña Núñez («Vilo») au commandement de la deuxième colonne. Les deux groupes ne peuvent se retrouver au point de rencontre prévu trois jours après, car Vilo a été obligé de se déplacer en raison de la proximité de l'armée bolivienne. En l'absence d'un lieu de rendez-vous alternatif et n'ayant aucun moyen de communications entre eux, ils ne pourront jamais se réunir à nouveau.

C'est à cette période que Guevara écrit le Message aux peuples du monde qui est lu à la réunion tricontinentale (Asie, Afrique et Amérique Latine) à Cuba, et qui contient ses affirmations les plus radicales et accablantes : il y propose une guerre mondiale ouverte contre les États-Unis, en pleine contradiction avec la coexistence pacifique prônée par l'Union Soviétique et les partis communistes d'Amérique latine. Le Che commence le document avec une de ses phrases les plus célèbres:

« Créer deux, trois... de nombreux Vietnam, telle est la consigne[131],[36]. »
L'ELN est durement frappé le 20 avril lorsque Régis Debray et Ciro Bustos sont capturés. Tous deux sont torturés par les forces gouvernementales et livrent des informations clefs[132] dont la confirmation de la présence du Che en Bolivie. Les preuves d'un accord de Debray avec la CIA (informations contre arrêt des tortures et promesse d'une peine clémente) ont été découvertes[133] ; d'autres évoquent également d'informations et de dessins donnés par Bustos en échange d'un traitement de faveur pour l'identification du groupe. Aucune version n'a pu être confirmée à ce jour, mais il semble vraissemblable qu'un ensemble de renseignements, suite à leurs interrogatoires respectifs aient permis de rassembler assez d'éléments pour permettre aux forces boliviennes d'identifier, tracer et intercepter le groupe . Ciro Bustos vit quant à lui en exil en Suède[134].

Guevara pense avoir uniquement affaire à l'armée bolivienne, mal entraînée et mal équipée. Cependant, quand le gouvernement américain apprend sa localisation, la CIA et les Special Forces (incluant un bataillon de United States Army Rangers basé non loin de la zone de guérilla), sont envoyés pour entraîner et soutenir les militaires boliviens[135],[136]. En mai, l'armée arrête les paysans soupçonnés d'aider les guérilléros et a auparavant enlevé les médicaments contre l'asthme de tous les hôpitaux de la région[128].

De nombreux combats ont lieu durant l'été et le 1er août la CIA envoie deux agents cubano-américains pour renforcer la recherche de Guevara, Gustavo Villoldo et Félix Rodríguez, ce dernier avait précédemment infiltré Cuba pour préparer l'invasion de la baie des cochons[137],[138]. Le 31, la colonne de Vilo Acuña qui inclut Tania est prise dans une embuscade alors qu'elle traverse une rivière et tous sont tués sauf un[139], Restituto Cabrera, qui réussit à s'échapper mais est capturé et exécuté sommairement le 4 septembre[140]. Leurs corps sont d'abord exposés comme trophées puis enterrés clandestinement.

Le dernier contact de la partie urbaine de l'ELN est arrêté le 15 septembre, alors que le dernier membre des services secrets cubains a été inexplicablement rappelé au pays par son chef, Manuel Pineiro, pro-soviétique et opposant à Che Guevara. Contrairement à ce qui c'était passé au Congo, aucune tentative n'est faite par Cuba pour aller secourir ou aider Guevara et ses hommes[141]. Isolée, la colonne du Che est physiquement à bout, n'a plus d'eau potable et doit parfois porter son chef qui souffre de terribles crises d'asthme. Malgré tout, Guevara a toujours la même volonté et pousse toujours ses hommes en avant, comme lors du passage d'un précipice que les autres jugent impossible, mais qu'il franchit malgré son état :

« Imbécile, il n'y a rien d'impossible dans cette vie, tout est possible, les impossibilités c'est l'homme qui les fait et c'est l'homme qui doit les dépasser ! »[142]
Le groupe voit sa retraite coupée vers le Río Grande, ce qui l'oblige à remonter dans les montagnes vers le petit village de La Higuera où l'avant-garde est prise en embuscade et perd trois hommes le 26 septembre. Les 17 survivants s'échappent une fois de plus et le 7 octobre commencent à redescendre vers le Río Grande.



Les forces spéciales boliviennes apprennent par un informateur le lieu du campement de la guérilla. Plus de 1 800 soldats sont arrivés au village de La Higuera. Le 8 octobre 1967, le campement est encerclé dans le ravin de Quebrada del Yuro et Guevara ordonne de diviser le groupe en deux, envoyant les malades en arrière et restant avec le reste des guérilleros pour retenir les troupes boliviennes[143].

Après trois heures de combat, le Che est capturé avec Simón Cuba Sarabia. Il se rend après avoir été blessé aux jambes et que la culasse de son fusil a été détruite par une balle. Selon les soldats boliviens présents, il aurait crié : « Ne tirez pas, je suis Che Guevara et j'ai plus de valeur pour vous vivant que mort »[144] ou « Il vaut mieux que vous ne me tuiez pas, je suis le Che »[128]. Cette déclaration est en totale contradiction avec le comportement du Che lors de la guérilla cubaine qu'il voulait toujours exemplaire, mais pourrait être expliquée par le fait qu'il pensait que la situation était sans issue[145]. Une autre version de sa capture indique que ce n'est qu'une fois arrêté qu'il aurait simplement murmuré « Je suis Che Guevara » pendant que les soldats cherchaient la confirmation leurs identités dans la documentation fournie par la C.I.A. et les services secrets boliviens [146] Le groupe de guérilleros est dispersé. Trois hommes sont morts et un autre gravement blessé, les autres sont capturés ou tués par l'armée les jours suivants. Cinq parviennent finalement à atteindre la frontière chilienne et sont alors protégés et évacués par le sénateur socialiste Salvador Allende[147] après avoir perdu un de leurs compagnons grièvement blessé par l'armée bolivienne qu'ils avaient alors dû achever. Selon Harry Villegas («Pombo»), un des survivants, si Guevara avait choisi de fuir avec eux, il aurait survécu[148].

Quand il est emmené et qu'il voit des soldats boliviens qui ont été aussi blessés dans l'affrontement, Guevara propose de les soigner, mais son offre est refusée par l'officier responsable[149]. Les deux prisonniers sont emmenés dans une école abandonnée dans le village voisin de La Higuera. Les corps des autres guérilleros y sont entreposés et Juan Pablo Chang capturé le lendemain, y est détenu au milieu des cadavres. Le 9 octobre au matin, le gouvernement de Bolivie annonce la mort de Che Guevara la veille dans des combats. Au même moment arrive à La Higuera le colonel Joaquín Zenteno Anaya et l'agent de la CIA Félix Rodríguez. A 13h00, le président Barrientos donne l'ordre d'exécuter les guérilléros. Même s'il n'a jamais justifié sa décision, des collaborateurs pensent qu'il ne voulait pas d'un procès public qui aurait attiré l'attention internationale non désirée sur la Bolivie comme cela fut le cas lors du procès Debray. Il ne voulait pas non plus que le Che soit condamné à une peine de prison et qu'il puisse être relâché, comme Castro en son temps.

Il existe des doutes et de nombreuses versions sur le degré d'influence de la CIA et des États-Unis dans cette décision. Le président Barrientos voit l'ambassadeur des États-Unis la veille de l'exécution du Che[128]. Des documents de l'agence déclassifiés sous la présidence de Bill Clinton montrent que la CIA voulait éviter que l'aventure de Guevara en Bolivie se termine par sa mort[150] mais d'autres sources montrent qu'au contraire la CIA aurait fait pression pour que Guevara soit fusillé[151]. Ce qui est certain c'est que la CIA était sur les lieux au moment de la mort du Che.

De même plusieurs versions existent sur qui a donné l'ordre d'exécuter Guevara. Selon certaines sources, c'est l'agent Rodríguez qui reçoit l'ordre d'exécuter Guevara par radio de Zenteno et les transmet aux officiels cubains présents sur place[152]. Selon d'autres témoignages dont celui du pentagone, c'est le capitaine Gary Prado Salmon, chef des rangers boliviens qui a décidé d'exécuter le Che, ou selon d'autres biographes, son supérieur, le colonel Zenteno qui lui en a donné l'ordre, sur instruction de Barrientos[153]. Rodriguez raconte qu'il a reçu l'ordre de maintenir Guevara vivant pour l'interroger lorsque la CIA apprend la capture. Un hélicoptère et un avion étaient affrétés pour pouvoir l'amener au Panamá mais le colonel Joaquin Zentena, commandant les forces boliviennes dit qu'il n'avait d'autre choix que d'obéir à ses supérieurs.

Rodríguez donne les instructions pour l'exécution à Mario Terán, un sergent de l'armée bolivienne, afin de ne pas le défigurer et que les blessures infligées à Guevara aient l'air d'avoir été au combat[154]. Selon les versions, Teràn avait été désigné pour tuer Guevara par le hasard d'un tirage à la courte paille parce qu'une querelle sur qui aurait ce « privilège » avait eu lieu dans la troupe, ou sur ordre direct du colonel Zenteno. Dans le récit de Rodriguez, c'est lui qui annonce son exécution à Che Guevara. Ce dernier lui confie un message pour sa femme, les deux hommes s'embrassent puis Rodriguez quitte l'école[155]. Cette version est contestée par le chef des forces spéciales boliviennes, le capitaine Gary Prado, qui souligne au contraire que Rodriguez n'avait eu qu'un seul échange avec Guevara : Rodriguez avait menacé le Che qui lui avait en réponse craché au visage en l'accusant d'être un traître[156].

Entre temps de nombreuses personnes ont pu venir rendre visite à Guevara, dont l'institutrice du village qui lui apporte à manger et rapporte une réponse du Che lors de sa dernière discussion avec lui :

«Pourquoi avec votre physique, votre intelligence, votre famille et vos responsabilités vous êtes vous mis dans une situation pareille ?
- Pour mes idéaux»[128]
Peu avant le Che, Simeón Cuba et Juan Pablo Chang sont exécutés sommairement.

En 1977, la revue Paris Match publie un entretien avec Mario Terán qui relate les derniers instants de Che Guevara :

«Je suis resté 40 minutes avant d'exécuter l'ordre. J'ai été voir le colonel Pérez en espérant que l'ordre avait été annulé. Mais le colonel est devenu furieux. C'est ainsi que ça s'est passé. Ça a été le pire moment de ma vie. Quand je suis arrivé, le Che était assis sur un banc. Quand il m'a vu il a dit «Vous êtes venu pour me tuer». Je me suis senti intimidé et j'ai baissé la tête sans répondre. Alors il m'a demandé: «Qu'est ce qu'ont dit les autres ?». Je lui ai répondu qu'ils n'avaient rien dit et il m'a rétorqué: «Ils étaient vaillants!». Je n'osais pas tirer. À ce moment je voyais un Che, grand, très grand, énorme. Ses yeux brillaient intensément. Je sentais qu'il se levait et quand il m'a regardé fixement, j'ai eu la nausée. J'ai pensé qu'avec un mouvement rapide le Che pourrait m'enlever mon arme. « Sois tranquille me dit-il, et vise bien ! Tu vas tuer un homme !». Alors j'ai reculé d'un pas vers la porte, j'ai fermé les yeux et j'ai tiré une première rafale. Le Che, avec les jambes mutilées, est tombé sur le sol, il se contorsionnait et perdait beaucoup de sang. J'ai retrouvé mes sens et j'ai tiré une deuxième rafale, qui l'a atteint à un bras, à l'épaule et dans le cœur. Il était enfin mort.»[157]
Son corps et ceux des autres guérilleros morts sont emmenés par l'armée bolivienne avec l'aide d'officiers américains et d'agents de la CIA en hélicoptère à Vallegrande, où ils sont exposés pour les medias du monde entier dans l'hôpital local[158],[159]. Des centaines de personnes, soldats, civils et curieux viennent voir le corps. Les nonnes de l'hôpital et les femmes de la ville notent sa ressemblance avec les représentations de Jésus et coupent de mèches de ses cheveux pour les garder en talisman[160]. Les photographies qui sont prises du Che aux yeux ouverts donnent naissance à des légendes telles que San Ernesto de La Higuera et El Cristo de Vallegrande[161]. Un culte religieux du Che lié au catholicisme est apparu au début des années 1990 dans les régions de Vallegrande et de La Higuera, avec des messes dites en son nom[128].

Après son amputation des mains par un médecin militaire afin d'authentifier le corps et de garder une preuve de sa mort, des officiers boliviens transfèrent les dépouilles dans un endroit tenu secret. Après son exécution, les militaires boliviens et Félix Rodríguez se partagent les possessions du Che, y compris deux montres (dont une Rolex qui avait été remise au Che par un de ses compagnons mourant) et le journal de Guevara en Bolivie qui disparaît pendant des années. Aujourd'hui certaines de ses affaires, y compris sa lampe torche, sont exposées au siège de la CIA.

Le 15 octobre, Castro reconnaît la mort de Guevara et proclame trois jours de deuil national. Sa mort est perçue sur le moment comme un coup sévère porté à la révolution sud-américaine et au Tiers monde.

En 1997, les restes de Guevara et de plusieurs guérilleros sont exhumés et identifiés par analyse de l'ADN, puis renvoyés à Cuba. Il est enterré avec six de ses compagnons d'armes de Bolivie dans un mausolée situé dans la ville de Santa Clara après des funérailles de héros national.



La plupart des biographies montrent que la personnalité de Che Guevara est bien plus complexe et contrastée que le portrait de révolutionnaire romantique qu'en font certains de ses partisans ou que l'image de monstre sanguinaire qu'en donnent ses détracteurs.



Le Che était obsédé par le fait de montrer l'exemple en tout point pour lui-même et pour ses hommes. Non seulement en se surpassant physiquement comme il le faisait en luttant constamment contre son asthme dans les jungles des différentes guérillas (et en fumant le fameux havane), mais aussi en s'assignant lui-même les missions les plus dangereuses - son groupe de guérilla à Cuba était baptisé « peloton suicida » (commando suicide) - , les travaux les plus durs et la discipline la plus sévère. Il commente au président Nasser lors d'un voyage officiel en Égypte : « Le moment décisif dans la vie de chaque homme est quand il doit décider d'affronter la mort. S'il la confronte, il sera un héros, qu'il réussisse ou non. Cela peut-être un bien ou un mal politique, mais s'il ne se décide pas à l'affronter, jamais il ne cessera d'être seulement un politicien[162]

Il rejetait les privilèges, même les plus anodins, qui auraient pu le favoriser vis-à-vis de ses hommes et continua de même lorsqu'il devint ministre.

« On commence comme cela, avec des petits privilèges, et ensuite on s'habitue et on justifie des privilèges de plus en plus grands, jusqu'à ce que le dirigeant se transforme en un assisté insensible aux besoins des autres[163] ».
Le fait de pouvoir incarner cet exemple lui fit développer une certaine impatience envers les moins doués ou les moins motivés, ce qui aurait pu passer pour de l'arrogance[164] s'il n'avait pas passé autant de temps même au cœur de la sierra à apprendre à lire et écrire à des guérilleros souvent analphabètes.



Che Guevara était l'adepte de solutions extrêmes dans la défense de ses idées et pas seulement en théorie. Toujours au nom de l'exemple, il prit sur lui l'exécution de membres de la guérilla condamnés pour trahison par les guérilleros. Fidel Castro lui confia le commandement du tribunal révolutionnaire de la Cabaña chargé de juger les responsables du régime de Batista car il savait que Guevara ne montrerait aucune clémence, la sentence de ceux condamnés pour exactions ou tortures était presque toujours la mort. Régis Debray, son ancien compagnon de Bolivie, fait remarquer « la haine efficace qui fait de l'homme une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer[165] ». Castro louait même « sa qualité d'agressivité excessive »[166]. Pour le Che, sa conduite était dictée par la révolution mondiale qui était une véritable lutte à mort contre l'impérialisme, et il s'en justifia officiellement.

« Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort. » le 11 décembre 1964, devant l'Assemblée générale des Nations unies[167].
Il était prêt à se sacrifier lui-même pour un monde meilleur, comme il l'exigeait de ses hommes, et Fidel Castro le réprimanda plusieurs fois pendant la guérilla cubaine à cause des risques qu'il prenait. À l'opposé, Che Guevara montrait de l'humanisme envers les soldats ennemis prisonniers ou blessés au combat, et les soignait comme ses propres hommes, depuis les débuts de la révolution cubaine jusqu'à la veille de son exécution en Bolivie où même prisonnier et blessé, il proposa ses services de médecin à ses geôliers[168],[169].



Bien que fervent marxiste, Che Guevara défendait la particularité de ses idées et leur application contre Fidel et Raúl Castro ce qui valut de nombreuses disputes. Il était contre l'alignement sur le bloc soviétique, contre la bureaucratie naissante à Cuba (mais pour la centralisation), contre le gaspillage, contre l'exploitation du tiers-monde et contre les privilèges (voir la pensée de Che Guevara). Il employait un ton et un discours franc et direct mais dénué de toute diplomatie et de calcul politique. Ceci lui attira de nombreux partisans mais lui créa aussi de nombreux ennemis. Si à Cuba l'habileté politique de Fidel Castro permit de rattraper ce trait de caractère, ce fut une des causes de ses échecs au Congo et en Bolivie[170].



Enfin, le Che ponctuait souvent de remarques humoristiques et provocatrices ses déclarations ou conversations privées ou officielles. Ainsi, en tant que ministre de l'Industrie, il termina une de ses lettres (adressée à un psychiatre ayant édité une revue médicale spécialisée en deux fois plus d'exemplaires qu'il n'y avait de médecins à Cuba, alors que le papier manquait cruellement) par la phrase :

« La revue est bien, le tirage intolérable. Crois-moi, parce que les fous disent toujours la vérité[171]. »
Lorsque sa deuxième fille Aleida naît, Guevara est en voyage officiel à l'étranger. Au télégramme qui lui annonce « Félicitation Commandant, c'est une fille », il fait une réponse à sa femme reflétant son humour argentin « Si c’est une fille, jette-la par-dessus le balcon ! »[172].

Même la dernière page de son journal de Bolivie reflète cet humour, dans cet ultime cas désespéré. Deux jours avant sa mort, alors que ses hommes et lui sont encerclés, affamés et épuisés, il écrit: « Les onze mois de notre commencement de guerilla se terminent sans complications, bucoliquement.[173]. »





Che Guevara considérait la lutte armée et la révolution socialiste comme le seul moyen d'améliorer les conditions de vie des pauvres d'Amérique latine, exploités par les États-Unis d’Amérique selon lui. Son point de vue révolutionnaire suivait ceux de Marx et Lénine, qu'il avait étudié exhaustivement[174]. La révolution en Amérique latine passait pour lui par la création de « foyers » de guérilla (focos) dans un pays où existaient des « conditions objectives » pour une révolution. Ces focos permettent de réunir les « conditions subjectives » pour un soulèvement général de la population. Il pensait qu'il y avait un lien étroit entre la guérilla, les paysans et la réforme agraire. Cette position différait de la pensée soviétique et se rapprochait des idées maoïstes[175]. Il salua d'ailleurs le début de la Révolution culturelle, qui allait faire, peu après son exécution, entre 500 000 et 20 millions de morts[176].

S'il admire depuis ses voyages et ses lectures le modèle soviétique et Staline, il commence à les critiquer sévèrement dès son passage au gouvernement cubain, et développe sa propre théorie économique communiste, pour lui plus moderne et plus adaptée aux besoins du tiers monde[177]. Ses derniers discours furent des critiques violentes contre l'exploitation du tiers-monde par les blocs communiste et capitaliste qui était à l'opposé du dogme officiel[102].

Il résume ainsi l'idéal et le mode de vie du révolutionnaire, qui doit rester pour lui avant tout humain :

«  Laissez moi dire, au risque de paraître ridicule, que le vrai révolutionnaire est guidé par un fort sentiment d'amour. Il est impossible de penser à un authentique révolutionnaire qui ne possède pas cette qualité. Les dirigeants de la révolution ont des enfants qui commencent à parler mais qui n'apprennent pas à appeler leur père par leur nom ; ils ont des femmes dont ils doivent être séparés, ce qui fait partie du sacrifice général de leur vie pour le succès de la révolution ; le cercle de leurs amis est strictement limité au nombre de leurs compagnons révolutionnaires. Il n'y a pas de vie en dehors de la révolution. Dans ces circonstances, on doit avoir une grande humanité et un fort sens de la justice et de la vérité pour ne pas tomber dans un dogmatisme extrême ou une froide scolastique, dans une isolation des masses. Nous devons nous efforcer chaque jour que cet amour de l'humanité vivante soit transformé en accomplissements réels, en actes qui servent d'exemple, en une force changeante[178].  »

Cependant, cette vision idéale fait parfois place à la realpolitik, et la fin justifie pour lui les moyens, comme l'avait formulé Nicolas Machiavel. À une personne qui se plaignait à lui à Cuba qu'un de ses amis avait été exécuté parce qu'il distribuait des tracts anti-communistes, Guevara répondit :

« Écoute, les révolutions sont moches mais nécessaires, et une partie du processus révolutionnaire est l'injustice au service de la future justice[179]. »

Contrairement à une croyance très répandue, le Che n'était pas contre le fait qu'un parti révolutionnaire puisse se présenter à une élection. Pour lui la forme révolutionnaire devait être adaptée au moment et au lieu donné :

«  Ce serait une erreur impardonnable que de sous estimer ce que peut apporter un programme révolutionnaire par un processus électoral donné. Mais il serait également impardonnable de ne penser qu'aux élections et de négliger les autres formes de lutte[180]. »

Il estimait néanmoins que tôt ou tard, il faudrait en venir à la lutte armée car les opposants risqueraient de faire un coup d'état militarisé pour renverser le régime socialiste élu[180],[181].



La révolution devait selon lui également s'accomplir au niveau individuel par la création d'un « homme nouveau ». L'individu de la société révolutionnaire doit chercher une récompense morale (solidarité et bien commun) et non matérielle. Pour lui, seule la récompense morale permet d'accéder au bonheur, la récompense matérielle étant l'apanage du capitalisme. Rechercher la récompense matérielle comme c'était le cas en Union Soviétique verrait l'échec de la révolution communiste. Le travail volontaire pour la communauté en plus de celui réalisé pour subvenir à ses besoins était un exemple des actions que devait entreprendre cet homme nouveau. Il permettait également aux dirigeants de rester en contact avec les réalités de la population[182].



Selon Che Guevara, les frontières d’Amérique latine étaient artificielles et représentaient un frein pour lutter contre l’impérialisme américain.

« nous croyons, et depuis ce voyage encore plus fermement qu’avant, que la division de l’Amérique latine en nationalités incertaines et illusoires est complètement factice. Nous sommes une seule race métissée, qui depuis le Mexique jusqu’au détroit de Magellan présente des similarités ethnographiques notables[183]. »
Pour lui, la révolution était mondiale, elle était une lutte totale contre l'impérialisme. Dans ce contexte, la solidarité mondiale était l’élément le plus important pour un monde meilleur[184].

« Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n'importe quelle injustice commise contre n'importe qui, où que ce soit dans le monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire[185]. »




Alors que des photos du corps de Guevara étaient diffusées dans le monde entier et les circonstances de sa mort débattues, sa légende commença à s'étendre. Des manifestations contre son exécution, des articles, des hommages, des chansons et des poèmes furent écrits sur sa vie et sa mort[186].

Les spécialistes de l'Amérique latine conseillant le Département d'État des États-Unis reconnurent l'importance de la fin « du révolutionnaire le plus glamour et ayant la réputation d'avoir connu le plus de victoires », notant que Guevara deviendrait pour les communistes et autres courants de gauche « le modèle révolutionnaire qui a rencontré une mort héroïque »[187]. Mais les réactions sur les conséquences de la mort du Che suivaient typiquement des lignes partisanes, le département d'État américain avait finalement conclu que sa mort serait un soulagement pour les gouvernements d'Amérique Latine qui redoutaient des soulèvements dans leurs propres pays[188].

Ces prédictions furent fondées quand Guevara devint un puissant symbole de rébellion et de révolution pendant les manifestations étudiantes globales de Mai 68[189]. Des activistes de gauche admiraient l'apparente indifférence de Guevara aux récompenses et à la gloire et approuvaient sa justification de la violence comme nécessité pour établir l'idéal socialiste[190]. Le slogan « Le Che est vivant ! » ( 'Che lives !') commença à apparaître sur les murs de tout le bloc ouest[191], alors que Jean-Paul Sartre, une personnalité et théoricien du mouvement, encourageait son adulation en décrivant Guevara comme « l'être humain le plus complet de notre époque »[192].

En dépit des controverses, le statut du Che comme icône populaire a continué à travers le monde et les époques, amenant à parler d'un « culte du Che » global. Une photographie de Che Guevara prise par Alberto Korda[193] est devenue une des images les plus célèbres du XXe siècle. Transformé en graphique monochrome, le portrait fut reproduit sur toutes sortes de supports comme des tee-shirts, des posters, des tasses à café ou des casquettes, une manière plutôt ironique de faire de larges profits à partir du symbole de l'anticapitalisme[194].

L'image de Che Guevara est à comparer à une mode globale, perdant souvent beaucoup sa connotation idéologique et politique, et le culte du Che a été parfois relativisé comme un simple « romantisme révolutionnaire adolescent »[191].

À l'inverse, le journaliste Paul Berman critique vivement des films sur Guevara comme The Motorcycle Diaries. Il soutient que le culte moderne du Che occulte les très importantes luttes sociales et politiques qui ont aujourd’hui lieu à Cuba contre la dictature et empêche un meilleur soutien aux dissidents comme Raúl Rivero[195].

L'auteur Christopher Hitchens, un supporter de la révolution cubaine dans les années 1960, résuma l'héritage de Guevara ainsi: « Le statut d'icône historique du Che a été assuré parce qu'il a échoué. Son histoire est une histoire de défaite et d'isolement, et c'est pourquoi il est si séduisant. Aurait-il vécu, et le mythe du Che serait mort depuis longtemps »[191].

Des mèches de cheveux du Che, photos inédites de son cadavre et empreintes digitales ont été vendues aux enchères à Dallas, le 25 octobre 2007, pour une valeur de 100 000 dollars, par Gustavo Villoldo, un des agents de la CIA qui avait participé à sa traque en Bolivie. La veuve de Che Guevara, Aleida March, a protesté contre ces enchères.[196]

Outre la celèbre chanson "hasta siempre", les chansons concernant le Che ont été nombreuses en particulier en langue espagnole;



Dans les années 1990, l'échec des réformes néolibérales en Amérique Latine intensifia l'opposition au consensus de Washington[197], amenant la résurgence de nombreuses opinions politiques de Che Guevara tel que le panaméricanisme, le soutien de fronts populaires dans la région, la nationalisation d'industries clefs et la centralisation du gouvernement[198].

Au Nicaragua, les sandinistes guévaristes furent réélus en 2006 après 16 ans au pouvoir, leurs supporters portant des tee-shirts de Guevara[199]. Le président bolivien, Evo Morales a rendu hommage de nombreuses fois à Guevara et a installé un portrait de l'Argentin fait de feuilles de coca locales dans sa suite présidentielle[200].

En 2006, le président du Venezuela Hugo Chávez, qui est connu pour faire ses discours avec un tee-shirt du Che[201], accompagna Fidel Castro pour une visite de la ville natale de Guevara de Córdoba, accompagné d'une foule de milliers de personnes proclamant des slogans Guevaristes[202]. La fille de Guevara, Aleida écrivit un livre d'entretiens avec Chávez où il explique ses plans pour « la nouvelle Amérique Latine »[203].

Guevara reste une des inspirations de la structure socioéconomique des FARC-EP, les Forces armées révolutionnaires de Colombie[204], et de l'Armée zapatiste de libération nationale au Mexique[205].



À Cuba, la mort de Guevara précipita l'abandon de la guérilla comme instrument de politique étrangère, accélérant un rapprochement avec l'Union soviétique, et le remaniement du gouvernement selon des critères soviétiques. Quand des troupes cubaines retournèrent en Afrique dans les années 1970, ce fut dans le cadre d'une expédition militaire à grande échelle, et le soutien des mouvements révolutionnaires en Amérique latine et dans les Caraïbes devint logistique et organisationnel. Cuba abandonna également les plans de Guevara de diversification économique et d'industrialisation qui était impraticable dans le cadre du COMECON.

Dès 1965, le journal yougoslave communiste Borba observa de nombreuses usines abandonnées ou jamais terminées à Cuba, héritage du plan d'industrialisation raté[206].

L'état cubain continua à cultiver le culte de personnalité du Che, inaugurant de nombreuses statues et œuvres d'art en son honneur sur tout le territoire, décorant les écoles, les lieux de travail, les bâtiments publics, produisant des affiches et des billets à son image[207]. Les enfants du pays commencent chaque jour d'école avec le chant « ¡Pioneros por el Comunismo, Seremos como el Che! » (« Pionniers du communisme, nous serons comme le Che ! »). Le mausolée de Che Guevara à Santa Clara est devenu un site de signification presque religieuse pour beaucoup de Cubains[191] pendant que le tourisme bénéficiait grandement de l'intérêt international pour le Che. Sur 205 832 personnes qui visitèrent le mausolée en 2004, 127 597 étaient des étrangers.



Le premier hommage officiel à Che Guevara en Argentine a eu lieu pour le 80éme anniversaire de sa naissance le 14 juin 2008 à Rosario par l'édification d'une statue inspirée de la photo d'Alberto Korda au milieu d'une place à son nom. Le bronze qui ne porte aucune arme a été financé par des donations dont celle du musicien Manu Chao. Auparavant il existait uniquement un musée à Alta Gracia ou Hugo Chavez et Fidel Castro étaient allés se recueillir en juillet 2005[208].



L'héritage de Che Guevara en France est essentiellement revendiqué par l'extrême-gauche.

Pour le courant communiste, Che Guevara est un révolutionnaire hors norme qui a marqué l'histoire de son empreinte, et dont la pensée politique est toujours d'actualité. Son exécution sommaire est considéré par eux comme un véritable assassinat[209]. Lors de l'anniversaire de sa mort en 2007, le PCF a organisé une série de réunions publiques pour discuter de son héritage.

Le porte parole de la ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot considère que la pensée de Che Guevara « est une source d'inspiration inépuisable », qu'il était un marxiste humaniste opposé aux exécutions sommaires et au terrorisme, pas une icône mais un homme faillible, qui néanmoins joignait ses paroles et ses actes. Il critique cependant un certain élitisme et une vision sacrificielle du militantisme[210]. De plus une très grande partie de la LCR considère qu'il n'a pas mis l'auto-émancipation des travailleurs au centre de sa stratégie [211]. Le Nouveau Parti anticapitaliste, successeur de la LCR et créé en février 2009 veut rassembler «le meilleur de la tradition du mouvement ouvrier, trotskiste, communiste, guévariste, écologiste et féministe»[212].



Certains historiens[213], mais aussi les opposants d’Ernesto Guevara, parmi lesquels on trouve la majorité des Cubains en exil, des militants anticommunistes, ainsi que des réfugiés d’autres pays communistes, le considèrent comme un tueur et un terroriste, un « bourreau fanatique »[214]. Ils pensent que Che Guevara a été « personnellement responsable » de l’exécution de centaines de personnes dans les prisons cubaines, surtout lorsqu'il commandait la forteresse de la Cabaña. En 2005, Carlos Santana ayant arboré un tee-shirt du « Che » à la cérémonie des Academy Awards, le musicien de jazz d’origine cubaine Paquito d'Rivera lui écrivit une lettre ouverte le fustigeant pour son soutien au « Boucher de la Cabaña », car son propre cousin y avait été fusillé. D’après D'Rivera, son parent fut emprisonné en raison de sa foi chrétienne et assista aux exécutions d’un grand nombre d’autres chrétiens dans cette prison[215].

Pour l'historien Jean Ortiz, les détracteurs tels que Jacobo Machover ne font pas œuvre d'historien car leur démarche ne repose que sur des témoignages d'opposants qui n'ont pas de sources historiques. Selon lui, il s'agit d'une entreprise politique visant à criminaliser le Che et à travers lui ceux qui prônent un changement de société. Il leur reproche aussi de sortir de son contexte la période de la chute de la dictature de Batista où des tribunaux ont répondu à la demande de justice du peuple. Jean Ortiz affirme que ce sont des criminels qui ont été exécutés et que cette épuration a été plus limitée que celle de la libération en France.[216]

La légitimité des jugements révolutionnaires et exécutions menées par le gouvernement cubain sont toujours sujet d'un intense débat entre sympathisants et opposants de la révolution cubaine[217].

Pour Samuel Farber, d'origine cubaine, le système cubain de camps de travail (une incarcération administrative et non judiciaire) mis en place par Guevara sert aujourd'hui à emprisonner les opposants au régime castriste mais aussi ceux considérés comme « déviants » socialement par le régime de par leurs croyances religieuse ou leur orientation sexuelle[218]. Pourtant la condition des homosexuels à Cuba est bien meilleure que dans le reste de l'Amérique latine : l'homosexualité y est dépénalisée depuis 1979, et en 1998, un programme national à la télévision cubaine a initié une série de débats sur l'homosexualité afin de faire évoluer les mentalités[219]. Par ailleurs, Fidel Castro a déclaré en 1977 que « le processus révolutionnaire nécessaire en Amérique latine exigeait l'union entre marxistes et chrétiens ». Il s'est lui-même impliqué pour permettre l'adhésion des croyants au parti communiste cubain[220]. De plus, l'article 8 de la Constitution cubaine stipule que « l'État reconnaît, respecte et garantit la liberté religieuse »[221].

Ses détracteurs arguent qu'il n'aurait jamais eu son diplôme de médecine[214] et que contrairement à sa légende le décrivant comme un combattant extraordinaire, il serait en réalité un piètre tacticien. Il aurait échoué dans sa tâche de gestion de l’économie cubaine (alors que Cuba avait été, avant la dictature de Batista, un des quatre pays les plus dynamiques d'Amérique latine) : quasi-effondrement de la production de sucre (dont le premier client était il est vrai, les États-Unis), échec de l'industrialisation et introduction du rationnement total[222],[223].

Bien que la plus grande opposition aux méthodes de Guevara vienne de droite, des groupes anarchistes et Libertarianistes considèrent Guevara comme autoritaire, stalinien et responsable de la création d’un régime bureaucratique et totalitaire[224]. Ses détracteurs ont aussi théorisé que les révolutions inspirées par le Che ont en fait renforcé la répression et les dictatures militaires latino-américaines pendant de nombreuses années[225][226]. Pour Jacobo Machover, journaliste cubain en exil, le Che loin de représenter un marxisme original dans sa version cubaine, le dépeint comme un marxiste orthodoxe[227].



Ernesto Guevara se maria deux fois et eut six enfants de trois femmes différentes :

Il se marie avec l'économiste communiste péruvienne Hildea Galdea (1925-1974) le 18 août 1955. Ils ont une enfant, Hilda Beatriz Guevara Gadea (1956-1995), qui naît au Mexique alors que Guevara participe à la guérilla cubaine.

Ils divorcent et un mois après, le 9 juin 1959, Guevara se remarie avec Aleida March (1936) qu'il a rencontré en 1958, avant la bataille de Santa Clara. Ils ont ensemble quatre enfants, Aleida Guevara March (1960), Camilo Guevara March (1962), baptisé en l'honneur de son ami décédé Camilo Cienfuegos, Celia Guevara March (1963), à qui Guevara donne le prénom de sa mère, et Ernesto Guevara March (1965).

Guevara a également un enfant, Omar Pérez (1964), issu d'une relation extra-conjugale avec Lidia Rosa López. Bien que ce fils n'ait jamais été reconnu par Che Guevara, c'est lui qui choisit son prénom[228].



  • « Che » est une exclamation (traduisible par « homme ») particulièrement employée en Argentine, plus précisément par ceux de la marge occidentale du Rio de la Plata, les « porteños » : che vení aca, qui signifie « toi, viens ici », che, vos « eh, toi » et qui, par extension, est employée en Amérique centrale et à Cuba pour désigner les Argentins. Ce surnom ne désignera plus que le seul « Che Guevara » au cours du temps, ce dernier ponctuant toutes ses phrases par « che ».[229]
  • Le nom de code d'Ernesto Guevara lors de son passage au Congo était Tatú. Ce mot signifie le chiffre trois en swahili, langue locale. Il fut surnommé Tatú Muganga car il était médecin. En effet, Muganga signifie « celui qui soulage du mal » en swahili.
  • Les noms de code d'Ernesto Guevara lors de son passage en Bolivie furent Ramón puis Fernando (après l'arrestation de Régis Debray).
  • Pendant son voyage avec Granado, son surnom est Fuser venant de « Furibundo » (« coléreux ») et de « Serna » (« Guevara de la Serna »).


Che Guevara était un auteur prolifique qui écrivait son journal ou des notes pour ses ouvrages presque quotidiennement, même au cœur des opérations de guérilla.

 : Source utilisée pour la rédaction de l'article



  • Justice globale, Mille et une nuits, 04/2007, ISBN 2-7555-0016-6
  • Passages de la guerre révolutionnaire : Le Congo, Métailié, 2000, ISBN 2-86424-357-1
  • Journal de Bolivie (1968), La Découverte 1995, ISBN 2-7071-2482-6
  • Le socialisme et l'homme, Aden, ISBN 2-930402-22-9
  • Textes militaires, La Découverte, Paris, 1974, ASIN B0000DY0GC
  • Souvenirs de la guerre révolutionnaire (1963), Maspero, Paris, 1974, ASIN B0000DL9T1, réédité (et corrigé) (éditions Mille et une nuits, Paris, 2007) avec divers récits postérieurs à 1963.
  • La guerre de guérilla (1960), Maspero, Paris, 1968, ASIN B0000DVIYV PDF
  • Textes politiques, Maspero, Paris, 1968 ASIN B0000DWF5M
  • Voyage à motocyclette, éditions Mille et une nuits (2001), ISBN 2-84205-581-0
  • Second voyage à travers l'Amérique latine 1953-1956, éditions Mille et une nuits (2002), ISBN 978-2-84205-659-9


  • Diccionario Filosófico (1946-1957), publié partiellement
  • Indice literario (1946-1957), inédit
  • La angustia (1951), conte publié par Página/12, 1992
  • Machu Picchu: enigma de piedra en América, 1953
  • Aquí va un soldado de América. Barcelona: Plaza y Janés Editores, S.A., 2000. ISBN 84-01-01327-5, Lettres à sa famille compilées par son père.
  • Apuntes críticos a la economía política, La Habana, 2006
  • La duda, conte écrit au Congo.
  • La piedra, conte court, probablement écrit à l'époque où mourut sa mère.
  • Obras Completas, 1997. Contient des inédits.
  • Otra vez, Le journal de son second voyage en Amérique Latine 1953-1956, publié en 2000.
  • Diario de un combatiente, inédit[230].
  • Poema laissé par Ernesto Guevara a son épouse Aleida. Il ne sera publié à la demande de celle ci qu'après sa mort.
  • Diario del Che en Bolivia , 1968, lien pdf en espagnol.
  • Cuadernos de Praga Écrit pendant son séjour clandestin à Pragues en 1966, lien pdf en espagnol.
  • Obras Escogidas Une sélection des travaux de Guevara, incluant ses discours les plus importants, lien pdf en espagnol.
  • Pasajes de la Guerra Revolucionaria: Congo Journal complet de la guérilla au Congo, lien pdf en espagnol.
  • Pensamiento y acción Une sélection d'écrits, incluant El socialismo y el hombre nuevo, lien pdf en espagnol.
  • Guerrilla Warfare, édition de 1961, lien pdf en espagnol.


  • Che Guevara: Radical Writings on Guerrilla Warfare, Politics and Revolution, Filiquarian Publishing LLC, paperback, ISBN 1-59986-999-3.
  • Che Guevara Reader: Writings on Guerrilla Warfare, Politics and History, Ocean Press, paperback
  • Che Guevara Speaks, Pathfinder, paperback
  • Che Guevara Talks to Young People, Pathfinder, paperback
  • Che: Selected Works of Ernesto Guevara, Cambridge, MA: MIT Press, 1969. ISBN 0-262-52016-8
  • The Great Debate on Political Economy, New York: 2006, Ocean Press, ISBN-10: 1876175540, ISBN-13: 978-1876175542
  • Episodes of the Cuban Revolutionary War 1956–1958. New York: Pathfinder, 1996. ISBN 0-87348-824-5
  • Our America and Theirs, Ocean Press (AU), paperback, ISBN 1-876175-81-8.
  • Self-Portrait: Che Guevara, Ocean Press, 320pp, paperback, 2005
  • The African Dream: The Diaries of the Revolutionary War in the Congo, Grove Press, paperback.
  • The Diary of Che Guevara, Amereon Ltd.




De nombreuses chansons rendent hommage ou mentionnent Che Guevara :

  • Hasta siempre de Carlos Puebla (1965), qui a été reprise par de nombreux interprètes dont le Buena Vista Social Club ou Nathalie Cardone (1997).
  • Zamba del Che (1969), chanson de Rubén Ortiz, pour Víctor Jara interprété avec Quilapayún[231].
  • El aparecido, de Víctor Jara[232].
  • Si el poeta eres tú, chanson de Pablo Milanés[233].
  • Nada más! de Atahualpa Yupanqui[234].
  • Soldadito boliviano de Nicolás Guillén sur une musique de Paco Ibáñez[235].
  • Panic in Detroit de David Bowie, 1973. L'album Lodger (1973) fait figurer dans sa pochette une photo célèbre du Che mort entouré par ses exécuteurs.
  • América te hablo de Ernesto (inédit), Canción del Elegido, Fusil contra Fusil (1977) et Hombre (1987) de Silvio Rodríguez[236].
  • Indian girl par The Rolling Stones dans l'album Emotional Rescue, 1980.
  • Salut à toi par les Béruriers noirs, 1985.
  • Les tzars par Indochine, 1987.
  • Murguita del Sur, de Bersuit Vergarabat, 1998.
  • Visite guidée, de Kana, 2000.
  • Che Fidel, de José María Cano sur l'album Josecano, 2001
  • La manifestation par les Cowboys Fringants dans l'album break syndical, 2002.
  • La mort du Che de Bernard Lavilliers, 2004.
  • Commandante, des Fatals Picards dans l'album Pamplemousse mécanique, 2007.
  • Le Che, une braise qui brûle encore , album de Monsieur R, 2007, avec Keny Arkana, d'après le livre d'Olivier Besancenot.
  • Popopo, d'Alain Souchon dans l'album Écoutez d'où ma peine vient (2008), qui dénonce ironiquement l'image idéalisée d'Ernesto Guevara


  • Che ! de Richard Fleischer, (1969) avec Omar Sharif dans le rôle du Che.
  • Evita d'Alan Parker, 1996. Contrairement à ce que montre le film, Che Guevara ne rencontra jamais Eva Perón.
  • Fidel et Che de David Attwood, 2002, 1 h 47 min. Avec Víctor Huggo Martin, Gael García Bernal, Patricia Velásquez, Cecilia Suárez, Maurice Compte et Enrique Arce.
  • Carnets de voyage de Walter Salles, 2004, 2 h 06 min avec Gael García Bernal. Film inspiré directement du livre Sur la route avec Che Guevara, carnet de voyage et le seul livre écrit par Alberto Granado, compagnon de voyage du Che dans leur voyage de jeunesse dans les pays l'Amérique latine.
  • Che Guevara - Mort et légende d'un révolutionnaire (2007), film documentaire italien de Stefano Missio et Raffaele Brunetti, diffusé sur Arte le 2 octobre 2007
  • The Argentine et Guerrilla (2008), diptyque de Steven Soderbergh avec Benicio del Toro. Lorsque ce dernier obtient le Prix d'interprétation masculine du 61e Festival de Cannes en 2008 pour son rôle, il salue la mémoire de Che Guevara et fait applaudir ce dernier par le public.


  • Andy Warhol a créé en 1962 Che Guevara, un montage d'images colorées reprenant une adaptation graphique réalisée par l'artiste Jim Fitzpatrick à partir de la photo d'Alberto Korda.
  • La pochette du single Bombtrack (1994) du groupe Rage Against the Machine est un portrait graphique du Che réalisé à partir de la célèbre photo de Korda. Son livre Guerilla Warfare apparaît sur la pochette de l'album Evil Empire.
  • Guerrilla War (1987), jeu d'arcades de SNK, est sorti originellement au Japon sous le titre de Che Guevara.
  • La pochette du jeu vidéo Just Cause est inspirée de la photo du Che prise par Alberto Korda.
  • Lors de la libération le 2 juillet 2008 d'Ingrid Betancourt, otage des FARC depuis plus de 6 ans, les membres de l'armée colombienne venus la délivrer en se faisant passer pour des membres d'une ONG, portent des T-shirt Che Guevara[237].







  • El Che de Maurice Dugowson, 1997, 83 min. Documentaire historique
  • Che Guevara : hasta la victoria siempre de Ferruccio Valerion, 2005, 55 min. Documentaire avec des images d'archives
  • "Parlez-moi du Che" Un documentaire produit et réalisé à Cuba par Pierre Richard en 1987.
  • Ernesto Che Guevara de Richard Dindo, 1994. Basé sur le journal de Bolivie du guérilléro


Classé par langues et par auteurs.

 : Source utilisée pour la rédaction de l'article



  • Dariel Alarcón Ramírez dit "Benigno". Le Che en Bolivie. Éditions du Rocher, 1997. (ISBN 2-268-02437-7)
  • Miguel Benasayag, Che Guevara : du mythe à l'homme : aller-retour, Bayard, 2003
  • Jean-Hugues Berrou et Jean-Jacques Lefrère, Che Images, Fayard, 2003 (ISBN 2213613427)
  • Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Jean-Louis Panné, Andrzej Paczkowski, Karel Bartošek, Jean-Louis Margolin, Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997 (ISBN 2-221-08-204-4)
  • Marie-Dominique Bertuccioli, Juan Andrés Neira Franco, Che, commandant, ami, Graphein, 2000, Texte intégral
  • Olivier Besancenot et Michael Löwy, Che Guevara une braise qui brûle encore, essai, Mille et une nuits, 2007 (ISBN 978-2-75550-043-1)
  • Jean Cormier, Che Guevara, compagnon de la révolution, Découverte Gallimard (ISBN 2070533166)
  • Fernando Garcia et Oscar Sola, Che, rêve rebelle, La Mascara (ISBN 027098951)
  • Alberto Granado, En voyage avec Che Guevara, L'Archipel (ISBN 2841876918)
  • Pierre Kalfon, Che, Points, Seuil, Paris, 1997
  • Jacobo Machover, La Face cachée du Che, Buchet-Chastel, 2007 (ISBN 2283022525)
  • Alessandra Riccio, Che. Félicitations commandant, c'est une fille !. Desmaret, 2004.
  • Carlos Tablada, Che Guevara : l'économie et la politique dans la transition au socialisme, Pathfinder (ISBN 0-87348-885-7) Traduction française.
  • Paco Ignacio Taibo II, Ernesto Guevara, connu aussi comme le Che, Payot, Paris, 1997 et en 2 volumes (2001) (ISBN 2228894176) et (ISBN 2228894184)
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  • Révolution cubaine
  • Politique de Cuba




(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article en anglais intitulé « Che Guevara ».

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article en espagnol intitulé « Ernesto Guevara ».

  1. Le surnom vient de l'interjection argentine « che », qui signifie approximativement « hé », « mon pote » et qui se prononce « tché » avec l'accent espagnol. Le /b/ et le /ɡ/ sont fricatifs ou spirants.
  2. Voir l'article Opération PBSUCCESS
  3. La grande majorité des historiens et biographes s'accordent sur ce fait (voir (en) Anderson, Jon Lee. Che Guevara: A Revolutionary Life, New York: 1997, Grove Press, p. 405.)
  4. (en) Death of Che Guevara National Security Archive Electronic Briefing Book No. 5 - Declassified top secret document
  5. (en) Rostow, Walter W. Memorandum for the President:"Death of 'Che' Guevara", dated 11 October 1967. Online at GWU National Security Archive, consulté le 8 octobre 2006.
  6. (en) Ryan, Henry Butterfield. The Fall of Che Guevara: A Story of Soldiers, Spies, and Diplomats, New York, 1998: Oxford University Press, p. 129-135.
  7. ↑ a  b  L'Express.fr, Guevara: Du sang sur l'étoile par Axel Gyldén le 27/9/2007 [1]
  8. (en) Maryland Institute of Art, referenced at BBC News, "Che Guevara photographer dies", 26 mai 2001. Online at BBC News, accédée le 4 janvier2006.
  9. (es) Pacho O'Donnell, « Che, la vida por un mundo mejor », random house mandatori, 2003, p.23.
  10. Son arrière grand-père paternel était considéré comme l'homme le plus riche d'Amérique du sud et sa mère descend du dernier vice-roi du Pérou (es) Ancêtres de Che Guevara
  11. (en) Digital Granma Internacional, "Simultaneous chess game on 37th anniversary of Che’s death", 13 octobre 2004. Online at Granma International English Edition.
  12. (es) Pacho O'Donnell, « Che, la vida por un mundo mejor », random house mandatori, 2003, p.34 et (en) Anderson, Jon Lee. Che Guevara: A Revolutionary Life, New York: 1997, Grove Press, p. 28, 256, 631 et voir interview en français de la Télévision suisse romande. Jacobo Machover, exilé cubain fils d'un interprète qui avait travaillé avec le Che, affirme cependant qu'il parlait très mal le français. voir l'interview, dernier accès le 26/09/2007
  13. (en) Anderson, Jon Lee. Che Guevara: A Revolutionary Life, New York: 1997, Grove Press, p. 446 : « si je voulais quand j'étais jeune être un soldat de Pizarro dans sa recherche d'aventure et vivre des moments intenses, ce n'est plus nécessaire maintenant, toute l'action était ici [à Cuba décembre 1959, NDT] et avec un idéal pour lequel se battre, avec également la responsabilité de laisser un exemple » .
  14. (en) Anderson, Jon Lee. Che Guevara: A Revolutionary Life, New York: 1997, Grove Press, p. 28.
  15. Du Che aux Pumas, rugby passion argentine, Figaro.fr, 10/10/2007, [2]
  16. Ces carnets ont inspirés, avec le témoignage Con el Che por Sudamérica de son ami Granado, un film en 2004 intitulé Carnets de voyage)
  17. (en) Shoultz, Lars: "Beneath the United States", page 337 Harvard University Press, 1998.
  18. (en) Shoultz, Lars: "Beneath the United States", page 342. Harvard University Press, 1998.
  19. (en) Shoultz, Lars: "Beneath the United States", page 340. Harvard University Press, 1998.
  20. (es) Guevara Lynch, Ernesto. Aquí va un soldado de América. Barcelona: Plaza y Janés Editores, S.A., 2000, p. 26. « En Guatemala me perfeccionaré y lograré lo que me falta para ser un revolucionario auténtico. » Cette phrase montre que le désir de devenir révolutionnaire est antérieur au coup d’État fomenté par les États-Unis contre Arbenz.
  21. En mapudungun, la langue des Mapuches, « che » signifie « ami » ou « gars »
  22. (en) U.S. Department of State, "Foreign Relations, Guatemala, 1952-1954". Online, consulté le 4 mars 2006.
  23. (en) cf. Anderson, Jon Lee. Che Guevara: A Revolutionary Life, New York: 1997, Grove Press, p. 144. Ce chiffre est peut-être une erreur typographique, puisqu'il est le seul chercheur à citer ce chiffre)
  24. (en) U.S. Department of State. "Foreign Relations, Guatemala, 1952-1954". Online, consulté le 4 mars 2006
  25. (es) Holland, Max."Private Sources of U.S. Foreign Policy: William Pawley and the 1954 Coup d'État in Guatemala", Journal of Cold War Studies, Volume 7, Number 4, Fall 2005, pp. 36-73
  26. (en) Anderson p.163
  27. (en) Anderson, Jon Lee. Che Guevara: A Revolutionary Life, ISBN 0-8021-1600-0, New York:1997, Grove Press, p. 194.
  28. (es) Taibo, Paco Ignacio II. Ernesto Guevara, también conocido como el Che, p. 104. voir aussi The Guardian online, Making of a Marxist, Online.
  29. (es) « Quizás esa fue la primera vez que tuve planteado prácticamente ante mí el dilema de mi dedicación a la medicina o a mi deber de soldado revolucionario. Tenía delante de mí una mochila llena de medicamentos y una caja de balas, las dos eran mucho peso para transportarlas juntas; tomé la caja de balas, dejando la mochila … » cité dans « Verde Olivo », Havana, Cuba, 26 février 1961. Guevara, Ernesto Che. Pasajes de la Guerra Revolucionaria, Havana, Cuba: 1963, Ediciones Unión.
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  65. Le nombre total de morts dont le régime dictatorial de Batista est accusé est controversé : le nombre total de morts par combat ou par exécution durant la période de la dictature de Batista (de 1952 à 1958) irait de 1 700 et ce en comptant les morts au sein des forces gouvernementales aussi bien qu'au sein des factions de guérillas (cf. Jeanine Verdes-Leroux, La Lune et le Caudillo, Éditions de l'Arpenteur, Paris, 1989, pp.19) à 20 000 morts, chiffre publié à l'époque par certains médias (cf. (en) L'histoire de Cuba (Cuban Story), (45 min., 1959, États-Unis), réalisation: Errol Flynn/Victor Pahlen, Arte dim. 15 avr 2007. 23h25), dont certains responsables ont depuis avoué que ce chiffre était irréaliste et qu'il n'avait pas été vérifié (cf. Jeanine Verdes-Leroux, op. cit.).
  66. Le BRAC ou « bureau de la répression des activités communistes » était une unité de police secrète ou de contre-espionnage qui avait recourt à l'enlèvement, la torture et l'assassinat contre la minorité de communistes (ou supposé communistes) soupçonnés d'activités illégales.
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  225. (en) The Killing Machine: Che Guevara, from Communist Firebrand to Capitalist Brand. The Independent Institute. online.
  226. (es) Caudillo Guevara, Éditorial critique du journal, 10/10/2007 El País
  227. Résumé du livre de Machover sur Lecourant.info
  228. Castañeda, Jorge (1997). Companero: vida y muerte del Che Guevara
  229. Pour écouter sa voix December 16, 1964: Interview (27:44) with several journalists (narrated by Chris Couch) in the Cuban Mission HQ in New York (East 67th St).
  230. (en) Anderson, p.724
  231. Zamba del Che
  232. El aparecido, de Victor Jara
  233. Si el poeta eres tú, Pablo Milanés, Trovadores
  234. Canciones y poesías musicalizadas dedicadas o alegóricas a Ernesto Che Guevara, San Cristóbal
  235. Canciones y poesías musicalizadas dedicadas o alegóricas a Ernesto Che Guevara, San Cristóbal
  236. Hombre (1968) de Silvio Rodríguez
  237. [15] Ingrid Betancourt raconte sa libération, 20Minutes.fr, 03/07/2008




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