Biographie de John Ford (cinéma)

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John Martin Feeney dit John Ford, né le 1er février 1894 à Cape Elizabeth près de Portland (Maine) et mort le 31 août 1973 à Palm Desert (Californie), est un réalisateur et producteur de cinéma américain, quatre fois lauréat de l'Oscar du meilleur réalisateur (seul cinéaste à avoir réussi le quadruplet).

John Ford est considéré comme l'un des réalisateurs les plus importants de la période classique d'Hollywood (de la fin des années 1920 à la fin des années 1960). De tous les grands cinéastes américains il est celui dont l'influence est la plus considérable. Sa carrière embrasse celle des studios puisqu'il arrive à Hollywood au moment où et les grandes majors se mettent en place et réalise son dernier film alors que ces majors commencent à être dirigées par des financiers. Ford fut admiré et respecté par les grands patrons d'Hollywood dont il fut souvent l'ami : il tournait vite et respectait les budgets. Malgré cela, il se considérait comme un salarié surpayé par ces studios pour faire des films dénués de son style afin de ne pas perturber les affaires de ses employeurs[1].
Il fut l'un des réalisateurs effectuant le moins de prises par plan (ratio de 2,5), cela lui permettant de garder la mainmise sur le montage des films, les prises alternatives n'existant tout simplement pas. «Nous devons à John Ford le droit accordé au metteur en scène de superviser le montage» reconnaît Fred Zinnemann. Ford mit sa notoriété au service du syndicat des metteurs en scène américains dont il fut l'un des dirigeants les plus actifs. Sa fidélité tout au long de sa carrière, envers sa famille d'acteurs, de techniciens et de scénaristes, dont beaucoup étaient originaires, comme ses parents, d'Irlande, est remarquable.

Si son œuvre est surtout reconnue pour ses westerns, genre qui ne représente pourtant qu'une partie de sa filmographie, Ford est avant tout le cinéaste de l'Amérique des simples gens, des pionniers, des fermiers, des émigrants, des ouvriers, des militaires obscurs, des indiens, des personnages tendres, dignes et généreux animés d'un sens aigu de la justice... L'abondance de personnages pittoresques dans les seconds rôles permet à Ford d'embrasser avec beaucoup de réalisme et d'humour la diversité du genre humain. De même Ford est considéré comme le cinéaste des grands espaces aux paysages grandioses et sauvages. Les films de Ford sont également fortement imprégnés par sa foi catholique. Patriote (Officier de réserve de l'US Navy, lors de la Seconde Guerre mondiale, plus tard contre-amiral et enfin amiral à titre honorifique), il vouait une grande admiration et un grand respect à cette Amérique qui avait accueilli ses ancêtres, en premier lieu son père, un catholique irlandais. Ford a parfois été considéré par certains comme un cinéaste réactionnaire et raciste. Mais ses films (il fut notamment l'un des premiers réalisateurs à traiter dans ses films les indiens avec respect et humanité, comme dans La Prisonnière du désert, Les Deux Cavaliers, Les Cheyennes, sans oublier d'évoquer la ségrégation raciale avec Le Sergent noir, son soutien aux Républicains espagnols, son combat contre le nazisme et le maccarthysme et ses réserves lors de la Guerre de Corée et du Viêt Nam montrent plutôt un cinéaste profondément démocrate et épris de liberté.

Notre connaissance de son œuvre souffre de la disparition de la quasi totalité de ses premiers films, soit un tiers de sa filmographie.





John Martin Feeney est né dans une famille d'immigrants irlandais. Son père est originaire de Spiddal dans le comté de Galway et sa mère, des îles d'Aran. John Martin est le dernier d'une famille de 11 enfants — dont 3 sont morts à la naissance, et deux en bas-âge, de maladies. Après avoir été pêcheur et fermier, son père immigre aux États-Unis en 1872 et, naturalisé américain en 1878 ou 1880, il ouvre à Portland en 1897 un speakeasy où se rassemble la communauté irlandaise de la ville.

En 1909, son frère Frank T. Feeney part pour la Californie avec Gaston Méliès (le frère de Georges). Il y deviendra Francis Ford, acteur et réalisateur de serials pour les studios Universal.

John, durant sa scolarité, se passionne pour l'histoire et s'avère un excellent joueur de basket-ball et de football. Il gagne un peu d'argent de poche comme ouvreur au Jefferson Theatre de Portland et peut ainsi voir les grands acteurs du moment comme par exemple : Ethel Barrymore ou les Wild West Shows.



En 1914, John Martin s'inscrit à l'université du Maine mais il n'y entrera jamais. Car cet été-là, son frère Francis revient à la maison et parle d'Hollywood. John Martin décide alors de lui emboîter le pas. En juillet, il débarque à Hollywood et devient son homme à tout faire. C'est l'occasion pour lui de découvrir les métiers du cinéma sur les films que son frère interprète et réalise pour les studios Universal. Il adopte le même pseudonyme et apparaît aux génériques sous le nom de Jack Ford. En 1915, il interprète également des petits rôles dans les films de son frère dont il devient l'assistant-réalisateur. Il affirme avoir joué l'un des membres cagoulés du Ku Klux Klan dans Naissance d'une nation de D. W. Griffith : "J'étais celui qui avait des lunettes. Je tenais ma cagoule relevée d'une main parce que ce putain de truc n'arrêtait pas de glisser devant mes lunettes."[2].

A partir de 1916, il est engagé par les studios Universal comme assistant-réalisateur. Il assiste des réalisateurs sous contrat dont Allan Dwan et commence à diriger les scènes de figurants tandis que son frère Francis, lui, quitte Universal pour fonder son propre studio. Alors qu'il n'est qu'accessoiriste et pendant une visite de Carl Laemmle dans les studios, il se voit confier par hasard sa première réalisation, remplaçant au pied levé un réalisateur absent. Le film s'intitule The Tornado et sort le 3 mars 1917. Il signe son premier contrat de réalisateur avec Universal pour 125 dollars par semaine et devient le réalisateur attitré des westerns avec l'acteur Harry Carey. Ils tourneront ensemble 25 films avant de se brouiller en 1919. À cette date, il gagne 300 dollars par semaine et acquiert la stature d'un réalisateur important à Hollywood.

Il rencontre en 1920 Mary McBryde Smith d'origine irlandaise et écossaise avec laquelle il se marie. Elle est issue d'une famille d'officiers, descendante du politicien Thomas More. Elle est divorcée et, de ce fait, le couple ne pourra se marier religieusement qu'en 1941, au décès du conjoint. Ils auront deux enfants : Patrick Michael né en 1921 et Barbara née en 1922. Patrick deviendra après plusieurs petits métiers, assistant-réalisateur et producteur de films de série Z, et Barbara monteuse.

La plupart des films muets réalisés pour Universal sont aujourd'hui perdus. Il n'en reste que trois : Le Ranch Diavolo (Straight Shooting) réalisé en 1917 qui est son premier long métrage, A l'assaut du boulevard (Bucking Broadway) de 1917 récemment retrouvé, et Du Sang dans la prairie (Hell Bent) réalisé en 1919. Dans ces trois films interprétés par Harry Carey, on retrouve déjà les caractéristiques des grands westerns de Ford : sa manière d'intégrer les personnages dans des décors naturels sublimes, des personnages féminins consistants qui sont l'égal des hommes.

En décembre 1920, John Ford est débauché par la Fox de William Fox.



Les films réalisés par Ford au début des années 1920 ont aussi, pour une grande partie d'entre eux, disparu. Il ne reste que Just Pals (1920) qui est le premier film que l'auteur réalise pour le compte de la Fox et Cameo Kirby (1923) avec John Gilbert qu'il signe "John Ford" pour la première fois, à la place de "Jack Ford", son précédent pseudonyme.

En 1921, Ford entreprend un long voyage en Europe. Il rencontre la branche familiale restée en Irlande dont un cousin membre de l'IRA. Il est présenté à l'indépendantiste irlandais Michael Collins.

Ford gagne maintenant 600 dollars par semaine et se voit confier en 1924 la réalisation du Cheval de fer, production pharaonique de la Fox. En 1926, toujours pour la Fox, il réalise Trois sublimes canailles (Three Bad Men) avec George O'Brien, Tom Santschi, Olive Borden, J.Farell McDonald et Louis Tellegen. En 1927, il se rend en Allemagne pour le tournage des Quatre Fils (Four Sons) et découvre à cette occasion le cinéma expressionniste. Ce film est le plus grand succès public de la carrière muette de Ford. Il réutilisera une photo au style volontairement expressioniste en 1928 dans La Maison du bourreau (Hangman's House). En 1927 il est élu à la tête de la Motion Pictures Directors Association.



Le premier film entièrement parlant de Ford est Napoleon's Barber (aujourd'hui perdu). Fait inédit à l'époque depuis l'apparition du parlant, et en dépit de la réticence des studios, les prises de son sont faites en extérieur. Dans les premiers films parlants que Ford réalise pour la Fox, la direction des scènes dialoguées est confiée à des metteurs en scène de théâtre et sont peu inspirées. Ford laisse néanmoins éclater son talent de metteur en scène dans les scènes d'action.

En 1928, il signe avec la Fox un contrat de deux ans très rémunérateur : il gagne 2 500 dollars par semaine la première année et 2 750 dollars la seconde. Hommes sans femmes (Men Without Women) (1930) est la première collaboration de Ford avec le scénariste Dudley Nichols. Ford dira de lui  : « Nous étions très amis. Il adorait le cinéma. Il n'écrivait jamais de phrases ronflantes. Il écrivait un langage du quotidien, et réduisait les dialogues au minimum. C'était un homme merveilleux[3]. » Ford a trouvé un scénariste en phase avec son cinéma. En 1931, la Fox qui a perdu William Fox met fin à son contrat. Son engagement est revu à la baisse, mais il peut désormais tourner pour d'autres compagnies. Ford entame sa première cure de désintoxication alcoolique au cours d'un voyage à Honolulu.

En 1931, il réalise Arrowsmith pour le producteur Samuel Goldwyn, qui lui vaut sa première nomination aux Oscars. Pour ce film, Ford fait preuve d'une remarquable faculté d'adaptation au style des productions de Samuel Goldwyn. Son film suivant, Tête Brulée (Air Mail) de 1932, est produit par Universal. Il réalise ensuite son premier film pour la Metro-Goldwyn-Mayer : le mélodrame Une Femme survint (Flesh). Il retrouve Dudley Nichols pour La Patrouille perdue qu'il met en scène en 1934 pour la RKO avec Victor McLaglen auquel il offre un nouveau grand rôle. Lié par son contrat avec la Fox, il doit prendre en charge la réalisation du Monde en marche, grande fresque familiale qui couvre la fin du XIXe siècle et les premières décennies du XXe siècle. Bien que ce film comporte des scènes de guerre très réussies, Ford détestera ce film. Il eut plus de réussite avec Judge Priest avec Dudley Nichols au scénario et l'acteur Will Rogers qu'il avait dirigé l'année précedente dans Doctor Bull et qu'il dirigera à nouveau en 1935 dans Steamboat Round the Bend avant qu'il ne trouve la mort dans un accident d'avion. Ford admire le travail de Rogers et lui laisse une grande liberté, d'ailleurs Judge Priest est l'un de ses films préférés. Il en fera un remake en 1952 : Le Soleil brille pour tout le monde.

En 1934, Ford gagne très bien sa vie et est associé aux recettes de ses films. Il fait l'acquisition d'un yacht qu'il baptise L'Araner en hommage à l'Irlande. Il le gardera jusqu'en 1970. Il y tournera deux films et s'y rendra régulièrement pour échapper à la pression d'Hollywood ou pour travailler avec ses scénaristes. Il honore son amité avec John Wayne rencontré lors de ses débuts dans le cinéma muet (il fait quelques figurations dans les premiers films de Ford), et l'embarque pour fêter Noël tandis qu'il travaille le scénario du Mouchard avec Dudley Nichols.

En 1935, Ford fonde aux cotés de King Vidor, Lewis Milestone, William A. Wellman, Frank Borzage et Gregory La Cava la Screen Directors Guild pour remplacer la Motion Pictures Directors Association. Le Mouchard avec Victor McLaglen, qu'il réalise très rapidement pour la RKO en studio et avec un petit budget, lui permet d'aborder l'Irlande qu'il présente comme une terre de souffrance et de misère qui combat l'envahisseur britannique. Il n'y fait pas mystère de ses sympathies pour l'IRA. On découvre un Ford assez habile avec les décors de studio qu'il masque avec un épais brouillard, accentuant le côté sombre et oppressant du film. On est loin du Ford des grands espaces et du souffle épique des débuts, marqués par les grands westerns de l'ère classique. Avec ce film ténébreux, formellement proche du cinéma expressionniste et bien éloigné de son univers habituel, le cinéaste remporte paradoxalement son tout premier Oscar du meilleur réalisateur en 1936. Il n'ira cependant pas chercher son trophée suite au boycott lancé par la jeune Screen Directors Guild. Le film est un succès. Ford et Nichols se verront confier, deux ans plus tard, toujours pour la RKO, l'adaptation de la pièce de Seán O'Casey Révolte à Dublin (The Plought and the Stars) qui s'avèrera en revanche un échec financier.

Twentieth Century Pictures rachète en 1935 la Fox qui devient 20th Century Fox et dont le patron est Darryl F. Zanuck. Ford réalise en étroite collaboration avec son nouveau patron, grand admirateur d'Abraham Lincoln, Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island). L'association entre Ford et Zanuck commence par un violent affrontement au sujet de l'accent sudiste de Warner Baxter que Ford souhaite conserver. Ford est à deux doigts de claquer la porte de la 20th Century Fox mais accède finalement aux désirs de Zanuck. Par la suite une grande admiration et une estime réciproque s'installeront entre les deux hommes.

Il vit une liaison avec Katharine Hepburn qu'il dirige sur Marie Stuart (Mary of Scotland) pour la RKO en 1936. Il réalise pour un cachet important The Hurricane produit par Samuel Goldwyn.

En 1937, il adhére au Motion Picture Comittee to Aid Republican Spain qui apporte son soutien aux Républicains espagnols. Il envoie personnellement une ambulance aux brigades internationales, en Espagne. Ford est aussi très actif dans la lutte contre le nazisme. Il prend publiquement position pour réclamer le boycott de l'Allemagne nazie en 1938, et est un membre actif de l'Hollywood Anti-Nazi League. La signature du pacte germano-soviétique lui vaudra d'ailleurs de vives critiques de la part des communistes qui l'accuseront de «propagande de guerre».





Avec La Chevauchée fantastique, Ford renoue avec le western, genre qu'il n'avait pas abordé depuis 13 ans. Le western n'est alors plus en vogue ; une centaine de westerns a bien été distribuée en 1938, mais ce sont principalement des films de série B. Ford, à l'origine du projet, ne parvient cependant pas à convaincre David O. Selznick de le produire ; celui-ci n'a aucune confiance en John Wayne qui n'a tourné que dans des westerns mineurs depuis le début des années 1930. Ford s'adresse donc à Walter Wanger et United Artists. Pour la première fois, il tourne en extérieur, à Monument Valley : «j'ai été partout dans le monde mais je considère cet endroit comme le plus beau, le plus complet et le plus calme de la planète». Pour ce film qui fait l'unanimité des critiques, ce qui est encore inédit pour un western, Ford reçoit le New York Film Critic Award mais échoue aux Oscars face à Autant en emporte le vent.

Après La Chevauchée fantastique, Ford retrouve Zanuck et sa passion pour Lincoln. Il réalise l'admirable Vers sa destinée (Young Mr. Lincoln) avec Henry Fonda qui sera également l'acteur principal de ses deux films suivants : Sur la piste des Mohawks (Drums Along the Mohawk), son premier film en couleur, et Les Raisins de la colère (adapté de John Steinbeck), deuxième collaboration avec le scénariste Nunnally Johnson. Pour ce dernier film, Ford obtient en 1942, pour la seconde fois, l'Oscar du meilleur réalisateur qui passe sous le nez d'Alfred Hitchcock, de George Cukor, de William Wyler et de Sam Wood, rien de moins. L'auteur est alors au faîte de sa gloire, son talent est reconnu tant par la critique que par les professionnels du cinéma.

Il rempile avec John Wayne dans Les Hommes de la mer (The Long Voyage Home), désormais plus crédible grâce au succès de La Chevauchée fantastique, tandis que Zanuck tente de surfer sur la vague du succès des Raisins de la colère avec La Route du tabac (Tobacco Road).

Dernier film de Ford avant la guerre, Qu'elle était verte ma vallée est un immense succès public et critique. Il rafle cinq Oscars dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation, devant Citizen Kane d'Orson Welles, puis le New York Film Critics Award auquel Ford est désormais habitué.

Dès 1939, Ford a l'intuition que l'Amérique ne tardera pas à être entraînée dans la Seconde Guerre mondiale. Il est à la tête d'un groupe de cinéastes qui demandent à Franklin Roosevelt le boycott de l'Allemagne nazie et il fonde la Naval Field Photographic Unit dans le but de mettre les talents d'Hollywood au service de l'armée. En octobre 1941, celle-ci est officiellement reconnue et au moment de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, l'équipe est opérationnelle et éparpillée aux quatre coins du monde alors que les armées de terre et de l'air organisent des équipes similaires.

Durant la guerre, Ford et son unité vont parcourir les théâtres d'opérations militaires. Ils sont tout d'abord dans le Pacifique et en 1942 il y réalise pour la marine, les documentaires December 7th sur l'attaque de Pearl Harbour et La Bataille de Midway. Ces deux films remportent l'Oscar du meilleur documentaire. Au cours de la bataille de Midway le réalisateur est blessé à la hanche alors qu'il filme seul l'attaque américaine. Un petit film Torpedo Squadron dont 29 des trente membres périrent à Midway est réalisé pour les familles des victimes. En 1942, on retrouve Ford en Afrique du Nord pour couvrir le débarquement. Durant l'année 1943, il couvre de multiples opérations extérieures dont la victoire des Alliés en Birmanie dans Victory in Burma. En 1944, il filme le débarquement de Normandie sans débarquer puisqu'il reste sur un bateau pour saisir les vagues d'attaques marines successives. Il débarquera avec son équipe à Bellevue-sur-Mer. En 1945, il suit l'armée de Patton en Allemagne avant de participer à la préparation du Procès de Nuremberg en rassemblant des documents filmés pour l'accusation. Il filmera également le procès. De février à juin 1945, il tourne Les Sacrifiés (They were expendable) pour la Metro-Goldwyn-Mayer avec John Wayne et Robert Montgomery qui termina la réalisation du film, Ford s'étant cassé la jambe. Il retrouve le scénariste d'Air Mail, Frank W. Wead sur lequel il fera un film en 1957, L'aigle vole au soleil. Les Sacrifiés est curieusement le seul film de Ford (hormis la comédie (Mister Roberts) sur la Seconde Guerre mondiale, à laquelle il a pourtant participé activement. L'argent gagné avec Les Sacrifiés permet à Ford de financer en partie la construction près d'Encino d'un établissement pour recevoir gratuitement les vétérans de la Field Photo Unit, la Field Photo Farm.

Après la guerre, de retour à Hollywood, Ford reprend le chemin de Monumental Valley pour tourner La Poursuite infernale (My Darling Clementine). Il y retrouve Henry Fonda qu'il dirige à nouveau dans Dieu est mort (The Fugitive) en 1947. Dieu est mort est le premier film produit par Argosy Pictures que Ford vient de fonder avec Merian C. Cooper. Argosy produira huit films de Ford avant d'être dissoute en janvier 1956. Argosy permet à Ford de travailler en toute liberté, il dira à propos de Dieu est mort : « J'ai réalisé le film tel que je le voulais. Pour moi, il est parfait. La critique l'a apprécié, mais il n'avait évidemment pas d'attrait pour le public. Mais je suis très fier de mon travail.»



Ford retrouve rapidement le succès populaire avec Le Massacre de Fort Apache qui ouvre le Cycle de la cavalerie. C'est sa première collaboration avec Frank S. Nugent qui succède à Dudley Nichols comme scénariste attitré du réalisateur. Alors que Dieu est mort de Dudley Nichols est une œuvre animée d'une recherche formelle assez aride, l'adaptation qu'en fait John Ford, renouant avec le style de ses premiers films, lui apporte davantage de simplicité. Le passage de témoin entre deux acteurs aussi antinomiques que Fonda et Wayne, marque également une rupture dans le cinéma de Ford. Bertrand Tavernier, qui n'apprécie guère «le Ford esthète et intellectuel qu'encouragea l'influence capitale et assez pernicieuse de Dudley Nichols» écrit à ce sujet : « Les coups de théâtre y sont supplantés par des coups de cœur. Ce cinéma qui prend son temps et semble s'inventer sous nos yeux abolit cette fameuse construction en actes, credo hollywoodien, au profit d'un récit large, majestueux, tourmenté et paresseux comme le cours d'un fleuve[4] ». Comparé aux précédents films sur l'Irlande, L'Homme tranquille est l'exemple parfait de cette métamorphose même si le western apparaît comme le genre privilégié par Ford pour explorer le nouvel élan pris par son cinéma. Il tourne successivement en deux ans, de 1948 à 1950 : Le Fils du désert (Three Godfathers), La Charge héroïque (She Wore A Yellow Ribbon), Le Convoi des braves (Wagon Master), Rio Grande. Le réalisateur s'offre cependant une parenthèse avec la comédie Planqué malgré lui (When Willie Comes Marching Home).

Pendant la période sombre du maccarthisme, Ford dénonce des «méthodes dignes de la Gestapo». Il s'oppose violemment à Cecil B. DeMille qui souhaite que les membres de la Screen Directors Guild signent un serment de loyauté envers les États-Unis. Un temps, le FBI le soupçonne de sympathies communistes ; il adhère à un mouvement d'opinion très à droite pour se protéger des rumeurs. En 1950, Ford part en Corée et tourne pour la Navy un documentaire sur la Guerre de Corée, This is Korea !. Ce film est très différent de La Bataille de Midway, Ford ne met pas en avant le patriotisme et l'héroïsme américains, mais bien au contraire livre une œuvre pessimiste qui s'interroge sur le sens de cette guerre. En mars 1951, Ford qui vient d'être promu contre-amiral, demande à être mis à la retraite de la Navy et part pour l'Irlande tourner L'Homme tranquille (The Quiet Man), projet qui lui tient à cœur depuis les années trente. Le film est l'un des plus importants succès public de la Republic Pictures et permet au réalisateur d'empocher un quatrième et ultime Oscar de mise en scène en 1952.

Ford porte ensuite au cinéma une pièce qu'il avait montée en 1949, What Price Glory avant de réaliser Le Soleil brille pour tout le monde, remake de Judge Priest. En 1952, il tourne Mogambo en Afrique avec un trio de rêve (Ava Gardner, Clark Gable et Grace Kelly). Après avoir surmonté des problèmes de santé, il revient au cinéma en 1955 pour filmer en cinémascope Ce n'est qu'un au revoir (The long Gray Line). Mais son alcoolisme s'aggrave ; il souffre bientôt d'hémorragies internes et les retrouvailles avec Henry Fonda pour Permission jusqu'à l'aube (Mister Roberts) sont calamiteuses. Ford se bat avec Fonda et, trop saoûl, il est remplacé par Mervyn LeRoy. Il retrouve néanmoins tous ses moyens pour réaliser le magnifique La Prisonnière du désert (The Searchers). Argosy est dissoute en janvier mais en août 1956, Ford fonde, avec entre autres John Wayne, John Ford Productions.



Fatigué par l'alcool et une carrière sans répit, John Ford retourne en Irlande pour réaliser Quand se lève la lune, un film «pour m'amuser», sur les origines irlandaises de Tyrone Power. Il enchaîne avec L'aigle vole au soleil sur son ami le scénariste Frank W. Wead, un des précurseurs de l'aéronavale avant de s'exiler d'Hollywood pour réaliser sans conviction en 1957 à Londres un petit film policier, L'Inspecteur de Service (Gideon's Day). L'année suivante, La Dernière Fanfare (The Last Hurrah) avec Spencer Tracy sonne comme un chant d'adieu. Dans ce film qu'il produit lui-même, il réunit les comédiens et amis qui l'ont accompagnés durant sa carrière. Le cinéma de Ford devient de plus en plus pessimiste à l'image de la défaite et de la mort de Skeffington (Spencer Tracy) qui est aussi celle d'une Amérique d'hommes de caractère, héros épuisés face à l'Amérique de la médiocrité, imbécile, faussement puritaine, manipulée par les élites financières et la télévision.

En 1959, Ford peine à tirer vers le haut dans Les Cavaliers (The Horse Soldiers) le scénario de John Lee Mahin qui est également le producteur du film. Il est cependant beaucoup plus enthousiaste à l'idée de réaliser Le Sergent noir (Sergeant Rutledge) un western dont un noir américain est le héros avec Woody Strode. Il se lie d'amitié avec Strode qu'il dirigera encore à trois reprises dans Les Deux Cavaliers, L'Homme qui tua Liberty Valance et Frontière Chinoise. C'est également par amitié qu'il aide John Wayne à réaliser certaines séquences de Alamo. Le pessimisme du Ford des dernières années apparaît nettement dans Les Deux Cavaliers (Two Rode Together) réalisé en 1960. Lors du tournage, il apprend la mort de son ami et acteur Ward Bond. Très touché par cette disparition, Ford se retranche dans son yacht et sombre encore un peu plus dans l'alcool. Il devra être à nouveau hospitalisé d'urgence à Honolulu. De retour à Hollywood, il doit batailler cinq mois avec la Paramount pour obtenir le financement de L'Homme qui tua Liberty Valance, son dernier chef d'œuvre. Ford surprend par son habileté à filmer ce western intimiste dont l'action se déroule en huis-clos, loin des grands espaces. L'Homme qui tua Liberty Valance aborde à nouveau les thèmes développés dans La Dernière Fanfare : les vrais héros sont désormais inutiles et dérisoires. On a pu voir dans le film un passage de témoin symbolique entre le western classique des pionniers et celui des nouveaux venus comme Arthur Penn ou Sam Peckinpah.

Après L'Affaire Riley, réalisé pour la télévision et le sktech sur la Guerre Civile dans La Conquête de l'Ouest, Ford tourne entre amis La Taverne de l'Irlandais (1963) sur son yacht « l'Aramer », dans une ambiance bonne enfant. Les Cheyennes (Cheyenne Autumn) est son dernier western. Il est un hommage au peuple indien. «J'ai voulu montrer ici le point de vue des Indiens, pour une fois. Soyons juste. Nous les avons mal traités. C'est une véritable tache dans notre histoire. Nous les avons roulés, volés, tués, assassinés, massacrés, et, si parfois, ils tuaient un homme blanc, on leur expédiait l'armée.»[5] . Mais Ford est rattrapé par la fatigue et la maladie, et malgré son enthousiasme du début de tournage, il se désintéresse progressivement de celui-ci, laissant son assistant réalisateur tourner de nombreuses scènes. L'année suivante il doit abandonner à Jack Arnold le tournage du Jeune Cassidy et part se ressourcer sur L'Aramer.

En 1966, alors que Peter Bogdanovich réalise une longue interview du réalisateur et que les Cahiers du cinéma lui consacrent un numéro spécial, Ford tourne son dernier film Frontière chinoise (7 women) avant de s'engager une dernière fois auprès de l'Armée pour soutenir la Guerre du Viêt Nam. Il s'y rendra par deux fois en 1967 et 1968 et produira le film Vietnam ! Vietnam ! pour l'United States Information Agency.

Ne travaillant plus, Ford ne peut plus assumer la charge financière de la l'Aramer qu'il doit vendre en 1970. En 1969 c'est son œuvre de bienfaisance, la Field Photo Farm qui est contrainte à la fermeture. En 1970, Ford, malade et qui a déjà deux côtes cassées, est victime d'un accident de voiture qui l'affaiblit encore davantage. On lui diagnostique un cancer. En mars 1973, deux ans après la Mostra de Venise où lui avait été decerné un Lion d'Or pour l'ensemble de sa carrière, Richard Nixon lui rend un hommage appuyé alors qu'il lui décerne la Presidential Medal of Freedom. Il décède le 31 août, en fin d'après-midi, en tenant son chapelet.



  1. Peter Biskind, Le Nouvel Hollywood, Le Cherche midi éditeur, 2006, 704 p. (ISBN 9782749105093), p.10.
  2. in A la recherche de John Ford de Joseph McBride, p. 122
  3. Ford parle de Ford (Présence du cinéma, mars 1965)
  4. in 50 ans de cinéma américain
  5. dans l'entretien accordé à Peter Bogdanovich en 1966


Ford a réalisé 137 films, à ce jour 53 semblent définitivement perdus.











John Ford a remporté 4 fois l' Oscar du meilleur réalisateur (record pour l'instant) avec :

  • 1935 : Le Mouchard (The Informer)
  • 1940 : Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath)
  • 1941 : Qu'elle était verte ma vallée (How Green Was My Valley)
  • 1952 : L'Homme tranquille (The Quiet Man)
Remarque : Il n'a jamais remporté l'Oscar du meilleur réalisateur pour un western, lui qui est pourtant considéré comme le maître du genre.





  • Peter Bogdanovich, John Ford, University of California Press, Berkeley, 1967 (édition française, Edilig, Paris, 1978)
  • John Ford, numéro spécial, Présences du cinéma, Paris, mars 1965.
  • Bertrand Tavernier, Amis américains, Institut Lumière/Actes Sud, Lyon, 1993.
  • Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, 50 ans de cinéma américain, Nathan, Paris, 1995
  • John Ford, hors-série, Cahiers du cinéma, 1990.
  • Patrick Brion, John Ford, éditions de la Martinière, Paris, 2002.
  • Harry Carey Jr. "La compagnie des Héros" (mémoires traduites de l'Anglais-US) Les Éditions des Riaux, Paris, 2003.
  • Scott Eyman "John Ford, filmographie complète" (traduction française) Taschen, Paris, 2004.
  • Joseph McBride, A la recherche de John Ford, Institut Lumière/Actes Sud, 2007 (trad. fr. de Jean-Pierre Coursodon) (orig. 2001)


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