Biographie de Frantz Fanon

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«Pour mieux cerner l'engagement» de Frantz Fanon
La Tribune d'Algérie
Coïncidant la célébration du Cinquantenaire de l'indépendance avec le Mois du patrimoine (du 18 avril au 18 mai), Olivier Fanon, le digne fils du défunt psychiatre et Moudjahid Frantz Fanon, a fait don, lundi dernier, de la bibliothèque personnelle de ...

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La bibliothèque personnelle de Frantz Fanon dédiée au CNRPAH
Liberté-Algérie
La famille Fanon a fait récemment don de la bibliothèque personnelle de Frantz Fanon au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH). Ce don remis, lors d'une cérémonie organisée au Palais de la culture, par ...




Devoir de mémoire
Sud Quotidien
Des noms qui tonnent et résonnent comme un refus de la domination et de l'aliénation. Et parce qu'Omar était un résistant, il était loisible de nourrir le sentiment de Frantz Fanon affirmant dans "Peau noire, Masque blanc" : "Chaque fois qu'un homme a ...

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Contre le racisme, les Y'a Bon Awards 2013 programmés pour le 10 ...
SaphirNews.com
... d'un jury composé de d'intellectuels, de militants et d'artistes parmi lesquels le journaliste Denis Robert, la présidente de la Fondation Frantz Fanon Mireille Fanon Mendès-France, l'animatrice Enora Malagré ou encore le géopolitologue Pascal ...




Joby Bernabé déclamera à l'Atrium
FranceAntilles.fr Martinique
Demain soir, à partir de 20 heures, la salle Frantz-Fanon de l'Atrium, reçoit Joby Bernabé dans le cadre des soirée Jédi Mizik. Un concert exceptionnel. Joby Bernabé! Un nom au firmament de notre conscience. Un homme, un artiste, un militant de la ...




Entretien avec Fou Malade: "L'emprisonnement de Karim Wade est ...
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Comme l'a dit Frantz Fanon : "Il n'y a pas de destin forclos, il n'y a que des responsabilités désertées. Chaque génération dans une relative opacité doit découvrir sa mission, l'accomplir ou la trahir. Et en Wolof : "Dioguël dox tank ya ngui fii ...

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En aparté - Un ministre en peinture
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Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Il y a quelques mois, en entrevue au journal Le Libraire, Maka Kotto parlait de ses lectures et causait du Nigérien Wole Soyinka, de Frantz Fanon et du regretté Gérald Godin. Un autre coup de projecteur pour Éric ...

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Entre les deux, la reproduction des principales couvertures de la décennie et de quelques articles marquants de collaborateurs éminents aussi différents que Kateb Yacine, Frantz Fanon, Aimé Césaire, Fouad Laroui ou Stéphane Hessel. On y trouve aussi le ...




L'hommage des Algériens du Languedoc-Roussillon
Liberté-Algérie
... soutenu la cause du peuple algérien. C'est le cas de Sylvain Bret qui sera le futur ambassadeur d'Algérie à Cuba, Frantz Fanon dont tout le monde connaît le combat anticolonialiste, ainsi que Pierre Chaulet qui n'est plus à présenter. Partager sur ...

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Éradiquer les « fascistes basanés » : la gauche et la répression ...
ISM
Comme l'écrivait Frantz Fanon : « En pays colonial, disait-on, il y a entre le peuple colonisé et la classe ouvrière du pays colonialiste une communauté d'intérêts. L'histoire des guerres de libération menées par les peuples colonisés est l'histoire de ...


Frantz Fanon (Fort-de-France, 20 juillet 1925 - Washington DC, 6 décembre 1961) était un psychiatre et essayiste français. Il est l'un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste.

Penseur très engagé, il a cherché à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation sur le colonisé. Dans ses livres les plus connus, il analyse le processus de décolonisation sous l'angle sociologique, philosophique et psychiatrique. Mais il a également écrit des articles importants dans sa discipline, la psychiatrie.



Frantz Fanon est né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France en Martinique. C'est le cinquième enfant d'une famille mulâtre de huit. Il reçoit son éducation au Lycée Schoelcher de Fort-de-France où Aimé Césaire enseignait .

En1943, il rejoint les Forces françaises libres puis s'engage dans l'armée régulière après le ralliement des Antilles françaises au général de Gaulle. Il combat avec l'armée française du général de Lattre et est blessé dans les Vosges. Parti se battre pour un idéal, il sera confronté à " la discrimination ethnique, à des nationalismes au petit pied ".

Après son retour en Martinique où il passe le baccalauréat, il revient en France métropolitaine et poursuit ensuite des études en médecine, tout en suivant les leçons de philosophie et de psychologie à l'Université de Lyon (entre autres, les cours de Merleau-Ponty). De son expérience de noir minoritaire au sein de la société française, il rédige le livre Peau noire, masques blancs, mal perçu à sa publication en 1952.

En 1953, il devient médecin-chef d'une division de l'hôpital psychiatrique de Blida-Joinville en algérie et y introduit des méthodes modernes de « sociothérapie » ou « psychothérapie institutionnelle », qu'il adapte à la culture des patients musulmans algériens, travail qui sera explicité dans la thèse de son élève J. Azoulay. Il entreprend ensuite, avec ses internes, une exploration des mythes et rites traditionnels de la culture algérienne. Sa volonté de désaliénation/décolonisation du milieu psychiatrique algérien lui vaut l'hostilité d'une partie de ses collègues.

Dès le début de la guerre de libération en 1954, il s'engage auprès de la résistance algérienne et a des contacts avec certains officiers de l'ALN (Armée de libération nationale) et avec la direction politique du FLN, Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda en particulier. Il donne sa démission de médecin-chef de l'hôpital de Blida-Joinville en novembre 1956 au gouverneur Robert Lacoste, puis est expulsé d'Algérie en janvier 1957.

Il rejoint le FLN à Tunis, où il collabore à l'organe central de presse du FLN « El Moudjahid » En 1959, il fait partie de la délégation algérienne au Congrès panafricain d'Accra. Il publie la même année L'An V de la révolution algérienne et c'est François Maspero qui prend le risque de le publier.

En mars 1960, il est nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) au Ghana. Il échappa à plusieurs attentats au Maroc et en Italie

Se sachant atteint d'une leucémie, il se retire à Washington aux États-Unis d'Amérique pour écrire son dernier ouvrage Les Damnés de la terre. Il décède le 6 décembre 1961 à l'âge de 36 ans, quelques mois avant l'indépendance algérienne. Il est inhumé au cimetière des "Chouhadas" (cimetière des martyrs de la guerre) près de la frontière tunisienne (dans la commune de Aïne Kerma,Wilaya d'eltarf).

Il laisse derrière lui son épouse (Marie-Josèphe Dublé dit Josie, décédée le 13 juillet 1989 et inhumée au cimetière d'El Kettar au cœur d'Alger). Il avait deux enfants officiels: Olivier (né en 1955) et Mireille (Mme. Bernard Mendès-France) et d'autres enfants algériens dont l'existence a été tue par la famille française pour des raisons matérielles.



Dans ses livres les plus connus, Frantz Fanon analyse le processus de décolonisation sous l'angle sociologique, philosophique et psychiatrique. Mais il a également écrit des articles importants dans sa discipline, la psychiatrie.

Fanon est aussi devenu un maître à penser pour de nombreux intellectuels du tiers monde. Son livre le plus connu est Les Damnés de la terre, qu'il conçut depuis son lit d'hopital comme un manifeste pour la lutte anticoloniale et l'émancipation du tiers monde. Cet ouvrage et, peut-être plus encore, la préface écrite par Jean-Paul Sartre, ont été perçu rétrospectivement comme fondateur de la critique tiers-mondiste (voir, sur ce point, le livre très critique de Pascal Bruckner paru en 1983, Le Sanglot de l'homme blanc). Il a inspiré les mouvements de libération en Afrique ou encore le Black Panther Party aux États-Unis.

Aujourd'hui encore, Fanon est revisité par de nombreux auteurs. Le courant de critiques post-coloniales notamment initie une relecture de l'auteur martiniquais. Edward Said, dans Culture et Impérialisme, reprend très souvent les écrits de Frantz Fanon. D'autres auteurs contemporains se sont intéressés à son œuvre, par exemple Stuart Hall, Homi Bhabha et Judith Butler, et en particulier à peau noire, masque blanc.





La dialectique hégélienne du maître et de l’esclave (telle qu’interprétée par Kojève dans ses cours à l’École des Hautes Études entre 1933 et 1939) est le cadre dans lequel Fanon ne cessera de s’inscrire de Peau Noire, masques blancs jusqu’aux Damnés de la terre. Dans le premier de ces deux ouvrages, il insiste sur la nécessité pour le Noir colonisé d’une lutte ouverte pour la reconnaissance que l’abolition de l’esclavage n’a fait que rendre plus improbable  : « Un jour le Maître Blanc a reconnu sans lutte le nègre esclave (…) Le Blanc est un maître qui a permis à ses esclaves de manger à sa table ». Outre le fait que le Noir n’a pas été sujet de sa libération, il s’est vu conféré, dit Fanon, une liberté purement abstraite, non pas une liberté effective mais une idée de la liberté qui est peut-être la condition de possibilité de l’assujettissement colonial. Le Noir est une personne (Hegel), un esclave émancipé (Marx), il n’a pas encore été reconnu comme homme. C’est pourquoi il demeure fixé dans son être pour l’autre, cet autre, le Blanc, dans lequel « se condense le sens de sa vie ». Plus encore, le Noir n’est pas seulement pour le Blanc, il est, dans le monde colonial, construit en sa nature par lui : s’inspirant des réflexions sartriennes sur la question juive (« c’est l’antisémite qui fait le juif »), Fanon écrit que c’est le Blanc qui par ses gestes, attitudes, regards, fixe le Noir « dans le sens où l’on fixe une préparation par un colorant ». C’est en ce sens qu’il déclare devoir abandonner l’ontologie hégélienne parce qu’elle ne saurait expliquer ce qu’on peut appeler l’être par l’autre du Noir, sa surdétermination extérieure ; elle ne saurait rendre compte de l’impureté, de la tare introduite par le Blanc dans la weltanschauung du colonisé. Il devient impossible de penser l’être du Noir « car le Noir n’a plus à être noir, mais à l’être en face du blanc ». La réflexion ne peut plus alors porter que sur l’existence. C’est ici que Fanon rejoint l’existentialisme de Sartre. Mais si en un sens ce dernier fournit des clés à la compréhension de la situation existentielle du Noir colonisé, en un autre sens, il rend impossible tout dépassement de cette situation. D’une part, affirmant que le soi-disant « problème juif » est « notre problème », Sartre avance l’idée, intolérable pour Fanon, que le Juif ne peut rien à sa propre libération à l’égard de l’antisémitisme. Sartre pose une extériorité de la liberté qui, rappelant étrangement le moment de l’abolition, interdit toute forme de lutte. D’autre part, dans son introduction à l’Anthologie de la poésie noire et malgache, il affirme que le mouvement de la Négritude est le temps faible, le moment nécessaire de la négativité dans une progression dialectique s’acheminant vers la synthèse ou réalisation de l’humain.

Fanon y voit à nouveau une forme de dépossession de ses moyens d’action, l’inscription de cette dernière dans un mouvement dont le sens le précède et le détermine : ce n’est pas lui qui va « foutre le feu afin d’incendier ce monde, mais c’est le flambeau qui était là, attendant cette chance historique. » Fanon reproche à Sartre cet « hégélien-né », d’avoir oublié que « la conscience a besoin de se perdre dans la nuit de l’absolu ». Cet absolu, signe d’un retour à Hegel, c’est lui qui sera à l’œuvre dans Les Damnés de la terre, œuvre dans laquelle la lutte de libération nationale du peuple algérien, lutte nécessitant le recours à la violence, ne sera rien d’autre que cette lutte à mort pour la reconnaissance pensée par Hegel, et qui seule, pour Fanon, offre la perspective d’une conscience de soi authentique.



En réalité, la mise à distance de la pensée sartrienne a lieu dans Peau noire, masques blancs, non pas uniquement lorsqu’il s’agit de penser les moyens de libération mais dès la position du problème de l’ « être par l’autre ». En effet, Fanon affirme que les réflexions que Sartre développe dans l’être et le néant sur l’être-pour-autrui sont fausses pour une conscience nègre car « le Blanc n’est pas seulement l’Autre mais le maître, réel ou imaginaire d’ailleurs ». Cette affirmation, qui est à nouveau le signe d’une profonde fidélité à Hegel, porte cependant en elle les germes d’une transformation essentielle, voire d’une subversion du processus dialectique. Fanon cite René Ménil évoquant « l’instauration dans la conscience des esclaves, à la place de l’esprit africain « refoulé », d’une instance représentative du Maître, instance instituée au tréfonds de la collectivité et qui doit la surveiller comme une garnison la ville conquise ». Or, il y a là une reprise presque littérale de la définition que Freud donnait du Surmoi dans Malaise dans la civilisation. L’autorité blanche est intériorisée, introjectée ; le Blanc se présente alors comme une nouvelle instance psychique du moi du colonisé, instance d’observation, de critique, de censure. Fanon, explicitant les relations entre antillais n’affirme pas autre chose lorsqu’il écrit qu’elles ne sont pas des relations à deux termes polarisées par le moi, mais qu’elles sont coiffées par un troisième terme, le Blanc en tant que fiction dirigeante. Or Freud, dans L’inquiétante étrangeté, affirmait que dans les cas pathologiques du désir de surveillance, il y a dissociation du moi par clivage. C’est une telle pathologie que Fanon détecte chez le Noir colonisé ; elle constitue même l’objet principal de ses réflexions dans Peau noire, masques blancs. C’est ce qu’on peut appeler le problème de la double conscience, en référence à la pensée de l’écrivain afro-américain W.E.B Du Bois avec laquelle la philosophie de Fanon présente des affinités remarquables. Fanon, décrivant l’imposition culturelle des valeurs blanches du colonisateur (la Blanche Justice, la Blanche Vérité, la Blanche Vierge), constate que le Noir en vient à posséder le même inconscient collectif que le Blanc. Or, dans cet inconscient, le Noir est le signe de toutes les « contre-valeurs », du pêché, du laid, du mal ; il est identifié à ce « croissant excessivement noir, où sommeillent les pulsions les plus immorales, les désirs moins avouables ». C’est ainsi que le Noir en vient à se dédoubler, à se désigner lui-même comme ce qu’il a à combattre, : « après avoir été esclave du Blanc, il s’auto-esclavagise ». La haine du Noir ne saurait cependant suffire à un tel dédoublement. Ce dernier implique d’autre part (et simultanément) un processus d’identification aux « valeurs blanches » (que Fanon expose notamment dans sa relecture du stade du miroir de Lacan). Prenant notamment l’exemple des jeunes Antillais se délectant des aventures des héros blanc des histoires illustrées, Fanon pose qu’il y a une identification intégrale du Noir au Blanc : « le jeune Noir adopte subjectivement une attitude de Blanc ». C’est que le Blanc n’est pas seulement instance de censure, il est aussi celui qui est reconnu comme supérieur, il est le modèle auquel il faut ressembler, il joue le rôle d’idéal du moi. D’où ce désir de lactification, dont la romancière antillaise Mayotte Capécia est le symbole, un symbole d’aliénation en ce qu’il révèle que cette identification, qui se présente comme totale, ne peut jamais être « accomplie » dans la mesure où elle est toujours refusée (en même temps que prescrite) par le Blanc. Car le monde colonial est un monde manichéiste, traçant une frontière infranchissable entre Noir et Blanc, colonisateur et colonisé. C’est ce clivage social, matériel, qui est introjecté par le Noir, qui devient clivage du moi : « à partir du moment où le Noir accepte le clivage imposé par l’Européen, il n’a plus de répit. » Le Noir reconnaît et dénie simultanément son absence de blancheur (dans l’hallucination spéculaire, il se dit « sans couleur »). Il produit un substitut de réalité, un fétiche, qu’on peut nommer l’âme blanche (comme ensemble des comportements, attitudes, paroles, « propriétés de revêtement » du Blanc) et qui masque la différence raciale. Cependant, il ne faudrait pas penser que seul le colonisé soit conduit à un tel fétichisme ; l’aliénation dans le monde colonial est nécessairement aliénation réciproque (tout comme l’est la reconnaissance chez Hegel). Homi K. Bhabha, s’inspirant de Fanon, a ainsi dévoilé la nature de fétiche du stéréotype racial, celui-ci n’étant rien d’autre qu’un instrument permettant d’ « accueillir » la différence raciale et culturelle mais ceci qu’en tant qu’elle peut être résorbée dans du « déjà connu », c’est-à-dire déniée en tant que différence. Ce même auteur a de plus su tirer certaines conséquences de la pénétration de Fanon dans le « côté noir de l’homme », conséquences devant lesquelles le psychiatre martiniquais lui-même aurait reculées. Déjà Freud avait affirmé que le clivage du moi mettait profondément en question cette conception de la « synthèse du moi comme allant de soi ». De même Bhabha montre que les jeux de dédoublement ayant lieu dans le monde colonial rendent problématique l’idée d’une conscience de soi, rompant avec la dualité et se définissant, enfin, en son identité. Si comme l’affirme Fanon lui-même, le désir, dans la situation coloniale, se situe toujours en référence à la place qu’occupe l’Autre (le colonisé veut prendre la place du colon, rêve d’une « inversion des rôles »), si par conséquent ce désir inscrit toujours l’individu à au moins deux places à la fois, ne faut-il pas en conclure que l’assignation phénoménologique des places du maître et de l’esclave, leur fixation en une posture d’opposition ou de contradiction non équivoque, est impossible ? En ce sens, n’est-ce pas le souhait hégélien de Fanon d’une réconciliation ultime qui s’avère être une chimère ? Bhabha, dont il ne faut pas méconnaître qu’il conduit à ses extrémités la pensée de Fanon et la prolonge par la sienne propre plutôt qu’il ne l’interprète, oppose, à l’idée d’un dépassement de l’opposition ou du clivage, une stratégie de subversion, employée parfois par Fanon lui-même, et qui use du clivage comme d’une arme du colonisateur retournée contre celui-ci.



Cette stratégie de subversion pourrait peut-être être illustrée par ce qu’on appellera la politique du corps de Fanon. La présence du maître blanc provoque une explosion du corps qui n’est pas sans rappeler, en l’inversant, « la crainte narcissique de la lésion du corps propre » qui chez Lacan commande la crainte du « Maître absolu » qu’est la mort. Clivage du moi et morcellement du corps sont indissociables, la tâche de Fanon se présentant alors comme une tentative de re-corporisation : « J’explosai. Voici les menus morceaux par un autre moi réunis ». C’est une tâche de reconstruction de l’image du corps qui doit faire face aux difficultés rencontrées dans le monde blanc par « l’homme de couleur (…) dans l’élaboration de son schéma corporel ». La dialectique, « hégélienne », du colonisateur et du colonisé, ne va pas sans cette dialectique effective qui « s’installe entre mon corps et le monde ». L’expérience vécue du Noir, dont l’explicitation occupe un chapitre entier de Peau noire, masques blancs, est un vécu corporel, une expérience du moi-corps. C’est ici que la rencontre chez Fanon entre existentialisme et psychanalyse se fait la plus fructueuse (le rôle de Merleau-Ponty, dont Fanon a suivi les cours à Lyon, demande ainsi à être étudié). Si le vécu corporel est si essentiel pour Fanon, c’est parce que dans la situation coloniale, le corps, en tant que peau et en tant que race, est littéralement l’opérateur ou l’instrument du clivage. Au schéma corporel se substitue ainsi un schéma épidermique racial ; la peau, cette enveloppe, cette limite du moi et du monde, du moi et des autres, devient, en raison de sa sensibilité et de sa visibilité, l’objet premier du racisme colonial. Fanon, loin de s’appuyer sur une dénégation, sur une revendication de l’absence de fondements des catégories et valeurs du racisme, loin donc de défendre une universalité, donnée a priori, de l’homme (l’universalité devenant chez lui tension, en un sens quasi-physique, vers l’universel) ou de participer à une nouvelle estimation de la valeur des cultures africaines (à la manière des penseurs de la Négritude), accepte de faire de la race et du moi-peau à la fois l’origine et l’enjeu même de son discours. C’est en ce sens qu’il y aura subversion du discours discriminatoire. Fanon, décrivant l’expérience vécue du Noir, qui n’est rien d’autre que la sienne propre, fait s’exprimer le corps : « les talons vigoureux contre le flanc du monde », « les artères du monde », « rougir de sang », etc. Il ne faut pas ignorer qu’ici, le psychiatre martiniquais retrace sa propre genèse et en ce sens, rend compte d’étapes ou de moments à présent dépassés. Il n’en reste pas moins que lorsqu’il écrit : « Je secrétais une race », race titubant sous le poids du rythme, élément ô combien corporel, il y a là la préfiguration de cette stratégie essentielle d’écriture consistant à user sans mesure des noms de races (le nègre, la conscience noire, etc.) pour contester, en les conduisant à leurs limites, les « propriétés » dites naturelles qui y sont fixées ; pour défaire, en en développant les formes, les effets du discours discriminatoire. Cette pensée du corps, Fanon la prolonge dans Les Damnés de la terre ; L’idée fanonienne d’une nécessité de la violence dans la lutte de libération du peuple algérien ne répond pas tant à une stratégie, qu’elle soit rationnelle ou irrationnelle, qu’elle suscite l’approbation ou la condamnation, qu’à une économie corporelle. Les violences et frustrations de tout ordre exercées par le colonisateur sur le colonisé sont l’origine d’une tension musculaire accumulée dont la décharge se présente comme une nécessité physiologique. S’il y a stratégie, elle concernera bien plutôt les modalités de cette décharge, l’enjeu devenant d’éviter l’auto-destruction et de mobiliser la violence dans un rapport de forces, dans une lutte où seule elle peut s’exercer à profit en tant qu’elle se retourne contre sa source même. Nous terminons en citant les dernières paroles de Fanon dans Peau noire, masques blancs : « Mon ultime prière : O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ».



Voir aussi sur Wikiquote les citations «  Frantz Fanon ».
  • L'œil se noie, Les Mains parallèles, La Conspiration, trois pièces de théâtres inédites écrites entre 1949 et 1950. Ouvrages introuvables.
  • Peau noire, masques blancs, 1952.
  • L'An V de la révolution algérienne, 1959.
  • Les Damnés de la Terre, La Découverte, 1961.
  • Pour la révolution africaine, La Découverte, 1964.


  • Pierre Bouvier, Fanon, Ed Universitaires, Paris, 1971.
  • Alice Cherki, Frantz Fanon, une vie', Paris, Le Seuil
  • Caute David, Fanon, Londres, Collins, Fontana, 1970, traduit par G. Duran, Paris, Seghers, 1970.
  • Christiane Chaulet-Achour, Frantz Fanon l'importun, Chèvrefeuille étoilée, Montpellier, 2004.
  • Alice Cherki, Frantz Fanon Portrait, Seuil, Paris, 2000. Elle a bien connu Fanon et a travaillé avec lui dès 1955 en Algérie et Tunisie dans son service psychiatrique et partagé son engagement politique pendant la guerre d'Algérie.Elle nous apporte son témoignage distancié sur un Fanon « éveilleur de consciences ».
  • Joby Fanon, De la Martinique à l'Algérie et à l'Afrique, l'Harmattan, Paris, 2004. Témoignagne du frère aîné de Frantz sur sa vie et son œuvre.
  • Peter Geismar, Fanon, New York, Dial Press, 1971.
  • David Macey, Frantz Fanon, Granta Books, Londres, 640 p. Une biographie très complète d'un personnage important de la lutte des Africains pour la décolonisation.
  • Florent Schoumacher, Frantz Fanon et le renouveau de la question marxiste de la libération nationale, Dissidences B.L.E.M.R. N° 9, Nancy, octobre 2001 [1].
L'œuvre de Fanon a considérablement influencé des problématiques liées à la notion de l'identité développées dans l'art contemporain. En témoignent entre autres les films de l'artiste londonien Isaac Julien.



  • Roberto Beneduce


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