Biographie de Jean Jaurès

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Jean Jaurès, de son nom d'état civil Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès, est un homme politique socialiste français, né à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859 et mort assassiné à Paris le 31 juillet 1914.





Jean Jaurès est né en 1859 dans une famille de la petite bourgeoisie du Tarn (avec en son sein quelques brillantes carrières comme celle de Benjamin Jaurès, amiral et ministre de la marine en 1889). Son pére, Jules Jaurès, est négociant[1] . Sa mére, Adélaïde Barbaza, s'occupe de l'éducation des deux enfants du couple : Jean l'aîné, et Louis qui deviendra amiral et député républicain-socialiste.

Brillant élève, Jean Jaurès fait ses études au lycée Louis-le-Grand. En 1878, il est reçu premier à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en philosophie, devant Henri Bergson. En 1881, il termine troisième à l'agrégation de philosophie .

Devenu professeur, Jaurès enseigne tout d'abord au lycée Lapérouse d'Albi, puis rejoint Toulouse en 1882 pour exercer comme maître de conférences à la faculté des Lettres. Il donne également un cours de psychologie au lycée de jeunes filles de cette même ville.

Il se marie en 1886 avec Louise Bois avec qui il eut deux enfants (Madeleine et Louis).





Jean Jaurès, formé intellectuellement durant la difficile naissance de la Troisième République, entre en politique à 25 ans comme simple candidat républicain aux élections législatives de 1885. Élu[2], il siège à l'assemblée nationale parmi les républicains « opportunistes » où il soutient le plus souvent Jules Ferry. En 1889, Jean Jaurès n'est pas réélu.



Privé de son mandat de député en 1889, Jean Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale De la réalité du monde sensible et sa thèse secondaire en latin, "Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel[3]". Jean Jaurès continue également son activité politique. À partir de 1887, il collabore au journal Dépêche du Midi de tendance radicale. Il devient conseiller municipal sur les listes radicales-socialistes, puis maire adjoint à l’instruction publique de Toulouse (1890-1893). Ses travaux intellectuels, son expérience d'élu local, sa découverte des milieux ouvriers et des militants socialistes, l’orientent vers le socialisme. Cette évolution s’achève avec la grève des mineurs de Carmaux.






En 1892, quand éclate la grande grève des mineurs de Carmaux, Jean Jaurès est à l'écart de la vie politique nationale L'origine du conflit est le licenciement par "La compagnie des mines", dirigée par le baron Reille, (l'homme fort de la droite tarnaise), et par son gendre le marquis de Solages ( député de la circonscription) d'un de ses ouvriers, le leader syndical et socialiste, ouvrier mineur, Jean-Baptiste Calvignac qui venait d'être élu maire de Carmaux le 15 mai 1892. Le prétexte motivant le licenciement était les absences de Jean-Baptiste Calvignac provoquées par ses obligations d'élu municipal. Ce licenciement fut considéré par les mineurs comme une remise en cause du suffrage universel et des droits réels de la classe ouvrière à s'exprimer en politique.

Les ouvriers se mettent en grève pour défendre "leur" maire. Les autorités républicaines envoient l'armée (1500 soldats) au nom de la « liberté du travail ». En plein scandale de Panamá, la République semble ainsi prendre le parti du patronat monarchiste contre les grévistes.

Dans ses articles à la Dépêche, Jean Jaurès soutient cette grève des mineurs de Carmaux. Il accuse la République d'être aux mains de députés et ministres capitalistes favorisant la finance et l'industrie sur le respect des personnes Durant cette grève, il fait l'apprentissage de la lutte des classes et du socialisme. Arrivé intellectuel bourgeois, républicain social, Jean Jaurès sort de la grève de Carmaux acquis au socialisme.

Sous la pression de la grève et de Jaurès, le gouvernement arbitre le différend marquis de Solages-Calvignac au profit de l'ouvrier Calvignac. Solages démissionne de son siège de député. Jaurès est alors désigné par les ouvriers du bassin pour les représenter à la Chambre. Il est élu le 8 janvier 1893 comme socialiste indépendant malgré les votes ruraux de la circonscription.



Désormais, Jean Jaurès représente à la chambre des députés les mineurs de Carmaux. Il milite avec ardeur contre les lois scélérates. Surtout, Jaurès se lance dans l'incessante et résolue défense des ouvriers en lutte. Il défend les verriers de Carmaux, renvoyés par leur patron Rességuier. Il participe à la fondation de la fameuse Verrerie ouvrière d'Albi, premier grand exemple d'entreprise coopérative. Dans le Languedoc viticole, il visite les « vignerons libres de Maraussan » qui créent la première cave coopérative. En 1898, il est battu par le marquis de Solages et perd donc son mandat de député.





Au début de l'affaire Dreyfus, Jaurès est convaincu de la culpabilité du capitaine Dreyfus. Jaurès utilise même la sentence de déportation, qu'il juge clémente, pour dénoncer l'incohérence de la justice militaire dans un discours à l'assemblée[4]. Face à la campagne de révision, Jaurès reste donc au départ en retrait. Mais, en 1898, Jean Jaurès est convaincu de l'innocence de Dreyfus par le J'accuse de Zola et par ses conversations avec la jeune promotion normalienne (en particulier Lucien Herr) et avec des militants allemanistes qu'il estime.

Jean Jaurès s'engage alors avec passion dans la défense de Dreyfus. Pour lui, l'affaire est non seulement un problème de justice individuelle, mais surtout de respect de l'humanité elle-même. En effet, elle pose le problème du mensonge et de l’arbitraire des grandes institutions, notamment de l'armée qui entend avoir une "justice" séparée. En outre, elle est utilisée par les droites catholique et nationaliste pour renverser la République[5],[6]. Il s'oppose alors à certains « marxistes orthodoxes », dont Jules Guesde pour qui Dreyfus est un officier bourgeois dont la défense ne serait pas prioritaire (le souvenir de la répression sanglante de la Commune de Paris, et d'autres révoltes ouvrières, est pour beaucoup dans la défiance des militants ouvriers envers la cause d'un officier).

Mais pour Jaurès, l'accablement de malheurs et d'injustices dont Dreyfus est victime gomme les différences de classe. Dreyfus n'est plus un privilégié ou un exploiteur : il est un homme qui souffre injustement.

Avec l'affaire Dreyfus, Jaurès devient un homme politique à l'influence nationale.



Battu aux élections de 1898 (l'installation de la Verrerie ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès se consacre au journalisme et devient co-directeur directeur de La petite république un journal socialiste républicain. C'est dans les colonnes de ce journal qu'il publie Les preuves relatives à l’affaire Dreyfus. Par ses articles, il soutient le gouvernement Waldeck Rousseau de Défense républicaine, qui associe à son action, pour la première fois dans l'histoire de la République, un socialiste, Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l’industrie. Parallèlement, il dirige une Histoire socialiste de la France contemporaine (Éditions Rouff) pour laquelle il rédige les volumes consacrés à la Révolution française (1901-1903).

En 1902, Jean Jaurès participe à la fondation du Parti socialiste français. La même année, il parvient à reconquérir le siège de député de Carmaux (siège qu'il conservera jusqu'à sa mort; réelection en 1906, 1910 et 1914). Le talent d'orateur de Jaurès lui permet de devenir le porte-parole du petit groupe socialiste de l’Assemblée nationale.

Jaurès et son Parti socialiste français s'engagent nettement en faveur du Bloc des gauches et du gouvernement Combes (1902-1905). Jaurès participe à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l’État (décembre 1905). Cependant, Jaurès et les socialistes sont déçus par la lenteur des réformes sociales. Le dynamisme du Bloc des gauches s'épuise. Jaurès, vice-président de la chambre en 1902, n'est pas réélu à cette fonction en 1904.



En 1904, Jaurès fonde le quotidien L'Humanité qu'il dirigera jusqu'à sa mort. Jaurès sous-titre son jounal "quotidien socialiste" et l'utilise pour accélérer l'unité socialiste. Celle-ci est réalisée sous pression de la Deuxième Internationale au Congrès du Globe (avril 1905) avec la création de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), unifiant les différentes sensibilités socialistes de France.

Jaurès partage la direction de la SFIO avec le marxiste Jules Guesde. Pour l'unité, Jaurès a accepté la thése de la lutte des classes et l'abandon du soutien au gouvernement. Mais, il a obtenu des guesdistes l'insertion de la SFIO dans la démocratie représentative. Dirigeant politique important, il engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la CGT. En 1914, la SFIO rassemble 17% des voix et obtient 101 sièges de députés.



Jaurès lutte contre la guerre les dix dernières années de sa vie. Il est très préoccupé et inquiet face à la montée des nationalismes et par les rivalités entre les grandes puissances (surtout pendant les guerres balkaniques en 1912-1913). En 1910, il rédige une proposition de loi consacrée à l’armée nouvelle dans laquelle il préconise une organisation de la Défense nationale fondée sur la préparation militaire de l’ensemble de la Nation. Il mène une vigoureuse campagne contre la Loi des trois ans de service militaire, défendue ardemment par le député Émile Driant. La loi est votée en 1913 malgré le rassemblement du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913 où Jaurès fait un discours de 150 000 personnes.

L'année 1914 semble relancer les espoirs de paix : la guerre dans les Balkans est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 et l'ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914 relance les tensions entre les grandes puissances.

Jaurès tente d’infléchir dans un sens favorable à la paix, la politique gouvernementale. Il rappelle le mot d'ordre de grève générale décidé par l'Internationale ouvrière en cas de déclenchement de la guerre.



Le pacifisme de Jaurès le fait haïr par les nationalistes. Le 31 juillet 1914, sortant de son travail à L'Humanité, Jaurès se rend au bar du Croissant où il est assassiné par Raoul Villain, un étudiant nationaliste.

Cet assassinat atteint son but, car il facilite le ralliement de la gauche, y compris beaucoup de socialistes qui hésitaient, à l'« Union sacrée ». La grève générale n'est pas déclarée.

Le 29 mars 1919, le meurtrier Raoul Villain de Jaurès sera acquitté dans un contexte de fort nationalisme.



Le socialisme de Jean Jaurès mêle le marxisme, aux traditions révolutionnaires et républicaines françaises. Le socialisme de Jaurès est souvent qualifié d'«humaniste» avec ses références constantes à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et à la Révolution française dont il fut l'historien.

Jaurès retient du marxisme l'idée du danger de la concentration capitaliste, la théorie de la valeur et la nécessité de l'unité du prolétariat. Jaurès est évidemment favorable à des lois de protection sociale. Il souhaite aussi une collectivisation volontaire et est attentif aux mouvements coopératifs (Verrerie ouvrière d'Albi).

Il conçoit le passage au socialisme dans le cadre de la République parlementaire. Attaché aux traditions républicaines françaises, il n'est cependant pas centralisateur (comme le montre ses idées d'enseignement des langues régionales[7],





En 1917, Léon Trotski écrit un éloge de Jean Jaurès qu'il conclut par ces mots : « Jaurès, athlète de l'idée, tomba sur l'arène en combattant le plus terrible fléau de l'humanité et du genre humain : la guerre. Et il restera dans la mémoire de la postérité comme le précurseur, le prototype de l'homme supérieur qui doit naître des souffrances et des chutes, des espoirs et de la lutte. »[8]

À l'issue de la « Grande Guerre » et de ses massacres, de nombreuses communes françaises baptisent des rues et des places en l'honneur de celui qui fut un grand défenseur de la paix. Deux stations du métro de Paris (Jaurès et Boulogne — Jean Jaurès) portent aussi son nom : la première fut ainsi en urgence baptiser dés le 1er août 1914 en remplacement du nom rue d'Allemagne. De nombreuses écoles et de nombreux collèges et lycées portent également son nom.

En 1924, la décision du transfert de la dépouille de Jean Jaurès au Panthéon est l'occasion pour le gouvernement du Cartel des Gauches qui vient d'être élu de se donner un ancrage symbolique tout en rendant hommage à celui qui a tenté d'empêcher la guerre. Le dimanche 23 novembre 1924, sa dépouille est conduite au Panthéon lors d'une grandiose cérémonie à laquelle participent les mouvements politiques de gauche, excepté le Parti communiste français, exclu de la cérémonie officielle, qui organise sa propre manifestation et proteste contre la "récupération" de Jaurès.

Le 21 mai 1981, François Mitterrand, nouvellement élu Président de la République se rend au Panthéon et s'incline devant la tombe de Jaurès, puis de Victor Schoelcher et de Jean Moulin. Le Parti socialiste a choisi d'appeler sa fondation politique, la Fondation Jean-Jaurès.



La chanson de Jacques Brel intitulée Jaurès (1977), reprise par la suite par Manu Dibango puis par Zebda et Erik Marchand, rappelle à quel point l'homme politique était devenu une figure mythique des classes populaires. En 2005, un téléfilm lui est consacré : Jaurès, naissance d'un géant, de Jean-Daniel Verhaeghe avec notamment Philippe Torreton et Valérie Kaprisky.



Aujourd'hui, la mémoire de Jaurès ne suscite que peu de rejet. Cependant, dans les années qui ont suivi sa mort, la mémoire de Jaurès fut poursuivi par la haine de la droite nationaliste (contremanifestation lors de son entrée au Panthéon). Jaurès fut aussi parfois critiqué comme trop réformiste par une partie de la Gauche révolutionnaire [9].



  • Les Preuves (1898, sur l'Affaire Dreyfus)
  • Études socialistes
  • Vers la république sociale
  • Histoire socialiste de la Révolution française
  • Préface à “L’Application du système collectiviste” de L. Deslinières (1898)
  • Les Deux Méthodes (1900)
  • Comment se réalisera le socialisme ? (1901)
  • Notre but (1904)
  • La Révolution russe (1905)
  • L’Alliance des peuples
  • Conflit élargi (1912)
  • L'Armée Nouvelle (1910)
  • Discours de Vaise (1914)
  • Le discours à la jeunesse' (1904)
  • Louis XVI (Tallandier, 2005) : extraits de l'Histoire socialiste de la Révolution française ; édition présentée par Max Gallo et mise au point par Lorraine de Plunkett


Voir aussi sur Wikiquote les citations «  Jean Jaurès ».
Articles connexes
  • Mythes de Jeanne d'Arc (pour les positions de Jean Jaurès vis-à-vis des récupérations politiques du mythe de Jeanne d'Arc)
  • Fondation Jean-Jaurès
Liens externes
Bibliographie
  • Henri Guillemin, L'arrière-pensée de Jaurès, Paris, Gallimard, 1966, 234 pages
  • François Fonvieille-Alquier, Ils ont tué Jaurès !, Paris, R. Laffont, 1968
  • Harvey Goldberg, Jean Jaurès, la biographie du fondateur du parti socialiste français Trad. de l'anglais par Pierre Martory, Paris, Fayard, 1970
  • Max Gallo, Le grand Jaurès, Paris, Robert Laffont, 1984
  • Jean Sagnes, Jean Jaurès et le Languedoc viticole, Presses du Languedoc/Max Chaleil Éditeur, 1988
  • Madeleine Rebérioux, Jaurès : la parole et l'acte, Gallimard, 1994
  • Jean Jaurès, Pour la Laïque, Éditions Le Bord de l'eau, coll. Bibliothèque républicaine, (2006) (ISBN 2911803868)
  • Jean-Pierre Rioux, Jean Jaurès, Paris, Perrin, 2005, 326 pages
Filmographie
  • Jaurès, naissance d'un géant, téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe en 2005, avec Philippe Torreton dans le rôle de Jaurès


  1. Jules Jaurès est dit fabricant sur son acte de mariage, négociant sur l'acte de naissance de Jean, et propriétaire sur celui de Louis (Archives Départementales du Tarn)
  2. Il est élu parmi 6 candidats en lice, avec 48 067 voix sur 93 932 votants (51%)
  3. En latin
  4. Discours du 24 décembre 1894; voir l'article des études jaurésiennes sur Jaurès et l'antisémitisme
  5. Paul Seff, De l'affaire Dreyfus au Front National : radiographie d'une idéologie fasciste à la française, Conférence du Grep-mp, Parcours 19-20, 8 décembre 1998 : « [L'affaire Dreyfus] sera le signal de l’entrée en force de l’extrême-droite dans l’arène politique : orchestré par la majeure partie du clergé catholique, par la presse catholique soutenant le parti de la restauration monarchiste, l’extrême-droite déchaîne une campagne anti-républicaine, anti-parlementaire et antisémite d’une violence qui étonne encore les historiens d’aujourd’hui » en ligne sur le site du Grep
  6. Jean-Jacques Becker, Stéphane Audoin-Rouzeau, La France, la nation, la guerre, 1850-1920, éd.Sedes, 1995, notice sur le site CRDP de l’académie d’Amiens, cf note n°5
  7. En 1911, Jaurès acquiert la conviction que les langues régionales doivent être enseignées dans les écoles ce qu'il propose dans deux articles (« L'éducation populaire et les "patois" », La Dépêche, 15 août 1911 et «Méthode comparée», Revue de l’enseignement primaire, 15 octobre 1911 [1]. Il il propose de s'appuyer sur les connaissances linguistiques des enfants occitans, basques et bretons pour comparer les langues régionales au français et ainsi développer leur jugement, leur raisonnement.
  8. Article de 1917 traduit en français dans le Bulletin communiste (organe de la SFIC), n⁰47, 22 novembre 1923 (réédité dans les Cahiers du mouvement ouvrier, n⁰23, 2004).
  9. à l'instar de Charles Rappoport Le discours de Jaurès, 1903 [2]

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Biographie relatives