Biographie de Gilbert du Motier de La Fayette

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Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de la Fayette (6 septembre 1757 - 20 mai 1834), est un général et un homme politique français et américain, héros de la guerre d'indépendance américaine et personnalité de la Révolution française. Il a été fait citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique en 2002, à titre posthume. Il est enterré au cimetière de Picpus, à Paris.

Personnage le plus influent des débuts de la Révolution, à la chute de la Monarchie en 1792, il dut se retirer de la vie publique, pour ne rejouer de véritable rôle politique qu'à partir de la Restauration.



Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert de Motier est né au château de Chavagnac, en Haute-Loire, le 6 septembre 1757, dans une ancienne famille d'Auvergne dont les origines connues remonteraient au XIe siècle. Le nom de famille trouve son origine à La Fayette, commune d'Aix-la-Fayette, dans le Puy-de-Dôme, site d'une motte castrale documentée[1].

Son père, Michel Louis Christophe Roch Gilbert Paulette du Motier, marquis de La Fayette, colonel aux Grenadiers de France, est tué à l'âge de vingt-six ans sur le champ de bataille de Minden, en Westphalie le 1 août 1759. Sa mère, Marie Louise Jolie de La Rivière née en 1737, meurt le 3 avril 1770.

À l'âge de 13 ans, le marquis de La Fayette se retrouve donc orphelin et seul héritier potentiel de la fortune de son grand-père maternel, le marquis de La Rivière, qui meurt peu après. C'est donc son arrière-grand-père, le comte de La Rivière, ancien lieutenant général des Armées du Roi qui s'occupera de lui. Le jeune marquis étudie jusqu'en 1771 au collège du Plessis, futur Lycée Louis-le-Grand, où il semble qu'il montre un penchant pour l'indépendance et la liberté.[2] C'est à cette date qu'il entre dans l'Armée, qui deviendra pour lui une deuxième famille.

En 1774, le jeune marquis de La Fayette, qui est l'un des plus beaux partis de France, épouse Marie Adrienne Françoise de Noailles († 1807), fille du duc d'Ayen[3], dotée de 400 000 livres. De ce mariage naîtront trois enfants : un fils et deux filles.

  • Georges Washington de La Fayette
  • Anastasie (1777-1863), qui épouse Charles de Latour-Maubourg (1774-1824) le 23 février 1798
  • Virginie (1782-1849), qui épouse Louis de Lasteyrie du Saillant (1781-1826) le 20 avril 1803.
La Fayette a alors 17 ans. Après son mariage, il fait son service militaire où, après être entré comme simple soldat, il est élevé au rang de capitaine de dragons. Il choisit alors de suivre, à l'exemple de son père, une carrière militaire et entre dans la Maison militaire du roi.

Il parut à la cour de Louis XVI ; mais, soit, au dire de Mirabeau[4], « qu'il y gâta par la gaucherie de ses manières, un langage obséquieux jusqu'à l'humilité, soit, comme il le dit lui-même, qu'il y déplût au contraire par l'indépendance de son langage et l'indocilité de ses idées, il n'y obtint aucun succès. [réf. souhaitée] »



C'est la partie la moins controversée et la plus brillante de la vie de Lafayette. Sa participation à la Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique est l'événement qui l'a rendu célèbre, et lui a donné sa place de symbole: "Le héros des deux mondes". D'ailleurs bien qu'il soit établi qu'il eut une participation militaire effective notable au conflit, celle-ci n'a que peu de poids en face de son rôle indirectement politique. Son succès a ouvert la voie à l'installation aux Etats-Unis d'une partie de ses compagnons, qui devinrent des figures des Réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique.



Ce qui fait de La Fayette un symbole du soutien français aux insurgés d'Amérique ainsi que la figure du héros romantique qu'on en conserve, c'est l'âge auquel il partit pour l'Amérique (23 ans), ainsi que les circonstances (sans l'autorisation du roi encore favorable à la paix et en finançant le voyage de ses propres deniers).





Pendant ce temps, La Fayette, chargé d'opérer en Virginie contre des forces quatre fois supérieures en nombre, sacrifia encore une partie de sa fortune pour maintenir ses soldats sous ses ordres, et, joignant la prudence au courage, il sut, par des marches forcées et des retours subits, tellement fatiguer Cornwallis et harceler ses troupes, que le général britannique, après avoir méprisé sa jeunesse, fut forcé de redouter son habileté[5].



La Fayette prit la tête des troupes de Virginie, il harcela l'armée anglaise de lord Charles Cornwallis et fit sa jonction avec les troupes de George Washington et du comte de Rochambeau.

Les troupes anglaises sont bientôt coincées dans la baie de Chesapeake, dans l'impossibilité de recevoir des secours par mer du fait du blocus effectué par la flotte de l'amiral de Grasse. C'est ainsi que les alliés franco-américains remportent la victoire décisive de Yorktown le 17 octobre 1781.





La Fayette rentre en France vers la fin de 1781. Ce fut le premier essai qu'il tenta de l'application des théories d'indépendance américaine à la société française. L'intention de La Fayette était de brusquer les réformes qu'il méditait. Mais Washington, avec qui il ne cessait de correspondre, lui manda sagement « C'est une partie de l'art militaire de connaître le terrain avant de s'y engager. On a souvent plus fait par les approches en règle que par une attaque à force ouverte ». Cette observation ralentit un peu la fougue du jeune réformateur, et il renonça à emporter de haute lutte ce que Louis XVI opéra de lui-même sans secousse, peu de temps après.

Le 14 mai 1784, La Fayette écrivit une lettre enthousiaste à propos des travaux du médecin allemand Franz Anton Mesmer à George Washington : « Un docteur allemand nommé Mesmer, ayant fait la plus grande découverte sur le magnétisme animal, a formé des élèves, parmi lesquels votre humble serviteur est appelé l'un des plus enthousiastes »[6]. Cette lettre est suivie d'une lettre de Mesmer lui-même le 16 juin à laquelle Washington répond cinq mois plus tard en confirmant qu'il a bien rencontré La Fayette[7]. Ce dernier a entre temps donné une ou deux leçons de magnétisme animal et rencontré une communauté de Shakers ayant vu une similarité entre les pratiques de transe de ces derniers et les crises mesmériennes. Lafayette participa également à des rituels nord-Amérindiens, persuadé que le magnétisme animal était la redécouverte d'une pratique ancienne et primitive[8].

La Fayette vint à Paris dans les derniers jours de 1785. Son retour excita un enthousiasme porté jusqu'au délire. La reine Marie-Antoinette, qui assistait en ce moment à une fête à l'hôtel de ville, voulut, par une faveur presque sans exemple, conduire madame de La Fayette dans sa propre voiture à l'hôtel de Noailles, où venait de descendre son époux. Le lendemain, il fut reçu à la cour avec l'empressement le plus flatteur, et ne cessa d'être, pendant plusieurs jours, l'objet des hommages et de la curiosité publics. L'histoire, qui aura bientôt à envisager avec sévérité la conduite postérieure de La Fayette, ne saurait permettre sans injustice quelques préoccupations généreuses par lesquelles il préludait alors aux réformes politiques dont l'affranchissement du nouveau monde lui avait inspiré le dessein.



L'émancipation graduelle des esclaves était une de ses utopies favorites. Désireux d'appeler à son secours un commencement d'expérience, il acheta une plantation considérable dans la Guyane française, et s'y livra à divers essais, qu'interrompirent les événements de la Révolution française. Il provoqua, en 1786, la formation d'un comité chargé de discuter l'abolition du monopole des tabacs, et il y plaida avec chaleur la cause du commerce américain, que ce monopole frappait d'un préjudice de près de trente millions. Les efforts plus heureux qu'il déploya en faveur de cette nation, lors de la négociation du traité que la France conclut avec elle, provoquèrent de sa part de nouveaux témoignages de reconnaissance, en resserrant les liens d'amitié qui l'unissaient à son glorieux libérateur. La correspondance établie entre ces deux hommes si unis d'intentions, si différents de caractère, ne prit fin qu'à la mort de Washington, qui eut lieu le 14 décembre 1799.[9]



La Fayette fut compris dans la première assemblée des notables, réunie à Versailles au mois de février 1787, et appartint au bureau présidé par le comte d'Artois. Il saisit avidement cette occasion de produire quelques-unes des réformes qu'il avait méditées, fit voter la suppression de la gabelle et la mise en liberté des personnes détenues à l'occasion de cet impôt, réclama l'abolition des lettres de cachet et des prisons d'État, et la révision des lois criminelles. Il formula même le vœu d'une convocation des états généraux, comme le seul remède efficace aux maux de la situation ; mais ce vœu demeura sans écho. Il fit la motion expresse (mot prononcé pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires.



Porte-parole de l'aristocratie libérale, député de la noblesse d'Auvergne aux États généraux et chef de la Garde Nationale , il fut membre de la société des amis des Noirs et franc-maçon, il rêve d'apparaître, lui, le « héros de la liberté des deux mondes », comme un Washington français.





D'abord favorable à la Révolution, La Fayette fit partie des États généraux comme député de la noblesse d'Auvergne. Il ne remplit aucun rôle dans ces premiers engagements, où domine presque seule la grande figure de Mirabeau. II appuya la motion de Mirabeau sur l'éloignement des troupes, et présente un projet de Déclaration des Droits de l'homme à l'Assemblée constituante, fit décréter la responsabilité des ministres, l'établissement d'une garde civique, et il en fut élu commandant.



Deux jours après le rapport de Mounier sur la constitution française, le 11 juillet 1789, il inaugura sa carrière parlementaire par la présentation d'un des projets de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, que l'Assemblée n'a pas retenu. Ce projet, emprunté à la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, fut le premier monument direct de cet esprit d'assimilation entre deux peuples si divers d'origine, de situation et de caractère.

La Déclaration des droits qu'il proposait, constituait un véritable corps de jurisprudence révolutionnaire qui considérait que le peuple français était abusivement soumis au roi de France, comme celui des Amérique l'était à la couronne de Grande-Bretagne, et qu'il convenait qu'il prenne son indépendance et se gouverne lui-même[10].



La Garde nationale est née sous la pression des troubles qui ensanglantèrent Paris dans les journées des 12 et 15 juillet, et composée de quarante-huit mille citoyens, enregistrés en un jour, la garde nationale élut à l'unanimité pour chef La Fayette[11] lui-même, au moment où, comme vice-président de l'assemblée, il venait de féliciter les électeurs de Paris, réunis à l'hôtel de ville, de la conquête de la Bastille. Le vicomte de Noailles, son beau-frère, lui fut adjoint en qualité de major général, et l'on arracha Bailly à ses études pour l'élever au poste périlleux de maire de la capitale.



Son acte suivant comme commandant de la garde nationale fut de faire démolir la Bastille (16 juillet). Le 26 juillet, il présenta aux électeurs de Paris les nouvelles couleurs nationales, la cocarde tricolore[12]

La Fayette sauva par sa fermeté la vie à un grand nombre de personnes que menaçaient les fureurs populaires, et contint la faction d'Orléans, qui aspirait à réorganiser les anciennes gardes françaises. Mais il ne put empêcher le massacre de Foulon et de Berthier de Sauvigny, et ce témoignage de son impuissance le porta à se démettre du commandement dont il était revêtu ; des acclamations unanimes venaient de le rappeler à ses fonctions, lorsque survinrent les évènements des 5 et 6 octobre.



Lors de la Journées des 5 et 6 octobre 1789, où les Parisiens montent à Versailles pour demander du pain à Louis XVI, la Garde nationale est en retard, laissant dans un premier temps le roi face au peuple. Chargé de la sécurité du château, il se montrera incapable d'empêcher son invasion meurtrière.

Le 6, il sauva à Versailles la famille royale, et la ramena à Paris où vint s'établir aussi l'Assemblée constituante. Il demanda le jury britannique, les droits civils des hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques, l'abolition de la noblesse héréditaire, l'égalité des citoyens.





Les premiers jours de 1790 furent marqués par l'arrestation et le supplice du marquis de Favras, accusé d'un complot contre-révolutionnaire avec la participation de Monsieur, frère du roi. Le discours que ce prince prononça à l'hôtel de ville, pour désavouer son loyal et infortuné mandataire[13], excita l'indignation de La Fayette, qui s'était fort exagéré l'importance de cette affaire, et devint entre ces deux personnages la source d'une inimitié qui n'eut pour terme que la mort.

Ce fut dans ces conjonctures tumultueuses que l'assemblée eut à discuter la loi sur les attroupements, et dans cette discussion. que La Fayette fit entendre à la tribune une phrase devenue célèbre : « Pour la révolution, il a fallu des désordres, car l'ordre ancien, n'était que servitude, et, dans ce cas, L'insurrection est le plus saint des devoirs ; mais pour la constitution, il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, et que les lois soient respectées[14]. » Il faut reconnaître, toutefois, que La Fayette, fidèle, du moins à cette époque, aux conditions du principe qu'il avait posé, ne cessait de se montrer le plus ferme adversaire de l'anarchie.[15] Sa fermeté déconcerta plusieurs séditions qui pouvaient devenir fatales à la sécurité publique.



Il s'entendit avec Bailly pour fonder le club des Feuillants, société destinée à contrebalancer l'influence du club des Jacobins. Lorsque l'assemblée promulgua la constitution du clergé, La Fayette, plein des idées américaines sur l'égalité pratique des religions, protégea, dans l'intérêt même de la liberté, le culte non assermenté, et ce culte fut constamment en usage dans sa propre famille. Enfin, il proposa au roi le rappel de ses gardes du corps, licenciés après les évènements d'octobre ; mais la reine s'y opposa de peur de mettre en péril la vie de ces fidèles militaires.[16]



Il prit en charge l'organisation de la fête de la Fédération (14 juillet 1790) qui symbolise la réconciliation du roi avec la révolution. Le général parut avec éclat à la fête de la Fédération, à la tête d'une députation de dix-huit mille gardes nationaux, entouré d'un nombreux état-major et monté sur le cheval blanc qui lui servait ordinairement dans ces solennités, il favorisa avec beaucoup de zèle les acclamations adressées au roi, et dont la chaleur ranima chez tous les amis de l'ordre et du trône des espérances qui devaient trop promptement s'évanouir.

Le retour du duc d'Orléans devint le signal des premières hostilités du parti jacobin contre les constitutionnels et contre La Fayette, que les clubs et les groupes populaires commencèrent à désigner du nom de traître. L'énergie avec laquelle il se prononça pour la répression des désordres occasionnés à Metz et à Nancy par la révolte de trois régiments de ligne qui avaient chassé leurs officiers, fortifia ces dispositions. Sa popularité déclinait visiblement. Un nouvel épisode révolutionnaire vint constater cette défaveur.





Le 28 février 1791, La Fayette reçut avis qu'un nombreux attroupement, conduit par Santerre, s'était porté sur le donjon de Vincennes, pour faire éprouver sans doute à ce château le même sort qu'à la Bastille.[17] Aidé de quelques cavaliers, il attaqua les factieux, qui se replièrent sur le faubourg Saint-Antoine, dont ils disputèrent avec acharnement l'accès au corps demeuré fidèle. La Fayette triompha de leur résistance et rentra dans Paris aux acclamations de tous les amis de l'ordre public.

Au même instant, une scène d'une autre nature se passait au château des Tuileries. Les périls de la famille royale, évidemment menacée par ce mouvement séditieux, y avaient attiré un certain nombre de royalistes en armes. L'accueil empressé que leur firent la reine et Madame Elisabeth excita l'ombrage et les murmures de la garde nationale, et Louis XVI, informé de ces rumeurs, ordonna à ces gentilshommes de déposer leurs armes entre ses mains. Ils avaient obéi avec résignation, lorsque La Fayette arriva au château. Il prit avec ardeur le parti de la garde qu'il commandait; il souffrit que ce petit nombre de chevaliers fidèles[18] fût chargé de menaces et d'outrages, et expulsé, sous ses yeux, du palais qu'ils étaient venus défendre. Le lendemain, dans un ordre du jour, le commandant général flétrit « le zèle très justement suspect qui avait porté quelques hommes à oser se placer entre la garde nationale et le roi» et ajouta que « le roi de la constitution ne devait et ne voulait être entouré que des soldats de la liberté»[19].



Ces timides ménagements étaient désormais impuissants à sauver la royauté. Chaque jour aggravait les périls qui la menaçaient. L'émigration, commencée dès le 15 juillet 1789, se propageait avec une effrayante activité. Quelques esprits songèrent à appeler l'intervention étrangère dans les débats intérieurs français, et Louis XVI avait secrètement adressé, dès le 3 décembre 1790, un mémoire aux cabinets européens pour solliciter l'établissement d'un congrès continental destiné à imposer, par sa seule existence, aux factieux qui conjuraient la ruine du trône. Ces démarches étaient activement secondées par le comte d'Artois et par les nombreux émigrés qui avaient fui d'imminentes persécutions.



La Fayette servait l'ordre sans zèle pour le roi. La mort de Mirabeau porta le dernier coup à la cause royale.[20]

Le 18 avril, Louis XVI, qui avait annoncé hautement l'intention d'aller remplir à Saint-Cloud ses devoirs religieux, en fut empêché par une multitude ameutée sur le bruit que ce départ n'était qu'un commencement d'évasion. La Fayette ordonna vainement à la garde nationale de rendre la circulation libre : il ne fut point obéi ; et le roi, forcé de rentrer dans ses appartements, se plaignit, sans plus d'effet, à l'assemblée, de la violence qui lui avait été faite.



Le général conçut alors et exécuta le projet de se démettre du commandement qu'il exerçait. Mais sa résolution fléchit une seconde fois devant les instances et les protestations de la milice citoyenne, et il eut le malheur de se trouver à sa tête, lorsque la fuite et l'arrestation du roi (20 juin) aggravèrent la responsabilité de ce commandement.

Lors de la fuite du Roi et de sa famille jusqu'à Varennes (20 juin 1791), il répandit le bruit que l'on avait enlevé la famille royale. Cette tentative du roi n'avait été en aucune façon pressentie par La Fayette, que rassuraient, indépendamment de précautions minutieuses, les affirmations précises du roi.[21]

L'exaspération populaire fut très vive contre La Fayette, qu'on accusait hautement de connivence avec la cour ; il calma par degrés ces dispositions menaçantes en s'avançant seul et sans escorte au-devant de la multitude, répandue sur la place de Grève. Mandé à l'assemblée, il se borna à confirmer les explications qu'avait fournies son aide de camp Gouvion, à qui la garde du château était spécialement confiée. Cependant il demanda secrètement au président Beauharnais et au maire de Paris si, dans leur opinion, l'arrestation du roi importait au salut de l'État ; et, sur leur réponse affirmative, il dépêcha un aide de camp sur la route de Montmédy, présumant que ce prince chercherait à s'y réunir au corps commandé par Bouillé.[22]

Lorsque Louis XVI fut descendu aux Tuileries, La Fayette se présenta à lui avec attendrissement et respect.[23] L'effet de cette infructueuse tentative fut de rendre plus étroite la surveillance à laquelle était soumise la famille royale, et La Fayette se trouva, par ses fonctions, l'instrument naturel de ces sévérités.[24]

Au milieu de ces rigueurs, La Fayette ne démentit point un reste de sentiments monarchiques. Il appuya la motion de Barnave tendant à maintenir l'autorité royale à Louis XVI, et il ajouta à cette occasion que ce prince était « le meilleur de sa famille et le meilleur des souverains de l'Europe. » Inculpé de tyrannie envers le roi par le marquis de Bouillé, son cousin, dans une lettre menaçante à l'assemblée, il se borna à répondre « qu'il était prêt à verser son sang » pour le gouvernement établi.

Le 13 juillet, Muguet de Nanthou, rapporteur de l'enquête ouverte sur l'évènement de Varennes, conclut que ce voyage n'avait rien de coupable, et que d'ailleurs le roi était protégé par son inviolabilité constitutionnelle. Cette conclusion pacifique fut accueillie par un décret de l'assemblée qui arracha de vives clameurs au parti jacobin, et il fut décidé qu'une pétition ayant pour objet le report de ce décret serait portée le dimanche au Champ de Mars, où chaque citoyen pourrait la signer sur l'autel de la patrie.



Il se joignit à Bailly pour empêcher la réunion des patriotes au Champ de Mars le 17 juillet 1791 pour signer la pétition relative au pouvoir royal ; mais il ne put réussir.

Une foule considérable se réunit au lieu et au jour indiqués. La Fayette s'y présenta bientôt, à la tète d'un détachement de la garde nationale ; il renversa quelques barricades et essuya un coup de feu qui ne l'atteignit pas. Deux invalides, qu'une imprudente curiosité avait attirés sous l'autel furent saisis, entraînés au comité du Gros-Caillou et égorgés par le peuple. Invité par l'assemblée nationale à pourvoir à la répression de ces désordres, Bailly se rendit au Champ de Mars, accompagné de plusieurs officiers municipaux et d'une nombreuse escorte de la garde nationale.

Il fit déployer le drapeau rouge et adressa les sommations légales aux factieux, qui ne répondirent que par une grêle de pierres. Le général fit tirer quelques coups en l'air ; mais cette démonstration n'ayant fait qu'enhardir les perturbateurs, il ordonna le feu. Une centaine de ces forcenés tombèrent morts ou blessés ; quelques officiers voulaient employer l'artillerie ; il s'y opposa avec force et poussa même résolument son cheval devant la bouche des canons.

La loi martiale fut proclamée, le sang coula, et cette journée valut à Bailly l'échafaud à quelque temps de là, et à La Fayette la perte de sa popularité et de son commandement.

Haï de la Cour, les révolutionnaires doutent de sa sincérité patriotique. Marat se lance dans une grande campagne de presse contre lui. Il l'appelle l'infâme Motier.



La constitution, achevée à la hâte, fut sanctionnée par le roi le 13 septembre. Cette solution causa une joie universelle : la révolution semblait terminée. La Fayette appuya et fit décréter la proposition d'une amnistie générale. Ce fut son dernier vote à l'assemblée constituante. Privé de la plupart des qualités oratoires, il n'avait guère exercé sur cette assemblée que l'espèce d'ascendant qui dérive de l'estime personnelle et d'une constance inébranlable dans des opinions conçues avec ardeur et courageusement défendues. Son commandement militaire lui parut terminé par l'acceptation de l'acte constitutionnel et par l'installation de l'assemblée législative, et il fit supprimer l'emploi de colonel général de la garde nationale.



Le 8 octobre, il adressa à la milice citoyenne une lettre d'adieu noblement formulée, et résigna ses pouvoirs entre les mains du conseil général de la commune. Quelques hommages remarquables honorèrent sa retraite.[25]

II se retira aussitôt à Chavaniac, d'où un grand nombre d'électeurs songèrent plus tard à le rappeler, en remplacement de Bailly, dans le poste difficile et périlleux de maire de Paris. Mais Pétion, fut nommé à une forte majorité, et ce choix avança rapidement la défaite du parti constitutionnel.



Cependant la guerre devenait imminente sur les frontières du Nord et de l'Est. En décembre 1791, trois armées sont constituées sur le front pour repousser les Autrichiens, et La Fayette est placé à la tête de l'armée du Centre puis de l'armée du Nord. Trois corps d'armée, formant environ cent cinquante mille hommes, y furent réunis sous le commandement de Luckner, de Rochambeau et de La Fayette.

La Fayette, qui avait été promu quelques mois auparavant (30 juin) au grade de lieutenant général, est chargé du commandement de l'une des trois armées lors de la première coalition. Il partit le 25 décembre pour Metz, où il établit son quartier général. Il introduisit dans le service des améliorations utiles, il rétablit la discipline, imagina le système des tirailleurs, organisa l'artillerie légère, créa le corps des artilleurs à pied, et organisa celui des artilleurs à cheval[26]





La guerre ayant été déclarée dans les premiers jours d'avril, il entra immédiatement en campagne et se porta, avec vingt-cinq mille hommes de très belles troupes, sur la rive droite de la Meuse, près de Givet, ayant son avant-garde à quatre lieues de là, dans les bois au delà de Philippeville. Cette dernière position était mal choisie. Les Autrichiens, qui occupaient Mons avec des forces supérieures, tombèrent un matin à l'improviste sur ce corps de troupes, composé d'environ trois mille hommes, et le dispersèrent avant que le général eût eu le temps d'être informé de cet engagement.

Quelques jours après, La Fayette alla prendre une autre position dans le camp retranché de Maubeuge, ayant encore son avant-garde très loin de lui, dans les bois de Malplaquet et de la Glisuelle. Cette avant-garde fut encore surprise par le même corps autrichien, parti de Mons à la faveur de la nuit. Le bataillon des volontaires de la Côte-d'Or eut beaucoup à souffrir dans cette rencontre, qui coûta la vie au général Gouvion, aide de camp et ami dévoué de La Fayette. Le général survint, rétablit le combat et força l'ennemi à se replier en désordre sur la route de Mons. Mais ce faible avantage n'était guère propre à balancer l'influence fâcheuse que ces deux échecs, quoique peu considérables en eux-mêmes, pouvaient exercer sur le moral de l'armée au début d'une campagne.

Mieux avisé, La Fayette se retrancha à Tesnières sous Bavay dans l'intention d'y tenir en échec le général autrichien Clairfayt, lequel manœuvrait pour se réunir à l'armée ennemie, qui campait sous Tournai. Mais il fut aussitôt appelé au commandement de l'armée du Nord, en remplacement de Rochambeau, et porta son quartier général à Cerfontaine, à Longwy, puis à Sedan.

Il bat l'ennemi à la bataille de Florennes. Voulant se porter de Metz sur Namur, il apprend à Dinant la défaite des deux corps de Dillon et de Biron, et se hâte d'opérer sa retraite.



Cependant, les événements de plus en plus graves de l'intérieur de la France attiraient toute l'attention de La Fayette. Élevé au prix de tant de sang et de sacrifices, l'édifice constitutionnel s'écroulait rapidement sous les coups redoublés des jacobins et des girondins. La Fayette présuma assez d'un reste de popularité pour espérer que l'exposition de ses idées sur cette alarmante situation pourrait produire un effet utile. Voyant que la vie du couple royal était, chaque jour, de plus en plus menacée, il s'oppose au Club des Jacobins, avec l'intention d'utiliser son armée pour rétablir une monarchie constitutionnelle.



Le 16 juin, il écrivit, de son camp de Maubeuge, une longue lettre à l'assemblée législative, où il dénonça avec énergie la faction jacobine comme l'instigatrice patente de tous les désordres dont les bons citoyens avaient à gémir. Il s'appliquait ensuite à prévenir toute inculpation personnelle en parlant noblement, de lui-même, de son intervention dans la guerre de l'Indépendance, de son zèle à défendre la liberté et la souveraineté des peuples et rappelait la Déclaration des droits, dont il avait été le promoteur. Il adjurait, en terminant, l'assemblée de rétablir l'égalité civile et la liberté religieuse sur leurs véritables bases ; de faire respecter l'intégrité du pouvoir royal, et d'anéantir le régime des organisateur des clubs et des sociétés secrètes. La lecture de cette lettre, dont La Fayette avait adressé une copie au roi, excita dans l'assemblée une vive rumeur.

Le côté droit seul y applaudit et en fit décréter l'impression. Les girondins, par l'organe de Vergniaud et de Guadet, s'efforcèrent d'alarmer leurs collègues sur les dangers que faisaient courir à la liberté de pareilles remontrances, adressées à une assemblée délibérante par un chef militaire, et affectèrent des doutes hypocrites sur l'authenticité de sa signature ; ils demandèrent que la lettre fût renvoyée à un comité, afin que l'assemblée pût venger le général du lâche qui avait osé se couvrir de son nom. Cette proposition fut adoptée, et quelques voix réclamèrent sans succès l'envoi de ce manifeste aux départements. Mais, peu de jours après, soixante-quinze administrations départementales adhérèrent formellement aux considérations développées par le général.

Cette lettre fut mal reçue de la majorité. La Fayette en apprit le mauvais effet en même temps que la journée du 20 juin. Il ne peut marcher sur Paris, son armée stationnée à Pont-sur-Sambre refuse de le suivre, notamment grâce à l’opposition de Gobert.



Lors de cette 20 juin 1792, autre Journée révolutionnaire, au Louvre, la Garde nationale est absente, laissant le peuple aborder le roi en tête à tête[27]

Plusieurs amis de La Fayette, et notamment Dupont de Nemours, lui mandèrent que cette journée avait produit dans le public un sentiment de réaction assez vif pour que sa présence à Paris pût lui imprimer une impulsion décisive. La Fayette n'hésita pas.



Malgré les avis timorés de Luckner, La Fayette quitta aussitôt son armée, et le 28 il était à la barre de l'Assemblée. Il avoua hautement la lettre qui avait été lue en son nom, et déclara qu'il avait été chargé, par tous les corps de son armée, d'improuver les insultes faites au roi et de demander la destruction de cette secte qui envahissait la souveraineté, et dont les projets étaient connus.

L'intrépide allocution de La Fayette fut accueillie avec enthousiasme par le côté droit, et par un morne silence dans le côté gauche.[28]

En quittant l'assemblée, La Fayette se rendit chez le roi, qui l'accueillit avec bienveillance, mais avec réserve. Madame Elisabeth, présente à cette entrevue, conjura son frère de se jeter dans les bras du seul homme qui pût le sauver ; mais la reine, aigrie par de fâcheux souvenirs, s'était déjà prononcée contre toute tentative d'évasion à laquelle le général pourrait prendre part ; elle déclara qu'elle aimait mieux mourir que de lui devoir sa délivrance.[29] L'indécision de Louis XVI et la répugnance de la reine firent avorter ce projet, dont le succès eût été fort problématique d'ailleurs, dans l'état d'effervescence de l'opinion publique. À la suite d'une revue passée le lendemain, en présence du roi, et dans laquelle La Fayette essaya vainement de rendre quelque énergie aux citoyens, le général s'éloigna le désespoir dans le cœur. La multitude l'avait plusieurs fois salué de ses acclamations dans ce court séjour à Paris, et la garde nationale lui avait fourni un poste d'honneur. Il quitta Paris pour rejoindre son armée et fut brûlé en effigie dans les rues de Paris.

Ce furent les derniers soupirs de cette popularité qui avait pris naissance sur les ruines de la Bastille, pour s'éteindre dans les journées du 20 juin et du 10 août. Sa démarche n'avait rendu au pouvoir exécutif qu'une vigueur passagère ; le maire et le procureur de la commune furent suspendus pour leur conduite au 20 juin ; mais l'assemblée annula bientôt cette décision.

A son retour à l'armée, La Fayette voulut tenter un dernier effort ; il pensa qu'une victoire pourrait changer l'état des esprits, et fit proposer à Luckner, par le colonel Bureaux de Pusy, son ancien collègue et son ami, d'attaquer les Autrichiens à Jemmapes ; mais le maréchal s'y refusa formellement.[30]



Tandis que les jacobins lui suscitaient à l'armée mille tracasseries de détail, lui refusaient les renforts dont il avait besoin, interceptaient ou dénaturaient ses dépêches, circonscrivaient son commandement, et appelaient Luckner, exclusivement à lui, à la fédération du 14 juillet, ses ennemis, d'un autre côté, ne demeuraient point inactifs. Il s'écoulait peu de jours qu'il ne fût dénoncé à la barre de l'assemblée par quelque section de la capitale, comme un citoyen rebelle, comme un autre Cromwell, qui aspirait à substituer le despotisme militaire au régime légal et à renverser la constitution par la constitution elle-même. Ces dénonciations rencontrèrent d'imposants appuis dans les députes Vergniaud et Delaunay, qui prononcèrent l'un et l'autre de longs discours sur les dangers de la patrie.[31]

Ces vagues inculpations se compliquèrent d'un incident qui, plus adroitement combiné, eût pu devenir fatal à La Fayette.[32] Cependant, dans la séance du 6 août, Debry, organe de la commission à laquelle avait été déféré l'examen de la conduite du général, conclut à sa mise en accusation ; mais cette proposition, soutenue par Brissot, et combattue avec chaleur par Vincent-Marie Viénot de Vaublanc et de Quatremère de Quincy, fut repoussée à la majorité de 406 voix contre 224. Cette décision faillit coûter cher aux députés qui l'avaient provoquée. Au sortir de la séance ils furent assaillis, frappés, menacés de mort, et ne durent leur salut qu'à la protection de la garde nationale. Selon Hippolyte Taine: « Quant au principal défenseur de La Fayette, M. de Vaublanc, assailli trois fois, il eut la précaution de ne pas rentrer chez lui; mais des furieux investissent sa maison en criant que « quatre-vingt citoyens doivent périr de leur main, et lui le premier » ; douze hommes montent à son appartement, y fouillent partout recommencent la perquisition dans les maisons voisines, et, ne pouvant l'empoigner lui-même, cherche sa famille; on l'avertit que s'il rentre à son domicile, il sera massacré ».[33]

Galiot Mandat de Grancey le remplace à la tête de la Garde nationale. Mais, le 10 août, il est massacré et La Fayette destitué et décrété d'accusation. À la nouvelle du 10 août 1792, le premier soin de La Fayette fut de se rendre au directoire du département des Ardennes, le corps constitué le plus rapproché de lui ; il lui déclara son refus de reconnaître le nouveau gouvernement, et une assemblée évidemment opprimée par la faction qui dominait à Paris.

Il adressa ensuite aux troupes une proclamation énergique, et tenta d'organiser, entre plusieurs départements de l'Est, une fédération dans l'objet de résister aux jacobins ; mais le duc de Brunswick ayant, en ce moment même, commencé son invasion en France, cette entreprise ne put avoir aucune suite, La Fayette se borna à faire arrêter trois commissaires envoyés à son armée par l'assemblée. Cette levée de boucliers eût pu déterminer une impulsion salutaire, si ses compagnons d'armes l'avaient secondé : mais Rochambeau s'était démis de son commandement, Luckner mollit; le général Biron, ami du duc d'Orléans, soutint les jacobins, et Dillon traita avec Dumouriez, au lieu de punir sa désobéissance aux ordres de Luckner, qui lui avait mandé de venir le joindre. Ces défections successives rendirent la situation de La Fayette fort critique.



Le 19 août 1792, il est déclaré traître à la nation. L'assemblée, dans sa séance du 19 août, l'avait décrété d'accusation, et le directoire de Sedan avait ordonné son arrestation. Il eut un moment la pensée d'aller se présenter en personne à ses accusateurs ; mais cette démarche lui parut aussi stérile que dangereuse. Réduit par l'infériorité et l'abandon de ses troupes à l'impuissance d'attaquer l'ennemi avec avantage, il songea à chercher un asile en pays étranger.

Après quelques précautions destinées à assurer le salut de son armée, il partit secrètement de Sedan, dans la nuit du 19 août, avec César de Latour-Maubourg, Alexandre de Lameth, Bureau de Pusy et quelques autres officiers, et se dirigea vers la forêt des ardennes, sous prétexte de faire une reconnaissance. Il voulut alors passer en pays neutre, obligé de se réfugier à Liège.





Bureau de Pusy fut député à Rochefort (actuellement en Belgique, mais dans les Pays-Bas autrichiens à l'époque) pour demander le passage « en faveur d'officiers forcés de quitter l'armée française » ce qui fut accordé. Mais, à son entrée à Rochefort, La Fayette fut reconnu et contraint de se nommer. Informé de cette capture inespérée, le feld-maréchal autrichien Moitelle, qui commandait à Namur, y fit amener les fugitifs sous bonne escorte, et l'on prévint La Fayette que le prince Charles de Lorraine allait venir de Bruxelles pour le consulter sur l'état intérieur de la France.[34] Le général, Lameth, Latour-Maubourg et Bureau de Pusy furent conduits au château de Luxembourg. Avant son départ, La Fayette dicta à Romeuf, son aide de camp, une déclaration destinée à être rendue publique dans le cas où il succomberait dans sa captivité : déclaration énergique et même menaçante pour les gouvernements absolus[35]



Peu de jours après, les prisonniers furent remis par l'Autriche à la Prusse, et transféré dans la citadelle de Wesel, en dépit des interventions de sa femme et des États-Unis. La Fayette tomba dangereusement malade.[36]. Il fut transféré à Magdebourg, où il passa un an dans un appartement souterrain et humide, en butte à la surveillance la plus inhumaine, et réduit à recourir à un cure-dent trempé dans de la suie délayée pour correspondre secrètement avec quelques amis.

Transféré à Neisse, en Silésie, il y fut traité un peu moins rigoureusement. Enfin, au mois de mai 1795, par suite du traité de paix conclu entre la France et la Prusse, La Fayette, Bureaux de Pusy et Latour-Maubourg furent rendus aux Autrichiens et conduits dans la forteresse d'Olomouc en Moravie, où ils furent séparés et privés de toute communication avec le dehors, et où il subit toutes les tortures pendant cinq ans.[37]

Tandis que La Fayette essuyait ainsi toutes les angoisses de la plus dure captivité, la faction qui dominait en France n'omettait aucune persécution propre à se venger d'une retraite qui avait dérobé sa tête à l'échafaud[38]



Madame de La Fayette, arrêtée dans sa terre au mois de septembre 1792 fut relâchée par l'ordre de Brissot, à qui elle s'était plainte de cet acte de rigueur, mais consignée dans son château de Chavaniac, puis incarcérée de nouveau en 1794 dans un premier temps à Brioude et transférée sur Paris (ordre du 27 mai 1794), et ne recouvra définitivement la liberté que le 21 janvier 1795, après avoir vu périr sur l'échafaud révolutionnaire la maréchale de Noailles, sa grand-mère, la duchesse d'Ayen, sa mère, et la vicomtesse de Noailles, sa sœur. Cette femme réussit, après mille difficultés, à aller jusqu'à Vienne, où elle obtint de partager, avec ses deux filles, la captivité de son mari, dans la forteresse d'Olmutz . Elle resta jusqu'à la libération de son mari malgré de très graves ennuis de santé.



Ce fut le premier adoucissement que le sort du général eût encore éprouvé. Mais il aggrava bientôt le poids de sa détention par une tentative infructueuse d'évasion entreprise au mois d'octobre 1794, de concert avec le docteur Boliemanu, et un jeune Américain nommé Huger, qui s'étaient dévoués à ses intérêts. La faculté de se promener autour de la citadelle lui fut retirée, ainsi qu'aux deux autres prisonniers.[39] Le caractère de La Fayette ne se démentit point devant ces longues et pénibles épreuves. Une seule préoccupation domine dans tous les rapports qu'il put entretenir au dehors, celle du tort que pourront faire à la cause de la liberté les persécutions qu'il a souffertes au sein de sa patrie. Il s'applique dans ce but, avec une pieuse sollicitude, à atténuer ses propres griefs ; il ne veut pas que l'offense d'un obscur citoyen nuise au succès de tout un principe. Il conserve, sans ostentation, sans amertume, sous les verrous d'Olmutz, l'intrépidité de sa foi politique et de son dévouement aux intérêts de la liberté. Une circonstance douloureuse avait troublé cependant cette foi si bien affermie.[40]



Cependant l'heure de la délivrance approchait. La campagne de 1796 venait de s'accomplir, et les préliminaires de Leoben s'en étaient suivis. Napoléon Bonaparte et Clarke, traitant au nom de la république française, avaient insisté pour la mise en liberté des trois captifs comme une des conditions de la paix du traité de Campo-Formio (19 septembre 1797), à la condition qu'ils ne pourraient rentrer, quant à présent, sur le territoire français. Le Directoire lui interdit cependant de rentrer en France. Après cinq mois de pourparlers, La Fayette et ses deux compagnons de captivité furent libres, sous leur simple promesse de quitter dans douze jours les États de l'empereur. Arrivés à Hambourg, leur premier soin fut de remercier le général Bonaparte du miracle de leur résurrection.



La Fayette passa ensuite en Hollande, où il fut bien accueilli, et se fixa quelque temps à Utrecht, épiant avec impatience l'occasion de rentrer en France, où un parti puissant, ayant à sa tète l'ex constituant Sieyès, s'agitait en sa faveur. ; Ce fut là qu'il apprit le débarquement de Napoléon Bonaparte, au port de Fréjus, d'où sa marche à Paris n'avait été qu'une course triomphale. La Fayette écrivit à Bonaparte pour le complimenter sur son retour ; mais cette démarche, probablement intéressée, n'amena aucun résultat. Ses relations avec Napoléon sont complexes. Ainsi il lui exprime par écrit sa gratitude pour sa libération et il le félicite aussi lors de son retour d'Égypte[41]. Mais Napoléon, sans jamais l'avoir rencontré, lui est hostile et lui interdit de s'installer à Paris.





Enfin, en 1800, las du rôle de proscrit, le général manda au premier Consul que la prolongation de son exil ne convenait ni au gouvernement, ni à lui-même, et qu'il arrivait à Paris. Ce retour imprévu causa au chef de l'État une humeur qu'il ne put dissimuler. On remarqua l'affectation avec laquelle, dans l'éloge de Washington, que Fontanes prononça à cette époque par son ordre, l'orateur omit jusqu'au nom de son brillant auxiliaire.[42]

Cependant La Fayette se retira dans son château de Lagrange à Courpalay, (Seine-et-Marne), dans une propriété de sa femme qu'il avait héritée de sa belle-mère, et cet acte de prudence calma graduellement les dispositions ombrageuses du premier Consul.

La Fayette se lie d'amitié avec Joseph Bonaparte et dans un premier temps se voit accorder quelques faveurs. Il est rayé de la liste des émigrés, reçoit une retraite de 6 000 francs tandis que son fils, Georges Washington de La Fayette devient officier dans un régiment de hussards. Il obtint pour son fils un grade dans l'armée et pour lui le titre de membre du conseil général de la Haute-Loire, avec le maximum de la pension de retraite de son grade.



Finalement Napoléon et La Fayette se rencontrent, par l'intermédiaire de Lebrun, peu après la bataille de Marengo.[43] La Fayette refusa la dignité de sénateur qui lui fut offerte par Talleyrand et par Cabanis, en ajoutant que le lendemain de sa promotion il se verrait obligé de dénoncer le premier Consul et son administration. il refusa aussi la légation des États-Unis, se regardant, dit-il, comme trop Américain pour y jouer le rôle d'étranger.

Bien qu'un peu blessé de ces négations successives, le vainqueur de Marengo avait montré à La Fayette de l'ouverture et de la simplicité.[44] Lors de la rotation du consulat à vie, La Fayette déclara qu'il ne l'approuverait pas tant que la liberté publique ne serait point garantie, et il développa cette opinion dans une lettre dont la franchise ne parut pas trop déplaire au maître de la France ; cependant, ce fut alors que les relations de ces deux hommes cessèrent entièrement. La rupture intervient en 1802 car La Fayette s'oppose au titre de consul à vie de Napoléon dans une lettre écrite le 20 mai.[45]

La Fayette s'éleva avec énergie contre l'exécution du duc d'Enghien. La Fayette refuse, à plusieurs reprises, d'entrer au Sénat et ne cache pas son hostilité au régime.



L'avènement du premier Consul à l'empire fut pour l'austère démocrate le sujet d'une vie encore plus retirée. Il s'abstint de toute participation, même indirecte, aux affaires publiques.

En 1804, il vote contre le titre d'Empereur. À partir de cet instant La Fayette se tient à l'écart de la vie publique et s'adonne à l'agriculture et l'élevage dans son domaine briard.

A l'époque de l'institution de la Légion d'honneur, l'empereur lui fit proposer, par le comte de Ségur, son parent, d'être un des dignitaires de l'ordre ; mais La Fayette refusa ce cordon comme un ridicule, et l'on n'y revint plus. Son isolement finit par indisposer Napoléon, qui supportait difficilement toute position en dehors de son gouvernement ; et, lorsque, après la campagne d'Ulm, Georges de Lafayette, fils unique du général, qui servait comme lieutenant de hussards, fut proposé pour un grade supérieur, l'empereur lui-même repoussa cette promotion avec persévérance.

Les splendeurs croissantes de l'Empire achevèrent de condamner La Fayette à une obscurité absolue. Ses ennemis supposaient qu'il endurait cette situation avec peine ; aussi, une chute grave qu'il fit sur la glace, à cette époque, ayant excité quelque intérêt, on prétendit que le héros des deux mondes n'avait trouvé que ce moyen de faire parler de lui. On le sollicita vivement alors de visiter l'Amérique, ce théâtre de ses premiers exploits ; mais il s'en défendit par la crainte que le gouvernement impérial ne mît obstacle à son retour. Cette appréhension n'était pas sans fondement.

Napoléon, qui ne le perdait pas de vue, disait un jour au conseil d'État : « Tout le monde en France est corrigé, excepté La Fayette : vous le voyez tranquille, eh bien ! je vous dis, moi, qu'il est prêt à recommencer. »



Il se rallie aux Bourbons en 1814. Avec Fouché, il participe à la déchéance de l'Empereur.

Le général nous apprend lui-même, dans ses Mémoires, qu'il revit avec plaisir le régime pacificateur de la restauration, dont les princes, ses contemporains, avaient été ses compagnons d'enfance ou de jeunesse. Cédant à l'entraînement universel, il parut aux Tuileries avec l'uniforme d'officier général et la cocarde blanche, et il y fut bien accueilli.

Cette visite, toutefois, fut la seule qu'il rendit aux frères de Louis XVI ; l'esprit général du gouvernement, des attaques semi-officielles dirigées contre lui, ne tardèrent pas à réveiller ses anciens ressentiments, et il s'abstint de reparaître au château. Cette retraite fut une faute regrettable des Bourbons ; quelques égards sans conséquence eussent suffi pour rallier ou pour neutraliser celui qui devint bientôt leur plus implacable et leur plus dangereux adversaire. La Fayette eut à cette époque plusieurs conférences avec l'empereur de Russie, et ce souverain libéral d'un État despotique se plaignit ouvertement à lui du peu de libéralisme de cette dynastie que la mauvaise foi, bien plus que l'erreur, lui a si souvent reproché d'avoir imposée à la France.



Malgré la défaveur personnelle que la famille royale inspirait à La Fayette, il vit avec effroi, au mois de mars 1815, le retour de Napoléon, qui remettait en question cette paix européenne achetée au prix de tant de sacrifices. Quelques royalistes étant venus lui demander si le gouvernement des Bourbons pouvait, dans la ligne de ses opinions, compter sur son dévouement, il répondit oui sans hésiter : ne doutant pas, dit-il, qu'à la faveur d'une opposition bien dirigée, on ne pût tirer meilleur parti de Louis XVIII que de celui qu'il regardait depuis longtemps comme le plus redoutable ennemi de la liberté.

Dans une réunion à laquelle il fut appelé, chez Laine, pour débattre le parti le plus convenable aux circonstances, il proposa sérieusement de mettre le duc d'Orléans à la tête des troupes, et de réunir tous les membres survivants des assemblées nationales depuis 1789, afin d'opposer une grande force morale à la puissance matérielle de Bonaparte. Cette opinion, comme on pense, demeura sans écho.

La Fayette demeura trois jours à Paris, comme pour faire parade de sécurité personnelle, puis il alla s'ensevelir, dans son château de la Grange. Napoléon était rentré aux Tuileries sans coup férir. Un républicain moins austère et moins désintéressé que La Fayette, Benjamin Constant, qu'avait récemment signalé l'ardeur de son hostilité contre le régime impérial, venait d'accepter le titre de conseiller d'État.[46]



Cependant il promit de concourir à repousser les étrangers et les Bourbons, en mettant à ses services la même condition qu'il avait imposée aux Bourbons eux-mêmes, à savoir : la réunion d'une chambre de représentants librement convoquée et largement élue.

Il est incité à revenir sur le devant de la scène politique ; appelé à la présidence du collège électoral de Seine-et-Marne, puis à la députation de ce département lors des Cent-Jours. Il vit se rouvrir pour lui, après vingt-trois ans d'interruption, la carrière parlementaire, dans les conjonctures les plus favorables à ses théories d'opposition et de démocratie.

Un concours imposant de suffrages l'éleva à la vice-présidence de la chambre des représentants, et il fit partie, en cette qualité, de la députation chargée de recevoir Napoléon au palais de la chambre, lorsqu'il vint en personne ouvrir sa courte session.[47] La Fayette ne prit pour ainsi dire aucune part aux débats de la chambre des Cent-Jours. : il semblait se réserver tout entier pour de plus hautes circonstances. La bataille de Waterloo éclata comme un coup de foudre sur la capitale et sur la France entière.

Napoléon reparut, et mille bruits de dissolution et de dictature militaire agitèrent les esprits. Ce fut alors que La Fayette monta à la tribune (21 juin) pour élever, dit-il : après bien des années, une voix que reconnaîtraient les vrais amis de la liberté.[48] Cette énergique motion, qui fut accueillie, n'était pas moins intempestive qu'inconstitutionnelle. La Fayette n'était, en cette occasion, que l'instrument d'une intrigue habilement ourdie par Fouché, qui, désespérant du succès de ses vœux secrets en faveur du duc d'Orléans, acceptait la branche aînée des Bourbons comme un pis-aller.

Napoléon consentit avec peine à laisser aller ses ministres à la chambre, et leur adjoignit Lucien Bonaparte, qui défendit avec beaucoup de véhémence les intérêts de son frère.. Cet orateur ayant, dans la chaleur de l'improvisation, parlé de la légèreté des Français, La Fayette répondit que cette imputation était calomnieuse, et que si la nation n'avait pas suivi Napoléon dans les sables d'Égypte, dans les déserts de la Russie, et sur cinquante champs de bataille, le pays n'aurait pas trois millions de Français à regretter. Le lendemain matin, il fit prévenir l'empereur que, s'il ne se décidait pas à abdiquer, lui-même allait proposer sa déchéance. Napoléon abdiqua, les chambres proclamèrent Napoléon II, et la commission de gouvernement, sur la proposition de Fouché qui la présidait, députa aux souverains alliés des plénipotentiaires chargés d'arrêter leur marche sur Paris, et de traiter de la paix au nom de la France.

La Fayette et Voyer d'Argenson faisaient partie de cette députation dont l'objet apparent était de détourner les puissances étrangères du projet de rétablir les Bourbons sur le trône de France. Mais cette frivole ambassade n'avait pas d'autre but, en réalité, que d'amuser l'impatience du parti révolutionnaire, et d'éloigner un agitateur propre à contrarier les projets de restauration auxquels Fouché s'était dévoué. Les plénipotentiaires se dirigèrent sur Mannheim, puis sur Haguenau ; mais ils ne purent être admis auprès de l'empereur Alexandre de Russie, dont La Fayette sollicita vainement une audience, et leurs négociations se bornèrent à quelques conférences sans résultats avec des commissaires désignés par ce prince et par les autres souverains coalisés. Ce fut dans l'un de ces pourparlers que le commissaire britannique ayant fait entendre que la France n'obtiendrait la paix qu'en livrant Napoléon aux puissances coalisées[49] Napoléon, abattu, inspira à cette grande âme la sympathie que La Fayette avait refusée constamment à sa haute fortune. Il fit offrir à son ancien libérateur les moyens d'assurer son passage aux États-Unis ; mais l'ex-empereur, qui garda jusqu'au tombeau le souvenir de sa dernière agression, préféra se confier à la générosité britannique.



Le retour des Bourbons, ne put être vu avec faveur par celui qui venait de les repousser. La mission d'Haguenau avait brisé sans retour les faibles rapports qui s'étaient établis durant la première Restauration entre la cour et La Fayette. Il était trop compromis pour n'être pas irréconciliable.

Le général passa dans une retraite absolue les trois premières années de la restauration de 1815, période d'incriminations et de violences, où la ferveur outrée de la réaction royaliste eût difficilement permis une position politique à l'ancien promoteur de la Déclaration des droits. Au mois de novembre 1818, le collège électoral de la Sarthe l'envoya à la chambre, et il vint prendre, à l'extrême gauche, la place qu'il ne cessa plus d'occuper jusqu'à la révolution de 1830.



Il vota contre la proposition Barthélémy, qui tendait à modifier la loi électorale de 1817 et se montra, dès le début, pénétré des mêmes doctrines qu'il avait professés toute sa vie. Plein de l'idée que le gouvernement des Bourbons marchait, tantôt ouvertement, tantôt par des voies détournées, à la destruction des libertés dont leur retour avait doté la France, on le vit toujours au premier rang des adversaires du pouvoir, harcelant les ministres de ses énergiques provocations, luttant sans cesse contre le fantôme insaisissable de la contre-révolution, encourageant sans relâche, du haut de la tribune, les peuples voisins à la résistance contre les prétendus oppresseurs de leurs droits.

Ses principaux discours furent ceux qu'il prononça, en sur la pétition pour le rappel des bannis et sur le budget de cette année ; en 1820, pour solliciter la réorganisation de la garde nationale, sur le maintien de la loi d'élection, sur les projets de loi relatifs à la liberté individuelle, à la censure et aux élections.[50] Les révolutions espagnole et napolitaine, auxquelles ses encouragements n'avaient eu que trop départ, venaient d'échouer par suite des mesures prises de concert entre les souverains alliés. Cette impuissance jointe au ressentiment de plus en plus vif du général contre les hommes et le système de la restauration, explique la résolution qui le précipita dans les complots. Lui-même, dans un sentiment de droiture, avait pris soin de déclarer à la tribune qu'il se regardait comme délié de ses serments par les violations qu'avait, selon lui, éprouvées la charte constitutionnelle.



Chez lui, la foi monarchique était essentiellement subordonnée au respect du gouvernement pour les droits du peuple, entendus dans leur acception, la plus illimitée. Tout acte en dehors de ce cercle redoutable lui semblait une espèce de sacrilège auquel il ne se faisait aucun scrupule de répondre par l'insurrection. Le temps n'a soulevé que lentement le voile qui couvrait ces associations mystérieuses, et La Fayette lui-même s'est montré fort discret, dans ses Mémoires, sur la mesure exacte de sa participation.

La première conspiration dans laquelle son nom se trouva mêlé d'une manière sérieuse fut le complot militaire d'août 1820, où plusieurs déclarations le désignèrent comme un des chefs du mouvement. Ces révélations parurent insuffisantes, toutefois, pour autoriser une action légale. Dans le procès intenté au mois de mars à Goyet et à Sauquaire-Souligné, prévenus d'attentat contre la sûreté de l'État, La Fayette parut comme témoin, et le ministère public n'hésita point à attribuer aux encouragements consignés dans ses lettres, qui furent produites à l'audience, le dangereux entraînement qui avait placé les prévenus sous la main de la justice. L'une de ces lettres, adressée aux jeunes gens du Mans, offrait alors les caractères d'une provocation à la révolte. Vertement interpelé à cette occasion par le président de la cour d'assises, La Fayette répondit fièrement qu'il persistait dans des opinions dont il n'était responsable qu'à la chambre des députés.

L'échec de ces premiers complots contre la restauration inspira bientôt à l'esprit de faction l'établissement de sociétés secrètes permanentes, destinées à stimuler et à régulariser ces tentatives, à les lier entre elles, et à marquer les temps et les lieux où les conjurés pourraient agir efficacement. La Fayette entra dans la plus importante de ces associations et en devint bientôt le membre le plus influent par l'illustration attachée à son passé politique, par la facilité de son accès, par sa docilité à répondre à toutes les propositions insurrectionnelles et à encourager tous les complots.[51]

Prodigue en effet d'encouragements et d'espérances, le vétéran de l'insurrection ne s'engageait dans aucune entreprise avant d'en avoir calculé avec soin les ressources et les moyens d'action[52], et, il n'y participait qu'après avoir pris toutes les précautions propres, en cas d'échec, à garantir sa sécurité personnelle. Il abandonnait aux conspirateurs subalternes le lot de l'agression et du péril, ne s'exposant qu'avec une extrême prudence aux atteintes d'un gouvernement dénué de vigueur et d'initiative, et dont la politique ménageait secrètement dans La Fayette un principe de résistance et de contrepoids aux ardeurs des ultra-royalistes.



Ce fut sous les auspices de la charbonnerie à laquelle il adhère en 1821 que se forma, dans la ville de Belfort, un vaste complot dont les conjurés fixèrent l'exécution aux premiers jours de 1822. Le général devait quitter Paris pour se mettre à leur tête. Des circonstances particulières le portèrent à différer son départ de vingt-quatre heures. C'est à ce retard qu'il dut de n'être pas surpris en flagrant délit de conspiration. Avertis, à peu de distance de la ville de Lure, de l'avortement du complot, le général et son fils purent changer immédiatement de route, descendre la vallée de la Saône et se rendre à Gray, d'où ils regagnèrent précipitamment Paris. Leur voiture, qui pouvait servir de témoignage de leur présence, fut enlevée par les soins de MM. Kœchlin, qui la firent transporter au delà du Rhin, où on la réduisit en cendres. Demeuré disponible pour d'autres complots, La Fayette fut bientôt signalé par des déclarations précises comme l'un des instigateurs du mouvement séditieux entrepris sur Saumur par le général Berton dans le mois de février 1822, et qui avait échoué par la trahison du sous-officier Woelfel. Un magistrat ardent, mais probe, le procureur général Mangin, touché de la concordance de ces témoignages, ne craignit pas de les reproduire dans son acte d'accusation. Il présenta comme établis les rapports de La Fayette avec les principaux conjurés, et enveloppa dans la même inculpation plusieurs députés de l'opposition, entre autres le général Foy, Voyer d'Argenson et Benjamin Constant. Cet énergique manifeste souleva (1er août) une tempête violente au sein de la chambre.

Le général Foy désavoua, avec une chaleur probablement sincère, la complicité qui lui était attribuée, et soutint que de telles infamies étaient l'œuvre du ministère. La Fayette monta à la tribune au milieu du tumulte, et fit entendre quelques paroles qu'on peut considérer comme la provocation la plus audacieuse peut-être dont ait jamais retenti une assemblée délibérante[53] On a généralement supposé que cette provocation s'adressait à Louis XVIII lui- même, et qu'elle avait trait à quelque particularité peu connue de la conduite de ce prince envers le marquis de Favras. Quoi qu'il en soit, pour trancher cet éclatant défi, il fallait à La Fayette une conscience bien profonde de la puissance de ses révélations ou de la faiblesse du gouvernement qu'il accablait ainsi du sentiment de son impunité.

Rien n'était plus véritable, en effet, que la complicité du général avec les conjurés de Saumur. C'est dans l'hôtel même de La Fayette, et en sa présence, que deux d'entre eux Grandmenil et Baudrillet, avaient formé le plan et concerté les principales dispositions du complot. Ces circonstances avaient été révélées à la justice par Baudrillet ; mais une inqualifiable omission en avait fait évanouir l'importance.[54] On se figure aisément les proportions qu'un tel évènement eût données aux débats et les révélations dont il fût devenu la source. La préoccupation de la chambre lui déroba cet incident, qui n'a été divulgué que bien des années plus tard.[55]

Lorsqu'un mois après, les débats du procès de Berton eurent lieu devant la cour d'assises de Poitiers, M. Mangin soutint avec force ses premières affirmations, et fit entendre ces paroles, qui ne caractérisaient que trop fidèlement les rapports de La Fayette avec les conjurés :[56] Le complot de Berton fut le dernier auquel se trouva mêlé le nom de La Fayette, et les ventes du carbonarisme prirent fin elles-mêmes en 1823.



Lors de l'expulsion de Manuel, il fut du nombre des soixante-quatre députés qui protestèrent contre cet acte de violence parlementaire. Dans une réunion de députés de l'opposition qui eut lieu à cette époque, il alla jusqu'à proposer de déclarer nettement par une proclamation au peuple, que l'impôt avait cessé d'être obligatoire depuis cette violation de la charte ; mais cet avis extrême fut unanimement repoussé. L'issue favorable de la guerre d'Espagne de 1823 avait imprimé aux esprits une forte impulsion monarchique, et cette disposition générale, secondée par les efforts actifs du ministère, écarta de la chambre des députés la plupart des chefs de l'opposition. Réélu député en novembre 1822, à Meaux, La Fayette ne fut pas réélu et est battu aux élections de 1823.



Il profita de cette inaction forcée pour accomplir un vœu cher à son cœur : celui de revoir l'Amérique, ce théâtre de sa gloire la première et la plus pure, et de visiter ce peuple qu'il avait aidé si puissamment dans la conquête de son indépendance. Cette entreprise, contrariée dix-huit ans auparavant, était un implicite hommage à la tolérance du régime dont La Fayette n'avait cessé de conspirer le renversement. Informé de son désir, le congrès américain l'invita avec empressement à le réaliser, et mit à sa disposition un vaisseau de l'État. Il retourne en Amérique pour une tournée triomphale dans 182 villes de juillet 1824 à septembre 1825.

Mais le général partit du Havre en juin 1824, accompagné de son fils et d'un secrétaire, sur un simple bâtiment de commerce. Il débarqua le 16 août dans la baie de New-York, où sa réception présenta un caractère d'universalité et d'entraînement inouï peut-être jusqu'à ce jour chez aucun peuple. Une escadre de neuf vaisseaux à vapeur, élégamment pavoisés et montés par plus de six mille citoyens de tout âge, de tout sexe et de toute condition, était en station dans le port. Le vice-président des États-Unis et l'ancien gouverneur du New-Jersey vinrent le recevoir à son bord. La Fayette se rendit au milieu d'un cortège imposant, au bruit des salves d'artillerie et d'acclamations multipliées, à l'hôtel de ville, où il fut complimenté par tous les ordres de l'État.

Les portes de cet édifice furent ouvertes, et la personne du général fut, pour ainsi dire, livrée pendant plus de deux heures à l'adoration d'une multitude en délire. Un banquet nombreux, les toasts les plus flatteurs, de brillantes illuminations, terminèrent cette première journée triomphale. La Fayette visita successivement les États de New-York, du Massachusetts, de New-Hampshire, de Pennsylvanie, de Baltimore, de Virginie, du Maryland, de Caroline du Nord et de Caroline du Sud, de la Géorgie, d'Alabama, s'arrêta à Boston, à Portsmouth ?, à Newburg, à Hudson, à Albany, à Philadelphie, à Baltimore ; et partout il fut accueilli avec les mêmes transports d'enthousiasme, partout des hommages extraordinaires furent décernés à l'hôte de la nation. Les populations rurales, dit M. Levasseur, historien de ce voyage, accouraient de plus de vingt milles à la ronde au-devant de lui. À Washington, siège du congrès, La Fayette fut reçu par le président Monroe, qui lui donna un dîner splendide, auquel assistèrent tous les ministres étrangers, excepté ceux de France, du Royaume-Uni et de Russie.

Il visita avec attendrissement et vénération, à Mount Vernon, le tombeau de Washington, ainsi que la maison et le jardin de ce grand citoyen, descendit le Potomac, et s'arrêta à Yorktown, théâtre d'une des actions les plus mémorables de la guerre de l'Indépendance. Le colonel Lewis, qui le harangua à son débarquement dans cette ville, l'engagea d'une manière pressante à fixer son séjour en Amérique[57] Le général fit une courte excursion parmi les tribus indiennes à demi sauvages d'Uchee-Cruk et de Line-Cruk, qui l'accueillirent avec une touchante cordialité. La Fayette visita Fayetteville, Charlestown, Savannah, où il posa la première pierre d'un monument à la mémoire du général Greene ; puis, remontant le Mississipi, il parcourut la Nouvelle-Orléans, dont l'ancienne population française lui témoigna un vif empressement.

Il fut présenté le 10 décembre aux deux chambres du congrès par leurs présidents, qui lui adressèrent des félicitations. Enfin, le 20 décembre, le congrès adopta à l'unanimité un bill par lequel une somme de deux cent mille dollars, avec la propriété d'un terrain de vingt-quatre mille acres dans la partie la plus fertile de la contrée, fut offerte au général en récompense de ses services et en indemnité des dépenses qu'il avait faites dans la guerre de l'Indépendance. Il reçoit du peuple américain 200 000 dollars et 12 000 hectares en Floride. L'université Princeton lui décerne à cette occasion un doctorat honoris causa, attribué en 1790.

La Fayette eut le déplaisir de ne retrouver qu'un bien petit nombre des officiers qui avaient combattu avec lui pour la liberté américaine ; mais on lui présenta plusieurs des miliciens qui avaient servi sous ses ordres, et il les revit avec un touchant intérêt.

Son séjour en Amérique se prolongea pendant quatorze mois, qui ne furent qu'une marche à peine interrompue dans les vingt-quatre États de l'Union, et une succession continuelle d'honneurs, de fêtes et de louanges auxquels il répondit constamment avec modestie et cordialité.

Chargé par la famille de Washington d'envoyer le portrait de son illustre chef à Bolivar, il y joignit une lettre flatteuse pour le libérateur de la Colombie, qui répondit que Washington donné par La Fayette était la plus sublime des récompenses que pût ambitionner un homme. En remontant, l'Ohio, à la suite d'une tournée dans les provinces du sud-ouest, le bateau à vapeur qui portait le général toucha sur un écueil et coula bas, à cent vingt-cinq milles environ de Louisville, où il se rendait ; mais cet accident n'eut aucun effet sérieux, et le général avec sa suite fut immédiatement reçu à bord d'un autre bâtiment, sur lequel il acheva sa traversée par Cincinnati, Pittsburg, Utica, Boston et New-York. Après avoir séjourné de nouveau pendant quelques semaines à Washington, chez le nouveau président, M. Adams, La Fayette se mit en devoir de retourner en France. Le 7 septembre 1825, il reçut les adieux des ministres, de tous les chefs civils et militaires de l'État, et d'une foule de citoyens réunis dans l'hôtel du président de la république. Organe de cette imposante assemblée, ce magistrat, dans un discours étendu, récapitula la vie de La Fayette, rappela son dévouement à la cause américaine, et la fermeté sans déviation avec laquelle, pendant quarante ans, il avait soutenu, au milieu des succès et des revers, la cause glorieuse de la liberté. Le général répondit par une éclatante glorification de l'Amérique républicaine ; il exhorta les États à la concorde et à l'union, se sépara pour la dernière fois de ce sol, et, après une heureuse traversée sur la frégate la Brandywine, il prit terre au Havre le 5 octobre 1825. L'aspect politique de la France s'était favorablement modifié pendant son absence.

La Fayette, avec d'autres philhellènes profita aussi de son séjour pour plaider la cause de la Grèce insurgée contre l'Empire ottoman[58].



L'avènement de Charles X avait paru éteindre ou affaiblir les discordes des partis. L'apparition du fameux mémoire de M. de Montlosier mit brusquement fin à la courte trêve qu'ils s'étaient tacitement accordée. La dissolution de la garde nationale de Paris augmenta le mécontentement en désarmant l'autorité royale des forces nécessaires pour en réprimer les effets, et les troubles de la rue Saint-Denis révélèrent tout le succès que le génie de la sédition pouvait se promettre encore d'un appel aux passions populaires.

C'est dans ces circonstances que les électeurs de Meaux députèrent La Fayette à la chambre, au mois de juin 1827, en remplacement de M. Pinteviller-Gernon.[59]

De nouvelles élections ramenèrent sur les bancs de l'opposition la plupart des anciens membres que le ministère avait fait écarter de la chambre septennale, et La Fayette fut encore appelé par l'arrondissement de Meaux à prendre part à cette dernière lutte contre la restauration.[60]

Dans un discours prononcé le 23 juin, sur le budget de 1828, La Fayette reprocha au gouvernement ses tendances rétrogrades et battit impitoyablement en brèche les abus qu'il avait signalés à diverses reprises. L'année suivante, dans un discours sur les crédits supplémentaires, il dénonça la Sainte-Alliance comme une vaste et puissante ligue dont le but était d'asservir et d'abrutir le genre humain, et releva par une allusion les expressions inconsidérées par lesquelles Louis XVIII, en 1814, avait remercié le prince régent de son concours.[61]

Ce fut, comme il arrive souvent, par une mesure extrême que Charles X espéra franchir les difficultés de sa situation.[62]

La Fayette, absent de Paris depuis la fin de la session, était allé passer quelques jours, après quatorze ans de séparation, à Chavaniac, lieu de sa naissance. Ce fut à son passage au Puy qu'il apprit l'avènement du ministère Polignac. Un banquet lui fut aussitôt offert par les chefs de l'opposition libérale, Là retentirent, sous la forme d'énergiques toasts, les premières protestations populaires contre les nouveaux conseillers de Charles X.

Le voyage du général prit dès lors un caractère exclusivement politique ; le choix des villes qu'il affecta de traverser et les démonstrations extraordinaires dont il y fut l'objet révélèrent le but réel de cette tournée, évidemment destinée à imposera au gouvernement par une parade menaçante des forces populaires. La Fayette visita successivement Grenoble, Vizille[63], Voiron, La Tour-du-Pin, Bourgoin, Vienne, et le 5 septembre il se mit en route pour Lyon, où le délire révolutionnaire avait préparé une réception presque royale au patriarche de la démocratie française.[64]

La Fayette fit son entrée à Lyon en présence d'un concours innombrable de spectateurs et y reçut des députations des villes de Chalon et de Saint-Étienne.[65] De toutes parts, on se prépara à la résistance contre les tentatives liberticides du ministère ; des associations se formèrent pour le refus de l'impôt, et de nouvelles sociétés secrètes, organisées à la manière des carbonari de 1822, s'établirent au sein de la capitale.[66]

La Fayette les encouragea hautement, exprima même l'avis que les chambres devaient refuser le budget jusqu'à ce que la France eût reçu une organisation démocratique, et se mit en rapport direct avec la plus séditieuse de ces associations, connue sous le nom de Conspiration La Fayette qui avait pour organe La Tribune des départements. La fameuse adresse des 221, par laquelle la chambre déniait son concours à un ministère dont le système lui était encore inconnu, ne stimula que trop ces dispositions perturbatrices.

La Fayette ne prit aucune part ostensible aux débats qui la précédèrent. Les meneurs de l'opposition étaient trop habiles pour ne pas comprendre à quel point l'influence de son nom et de ses doctrines eut compromis le succès d'une lutte aussi décisive.[67]

Ce parti ne prévalut point. Un sentiment exagéré de la prérogative monarchique, une certaine impatience, et, disons-le, certaine dignité propre au caractère de Charles X, l'emportèrent, et l'imprévoyant monarque se plut à resserrer, par un renvoi pur et simple de la chambre des 221, l'étroite impasse dans laquelle le pouvoir royal se trouvait engagé.[68]





La première impression qu'elles excitèrent fut la stupeur ; l'absence de forces militaires respectables encouragea la résistance une suite de dispositions mal conçues, mollement exécutées, firent bientôt prendre à l'émeute le caractère d'une vaste insurrection.

Lors de la révolution dite des Trois Glorieuses, en 1830, retrouvant sa popularité de l'année 1789, il a ses propres partisans qui le poussent à jouer un rôle de premier plan. Il accourt de Lagrange à Paris et est adopté comme un drapeau par les chefs de l'insurrection.

La Fayette, absent lors de la promulgation des ordonnances, se mit en route dans la soirée du 26 et arriva à Paris au milieu de la nuit, sans que le gouvernement, dans son incurie ou dans son respect mal entendu pour la liberté individuelle, eût songé à contrarier cette dangereuse assistance. Le général parut le lendemain à la réunion des députés assemblés chez M. Audry de Puyraveau et à celles qui la suivirent ; mais, son attitude répondit mal à l'attente des meneurs qui commençaient à le diriger. Il ne cessa d'exhorter au calme et à l'inaction la jeunesse turbulente qui vint à plusieurs reprises solliciter sa coopération[69].

Lorsque l'assemblée eut décidé l'envoi d'une députation au duc de Raguse, dans le but de suspendre les hostilités, La Fayette insista pour qu'elle tînt au maréchal un langage sévère, et qu'on mît sous sa responsabilité tout le sang qui serait répandu.[70]

A la réunion du 28 au soir, lorsqu'elle eût pris tout son développement, le général, frappé du nombre croissant des victimes, s'écria avec la plupart de ses collègues, qu'il fallait diriger les efforts du peuple, adopter son étendard, et se déclara prêt à occuper le poste qu'on voudrait lui assigner.

La Fayette passa une partie de la nuit à stimuler et à diriger l'activité populaire : il visita plusieurs des barricades qui s'élevaient sûr les différents points de la capitale, et sa présence fût saluée de vives acclamations. L'abandon inopiné du Louvre procura, dans la matinée du 29 la victoire au peuple.[71]Une foule immense et enthousiaste remplissait les rues. La Commission municipale provisoire, dont le général avait refusé de faire partie, lui déféra le commandement de toutes les gardes nationales du royaume[72]

Ce fut dans ces circonstances que, le 29 au soir, deux pairs, M. de Sémonville et d'Argdut, se présentèrent, au nom du roi Charles X, à la commission municipale, et firent part à ses membres réunis de la révocation dés ordonnances du 28 et l'appel d'un nouveau ministère sous la présidence du duc de Mortemart. La Fayette, mandé dans le sein de la commission, écouta sans rien objecter la communication du grand référendaire, et se borna à lui demander si la conquête du drapeau tricolore ne serait pas du moins le prix de la victoire du peuple parisien. M. de Sémonville répondît évasivement, et l'on se sépara.

Dans la matinée du 30, La Fayette, quittant une attitude d'observation qui n'était guère dans son caractère, fit adresser aux corps de troupes réunis autour de Saint-Cloud l'audacieuse sommation de déposer les armes.[73] Le duc de Mortemart, par des raisons particulières, n'ayant pu présenter lui-même à la réunion des députés les ordonnances de révocation, cette mission fut remplie par M. Collin de Sussy, qui fut écouté sans faveur. II comprit que le gouvernement de fait qui siégeait à l'hôtel de ville était le seul tribunal où la cause de Charles X et de sa dynastie pût à cette heure s'agiter encore avec utilité. M. Collin fut admis avec peine auprès de La Fayette, qu'environnait un cortège menaçant de délégués des sociétés populaires, de gardes nationaux et d'ouvriers.[74] M. de Sussy ayant témoigné le désir d'être présenté à la commission municipale, La Fayette lui-même le mit en rapport avec MM. de Lobau, Mauguin et Audry de Puyraveau[75] La lecture des ordonnances excita de nouvelles vociférations. Ce fut au milieu de cet ouragan populaire que La Fayette, fit entendre à travers un sourire ces simples paroles, qui devaient être un arrêt fatal [76] En prenant congé du général, M. de Sussy tenta vainement de l'écarter de l'hôtel de ville, sous prétexte d'une conférence au Luxembourg avec le duc de Mortemart ; il répondit que le délégué du peuple ne pouvait avoir rien de commun avec l'envoyé de la monarchie déchue, et l'entretien fut terminé.

La Fayette rejeta hautement l'offre qui lui fut faite d'être le régent de Henri V, et le général Talon, l'un des chefs de la garde royale, l'ayant engagé à s'expliquer sur l'effet des ordonnances du 29, il répondit le 31 par un billet autographe[77].

Le parti bonapartiste, de tout temps antipathique à La Fayette, s'était agité sans aucune chance de succès. Restait à opter entre deux antres combinaisons gouvernementales la république et la monarchie du duc d'Orléans. L'appel de ce prince à la lieutenance générale du royaume, dans la journée du 30 juillet, était un grand pas dans la voie de cette solution ; mais il importait de décider La Fayette, qui n'avait vu dans cette résolution précipitée qu'une mesure purement provisoire.[78] Ces considérations, habilement présentées, surmontèrent les instigations des sociétés établies à l'hôtel de ville, et firent pencher définitivement la balance en sa faveur[79]. Une circonstance fortuite ou préparée acheva de fixer l'indécision du général.[80] La Fayette, qui avait refusé avec un désintéressement la présidence de la république, renonça, momentanément du moins, à son utopie favorite.



Le 31, il reçoit une lettre de Charles X[81] qui lui fait les plus séduisantes propositions. Par défiance ou par conviction, et aussi peut-être du fait de ses 73 ans, il refuse, et répond : « II n'est plus temps ». Le même jour, il reçoit le duc d'Orléans (Louis-Philippe Ier) à l'hôtel de ville de Paris, qui vient demander son investiture à l'arbitre naturel du dénouement de la révolution.

Il traversa les salles de l'hôtel de ville, et ces dispositions ne prirent un autre cours que lorsque le prince et le général s'unirent sur le balcon de l'hôtel par une accolade qui parut proclamer ou consommer l'adoption populaire. Le lendemain, 1er août, La Fayette, déférant au vœu exprimé par plusieurs membres de la commission municipale, se rendit au Palais-Royal dans l'intention plus ou moins avouée de pressentir le futur roi des Français sur son système de gouvernement. Il débuta par un éloge de la constitution américaine, que le prince n'adopta pas sans réserve, et que le général modifia lui-même en se bornant à demander « un trône populaire entouré d'institutions républicaines ».

Le duc d'Orléans parut accepter avec empressement ce programme, si célèbre depuis sous le nom de Programme de l'hôtel de ville, et qui défraya pendant plusieurs mois les illusions du patron de la nouvelle monarchie. Tandis que le prince, par une politique habile, s'appropriait ainsi les fruits d'une lutte à laquelle il n'avait point concouru, Charles X, lui déférait de son côté le titre de lieutenant général et abdiquait la couronne en faveur de son petit-fils.

Ces actes étant demeurés sans effet, la cour parut se disposer à une lutte que le nombre et le dévouement des troupes qui l'entouraient la mettaient en état de soutenir avec avantage. Des commissaires furent dépêchés à Rambouillet pour exhorter le roi à s'éloigner. Leurs instances ayant été vaines, on obtint du duc d'Orléans la permission de provoquer cet éloignement par une manifestation décisive. La Fayette, qui parut prendre sur lui toute cette démonstration, fit battre le rappel dans Paris, et réunit cinq cents hommes dans chaque légion de la garde nationale pour marcher sur Rambouillet. En un instant toute la capitale fut en rumeur. Il se forma aux Champs-Élysées un corps d'à peu près dix mille hommes, dont le général Pajol prit le commandement. Il choisit pour aide de camp Georges de Lafayette, fils du général, et cette troupe, qui se grossit en route de cinq à six mille volontaires, arriva dans la nuit aux environs de Rambouillet.

Le départ de la famille royale, déterminé par des rapports sur l'importance de cette expédition populaire, prévint un engagement qui, selon toute apparence, eût été fatal aux agresseurs. La Fayette annonça au peuple de la capitale, dans un ordre du jour, cette victoire sans combat. La chambre élue sous Charles X ouvrit, dans les premiers jours d'août, la discussion qui abandonnait le principe de la légitimité. Le parti républicain, profondément irrité de l'issue des événements, menaça de la troubler par des désordres que les exhortations de La Fayette réussirent à prévenir. Lui-même n'y prit part que pour combattre l'hérédité de la pairie et pour lancer contre l'aristocratie nobiliaire quelques-uns de ces anathèmes qui lui étaient familiers. Le 7 août, les deux chambres portèrent au duc d'Orléans la résolution qui lui déférait la couronne. Ce prince, cédant aux acclamations populaires, se montra sur le balcon du Palais-Royal, accompagné de La Fayette, qu'il embrassa arec effusion. Le général parut profondément ému : « Voilà, dit-il au peuple en lui montrant son nouveau roi, voilà le prince qu'il nous fallait ; voilà ce que nous avons pu faire de plus républicain[82] ! » Il s'agit de savoir quel nom prendrait le nouveau roi.

Quelques-uns de ses conseillers avaient imaginé de l'appeler Louis XIX ou Philippe VII, afin de le rattacher d'une manière continue à la chaîne des souverains de la troisième race. La Fayette combattit cette idée si logique comme impliquant une pensée dangereuse de légitimité, et fit prévaloir son avis.



La Fayette se rallia donc lui-même à la cause orléaniste et soutient Louis-Philippe, à qui il donne la cocarde tricolore.



La Fayette retrouve le commandement de la Garde nationale pour quelques mois. Durant les premiers mois du règne de Louis-Philippe, le général parut s'effacer en quelque sorte de la scène politique pour se concentrer uniquement dans la réorganisation de la garde nationale du royaume. Il retrouva pour cette opération favorite le zèle et l'activité de ses jeunes années. Dix-sept cent mille gardes nationaux, pourvus d'artillerie, reçurent par ses soins une institution régulière, il se montra fidèle à ses principes en rendant à cette milice citoyenne l'élection de ses principaux officiers. Journellement occupé à recevoir et à haranguer des députations départementales, La Fayette n'aspirait à aucune influence immédiate sur la direction des affaires d'État, ni sur les modifications ministérielles qui, dans cette première phase du nouveau gouvernement, se succédèrent avec rapidité.



La garde joue un rôle décisif pour maintenir le calme dans Paris en décembre 1830, à l'occasion du procès des ministres de Charles X.

Il appuyait la proposition de son ami, M. de Tracy, pour l'abolition de la peine de mort, proposition qui empruntait au prochain jugement des ministres de Charles X une généreuse opportunité. Il dénonçait avec énergie le mouvement homicide qui, dans le courant d'octobre, avait conduit une troupe de perturbateurs autour du donjon de Vincennes, où ils étaient détenus, mouvement auquel le gouverneur Daumesnil avait opposé une énergique résistance.

La décision de ce procès, fut pour l'établissement du 7 août, un moment de crise redoutable. Sous le cri de : Mort aux ministres ! les agitateurs déguisaient à peine le dessein de renverser le gouvernement qui s'était rendu le bénéficiaire de la révolution de juillet. Les exhortations répétées de La Fayette n'avaient inspiré à la garde nationale qu'une vigueur incertaine. L'effusion d'une goutte de sang pouvait livrer Paris et là France entière à d'incalculables désordres.

La Fayette s'appliqua sans relâche à prévenir cette collision redoutée ; il multiplia les précautions et les ordres du jour, et fit circuler de nombreuses patrouilles. Cependant le palais du Luxembourg fut plusieurs fois sur le point d'être forcé par la multitude ameutée. Le 21 décembre, jour de la clôture des débats, on donna l'ordre de reconduire les prisonniers à Vincennes, sage disposition destinée à les soustraire à l'exaspération populaire, dans le cas prévu d'absence d'une condamnation capitale. Cet ordre fut exécuté par les soins du comte de Montalivet ; ministre de l'intérieur, qui escorta les accuses au péril de sa vie. Leur enlèvement produisit un mécontentement dont l'explosion menaça pendant plusieurs heures le Palais-Royal.

Enfin La Fayette contribua, par la fermeté de ses dispositions et par son influence personnelle, à pacifier ce formidable conflit, et le roi lui écrivit à cette occasion une lettre pleine des témoignages de l'admiration que sa conduite lui avait inspirée. Affectées ou sincères, ces démonstrations touchaient à leur terme.



Une fois ce cap passé, Louis-Philippe réalise le risque qu'il y a à conserver un tel instrument dans les mains de La Fayette, qu'il juge peu fiable. Le 24 décembre, à son instigation, la Chambre des députés adopte une loi qui supprime le titre de commandant de toutes les gardes nationales de la France, jugé contraire à la Charte de 1830.[83] Le roi, protesta de son ignorance personnelle, de la bonne volonté de ses ministres, et se flatta de faire revenir le général sur sa démission.

La Fayette donne sa démission dès le lendemain, non sans avoir rendu visite à Louis-Philippe, qu'il menace de se retirer dans son château de La Grange-Bléneau :

– Et que ferez-vous sans l'appui de ma popularité ?
– Si vous retourniez à La Grange ? Eh bien, je vous y laisserais ![84].
Cette courte correspondance amena bientôt, entre le monarque et La Fayette, une explication dans laquelle celui-ci, donnant cours aux sentiments qu'il concentrait depuis longtemps, déclara au roi que la dissidence de leurs doctrines politiques et l'ombrage qu'inspirait son autorité ne lui permettaient pas d'en prolonger l'exercice.



Le roi n'épargna aucune séduction propre à désarmer son interlocuteur : il lui proposa le titre de commandant honoraire, que La Fayette avait précédemment refusé comme une décoration insignifiante. Un peu piqué de cette insistance : « Votre Majesté, lui dit-le général, se contenterait-elle d'être un roi honoraire ? » Le président du Conseil, Jacques Laffitte, et le ministre de l'Intérieur, Camille de Montalivet, lui-même colonel de la garde nationale, cherchent à trouver un compromis, mais La Fayette pose des conditions extravagantes : il veut la formation d'un nouveau ministère où n'entreraient que ses amis, la dissolution de la Chambre des députés et l'abolition de l'hérédité de la pairie.

Louis-Philippe demanda vingt-quatre heures pour réfléchir ; mais ce délai n'ayant amené aucun changement dans les négociations, La Fayette crut devoir se dépouiller définitivement du pouvoir exorbitant dont il était revêtu.

Il rendit sa démission publique par un ordre du jour du 27 décembre, et développa le même jour à la tribune de la chambre les motifs de sa détermination, en déclarant que si sa conscience d'ordre public était satisfaite, il n'en était pas de même de sa conscience de liberté. Le 26, il maintient sa démission. Louis-Philippe en prend aussitôt acte dans une brève et sèche lettre de regret. « L'essentiel, constatera plus tard La Fayette, était de passer sans encombre la grande crise du procès des ministres. On m'aimait tant pendant ce temps-là ! Mais vous voyez qu'ensuite, on n'a pas perdu un jour. »[85]

Tout porte à croire que le sacrifice de La Fayette était depuis longtemps arrêté dans l'esprit du roi. Mais Louis-Philippe commençait à subir les conséquences du mode accidentel de son élévation il ne pouvait se séparer impunément des hommes qui y avaient concouru par leurs démarches de leur condescendance. L'éloignement de La Fayette, suivi bientôt de celui de Dupont de l'Eure et de Laffitte, lui fut reproche comme un acte éclatant d'ingratitude, et cette triple séparation consomma sa rupture avec le parti démocratique, dont les derniers événements avaient naturellement accru les forces et les exigences.



Rendu à une existence purement parlementaire, La Fayette reprit à l'extrême gauche de la Chambre la place qu'il avait occupée durant la restauration, et il ne tarda pas à redevenir le principal chef de l'opposition. Ainsi peu à peu il subit, ainsi que ses amis politiques, la loi qui veut que tout ce qui procède de la violence n'ait pas de durée. Cet homme, qui avait défait un roi et en avait fait un autre, se retrouva membre toujours mécontent de l'extrême opposition à la Chambre des députés.

Le (mot manquant) agressif de La Fayette présenta pour caractère essentiel son application à la politique extérieure du gouvernement. Le parti démocratique, qui aspirait généralement à l'annulation des onéreux traités de 1814 et de 1815, était divisé sur les moyens d'y parvenir. Une fraction notable, excluant toute agression décidée, se prononçait pour un système qui garantît aux peuples le libre développement de leurs forces, C'était le système de la non-intervention entendue dans son acception la plus absolue. Cette opinion fut celle de La Fayette, et, bientôt avec lui celle du ministère installé le 3 novembre sous la présidence de Laffitte.



Mais les événements postérieurs firent voir combien, d'accord sur le principe, ils différaient sur l'application. La révolution belge, qui éclata à la fin d'août, fut le premier contrecoup de la française. La Fayette refusa dignement la royauté de ce peuple et l'exhorta, à porter son choix sur un de ses citoyens.

Son désir secret était que la Belgique se constituât en république fédérative, de manière à former une Suisse septentrionale dans l'alliance intime et sous la garantie immédiate de la France. L'insurrection polonaise, qui suivit de près, excita ses vives sympathies. Par des documents dont le cabinet essaya vainement d'infirmer la valeur il établit que l'effet de ce mouvement avait été de retenir sur les bords de la Vistule les armées russes prêtes à envahir le territoire français. Ou sait que ses efforts n'aboutirent qu'au vœu stérile du maintien de la nationalité polonaise, formulé depuis 1831 dans toutes les communications des chambres avec le roi.

La Fayette obtint du ministère la reconnaissance des nouveaux États de l'Amérique ; mais sa politique fut moins heureuse à l'égard des insurgés espagnols, avec lesquels il entretenait également des rapports depuis la junte insurrectionnelle de 1823. Ferdinand VII s'étant, dans le principe, obstinément refusé à reconnaître la royauté de Louis-Philippe, le cabinet français prêta d'abord une oreille complaisante aux instigations propagandistes du patriarche de la démocratie européenne ; des fonds furent distribués aux insurgés ; mais le gouvernement espagnol ayant menacé d'encourager, de son côté, des rassemblements d'émigrés royalistes sur les frontières méridionales françaises, ces rebelles, livrés à eux-mêmes, échouèrent dans deux tentatives désespérées. Enfin, le peu de succès des insurrections de Modène et de Bologne, auxquelles La Fayette avait procuré les encouragements et l'appui du ministère, lui apporta bientôt des déceptions encore plus cuisantes.



La défection dont le cabinet se rendit coupable en cette occasion fut un des textes sur lesquels l'hostilité parlementaire de La Fayette s'exerça avec le plus d'avantage et de fondement. Il ne négligeait d'ailleurs aucune occasion de censurer en même temps le système de politique intérieure adopté par le gouvernement. L'imprudente démonstration du 14 février, dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, l'amena à exposer ouvertement à la tribune l'esprit démocratique dans lequel il supposait que la révolution de juillet s'était accomplie, et la marche qu'elle lui semblait devoir suivre. Mais il blâma vivement les profanateurs de ce temple et les démolisseurs de l'archevêché, et fit offrir au prélat fugitif un asile dans son propre hôtel. Il s'indigna aussi de l'acte de condescendance du roi, qui, dans un vif effroi, avait fait disparaître ses armes des édifices de la capitale. Ce fut dans ces circonstances que C. Perier saisit d'une main ferme les rênes flottantes du pouvoir, et son premier soin fut la dissolution de la chambre.

La Fayette crut devoir adresser à ses électeurs un compte détaillé de ses travaux parlementaires. Il y rendait un éclatant hommage à la dernière révolution, mais il y décriait avec amertume la direction suivie par le régime qui en était issu, et invoquait, pour, en affirmer la violation, ce prétendu programme de l'hôtel de ville, auquel ses illusions seules avaient prêté quelque consistance. Ce manifeste agressif causa à la cour un profond mécontentement et consomma la scission personnelle du général avec le roi.[86] La compression momentanée du parti démagogique et l'attitude plus décidée de l'administration ne découragèrent point ses efforts. Lors de la seconde insurrection des Espagnols, en 1832, il flétrit avec énergie l'épithète de factieux qui leur avait été donnée dans une note diplomatique.

La Fayette combattit hautement l'hérédité déjà pairie, et fit rayer du Code pénal l'article qui punissait l'usurpation des titres nobiliaires. Ce fut lui qui, après la session de 1832, fît adopter aux députés de l'opposition l'idée d'exprimer, sous la forme d'un compte rendu, leurs idées sur la politique intérieure et extérieure. Trois jours avant la publication de cette pièce, le chef du ministère, C. Perier, était mort sans avoir assisté au rétablissement de l'ordre, auquel il avait immolé son repos et prodigué l'énergie de son caractère.

Les funérailles du général Lamarque, qui eurent lieu peu de jours après, devinrent le signal des troubles les plus sérieux qui, depuis les journées de juillet, eussent ensanglanté la capitale. La Fayette assistait à ces obsèques, et il venait de prononcer une allocution sur la tombe du général, lorsque l'apparition subite d'un bonnet rouge au milieu de l'innombrable cortège mit toute la population en rumeur. Des cris séditieux furent proférés. Quelques hommes suspects s'approchèrent du général et l'exhortèrent à se rendre à l'hôtel de ville en lui offrant ce symbole : mais il le repoussa avec dédain monta en voiture et se fit conduire à son hôtel sous l'escorte d'une populace menaçante. L'insurrection avait pris des proportions formidables. Un grand nombre de députés de l'opposition se réunit le soir chez Laffitte, et l'on délibéra sur les moyens propres à arrêter l'effusion du sang. La Fayette combattit sans succès l'idée d'une députation au roi et refusa d'en faire partie. Il accompagna ce refus de quelques mémorables paroles de douleur sur les infructueux efforts qu'il avait faits, aux deux plus grandes époques de sa vie, pour résoudre le problème d'une monarchie assise sur les bases de la souveraineté nationale.

Informé qu'on l'inculpait d'avoir reçu le bonnet rouge et qu'on parlait de l'arrêter, La Fayette demeura quelques jours à Paris, pour regarder en face, dit-il : le gouvernement de l'état de siège ; puis il regagna sa terre de la Grange, un peu étonné que ce retour au plus complet arbitraire n'eût pas excité plus d'émotion dans les esprits. Il se démit aussitôt de ses fonctions de maire et de conseiller municipal, ne voulant, dit-il, conserver aucun rapport avec la contre-révolution de 1830.

Lors du premier attentat sur la personne de Louis-Philippe, en novembre 1832, il refusa de se joindre à ceux de ses collègues qui se rendirent aux Tuileries, objectant que depuis le démenti donné par le roi au programme de l'hôtel de ville, sa place ne lui paraissait plus là. Dans la session de 1833, il parla sur la loi d'organisation départementale, et appuya la demande d'une pension au profit des vainqueurs de la Bastille. La police ayant arrêté dans sa terre même de la Grange, et presque sous ses yeux, le réfugié polonais Joachim Lelewel, auquel il donnait asile, il se plaignit vivement de ce procédé inouï, dit-il, sous la restauration elle-même, et contraignit le ministre de l'Intérieur à désavouer cet acte de brutalité.



La discussion de l'adresse au Trône, en janvier 1834, fut le dernier débat parlementaire auquel La Fayette prit part. Une maladie de vessie, dont il avait recueilli le germe aux obsèques de l'infortuné Dulong, s'aggrava rapidement et le ravit, le 20 mai 1834, dans sa 77e année.

Son cercueil fut accompagné à l'église de l'Assomption par un nombreux cortège, qui se composait de l'élite des deux chambres, des académies, de l'administration civile et militaire, de la garde nationale et des étrangers alors à Paris. Étroitement surveillées par l'armée, malgré les protestations de la gauche, ses obsèques ne donnent lieu à aucune manifestation républicaine, le parti républicain venant d'être décapité à la suite de la seconde révolte des Canuts à Lyon en avril.

Des représentants choisis dans chacun de ces corps et dans la légation des États-Unis portaient les coins du drap mortuaire. Après la célébration du service religieux, le convoi, suivi d'une foule immense, se dirigea vers le cimetière de Picpus, à Paris le 22 mai, où, suivant son désir, le général fut inhumé à côté de sa femme. La terre utilisée pour l'enterrer était partiellement venue d'Amérique, spécialement envoyée pour cet usage. Les deux chambres du congrès américain lui décernèrent les mêmes honneurs funèbres qu'au président George Washington.

Jusqu'à la fin de la session, les salles des séances furent tendues de noir, et MM. John Quincy Adams, Edward Everett, J. Upham et le général Tailmadge prononcèrent son éloge en présence de tous les corps de l'État.

« M. de La Fayette vient de mourir, commente dans ses Souvenirs la duchesse de Maillé, personnalité légitimiste mais dotée d'une perspicacité peu commune. Le héros des deux mondes est allé dans le troisième. Sa mort n'a fait aucun effet politique. Il était devenu incommode et inutile à son parti, il était odieux aux autres, son rôle était fini. »[87]



Peu d'hommes ont été plus diversement appréciés que La Fayette. Exalté tour à tour comme l'émule de Washington et comme le glorieux promoteur de la régénération française, il ne fut, au dire de Napoléon « qu'un niais sans talents civils ni militaires, un esprit borné, un caractère dissimulé[88] », et de Chateaubriand « qu'une espèce de monomane, à qui l'aveuglement tenait lieu de génie[89]. ».

« Qui l'avait observé, disait madame de Staël, pouvait savoir d'avance avec certitude ce qu'il ferait dans toute occasion[90]. »



Aux États-Unis, une montagne, sept comtés et quarante localités portent le nom de Lafayette[91].

Auguste Bartholdi sculpta une statue de La Fayette à la fin du XIXe siècle pour la ville de New York. Inaugurée en 1876, elle se trouve aujourd'hui dans Union Square Park.

Le rôle du marquis de La Fayette dans l'histoire de l'indépendance américaine est consacré de longue date à Washington, par un square à son nom, avec, au centre, sa statue équestre, devant la Maison Blanche.

Tous les ans, le 4 juillet (jour de la Saint-Florent, anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis), en signe de reconnaissance, l'ambassadeur des États-Unis en France dépose une gerbe de fleurs sur sa tombe, au cimetière de Picpus, à Paris.

De plus, le 8 août 2002, il a été élevé à titre posthume citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique[91], un privilège rare, n'ayant été accordé auparavant qu'à cinq reprises dans l'histoire américaine.

Il est, avec Churchill, l'étranger le plus populaire et le plus reconnu aux États-Unis.



À Paris, une rue porte le nom de La Fayette[91] ; par référence toponymique, c'est également le cas d'un hôtel et d'un grand magasin (les Galeries Lafayette). La célébrité de ce magasin a pour fâcheuse conséquence la dysorthographie fréquente : Lafayette au lieu de La Fayette. De nombreux lycées portent aussi son nom.

Lors de sa visite aux États-Unis en novembre 2007, le président français Nicolas Sarkozy a évoqué La Fayette dans son discours au Congrès américain[91]. En 2007 s'est ouverte une polémique sur le transfert au Panthéon des cendres de La Fayette. Nicolas Sarkozy était pour, Jean-Noël Jeanneney était contre car il décrivait le personnage de La Fayette comme un monarchiste qui n'a jamais eu des idées républicaines. Cependant, l'écrivain Gonzague Saint-Bris (auteur d'une biographie sur La Fayette) répliquait ensuite dans la presse que "les hommes d’exception ont toujours servi l’intérêt de la France plus que celui d’un régime, que ce soit au temps de la monarchie ou de la république"[91].



  • Mirabeau, son principal adversaire au sein du « parti patriote », l'avait surnommé « Gilles César », en référence au dictateur Romain.
  • Lors de leur débarquement en France en 1917, le général Pershing, général en chef des armées américaines se serait exclamé : « La Fayette nous voilà ! ». Cette citation a en fait été inventée par Gaston Leroux, qui n'avait pu assister au discours et l'avait donc reprise pour son article. Elle fut en fait dite par l'aide de camp du général, le colonel Stanton[91] lors d'une cérémonie organisée le 4 juillet 1917 en France.
  • La première unité composée de volontaires américains fut l'escadrille aérienne La Fayette, avant même l'entrée en guerre officielle des États-Unis.
  • Au mois de juin 2007, la frégate furtive La Fayette de la Marine Nationale s'est rendue aux États-Unis pour la commémoration du 250e anniversaire de la naissance du Marquis.




  1. Joseph Gagnaire, Les Fortifications médiévales de l'arrondissement d'Ambert et ses abords, Éditions ACVAM, Issoire, 2002.
  2. Lui-même raconte qu'en traçant, dans ses compositions scolastiques, la description du cheval, il n'omettait pas de dire que ce noble animal se cabrait sous la verge du cavalier[réf. souhaitée].
  3. Jean Louis Paul François de Noailles, duc d’Ayen (1739-1824), général et chimiste, membre de l’Académie des Sciences (1777), fils du maréchal, duc de Noailles[réf. souhaitée]
  4. Correspondance entre Mirabeau et le comte de Lamarck, t. 2, p. 26 .
  5. «La nation était loin d'être prête pour les éventualités. Un esprit de lassitude et d'égoïsme régnait dans le peuple. L'armée, mal disciplinée et mal payée, était très-inquiète. Les milices de Pennsylvanie et de New-Jersey s'étaient révoltées au commencement de l'année. Le gouvernement était encore impuissant, la Confédération faible, le Congrès inerte, quoique existant toujours. Quand on lit que ce corps était prêt à livrer le Mississipi à l'Espagne, bien plus, à abandonner la reconnaissance expresse de l'Indépendance de l'Amérique, comme le préliminaire indispensable des négociations avec la Grande-Bretagne, quand on lit cela, on peut bien se figurer qu'il y avait quelques préparatifs pour se soumettre aux exigences du moment. Le baron allemand de Steuben, qui rassemblait des troupes en Virginie au moment de l'invasion, fut rejoint après par La Fayette, dont les troupes avaient été habillées pendant la marche aux frais de celui-ci. Sur mer, la flotte française était occupée à défendre les côtes contre les envahisseurs. Il semble que les étrangers étaient les seuls défenseurs de la Virginie et de l'Amérique.» Manual of United States History, de Samuel Eliot. Boston, 1856, 258.
  6. Mémoires, Correspondance et Manuscrits du général Lafayette publiés par sa famille, Londres, 1837.
  7. (en) Robin A. Waterfield, Hidden Depths. The Story of Hypnosis, Routledge, 2003, p. 132.
  8. (en) Robin A. Waterfield, Hidden Depths. The Story of Hypnosis, Routledge, 2003, p. 133.
  9. Plus d'une fois le Cincinnatus américain essaya de tempérer, par les inspirations de sa haute prudence, l'entraînement de La Fayette vers d'inapplicables théories. Mais que pouvaient les froides leçons de l'expérience contre le torrent irrésistible des circonstances et contre cette insatiable ambition de popularité, à laquelle son illustre ami s'était montré insensible après tant d'éminents services rendus à sa patrie ![réf. souhaitée]
  10. Qui, semblait toujours autoriser l'emploi de la violence pour faire prévaloir une opinion, une volonté, un intérêt particulier sur les constitutions fondamentales de la société. M. de Barante, de la Déclaration des droits, etc., 1849
  11. Son rôle à ce poste pendant la Révolution reste énigmatique.[réf. souhaitée]
  12. «Cette cocarde, dit-il, fera le tour du monde. »
  13. Voir, dans la Revue des deux Mondes du 15 juin 1851, le travail de M. de Valon sur le prétendu complot du marquis de Favras.
  14. Cette proposition, extraite d'un mémoire sur les états généraux, publié en 1788 par le comte d'Entraigues. La maxime insurrectionnelle de La Fayette justifiait implicitement les récents excès des 5 et 6 octobre, et tendait à encourager de nouveaux désordres. Cette maxime est devenue par la suite en quelque sorte la préface habituelle de toutes les révolutions du XIXe siècle
  15. On le vit plus d'une fois exposer sa vie pour faire rentrer dans l'ordre une multitude échappée au frein des lois, mais dont les grands mouvements, dit M. Lacretelle, « conservaient toujours pour son esprit fasciné quelque chose de sublime et de sacré. »
  16. Le retour apparent de La Fayette aux idées monarchiques n'inspirait aucune confiance à Marie-Antoinette, bien qu'il s'efforçât de la persuader par le ton d'une austère franchise : Si je croyais, lui disait-il, que la destruction de la royauté fût utile à mon pays, je ne balancerais pas ; car ce qu'on appelle les droits d'une famille au trône n'existe pas pour moi ; mais il m'est démontré que, dans les circonstances actuelles, l'abolition de la royauté constitutionnelle serait un malheur public[réf. souhaitée]
  17. Après avoir brisé les meubles qui garnissaient le fort, le peuple commençait la démolition des parapets de la plate-forme, lorsque le général accourut à la tête des grenadiers de la garde nationale. Il fut accueilli par les cris : A bas La Fayette ! et ces cris furent répétés par une partie des grenadiers même qui marchaient à sa suite. La Fayette ordonna aux perturbateurs de sortir des rangs ; sa voix fut méconnue.[réf. souhaitée]
  18. parmi lesquels il pouvait reconnaître plusieurs parents ou d'anciens amis[réf. souhaitée]
  19. Cette conduite, soit qu'elle fût motivée par un vain amour de popularité, ou par le désir de calmer les passions de la multitude, a été amèrement reprochée à La Fayette.[réf. souhaitée]
  20. Ramené tardivement à des sentiments conservateurs par les libéralités de la cour et par la perspective des catastrophes qui menaçaient la société, le tribun avait fait adjurer sans succès La Fayette d'en détourner l'explosion par l'alliance de leurs forces communes. Un fait, préparé, a-t-on dit, par ses derniers conseils, vint constater ouvertement l'état de captivité du monarque.[réf. souhaitée]
  21. Le soir même de l'évasion, le général déclarait à Bailly que les issues des Tuileries étaient tellement gardées qu'une souris n'en pourrait sortir. Histoire de l'évènement de Varennes, par M. le comte de Sèze, 1843.[réf. souhaitée]
  22. La Fayette s'applaudit, dans ses Mémoires, que l'exécution de cet ordre n'ait été d'aucune influence sur l'arrestation des augustes fugitifs. Malgré la contrariété secrète que lui causait ce résultat, il fit bonne contenance, et contribua à protéger contre la fureur populaire les trois gardes du corps qui avaient servi de courriers à la famille royale ; ces militaires comme on sait, arrivèrent à Paris exposés sur le siège de la voiture dans laquelle elle y fit son entrée.[réf. souhaitée]
  23. Il trouva le roi très calme, « Votre Majesté, lui dit-il, connaît mon attachement pour elle ; mais je ne lui ai pas laissé ignorer que si elle séparait sa cause de celle du peuple, je resterais du côté du peuple. Cela est vrai, répondit Louis XVI, vous avez suivi vos principes. Jusqu'à ces derniers temps, j'avais cru être dans un tourbillon de gens de votre opinion, dont vous m'entouriez à dessein ; j'ai bien reconnu dans ce voyage que je m'étais trompé, et que c'est aussi l'opinion de la France.-Votre Majesté, reprit La Fayette, a-t-elle quelques ordres à me donner? - II me semble, répondit en souriant le monarque, que je suis plus à vos ordres que vous n'êtes aux miens. »[réf. souhaitée]
  24. Dans ses Mémoires, auxquels nous avons emprunté la plupart des détails qui précèdent, on lit qu'il s'efforça de concilier les tristes devoirs de son ministère avec les égards dus aux illustres captifs. On ne peut se dissimuler toutefois que la démarche de Louis XVI n'eût jeté une certaine irritation dans son esprit, et cette disposition ne demeura probablement pas étrangère à la rigueur des précautions qu'il employa pour couvrir sa responsabilité dans ces graves conjonctures. Il se fit communiquer la liste des personnes que la cour désirait recevoir, et il assujettit tous les visiteurs à un minutieux contrôle. Il ne fit rendre à Louis XVI aucun des honneurs dus à la royauté, sous prétexte que ce prince, par son manifeste adressé à l'assemblée, avait abdiqué son droit constitutionnel pour réclamer le droit divin. Ces précautions furent excédées, comme il arrive toujours, par les agents placés sous les ordres du général, et la position de la famille royale devint de plus en plus intolérable. Moins libre que le dernier de ses sujets, le roi ne conservait que la faculté de se promener le matin dans les Tuileries, avant que le jardin fût ouvert au public.[réf. souhaitée]
  25. La garde nationale lui offrit une épée à garde d'or avec cette inscription : A. La Fayette, l'armée parisienne reconnaissante. Une pétition adressée à l'assemblée sollicita pour lui une indemnité proportionnée aux sacrifices qu'il s'était imposés, et la municipalité de Paris frappa une médaille en son honneur et lui fit présent d'une statue en marbre de Washington, chef-d'œuvre du sculpteur Houdon, « afin, dit-elle, qu'il eût toujours sous les yeux celui qu'il avait si glorieusement imité. »
  26. Deux armes importantes dont il avait étudié l'emploi dans son voyage de Prusse, en 1785.[réf. souhaitée]
  27. C'est lors de cette journée que Louis XVI but une bouteille de vin rouge proposée par un manifestant, et marcha dans une bouse de vache pour montrer qu'il était « comme le peuple »). Marie-Antoinette, qui ne pouvait plus le souffrir, dira de lui : « Je sais bien que M. de La Fayette nous protège. Mais qui nous protégera de M. de La Fayette ? »)[réf. souhaitée]
  28. Guadet, reprenant le ton de l'ironie, attribua la présence du général à la disparition des ennemis extérieurs ; et, rentrant dans le vrai, il blâma sa démarche comme un acte d'infraction à la discipline, et de désobéissance envers la constitution. Il fit échouer les efforts du général. Ramond défendit hautement le général, et une majorité de cent voix fit adopter l'ordre du jour.[réf. souhaitée]
  29. Parmi les plans conçus pour le salut du roi, il en existait un auquel La Fayette avait promis son concours, et dont l'exécution n'offrait rien qui excédât les limites de la constitution : le monarque devait annoncer à l'assemblée le projet de se retirer à Compiègne, où le général se disposait à l'entourer d'une force suffisante ; il devait ensuite adresser à ses frères et aux émigrés une proclamation pour les exhorter à marcher contre l'ennemi commun, et rentrer dans Paris quand ces dispositions auraient déconcerté les espérances coupables et ramené le calme dans les esprits.[réf. souhaitée]
  30. Peut-être aussi n'était-il plus temps. La coalition venait de mettre en mouvement une nombreuse armée, et les ennemis de l'intérieur pressaient de plus en plus, dans son étroit asile, le trône constitutionnel. Les dernières démarches de La Fayette étaient devenues le signal d'agressions multipliées contre lui.[réf. souhaitée]
  31. Le premier demanda qu'il fût fait un rapport spécial sur la conduite de La Fayette, et le second s'éleva amèrement contre l'audacieux militaire qui se croyait le chef d'une faction dont il n'était que l'instrument, et sans vouloir, dit-il, comparer La Fayette à César, il rappela que, lorsque du fond des Gaules, ce conquérant dicta des leçons au sénat, il était bien près de passer le Rubicon. » Le général fut défendu avec chaleur par Mathieu Dumas, qui s'écria que La Fayette ne « serait pas digne d'être appelé le héros de la liberté, si, comme Washington, son frère d'armes et son modèle, il ne buvait jusqu'à la lie le calice de l'ingratitude populaire. » Un obscur orateur, Torné], évêque constitutionnel, attaqua, avec un surcroît de violence « le héros des deux mondes, » comme l'appelaient alors ses partisans, et Condorcet le compara à Monk, « sacrifiant à son roi la liberté qu'il avait d'abord servie. »[réf. souhaitée]
  32. Gobet, évêque constitutionnel de Paris, reçut Luckner à dîner chez lui, et extorqua à ce vieillard, au milieu d'une orgie, en présence de six députés jacobins, l'aveu que La Fayette lui avait fait proposer par Bureaux de Pusy, de marcher avec leurs corps d'armée, non contre l'ennemi, mais contre l'assemblée nationale. Cette intrigue échoua devant les dénégations écrites de Luckner, et surtout devant un démenti formel de Bureaux de Pusy, qui s'expliqua à la barre de l'assemblée avec beaucoup de précision et d'énergie.[réf. souhaitée]
  33. Taine, les origines de la France contemporaine L'ancien régime, La révolution, L'anarchie, la conquête jacobine, page 691, de l'édition de 1986, Bouquin chez Robert Laffont (ISBN 2-221-05186-6) (tome 1)
  34. Le général répondit fièrement « qu'il ne supposait pas que personne lui adressât des questions auxquelles il ne jugerait pas convenable de répondre. » Un ordre supérieur ayant prescrit au général autrichien Chasteler de s'emparer du trésor de l'armée, qu'on supposait à la disposition de La Fayette :.« Sans doute, dit froidement celui-ci, Leurs Altesses Impériales, à ma place, l'eussent emporté. »[réf. souhaitée]
  35. Qui se terminait ainsi : L'aristocratie et le despotisme sont frappés à mort, et mon sang, criant vengeance, donnera à la liberté de nouveaux défenseurs. » Le duc de Saxe-Teschen, oncle de l'empereur, à qui La Fayette avait fait demander un passeport, répondit que « puisque le chef de l'insurrection française était tombé entre les mains des princes alliés, on le garderait jusqu'à ce que son souverain, dans sa clémence ou dans sa justice, eût décidé de son sort. »[réf. souhaitée]
  36. On lui promit d'adoucir sa captivité s'il voulait donner des plans contre la France. Ayant répondu avec mépris à cette proposition, il fut jeté sur une charrette et transféré à Magdebourg[réf. souhaitée]
  37. Comme, en les installant, on éloignait d'eux, tous les objets qui pouvaient servir au suicide, le général fit observer qu'il n'était pas assez prévenant pour se tuer.[réf. souhaitée]
  38. L'assemblée législative confisquait tous ses biens, et la commune de Paris faisait briser, par la main du bourreau, le coin de la médaille frappée en son honneur...[réf. souhaitée]
  39. À cette sévérité se joignaient une alimentation repoussante, la privation, complète d'encre, de plumes, de meubles de propreté, l'abréviation des soirées d'hiver et la prolongation des nuits par une obscurité rigoureuse, l'absence de tous égards de la part de leurs gardiens, une foule de vexations mutiles, et jusqu'au remplacement de leurs noms par de simples numéros.[réf. souhaitée]
  40. En apprenant le massacre de La Rochefoucauld, son ami, La Fayette écrivit que, sans cesser de regarder comme sacrée la cause du peuple, le charme était détruit.[réf. souhaitée]
  41. Chantal de Tourtier-Bonazzi, article La Fayette du Dictionnaire Napoléon (direction Jean Tulard), tome 2, édition 1999, p 132.
  42. Napoléon interdit que le nom de La Fayette soit cité lors de l'éloge funèbre de George Washington aux Invalides le 8 février 1800
  43. A son retour de Marengo, il accueillit le général avec bienveillance. « Vous avez-dû, dit-il à La Fayette, trouver les Français bien refroidis pour la liberté ; les boutiquiers de Paris n'en veulent plus. » Le général répondit que les Français étaient encore en état de la recevoir et qu'ils l'attendaient de lui.[réf. souhaitée]
  44. Celui-ci s'était expliqué avec la liberté habituelle à son langage y aussi, quelqu'un l'ayant accusé, en présence du premier Consul, de fronder, son gouvernement : « Laissez donc, répondit celui-ci, il n'en dira pas plus qu'il' ne m'en a dit à moi-même ! »[réf. souhaitée]
  45. Le texte suivant reflète l'opinion de Napoléon sur La Fayette. « La Fayette était un niais; il n'était nullement taillé pour le haut rôle qu'il avait voulu jouer. Sa bonhomie politique devait le rendre constamment dupe des hommes et des choses. Son insurrection des Chambres, au retour de Waterloo, avait tout perdu. Qui avait donc pu lui persuader que je n'arrivais que pour les dissoudre, moi qui n'avais de salut à espérer que par elles? « Tout le monde en France est corrigé des idées extrêmes de libellé ; il n'y a qu'un homme qui ne le soit pas, et cet homme, c'est La Fayette. En effet, qui a proclamé le principe de l'insurrection comme un devoir ? qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté qu'il est incapable d'exercer ? qui a détruit la sainteté et le respect des lois en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ? Cet homme qui a joué un si grand rôle dans nos premières dissensions politiques, avait servi sous Washington et s'y était distingué. C'était un homme sans talents ni civils ni militaires; esprit borné, caractère dissimulé, dominé par des idées vagues de liberté, mal digérées chez lui et mal conçues ; du reste, dans la vie privée, La Fayette était un honnête homme. »[réf. souhaitée]
  46. Son exemple et ses exhortations ne persuadèrent point La Fayette : « Dans ce peu de jours et au milieu de ses brillantes promesses, dit-il à l'ancien tribun, Napoléon a déjà cent fois plus violé les libertés publiques que les Bourbons dans leurs dix mois de règne. » II repoussa avec la même énergie les séductions plus hautes et plus puissantes de l'ex-roi d'Espagne, Joseph Bonaparte, en ajoutant qu'il ne pouvait voir dans Napoléon « qu'un soldat venu de corps de garde en corps de garde jusqu'aux Tuileries, » et refusa toute entrevue qui lui fut proposée avec lui.[réf. souhaitée]
  47. Mis en présence, le démocrate et l'empereur se mesurèrent quelques instants du regard ; puis, après avoir couvert leurs longs dissentiments sous un petit nombre de paroles insignifiantes, ils se séparèrent plus divisés, plus irréconciliables que jamais.[réf. souhaitée]
  48. « Vétéran de cette cause sacrée » le général proposait à la chambre de déclarer que l'indépendance nationale était menacée, de se constituer en permanence, de proclamer qu'elle regarderait toute tentative pour la dissoudre comme un acte de haute trahison, et de mander les ministres à sa barre pour y rendre compte de la situation de la France.[réf. souhaitée]
  49. Je m'étonne, milord, répondit La Fayette, que, pour proposer cette lâcheté au peuple français, vous vous adressiez de préférence à un prisonnier d'Olmütz.[réf. souhaitée]
  50. Celui que La Fayette fit entendre à cette dernière occasion (27 mai) fut un véritable manifeste dans lequel il donna une ample carrière à ses ressentiments politiques et même à ses rancunes personnelles contre le système de la restauration. L'octroi de la charte, le principe de la légitimité, l'émigration, les caducités de l'ancien régime, et jusqu'à la tentative du 23 juin 1789, tout fut attaqué par La Fayette avec une liberté de violence presque inouïe jusqu'alors ; aucun moyen ne fut négligé pour émouvoir les passions politiques au dedans comme au dehors. Ce discours attira à l'orateur une vive et éloquente réplique de M. de Serre, qui lui reprocha d'imputer aux victimes de la révolution tous les maux qu'elle avait fait peser sur eux : « Si les insurgés au dehors, continua le ministre, séduits par les provocations imprudentes qu'il a fait entendre, se portent à la sédition, je demande sur la tête de qui devrait retomber le sang verse par le glaive de la révolte ou par le glaive de la loi? » M. de Puymaurin déplora que l'homme qui se recommandait par tant de qualités personnelles rentrât dans les rangs de la révolution « pour en devenir de nouveau l'instrument ou le jouet, » Peu touché de ces apostrophes et de ces allusions, La Fayette, à l'occasion du budget de 1821, s'éleva avec une nouvelle violence contre la diplomatie actuelle, «où le système, les agents, le langage, tout lui paraissait étranger à la France nouvelle, et se plaignit que « par les déviations et l'apostasie temporaire d'une révolution de liberté et d'égalité, on eût fini par voir l'Europe surchargée ;de deux assortiments complets de dynasties, de noblesses et de privilèges. »[réf. souhaitée]
  51. Comme ses amis lui recommandaient la prudence « Bah ! leur répondit-il en souriant, j'ai déjà beaucoup vécu, et il me semble que je couronnerais dignement ma carrière politique en mourant sur l'échafaud pour la liberté (Histoire des deux restaurations. par A. de Vaulabelle, t. 6, p, 275.). » La conduite réelle de La Fayette offrait, toutefois, moins de témérité que cette bravade ne le ferait supposer.
  52. Histoire de la chute des Bourbons, par Albert Maurin, liv. 3.
  53. Je m'unis à mes amis, dit-il, pour demander la plus grande publicité au sein de cette chambre, en face de la nation. C'est là que nous pourrons, mes accusateurs et moi, dans quelque rang qu'ils soient plates, nous dire sans compliment ce que, depuis trente-trois années, nous avons eu mutuellement à nous reprocher.[réf. souhaitée]
  54. Le juge d'instruction avait négligé de recueillir des explications précises sur le signalement dû général, et il était devenu facile au révélateur, mieux avisé d'égarer les recherches postérieures de l'autorité. Le surlendemain du jour où La Fayette avait couvert de son audace cette situation fausse et défectueuse, M. de Sainte-Aulaire proposa à la chambre de mander le procureur général à sa barre pour répondre aux plaintes portées contre lui. Cette proposition fut repoussée à une forte majorité ; mais, tandis que ce débat préoccupait la chambre, il se passait un fait curieux. Un des principaux conjurés, Grandménil ; parvenu à se dérober aux recherches de la justice, avait été secrètement introduit par M. de la Pommeraye, député du Calvados, dans une tribune d'où il suivait attentivement la discussion. Il entendit avec indignation le général Foy le qualifier d'agent provocateur, et, dans l'excès de son émotion, il voulut s'élancer de sa place pour lui infliger un éclatant démenti. Il fut contenu avec grand’ peine par M. de la Pommeraye et par Georges de Lafayette.[réf. souhaitée]
  55. Histoire des deux restaurations, t. 6, p. 264. - Histoire de la chute des Bourbons, etc., liv. 3. - M. Royer-Collard, faisant, en 1832, allusion à cette circonstance, dit au général La Fayette : « Vous avez été indignement calomnié par M. Mangin. - J'ai été outragé, répondit le général, mais non calomnié. - En ce cas, vous avez été impuni. »
  56. Les, preuves matérielles nous manquent contre les premiers instigateurs du complot. Pourquoi? Ce n'est point parce qu'ils sont inconnus, mais parce qu'ils se cachent derrière leurs séides, parce qu'ils s'enveloppent de mystère... Ils ont insinué que nous les frappions par derrière, que nous étions des lâches... Les lâches et les perfides sont ceux qui précipitent dans l'abîme des conspirations des hommes simples et crédules, qui les trompent et les désavouent ensuite... Voilà les véritables pourvoyeurs des bourreaux.[réf. souhaitée]
  57. Nous craignons, lui dit-il, votre retour en Europe, où les despotes jaloux de votre gloire et de vos vertus, peuvent vous enfermer encore dans les murailles de leurs donjons.[réf. souhaitée]
  58. Paul C. Pappas, « Lafayette's Efforts to Send American Aid to Revolutionary Greece », Journal of Modern Greek Studies, tome 2-1, mai 1984, p. 105-116.
  59. Les événements se pressaient. M. de Chateaubriand, avait suscité une opposition redoutable au ministère le plus long et le plus habile qu'elle eût encore enfanté. La majorité, jusque-là si compacte, en fut ébranlée, et cette circonstance entraîna la dissolution de la chambre.[réf. souhaitée]
  60. Charles X, cédant aux exigences de la France électorale, composa son conseil d'hommes estimables, éclairés, mais dépourvus de direction fixe. Un cabinet placé dans de telles conditions ne pouvait qu'affaiblir l'autorité royale, déjà si énervée. Ce fut le sort des concessions essayées par le ministère Martignac. Les intentions les plus conciliantes et les plus libérales ne purent lui faire trouver grâce devant les organes du parti démocratique.[réf. souhaitée]
  61. Cependant, il est exact de dire que La Fayette se montra généralement plus indulgent pour le cabinet de 1828 que pour ceux qui l'avaient précédé. Charles X, dont il connaissait la loyauté, lui inspirait une estime personnelle, et ce prince, en passant à Meaux, lors de son voyage en quelque sorte triomphal dans l'est de la France, s'était exprimé à son tour dans les termes les plus obligeants sur le compte du général. Mais ces déférences particulières, dominées par d'incurables dissentiments politiques, ne pouvaient amener aucun résultat. Le fatal retrait des lois départementale et communale fit évanouir la dernière espérance de conciliation, et le ministère Martignac, brouillé sans retour avec la gauche, abandonné du côté droit et de la cour, plein du pressentiment de formidables orages, mais impuissant à les conjurer, emporta dans sa retraite, en retour des embarras qu'il léguait à la couronne, le stérile avantage d'avoir été le cabinet le moins impopulaire de la restauration.[réf. souhaitée]
  62. Pénétré et presque triomphant de l'inutilité des concessions qu'on lui avait en quelque sorte arrachées, il appela à la tête du nouveau conseil un patricien justement recommandable par la fidélité éprouvée de ses sentiments monarchiques, mais dont le nom était frappé de cette longue et irrémédiable impopularité qui rend tout difficile à l'homme d'État. Le parti libéral regarda comme un éclatant défi, et fit ouïr d'amères imprécations.[réf. souhaitée]
  63. Berceau de la révolution de 1789
  64. Cinq cents cavaliers, plus de mille piétons et un grand nombre de voitures allèrent à sa rencontre jusqu'aux limites du département (Voyage du général La Fayette en 1829, par M. Morin). M. Prunelle harangua le général, qui, dans sa réponse fière et presque menaçant, se félicita « d'avoir reconnu partout sur son passage cette fermeté calme et presque dédaigneuse d'un grand peuple qui connaissait ses droits, qui sentait sa force et serait fidèle à ses devoirs. »
  65. Il assista le lendemain à une fête brillante sur l'île Barbe, et le jour suivant à un banquet que lui offrit la ville de Lyon, et où la santé du roi fut portée pourra première fois depuis le commencement de cette tournée patriotique. À son départ, le 8 septembre, il fut accompagné jusqu'à deux lieues de la ville par une escorte de jeunes cavaliers. Ces audacieuses ovations, dont le gouvernement fut plusieurs fois, dit-on, sur le point de troubler le cours par une résolution hardie, propagèrent l'esprit de défiance et de sédition sur tous les points de la France.[réf. souhaitée]
  66. La Révolution de 1830 et le véritable parti républicain, par A.. Fabre
  67. La situation, cependant, était loin d'être désespérée. Le parti le plus logique et le plus sage était de dissoudre à la fois la chambre et le ministère, et d'en appeler aux électeurs.[réf. souhaitée]
  68. Les élections, faites sous l'influence de l'irritation populaire, ramenèrent une opposition plus ombreuse et plus animée. De cette situation violente sortirent les ordonnances dit 28 juillet, moyen fatal et désespéré de dégager la royauté imprudemment acculée dans ses derniers retranchements, mais qui prit facilement la couleur d'un odieux parjure aux yeux d'une population hostile et prévenue.[réf. souhaitée]
  69. M. de Nouvion, Histoire du règne de Louis-Philippe , t. 1, p. 185. - Louis Blanc, Histoire de dix ans, t. 1, p. 255.
  70. Il fut compris dans l'ordre d'arrestation tardivement décerné par le ministère contre les chefs présumés de la rébellion ; mais la rapidité de ses progrès n'en permit pas l'exécution.[réf. souhaitée]
  71. Les députés se réunirent en grand nombre chez Laffitte, et La Fayette, porté par un vote unanime à la tête de la garde nationale, se mit aussitôt en marche, suivi d'un nombreux cortège pour aller recevoir de nouveau, à l'hôtel de ville ; après trente-neuf-ans d'interruption, ce commandement auquel se rattachaient tous ses souvenirs et ses affections.[réf. souhaitée]
  72. Dès lors il se trouva investi de la plus haute influence peut-être que jamais citoyen ait exercée en aucun pays.[réf. souhaitée]
  73. Sommation qui, disons-le pour l'honneur militaire, demeura sans effet[réf. souhaitée]
  74. C'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie, lui dit le général avec enthousiasme ; vous me voyez entouré d'amis qui étaient las comme moi du despotisme des quinze dernières années (Chronique de Juillet par M. Rozet.). Permettez que nous prenions tous ensemble connaissance de votre message.[réf. souhaitée]
  75. Mais à peine eut-il commencé la communication dont il s'était chargé qu'il fut interrompu par les exclamations répétées : « II est trop tard ! il est trop tard ! Charles X a cessé de régner ; le peuple a acquis par son sang le droit de se choisir un autre souverain ! » Malgré cette réponse si péremptoire de la commission, le général, dont la mesure et la politesse ne s'étaient pas un instant démenties, crut devoir rendre hommage à son principe favori en faisant connaître la mission de M. de Sussy au peuple qui se pressait dans l'intérieur de l'hôtel de ville. Il passa à cet effet dans la grande salle, et, après avoir réclamé le silence, il se mit en devoir de donner lecture des dernières ordonnances de Charles X. Mais à ce nom seul un cri de réprobation se fit entendre sur tous les points de la salle.[réf. souhaitée]
  76. « Vous le voyez, il faut vous résigner ; c'est fini des Bourbons ! »[réf. souhaitée]
  77. Qui se terminait ainsi : Toute réconciliation est impossible, et la famille royale a cessé de régner[réf. souhaitée]
  78. Fils de l'ennemi personnel du général, ce prince ne se recommandait à son suffrage par aucune prédilection particulière ; mais ses partisans se mirent activement à l'œuvre. Ils firent valoir l'origine révolutionnaire du prince, ses antécédents patriotiques, alors assez mal connus, ses vertus de famille, son opposition permanente au système de la restauration.[réf. souhaitée]
  79. Louis-Philippe et la contre-révolution de 1830, par Sarrans, t. 2.
  80. M. Rives, ministre américain à Paris, étant venu le visiter à l'hôtel de ville : Que vont dire nos amis des États-Unis, s'écria La Fayette en s'avançant vers lui avec empressement, s'ils apprennent que nous avons proclamé la république en France? - Ils diront, répondit froidement M. Rives, que quarante ans d'expérience ont été perdus pour les Français. »[réf. souhaitée]
  81. Charles X, dans une audience qu'il donnait à M. de Ségur en 1829, lui dit: « M. de La Fayette est un être complet; je ne connais que deux hommes qui aient toujours professé les mêmes principes: c'est moi et M. de La Fayette, lui comme défenseur de la liberté, moi comme roi de l'aristocratie. » Puis, en parlant de la journée du 6 octobre 1789: « Des préventions à jamais déplorables firent qu'on refusa ses avis et ses services. » Cloquet, 109.
  82. Nous reproduisons ici le langage textuel de La Fayette et le seul avoué par lui. Les mots tant répétés : Voilà la meilleure des républiques ! appartiennent au rapport adressé par la commission municipale au nouveau roi quelques jours après son avènement (Moniteur du 4 septembre 1830), et ont été mal à propos attribués au général..
  83. La chambre, dans la discussion du projet de loi sur la garde nationale, adopta, avec le concours du ministère, un amendement qui interdisait à toute personne de commander les gardes nationales d'un département entier. Cette résolution impliquait nécessairement la déchéance dé La Fayette. Quelques députés s'efforcèrent vainement de la faire modifier : leurs propositions furent repoussées[réf. souhaitée]
  84. cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2002, p. 638
  85. cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 639
  86. «Nous sommes, disait La Fayette, comme deux gentlemen qui se sont donnés un démenti mutuel :- les circonstances ne nous permettent pas d'aller au bois de Boulogne, mais elles nous empêchent de nous faire des visites. »[réf. souhaitée]
  87. cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 2002, p. 723
  88. Mémorial de Sainte-Hélène.
  89. Mémoires d'Outre-tombe, XI, p. 369.
  90. Considérations sur la Révolution française, 2e part., ch. 3.
  91. ↑ a  b  c  d  e  f  Laurent Zecchini, « La Fayette, voilà tes maires ! », dans Le Monde du 28-12-2007, mise en ligne le 27-12-2007, [lire en ligne]


  • Révolution américaine
  • Association Hermione-La Fayette




  • Mémoires historiques, et pièces authentiques sur M. De La Fayette, pour servir à l'histoire des révolutions. par Bérenger LP, Paris 1790
  • Mémoires pour servir à son histoire, par Regnault-Varin, 1824, 2 vol. in-8°
  • Histoire du général La Fayette (traduction). Paris, 1825
  • Voyage du général La Fayette aux États-Unis. Paris, 1826
  • Lafayette en Amérique en 1824 et en 1825, par A. Levasseur, 1826, 2 vol. carte EU in-8°
  • Mémoires du comte de M***_ (Pontgibaud). Paris, 1828
  • Le général Lafayette, mémoires authentiques, par A. Châteauneuf, Paris, 1831, in-8°
  • Histoire complète de la vie civile, politique et militaire, du général Lafayette, contenant de longs développements sur la révolution de 89, Par M. B. Bécherand, J.. Paris, 1831
  • La Fayette en Amérique, par M. Regnault-Varin. Paris, 1832
  • Lafayette et la Révolution de 1830, par Sarrans jeune, 1834, 2-vol. in-8°
  • Souvenirs sur la vie privée du général La Fayette, par Jules Cloquet. Paris, 1836 in-8°
  • Le portrait que Rivarol a tracé de Lafayette dans son pamphlet intitulé Vie politique, fuite et capture de M. de Lafayette, est une des productions les plus piquantes et les plus satiriques de cet écrivain.
  • La famille du général a publié en 1837 et 1838, ses Mémoires et ses manuscrits, 6 vol. in-8°. M. de Gorcelles, petit-gendre du général, a accompagné cette intéressante collection de notes qui se recommandent par le ton de vérité et de modération sur lequel elles sont généralement écrites. Parmi les morceaux originaux dont elle se compose, on distingue surtout la lettre de Lafayette au bailli de Ploën sur la révolution de 1789, celle qu'il écrivit à M. de Latour-Maubourg à l'occasion de la mort de sa femme, une foule de confidences curieuses sur les événements remarquables auxquels il a pris part, et sous ce titre : Mes rapports avec le premier consul, un aperçu plein de finesse et d'élévations sur le caractère politique et militaire de Napoléon Bonaparte.
  • Discours de Lafayette pour la Polognie (Pologne). Introduction d'Armand Levy sur les devoirs de la France envers la Pologne. Mickiewicz Ladislas. 1864
  • Lafayette en Amérique et en France. Par Privat Joseph Claramond comte Pelet de la Lozère, Paris, 1867


  • Arnaud Chaffanjon, La Fayette et sa descendance, Berger Levraud, 1976.
  • Robert Legrand, La Guerre d'indépendance américaine et La Fayette, imprimerie F.Paillard, Abeville, 2006.
  • Philippe Olivier, Bibliographie des travaux relatifs à Gilbert Du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834) et à Adrienne de Noailles, marquise de Lafayette (1759-1807), Institut d'études du Massif-central, Clermont-Ferrand, 1979.
  • Pascal Payen-Appenzeller, Hommage de l'Amérique au Général Lafayette, Yvelinédition, Paris, 2008
  • François Ribadeau Dumas, La destinée secrète de La Fayette ou le messianisme révolutionnaire, édition Robert Laffont, Paris, 1972
  • Gonzague Saint Bris, La Fayette, Éditions Télémaque, Paris, 2006.
  • Bernard Vincent, La Fayette et la guerre d'Indépendance, neuf lettres inédites, Université d'Orléans, 2004.


  • « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail édition](Wikisource)
  • « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition, 1843-1865 [détail édition]
  • Thomas Balch, Les Français en Amérique pendant la guerre de l'Indépendance des Etats-Unis 1777-1783, 1872 [détail édition]




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