John Maynard Keynes, 1er baron Keynes, est un économiste britannique né le 5 juin 1883 à Cambridge et décédé le 21 avril 1946 à Firle dans le Sussex.
Il est en général considéré comme étant une des plus importantes figures de l'économie[1]. Pourtant, l'interprétation de son œuvre n'est pas aisée. Jacob Viner[2] note en 1936 à propos de l'œuvre majeure de Keynes la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie que « bien qu'écrite par un styliste de premier ordre, l'ouvrage n'est pas facile à lire, ni à comprendre et à juger ». Aussi son œuvre a fait l'objet d'interprétations diverses. La plus influente demeure celle dite de la synthèse néo-classique dont les plus illustres représentants sont les prix Nobels John Hicks, qui est avec Alvin Hansen le fondateur de ce courant, Paul Samuelson et Franco Modigliani[3]. De nos jours la nouvelle économie keynésienne est relativement influente notamment à travers Joseph Stiglitz. À côté de ces écoles plutôt libérales, nous trouvons des écoles plus hétérodoxes tels que le post-keynésianisme plus étatiste ou en France l'économie des conventions. D'une façon générale son héritage intellectuel s'étend de la social-démocratie à certaines formes de libéralisme[N 1]. De son temps, pour Kenneth R. Hoover[4], Keynes a en Angleterre tenu une position « centriste » entre d'une part Friedrich Hayek et d'autre part Harold Laski, un des inspirateurs de l'aile gauche du parti travailliste.
John Maynard Keynes est né dans une famille d'universitaires[5]. Son père, John Neville Keynes, maître de conférences à l'Université de Cambridge enseignait la logique et l'économie politique. Il est l'auteur d'un ouvrage classique sur la méthodologie de l'économie : The Scope and Method of Political Economy paru en 1890 [N 2]. Le journal de son père révèle que dès le début celui-ci fut fasciné par son fils [6]. La mère de John Maynard, Florence Ada Brown, auteur à succès et pionnière des réformes sociales, fut élue maire de Cambridge en 1932. Il eut un frère, le futur Sir Geoffrey Keynes (1887–1982), brillant chirurgien, érudit et bibliophile, et une sœur Margaret.
À sept ans, il entre à St Faith's Preparatory School où il fait preuve d'un certain talent en mathématiques[7]. Un an plus tard, il intègre le Eton College où il est un élève brillant[N 3] qui collectionne les prix (10 en première année, 18 en seconde année et 11 en troisième année).Il est particulièrement brillant en mathématiques où il décroche tous les prix majeurs[8]. En 1902, il entre au King's College de Cambridge. En 1903, il devient membre de la société des Cambridge Apostles grâce à Lytton Strachey et Leonard Woolf, un club destiné à « la poursuite de la vérité avec une absolue dévotion et sans réserve, par un groupe d'amis intimes[9] ». Ces trois personnages sont également les cofondateurs du Bloomsbury Group. Dans cette société, il rencontre Henry Sidgwick, Bertrand Russell, Lowes Dickinson et George Edward Moore, dont le livre Principia Ethica exercera sur Keynes une influence durable[10].
En 1905, il est diplômé en mathématiques. À partir de 1906[11], il poursuit ses études à Cambridge d'abord pour passer le concours de la haute fonction publique anglaise puis pour devenir économiste. Il étudie de nouvelles disciplines comme l'histoire et la logique. C'est finalement Alfred Marshall[12] — un des plus célèbres économistes néoclassiques dont il sera alors l'assistant — qui le convainc de se consacrer aux sciences économiques. Arthur Cecil Pigou — auquel il s'opposera plus tard — sera un de ses autres professeurs et d'une certaine manière l'aidera à décrocher un poste de maître de conférences. C'est à Cambridge aussi qu'il fera la connaissance des meilleurs économistes de son époque : Francis Ysidro Edgeworth, puis plus tard Joan Robinson, Piero Sraffa, Richard Kahn, James Meade, Bertil Ohlin, etc.
La vie de Keynes sera toujours double : un côté artistique et privé lié au groupe de Bloomsbury et un côté public d'économiste et de conseiller politique[13]. Certains de ceux qui furent ses amis tel Walter Lippmann ne comprirent jamais comment lier ces deux éléments ou préfèrent s'en tenir au seul aspect public[14]. Le groupe de Bloomsbury comptait notamment le peintre Duncan Grant[15], Lytton Strachey, E. M. Forster, Virginia Woolf et d'autres. Malgré une homosexualité affichée, Keynes se marie en 1925 avec la ballerine russe Lydia Lopokova (danseuse étoile de la compagnie des Ballets russes de Serge Diaghilev). Toute sa vie, Keynes eût un grand intérêt pour l'Opéra (Covent Garden) et la Danse qu'il aida financièrement. Durant la guerre, il fut membre du Comité pour l'Encouragement de la Musique et des Arts (CEMA). Après la guerre, il eut un rôle important dans la création du Arts Councils of Great Britain.
Keynes était un grand collectionneur de livres et partageait cette passion avec Friedrich Hayek, philosophe et économiste libéral classique avec lequel il entretenait une certaine amitié bien qu'ils fussent en profond désaccord en matière d'économie. Keynes réunit dans sa collection de nombreux manuscrits d'Isaac Newton concernant l'alchimie[16] et les notes de John Conduitt. Une des dernières publications de Keynes fut ainsi Newton, l'Homme (Newton, The Man) parue pour le tricentenaire de la naissance du physicien (1942) sous la forme d'article puis en livre en 1946.
Keynes meurt le 21 avril 1946 d'une crise cardiaque, ses problèmes de cœur s'étant aggravés suite à la charge de travail qu'il doit supporter à l'occasion des accords de Bretton Woods et des problèmes financiers internationaux de l'après-guerre. Keynes ne laissera pas de descendance. Selon Joseph Schumpeter[17], il eut une vie éminemment heureuse.
Il entreprend en 1907 une carrière au service de l'État britannique, mais arrivé second au concours[18], le premier ayant choisi le Trésor, il choisit l'Indian Office (ministère de l'Inde) où au bout de deux ans il commence à s'ennuyer[19]. Début 1908, il n'obtient pas un prize fellowship (bourse d'étude) pour le King's College de Cambridge. Mais quand Arthur Cecil Pigou est élu à la chaire d'Alfred Marshall, le bureau d'économie et de politique, présidé par John Neville Keynes crée deux postes de maître de conférences dont un est offert à John Maynard Keynes[20]. En 1908, il commence à travailler sur le Treatise on Probability (Traité sur la probabilité) et en 1913, il écrit son premier livre d'économie, l'"Indian Currency and Finance" le meilleur ouvrage anglais sur l’étalon de change-or, selon Schumpeter, ce qui lui vaut une réputation de maîtriser aussi bien les problèmes techniques que les difficultés politiques et humaines[21]. Cet ouvrage lui vaut d'être nommé membre de la Royal Commission on Indian and Currency. (1913-1914)[22]. Peu de temps après le début de la guerre, il quitte Cambridge pour rentrer au Trésor. À cette époque, il commence à fréquenter Herbert Henry Asquith un libéral qui fut premier ministre[23] de 1908 à 1916. Keynes demeurera très lié à cette famille sa vie durant. Au trésor, il connait une rapide promotion et sera en 1919 le principal représentant du Trésor aux négociations du traité de Versailles. Suite à son désaccord sur le traité de Versailles, il démissionne. Une autre vie commence pour lui. Il retourne à Cambridge mais avec des fonctions plus légères et se tourne vers le journalisme, notamment au Manchester Guardian [24], et la finance[25] où il connaîtra de grands succès mais aussi des revers sérieux [26]. Au début des années vingt le succès de son livre Les conséquences économiques de la paix l'aidera à surmonter des placements malheureux. Parallèlement, il sera de 1911 à 1937, membre important de l'Economic Journal[27] une revue économique prestigieuse. Keynes voudrait voir son pays adopter l’équivalent du National Bureau Of Economic Research fondé en 1920 par Wesley Clair Mitchell aux États-Unis. Pour pallier ce besoin, il met sur pied avec notamment Herbert Henderson et William Beveridge de la London School of Economics le London and Cambridge Economic Service[28]. En 1938, il sera membre du conseil et gouverneur du nouveau National Institute on Social Resarch. Keynes nous le verrons fera toute sa vie durant partie de nombre de groupes d'experts chargés d'étudier soit un temps pour le parti libéral soit le plus souvent pour le gouvernement les problèmes économiques de l'heure. En 1941, il succédera à Lord Stamp décédé lors d'un bombardement comme membre du conseil des directeurs de la Banque d'Angleterre. [29]
La période qui va de l'entre-deux-guerres à Bretton Woods est passionnante du point de vue de la pensée économique. La grande guerre a fait exploser le système monétaire international, entrainant une dévaluation massive des monnaies européennes, introduisant l'inflation jusqu'à présent inconnue, voire l'hyperinflation : la perspective sur la monnaie change. Le traité de Versailles avait des implications économiques fortes mais qui requerraient beaucoup de travail pour être appliquées, et rien ne se passera comme il avait été prévu.
Sur le plan international et monétaire, le Royaume-Uni qui avait été au XIXe siècle la puissance dominante voit ce rôle décliner au profit des États-Unis qui hésitent, dans un premier temps, à assumer un rôle international de premier plan. Le dollar américain s'affirme peu à peu face à la livre sterling.
La crise de 1929 est exceptionnellement longue et dure, et impose des changements de conception. La seconde guerre mondiale, à son tour, impose ses contraintes économiques, tandis que les très importants progrès techniques de la période se traduisent lentement dans le système économique.
Sur le plan politique, la période voit l'application concrète de nouvelles doctrines politico-économique, communisme en URSS, fascisme en Italie et en Allemagne ; même dans le monde libéral, l'état accroit partout fortement ses interventions économiques et règlementaires, dans un but social (New Deal, front populaire, etc.)
Dans cet environnement instable ponctué de crises, à travers les écrits de Keynes qui participe activement au débat politique il est possible de saisir les questions que se posent au monde d'alors et de mieux percevoir le contexte de son œuvre majeure : la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie[30]. .
En 1919, Keynes participe à la Conférence de la Paix de Paris en tant que délégué du Trésor britannique. Il plaide pour une paix généreuse mais il n'est pas écouté et démissionne trois jours avant la signature du traité[31].
La même année, il publie Les Conséquences économiques de la paix qui deviendra vite un best-seller dans le monde entier (200 000 exemplaires vendus[32] que résume Schumpeter en ce terme : « le capitalisme du laissez-faire, cet épisode extraordinaire, a rendu l’âme en 1914[33]. »
Dans Les conséquences économiques, il compara le Traité de Versailles à une « paix carthaginoise », par référence à la rigueur du traité de paix à la fin de la Deuxième Guerre punique. Il y critique à la fois les clauses qu'il estime irréalistes du traité, l'oubli total de la dimension économique du problème et le comportement des principaux acteurs de cette conférence :
En France, ce livre sera critiqué très vite, notamment par Jacques Bainville (Les Conséquences politiques de la paix)[35] dès 1920, et très longtemps puisqu'en 1946 Étienne Mantoux fera encore paraître une critique.
Son livre a joué un certain rôle dans le refus américain de ratifier le traité et de participer à la Société des Nations notamment à travers les extraits que Walter Lippmann[36] en fit paraître dans le New Republic. Plus tard Lippmann regrettera son rôle dans cette affaire.
Quoiqu'il en soit le succès du livre a établi rapidement la réputation de Keynes et lui a valu une grande célébrité en Europe et aux États-Unis[37].
Au milieu des années 1920, le Parti libéral anglais qui a été avec le Parti tory l'une des deux grandes forces politiques qui ont dominé la vie politique anglaise durant la seconde partie du XIXe siècle est sur le déclin et sur le point d'être dépassé par le Parti travailliste. Keynes qui est alors membre du Parti libéral ne se sent réellement en phase ni avec l'aile dure du Parti tory ni avec celle du Parti travailliste dont il craint qu'elles soient sur le point de donner le ton à la politique anglaise[38]. Il s'interroge dans deux articles sur ce que pourrait être un libéralisme adapté à l'époque.
Dans La fin du laissez-faire issu d'une communication faite le 6 novembre 1924 à la conférence annuelle de la Sidney Ball Foundation à Oxford et présenté à nouveau à l'université de Berlin en juin 1926, il exprime l'idée « qu'une page de l'histoire anglaise et occidentale a été irrémédiablement tournée au seuil du XXe siècle ; celle qui avait consacré un consensus autour du laissez-faire comme unique moyen d'accéder à la prospérité[39] ». Quand il s'interroge sur les raisons de l'« autorité du laissez-faire » au XIXe siècle, il émet plusieurs hypothèses :
À la Liberal Summer School qui s'est tenue à Cambridge en août 1925, Keynes prononce un discours intitulé Suis-je un libéral ? qui fut publié dans The Nation and Atheneum des 8 et 15 août 1925. Dans cet article, il déclare qu'« il n'y a pas place, sinon à l'aile gauche du Parti Conservateur, pour ceux qui sont attachés avec ferveur à l'individualisme à l'ancienne et au laissez-faire dans toute leur rigueur bien qu'ils aient grandement contribué au succès du XIXe siècle »[46]. Il pense qu'à l'avenir le gouvernement devra assumer de nombreuses tâches qu'il conviendra de décentraliser et de déléguer à des sociétés et à des organes administratifs semi-indépendants auxquels seront confiées les responsabilités gouvernementales, anciennes et nouvelles - sans pour autant porter atteinte au principe démocratique ou à la souveraineté en dernier ressort du Parlement[47]. Il suit John Rogers Commons qui distingue trois ordres économiques successifs : l'ère de la rareté, celle de l'abondance (qu'il situe au XIXe siècle) et enfin l'ère de la stabilisation dans laquelle ils pensent entrer[48]. Cette période est marquée par une diminution de la liberté individuelle liée surtout à la montée en puissance des grandes entreprises et des cartels, des corporations et des syndicats. Dans ces circonstances, pour lui, la véritable mission du nouveau libéralisme serait d'arriver à « contrôler et à diriger les forces économiques dans l'intérêt de la justice et de la stabilité sociale[49] », aussi en appelle-t-il à la définition d'« une politique nouvelle et des instruments nouveaux pour adapter et contrôler le jeu des forces économiques, de façon que celles-ci ne heurtent pas brutalement ce qu'on regarde aujourd'hui comme normal en matière de stabilité et de justice sociale[50] ».
Membre du Parti libéral depuis 1912, il écrit de nombreux articles pour la presse proche de ce parti principalement pour le Manchester Guardian, journal pour lequel il couvrira la Conférence monétaire internationale de Gênes en 1922. À partir des articles qu'il rédige à cette occasion, il composera son Tract on Monetary Reform (Essai sur la réforme monétaire) (1923), où il critique de la théorie monétaire classique et se prononce contre le retour de la Grande-Bretagne au système de l'étalon-or.
Aux élections de 1923, le Parti libéral est battu et lui succède un gouvernement travailliste dirigé par Ramsay MacDonald dont le chancelier de l'Échiquier Snowdon est favorable au retour à l'étalon-or[51]. Ce gouvernement ne tient que sept mois et est remplacé par un gouvernement conservateur dirigé par Stanley Baldwin dans lequel Winston Churchill est chancelier de l'Échiquier. Ce dernier annonce le retour à l'étalon-or et à la parité d'avant-guerre, Keynes alors écrit Les Conséquences économiques de M. Churchill (1925) où il prédit que cette parité sera impossible à maintenir et propose pour résorber le chômage une politique de grands travaux même si elle conduit à un déficit budgétaire. La politique de Winston Churchill conduit à une grève dure des mineurs auxquels on veut imposer une baisse des salaires en contre-partie de la réévaluation de la livre sterling. Le gouvernement de Stanley Baldwin viendra à bout de cette grève au bout de huit jours, mais cela provoquera une très forte tension à l'intérieur du Parti libéral entre Herbert Henry Asquith favorable à la ligne de Stanley Baldwin et Lloyd George favorable à une position plus conciliante. Cela conduira Keynes à s'éloigner d'Herbert Henry Asquith et à se rapprocher de Lloyd George[52]. Keynes participera à la rédaction en 1927 du Livre jaune du Parti libéral, intitulé Britain's Industrial Future. En 1928, il rédige avec Hubert Henderson une brochure intitulée Can Lloyd George Do It pour soutenir les mesures prévues dans le document du parti libéral, We can Conquer Unemployment[53]. Finalement, le Parti libéral perdra les élections et c'est le travailliste Ramsay MacDonald qui revient au pouvoir en 1929 avec Snowdon comme chancelier de l'Échiquier. La politique déflationniste menée par Winston Churchill ne sera définitivement abandonnée qu'en 1931[54].
Keynes en introduction du livre d'Hubert Henderson intitulé Supply and Demand[N 4] écrit en 1922 : « la théorie économique ne fournit pas un corps de conclusions établies immédiatement applicables à la politique. C'est une méthode plus qu'une doctrine, c'est une tournure d'esprit, une technique de pensée qui aide son possesseur à formuler des conclusions correctes... Avant Adam Smith cette tournure d'esprit n'existait pratiquement pas ». Pourtant Keynes n'abordera vraiment la théorie économique que relativement tard avec ce que Don Patinkin[55] nomme la « trilogie de Keynes », à savoir les deux tomes du Traité sur la monnaie (1930) et la Théorie générale (1936), son ouvrage majeur.
Le Traité sur la monnaie (A Treatise on Money) paraît en 1930. Pour Don Patinkin[56], Keynes qui est alors membre du Comité Macmillan chargé de « conseiller » le gouvernement de Ramsay MacDonald, n'aurait pas eu le temps de soumettre ses écrits à la critique d'autres économistes ni de réellement les réviser comme il l'aurait voulu. L'ouvrage se compose de deux volumes. Dans le premier intitulé La Théorie pure de la monnaie, Keynes définit d'abord la nature de la monnaie puis décrit ses origines historiques avant de présenter une théorie de la monnaie qui aborde à la fois les aspects statiques et dynamiques de la question[57]. Dans le volume deux intitulé La Théorie de la monnaie appliquée, Keynes procède d'abord à une étude empirique des variables critiques de sa théorie puis se focalise sur les grandes caractéristiques institutionnelles qui leur servent de cadre[58]. Enfin il expose les politiques monétaires dont les grands traits pour Don Patinkin[59]« découlent directement de son analyse théorique ». « Si le "cycle du crédit" est généré par l'altération des prix en lien avec les problèmes de coûts qui provoquent des profits (ou des pertes) puis une hausse ou (une baisse) de la production et de l'emploi alors, proclamait Keynes (comme avant lui Wicksell, Fisher, Pigou et après lui l'école de Chicago des années trente...) le moyen de stabiliser l'économie était de stabiliser les prix. Et continuait Keynes la variable majeure pour atteindre cet objectif était le taux directeur de la banque centrale qui devait être augmenté quand les prix montaient et abaissé quand ils baissaient ».
Ce livre qui comprend quelques uns des grands traits de ce qui deviendra la préférence pour la liquidité dans la Théorie générale[60] sera critiqué à sa sortie. Pour certains comme Gunnar Myrdal, Keynes reprendrait des thèses exposées depuis déjà longtemps par Knut Wicksell[61]. Don Patinkin met surtout l'accent sur deux points : les équations sont des tautologies et si « le livre a expliqué les forces qui provoquent l'expansion ou la contraction de la production.... [il] n'a pas explicité ce qui détermine le niveau réel à chaque période ». En préface de l'édition anglaise de la Théorie générale, Keynes[62] écrira que dans le Traité sur la monnaie « nous n'avions pas réussi à nous affranchir suffisamment de certaines idées préconçues ; et notre défaut d'émancipation se manifeste dans ce qui nous apparaît maintenant comme la faiblesse essentielle des parties théoriques de l'ouvrage (les livres III et IV), c'est-à-dire dans notre impuissance à fournir une explication complète des effets produits par les variations du volume de la production ».
Le Traité sur la monnaie fut discuté l'année qui suivit la parution par le Cambridge circus (cercle de Cambridge) comprenant parmi les membres les plus connus Richard Kahn, Joan et Austin Robinson, James Meade, Piero Sraffa et d'autres[63]. Par étapes va émerger ce qui deviendra la Théorie générale ouvrage qui vaut à Keynes d'être considéré comme une figure majeure de l'économie (certains vont jusqu'à dire qu'il est la « figure tutélaire[64] » de la macroéconomie moderne). Durant l'élaboration de ce livre, Keynes soumettra ses travaux non seulement à des membres du cercle mais aussi d'autres économistes comme Ralph George Hawtrey ou Dennis Robertson[65].
Keynes ne vise pas à « élaborer, comme les classiques, une théorie de l'allocation des ressources, pour un niveau de production donné, en fonction des prix relatifs[66] ». Au contraire comme il l'écrit en préface de l'édition anglaise, son livre se penche sur « les forces qui gouvernent les variations de volume de la production et de l'emploi dans son ensemble[67] ». Keynes veut se démarquer des « Klassiques » avec un K car classiques selon Keynes[68] qui regroupent à la fois de vrais classiques et certains néoclassiques. Pour lui le point-clé de la théorie « classique » est la loi de Say qui veut que l'offre crée sa propre demande. Keynes au contraire va se focaliser sur la demande effective ou « plus précisément sur la demande prévue pour la production vue comme un tout[69] ». Pour Keynes une demande effective insuffisante peut conduire à un équilibre stable de sous-emploi[70].
Si l'on en croit Don Patinkin[71], dans la Théorie générale, « la voix est celle de Marshall mais les mains sont celles de Walras ». Pour cet économiste américain, Keynes en réduisant le nombre de variables-clé rend possible une utilisation pratique de l'équilibre général, c'est-à-dire que des enseignements intéressants pour le monde réel peuvent en être tirés[72]. Cette interprétation de Keynes inaugurée par l'article de 1937 de John Hicks intitulé Mr. Keynes and the Classics puis par le livre d'Alvin Hansen A Guide to Keynes de 1949 marquera la façon dont Keynes est perçu jusqu'à nos jours dans les manuels d'économie[73]. Mais l'œuvre de Keynes est susceptible d'être interprétée d'autres manières. Olivier Favereau[74] distingue dans les écrits même de Keynes deux projets : un projet pragmatique repris par l'école dite de la synthèse néo-classique et un projet plus radical qui va inspirer en France l'école dite de l'économie des conventions.
Pour expliquer pourquoi ce livre que Paul A. Samuelson[75] juge « mal écrit, mal construit » va marquer autant l'économie, plusieurs arguments ont été avancés : d'une part Keynes a aidé les pays occidentaux à mettre fin au chômage et à la dépression dans un cadre démocratique[76] ; d'autre part la révolution théorique keynésienne intervient en même temps que la révolution opérée par Colin Clark et Simon Kuznets dans la mesure du revenu national[77] ; enfin John Hicks et d'autres jeunes économistes redécouvrent Léon Walras et réussissent une synthèse des deux courants[78].
Une crise cardiaque en 1937 va tenir Keynes éloigné de l’action publique jusqu’au déclenchement de la guerre[79]. Durant la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à sa mort il jouera un rôle relativement important même s’il fut juste « Keynes », le conseiller du ministre des finances et qu’il se décrivit comme un « demi-semi-officiel »[80]. Durant cette période, il fut un des négociateurs du Lend-Lease et des accords de Bretton Woods.
Keynes a évolué dans ses positions publiques sur le libre-échange et sur l’opportunité du protectionnisme. Dans une série d’articles publié en 1922, dans le Manchester Guardian Commercial sur le thème de la reconstruction européenne, il se montre très en faveur du libre-échange[81]. En 1923, il est très critique envers les passages du programme des conservateurs en faveur de mesures protectionnistes. À partir de 1924, sa position sur le sujet évolue. En janvier 1928, il écrit « le libre-échange dans le futur ne doit pas être basé sur les avantages abstrait du laissez-faire que peu acceptent aujourd’hui mais sur les opportunités et les avantages concrets d’une telle politique[82] ». Mais d’un autre côté, il se décrit comme « terriblement effrayé par le protectionnisme comme politique de long terme[83] ». Au printemps 1931 il est en faveur de droits de douane puis suite à la dévaluation de la Livre sterling, il devient contre et s’oppose en 1932 aux conservateurs qui utilisent ses arguments de 1931 pour établir des barrières douanières[84]. Dans son œuvre majeure la Théorie générale il n’aborde guère ce point mais le raisonnement est implicitement fait en économie fermée[85]. Dans les négociations sur la reconstruction d’un système économique international, même si pour Eichengreen[86] Keynes était d’accord sur la désirabilité de réductions tarifaires, il va surtout se focaliser sur les institutions financières internationales qu’il considérait comme un préalable[87].
Dans How to Pay the War? publié en 1940, Keynes cherche la façon de financer la guerre sans générer de l’inflation[88]. Néanmoins, la Grande Bretagne sera très vite à court financièrement et les États-Unis leur proposeront le Lend Lease (crédit-bail). Il s’agissait de fournir du matériel à la Grande-Bretagne qui paierait plus tard. Toutefois au terme de l’article VII ce pays devait accepter de revenir aux principes du libre-échange. Cet article provoqua la colère de Keynes qui bien que n'étant pas impérialiste en soi n’était pas préparé à renoncer à la préférence impériale[89]. Cordell Hull le ministre des affaires étrangères de Roosevelt, son conseiller spécial Léo Pasvolsy de la Brookings Institution ainsi que Moulton le directeur de cette institution avaient depuis le début des années trente préconisé d’établir au niveau international « un système de libre marché fort et bien construit[90] ». Dans cette optique, le département d’Etat (le ministère des affaires étrangères) voulait créer une organisation internationale du commerce pour servir de support à l’article VII [91] alors que Keynes voulait d’abord traiter les problèmes monétaires[92].
Aussi bien John Maynard Keynes que les Américains étaient d’accord sur la nécessité de rebâtir un système monétaire mondial, mais les vues étaient différentes. Keynes était pour un Système de compensation mondial et une monnaie internationale, le Bancor[93]. Il établit plusieurs moutures à cet effet en 1941. De leur côté les Américains présentèrent le Plan White qui finalement a servi de base aux accords de Bretton Woods. Les principaux points en étaient un système de changes fixes par rapport au dollar lui-même convertible en or et la création de deux institutions le Fonds monétaire international et la Banque mondiale[94]. Durant la conférence de Bretton Woods, Keynes dirigea la commission sur la Banque mondiale tandis que Harry Dexter White présidait celle sur le FMI[95]. Keynes était opposé à ce que les Américains aient la présidence de la Banque mondiale et voulait que les pays puissent adhérer à la fois à la Banque des règlements internationaux et au FMI[95], ce qu’il obtint. Pour Don Patinkin[96], les taux de change fixes avec marge de fluctuation du système de Bretton Woods sont une réminiscence des écrits de Keynes sur les points-or du Traité sur la monnaie.
Keynes raisonne d'emblée au niveau macro-économique et considère que la « théorie classique n'est applicable qu'au cas du plein emploi[97] ». Or écrivant durant la période de crise de l'entre-deux guerres ce qui l'intéresse c'est ce qui se passe en période de sous-emploi. De cela découlent deux points clés : l'offre ne crée pas comme chez Jean-Baptiste Say sa propre demande mais dépend de la demande effective ; à la différence des classiques la monnaie n'est pas un « voile » mais influe sur l'économie réelle.
La demande effective est la demande anticipée par les entrepreneurs. Ces derniers calculent la production qu'ils doivent réaliser afin de d'offrir la quantité optimale de biens et de services demandée par les agents économiques. Le sous emploi des facteurs de production est selon Keynes dû au fait que les entrepreneurs ont des anticipations pessimistes et sous-estiment la demande effective. Keynes à la différence de Jean-Baptiste Say et des néo-classiques ne raisonne pas dans le cadre d'une « parfaite rationalité des agents et... d'une information parfaite sur la situation présente et future[98] » aussi la demande effective dépend de prévisions d'agents qui peuvent ne pas conduire au plein emploi.
Pour Keynes, le salaire n'est pas seulement un coût, c'est aussi un déterminant important de la demande. Par ailleurs, pour Keynes, le mécanisme des prix sur le marché du travail n'aboutit pas usuellement au plein emploi d'où l'introduction de la notion de chômage involontaire.
En économie fermée[104] la demande effective D est égale à la somme de la consommation (C) et de l'investissement (I).
Fonction de consommation
Pour Keynes, l'investissement I dépend du taux d'intérêt et de l'efficacité marginale du capital qu'il définit comme « le taux d'escompte qui, appliqué à la série d'annuités constituée par les rendements escomptés de ce capital pendant son existence entière, rend la valeur actuelle des annuités égale au prix d'offre de ce capital[109] ». Si l'efficacité marginale est supérieure au taux d'intérêt, l'entreprise investira sinon il vaudra mieux placer l'argent. Aussi plus le taux d'intérêt est faible et plus les entreprises auront tendance à investir.
Le multiplicateur de l'investissement I dans le cas le plus simple est égal 1/(1-c)
C'est à dire qui si nous investissons 100 € et si c la propension marginale à consommer est de 0,8 alors la demande effective sera augmentée de 100 × 1/(1 − 0,8) = 100 × 5 = 500 €
Keynes a repris l'idée de multiplicateur à l'économiste R. F. Kahn[110].
Pour Keynes, nous désirons de la monnaie pour trois raisons :
Le modèle IS/LM est un modèle économique proposé par John Hicks en 1937[116] et aménagé par Alvin Hansen (d'où son autre nom de modèle Hicks-Hansen), pour transcrire de façon formalisée la Théorie générale de John Maynard Keynes. Il est devenu le « modèle standard » en macroéconomie. Il appartient au courant dit de la synthèse néo-classique. En dépit de sa relative simplicité, et malgré les contestations dont il a été l'objet notamment à la fin des années 1970, il reste le plus couramment enseigné.
Ce modèle se compose de deux courbes
Ce terme révolution keynésienne est le titre d'un livre de Lawrence Klein paru en 1947. Révolutionnaire la théorie keynésienne l'est par rapport à la théorie classique sur bien des points. Mais l'œuvre de Keynes arrive aussi à un moment où au niveau juridique et politique le rôle du gouvernement ou, en France de l'État, va connaître un élargissement. D'une certaine façon ses mouvements vont se fondre et de cette fusion déboucheront des keynésianismes assez différents selon les pays[N 5]. Dans le domaine de l'économie, pour Beaud et Dostaler, la révolution keynésienne en masque une autre : la mathématisation de cette discipline[117].
Selon Gilles Dostaler, pour Keynes « les grands hommes d'Etat ont pour tâche, entre autres, de prévenir les révolutions[118] » et il considérait que « les caractéristiques psychologiques des individus qui sont en position d'agir sur les évènements ont [...] une grande importance dans l'histoire ». Lui-même ne fut jamais un politique et déclina le poste de député de l'Université de Cambridge (à l'époque cette université élisait un député au Parlement). Malgré tout il fut extrêmement actif en tant que conseiller — pas assez écouté à son gré — et comme auteur tant d'articles de journaux que d'articles plus scientifiques.
Sur le plan des idées politiques, Keynes[119] a subi l'influence de Edmund Burke et des nouveaux libéraux notamment de Leonard Trelawny Hobhouse qu'il ne cite pourtant jamais. Concernant le premier, il a écrit en 1904, un manuscrit inédit intitulé The Political Doctrine of Edmund Burke[120]. Selon Dostaler, Keynes en décrivant Burke semble se dépeindre : il trouve qu'il est plein de contradiction « simultanément conservateur et libéral, libre-échangiste et impérialiste, apôtre de la Révolution anglaise et adversaire de la Révolution française[121] ». Par ailleurs, il lui trouve un certain égotisme pas déplaisant chez les grands hommes. Deux traits de la pensée d'Edmund Burke provoquent son adhésion : d'une part comme lui, il pense qu'il est dangereux de sacrifier un bien présent pour un bien futur tant le futur est incertain; d'autre part il considère que « le titre de gloire de Burke dans le domaine de la politique est la doctrine de l'"expediency" »[122]. Toutefois contre Burke, il est pour une intervention du gouvernement et de la loi dans l'économie et il est très critique envers les inégalités[123].
Malgré tout, pour Dostaler, il existe chez Keynes une certaine pente technocratique et élitiste. « Pour Keynes en effet, à l'image de la société, un parti doit être dirigé par une élite éclairée plus précisément par l'union d'un leadership fort et de conseillers d'élite ». Cette pente aristocratique irritera Harry Dexter White à Bretton Woods, tout comme le premier ministre travailliste Ramsay MacDonald s'était senti vexé lorsqu'à la sortie d'une réunion il lui avait déclaré « qu'il se considérait comme le seul véritable socialiste présent ! ». A rebours, elle a facilité ses contacts avec Winston Churchill durant la seconde guerre mondiale.
Keynes, nous l'avons vu, récuse la loi de Say. Il en découle que le marché laissé à lui-même a peu de chance d'atteindre un optimum économique. Pour Don Patinkinw[124], le manque de foi de Keynes dans le processus d'équilibrage du marché dans un contexte macroéconomique ne date pas de la Théorie générale mais est également présent dans The Economic Consequences of MrChurchill de 1925. Quoiqu'il en soit dans un tel contexte, le gouvernement doit fournir un ensemble d'incitations au marché à travers des politiques économiques budgétaires et monétaires afin d'arriver au meilleur état possible. Contre Lord Beveridge qui pensait qu'un taux de plein emploi inférieur à 3% pouvait déclencher des pressions inflationnistes, Keynes fixait ce taux à 4,5% [125]. Durant la seconde guerre mondiale il fut en faveur d'une socialisation des investissements et pour un contrôle assez large de l'activité économique par l'État. [126]
Si Keynes va donner un fondement théorique à la politique économique, son oeuvre sera profondément approfondie par l'école de la synthèse néo-classique qui doit beaucoup à Harvard et au MIT. Alvin Hansen professeur à Harvard plaide dans son livre de 1947 nommé Economic Policy and Full Employment, pour une reconstruction d’une économie de marché dotée de nouvelles institutions incluant une stabilisation des fluctuations économiques par la gestion de la demande globale[127]. Il est en phase avec les termes d’une conférence tenue par Walter Lippmann[N 6]. à Harvard en 1934 et publiée sous le titre de The Method of Freedom. Dans ce texte, dans une démarche qu’il inscrit dans la méthode expérimentale issue de Edmund Burke, Lippmann soutient que le standard de vie des citoyens et le « management » de l’économie constituent une responsabilité collective et pas seulement individuelle [128]. Ces politiques qui sont qualifiées souvent de keynésiennes ont été mises en place dans des cadres institutionnels très différents selon les pays :« étatisme libéral au Japon et en Allemagne, tradition sociale-démocrate en Europe du Nord, interventionnisme et colbertisme en France »[129].
Keynes insiste sur « l'incertitude face au futur, l'absence de déterminisme, l'ignorance. Comme l'homme de la rue, le décideur est confronté à cette réalité. Il n'y pas de lois naturelles, de sens de l'histoire, de telle sorte que les acteurs ont un rôle important à jouer. Ces acteurs, ce sont les décideurs, les hommes d'État qui ont l'œil sur le futur lointain et les politiciens qui ont le nez collé sur les problèmes immédiats. Les caractères psychologiques des individus qui sont en position d'agir sur les événements sont d'une grande importance dans l'histoire. Il attribue à la faiblesse des hommes d'État et des politiciens, à leur médiocrité, à leur stupidité et à leurs préjugés, les difficultés sociales, politiques et économiques....l'homme d'État et le penseur social doivent lutter pour que naisse le monde caractérisé par le calme, la stabilité et le progrès social, et par le respect de règles, des conventions et des traditions[130]. » Keynes insiste sur l'incertitude dans A Treatise of Probability un ouvrage qui influencera la pensée l'approche des phénomènes financiers et monétaires de Hyman Minsky.
Selon Mooridge, Keynes débutait avec une intuition, puis utilisait tous les outils formels et mathématiques à sa disposition pour détailler et prouver cette intuition, et ce n'est que s'il n'y parvenait pas qu'il tentait d'inventer de nouveaux instruments d'analyse. Il croyait surtout que la mathématisation ne dispensait pas d'avoir une science morale, ce qui le mènera à sa conception de l'économie comme étant un art plutôt qu'une science. Il critique aussi sévèrement, autant sur le plan technique que sur le plan logique, la nouvelle science économétrique, l'accusant entre autres de dénaturer la logique intellectuelle de la modélisation en tentant d'ancrer le modèle dans la réalité avec des paramètres concrets[131].
Certains auteurs avant Keynes avait mis l'accent sur l'importance de la demande et mis en cause la loi de Say qui veut que l'offre crée sa propre demande.
Thomas R. Malthus avait noté qu'une partie des revenus était épargnée ce qui pouvait provoquer un recul de l'activité économique. Par ailleurs, les produits ne s’échangent pas uniquement contre des produits, mais s’échangent aussi contre du travail. Or certains travaux sont improductifs (comme ceux des domestiques) alors que d’autres sont productifs ; il en résulte que le niveau de la production et le niveau de la demande ne sont pas nécessairement identiques. Le système capitaliste peut donc craindre une insuffisance de débouchés[132].
Aux Etats-Unis, Foster et Catchings [133] dans deux ouvrages "Business Without a Buyer" (1927) et surtout "The Road to Plenty" (1928) ont mis l’accent sur l’importance de la consommation dés avant la crise de 1929 et remis en cause la loi de Say.
Pour Olivier Favereau, la Théorie générale contient deux projets : un projet radical et un projet pragmatique en faveur duquel Keynes aurait arbitré « lorsqu'il prit conscience (en 1933) du degré d'imprégnation de l'orthodoxie classique au sein du "jeu de langage" (au sens de Wittgenstein) que pratiquent les économistes[134] ». D'une certaine façon les disciples de Keynes peuvent être classés en deux grands groupes selon qu'on considère qu'ils acceptent un partie de l'orthodoxie néoclassique ou qu'ils la récusent. Incontestablement, les néo-keynésiens de l’école de la synthèse néo-classique font parti du premier groupe. Ils ont constitué le courant dominant de la révolution keynésienne de 1945 au début des années soixante dix. Au cours des années cinquante ce courant ancrés dans les grandes universités américaines proches de Boston (Harvard et MIT) a eu à lutter contre les postkeynésiens de l’université de Cambridge, Angleterre, ce qui donna lieu notamment à la controverse des deux Cambridge.
Si le courant de la synthèse néoclassique a été dominant jusqu'aux années soixante-dix, à la fin des années soixante, il a subi les assauts des membres de la théorie du déséquilibre, puis de l’école monétariste de Chicago et enfin de la nouvelle macroéconomie classique. Si les nouvelle économie keynésienne a pris la relève, au niveau macro-économique leurs modèles continuent d’être utilisés par les gouvernements et les grandes institutions économiques[135]. Par ailleurs, au niveau universitaire, les principaux livres d’économie publiés aux Etats-Unis portent encore leur empreinte [136]
La synthèse néo-classique centrée sur le modèle IS/LM est l’œuvre de John Hicks son article de 1937 Mr Keynes and the « classics » a joué un rôle architectonique tout comme l’article de 1944 de Franco Modigliani Liquidity Preference and the Theory of Interest and Money. Le modèle a été popularisé par Alvin Hansen et par le livre de Paul Samuelson, l’économique dont la première édition date de 1948. Pour Walter Heller qui présida le Council of Economic Advisers sous l'administration de John Fitzgerald Kennedy la révolution keynésienne a trois sources : John Maynard Keynes, l'américanisation de Keynes par Alvin Hansen et la « la "modernité" des années cinquante et soixante »[N 7]
En 1962, le modèle IS-LM s’est ouvert à l’économie internationale avec ce qui est maintenant connu comme le modèle de Mundell-Fleming.Très vite des économistes comme Abba Lerner ont compris le rôle que pouvait jouer les politiques économiques. Se concevant plus selon Gregory Mankiw [137] comme des ingénieurs que comme des scientifiques, ils ont développés des outils à aider les politiques à prendre des décisions. C’est ainsi qu’ils ont contribué à la construction de modèles macroéconomiques destinés à aider les gouvernements à évaluer les impacts des politiques budgétaires, monétaires sur l’inflation et l’emploi. Parmi les économistes qui ont participé à ce mouvement, nous pouvons citer : Jan Tinbergen, James Meade, Robert Mundell, Robert Solow et bien d’autres. Cette façon de penser l'économie plus en ingénieur qu'en scientifique a permis à de nombreux néo-keynésiens comme de nos jours aux nouveaux keynésiens de devenir conseillers des gouvernements et des institutions internationales.
La courbe de Phillips quant à elle, est introduite dans le corpus néo-keynésien à partir de la fin 1959 par Paul Samuelson et Robert Solow et Robet Lipsey. Ils voient dans cette courbe la possibilité d'arbiter entre inflation et chômage. Initialement ce qui intéressait Phillips c'était surtout d'étudier l'influence sur chômage sur le niveau des salaires[138]. Avec ce nouvel outil finit de se diffuser ce que Michel Beaud et Gilles Dostaler appellent un "keynésianisme hydraulique" c'est-à-dire « un keynésianisme simplifié, réduit à une mécanique des quantités globales ou à un hydraulique de fux et entièrement vidé des dimensions essentielles de Keynes : le temps, l'incertitude non probabilisable, les anticipations et donc la prise en compte des phénomènes monétaires.. »[139].
Gregory Mankiw[140] distingue trois grandes vagues critiques.
Gregory Mankiw [145] considère la Théorie du déséquilibre comme étant la première vague de la nouvelle économie keynésienne. La seconde vague de nouveaux keynésiens pour lui cherchera avec Stanley Fischer à intégrer les anticipations rationnelles dans un contexte de déséquilibre de marché, tandis que l'objectif de la troisième vague sera de comprendre pourquoi certains marchés sont déséquilibrés.
Les post-keynésiens reprennent ce qu'il y a de plus radical chez Keynes à savoir l'incertitude radicale, l'analyse circuitiste, l'endogénéité de la monnaie... Il ne faut donc pas les confondre avec la synthèse néo-classique Il existe plusieurs écoles dites post-keynésiennes (la classification est plus ou moins changeante[146]).
Hayek estimait que John Maynard Keynes ne possédait que des connaissances limitées en théorie économique[147]. Pour lui les politiques keynésiennes de relance économique, fondées sur l'utilisation du budget public, conduisaient à terme à la fois à l'inflation, à la stagnation économique et au chômage.
Selon Jacques Rueff à l'issue de la première guerre mondiale, tous les gouvernements européens avaient affiché leur intention de ramener leurs monnaies à la même parité or qu'elles avaient avant-guerre. Au plan pratique, un tel objectif revenait à attendre de tous les acteurs de l'économie qu'ils ajustent de façon symétrique les tarifs de leurs contrats, selon une démarche accompagnant la baisse générale des prix induite par la réévaluation-or de la monnaie. Les gouvernements de l'époque pensaient que cet ajustement déflationniste suivrait simplement le chemin inverse de l'ajustement inflationniste qui l'avait précédé[148]. Un des points de controverse entre Jacques Rueff et Keynes était de savoir si une telle politique était possible. Pour Rueff la réponse était oui, pour Keynes elle était non, pas simplement à cause des conflits sociaux mais également à cause des problèmes liés à des anticipations négatives. Au plan pratique, un tel objectif revenait à attendre de tous les acteurs de l'économie qu'ils ajustent de façon symétrique les tarifs de leurs contrats, selon une démarche accompagnant la baisse générale des prix induite par la réévaluation-or de la monnaie. Les gouvernements de l'époque pensaient que cet ajustement déflationniste suivrait simplement le chemin inverse de l'ajustement inflationniste qui l'avait précédé[149]. Or la pratique s'avéra beaucoup plus problématique, notamment en raison du refus de syndicats de voir les salaires ou les montants nominaux des asurances sociales diminuer en symétrique de la réévaluation de la monnaie.
De 1919 à 1940, l'Angleterre n'eut jamais moins d'un million de chômeurs, premier cas de chômage de masse durable et là aussi Keynes et Rueff sont en désaccord sur les raisons [150][151]. [152][153].
En France une revue marxiste la "Nouvelle critique" a consacré à Keynes une série d'article parus en mars, mai, juin , juillet, août 1949. De son côté, Charles Bettelheim a publié quelques articles parus dans la Revue internationale à la fin des années quarante, début des années cinquante. Pour Cros[154], la critiques marxiste à cette époque est double :« Keynes a présenté une théorie qui méconnait les vérités scientifiques définitivement établies par Marx »;« Keynes fait partie de cette catégorie d'auteurs particulièrement dangereux pour la marche du processus révolutionnaire : les réformistes ».
Keynes a écrit de nombreux livres et articles. Aussi il est intéressant de présenter à la fois une sélection de ses travaux et une liste complète. Notons que Donald Moggridge a édité les œuvres complètes de Keynes disponibles dans certaines bibliothèques universitaires. Sa personne et son œuvre ont fait l'objet de nombreux travaux. Les principaux articles et études consacrés à Keynes de 1936 à 1981 ont été regroupés dans un recueil comprenant 150 contributions[155].
Ouvrages sur Keynes
Il est en général considéré comme étant une des plus importantes figures de l'économie[1]. Pourtant, l'interprétation de son œuvre n'est pas aisée. Jacob Viner[2] note en 1936 à propos de l'œuvre majeure de Keynes la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie que « bien qu'écrite par un styliste de premier ordre, l'ouvrage n'est pas facile à lire, ni à comprendre et à juger ». Aussi son œuvre a fait l'objet d'interprétations diverses. La plus influente demeure celle dite de la synthèse néo-classique dont les plus illustres représentants sont les prix Nobels John Hicks, qui est avec Alvin Hansen le fondateur de ce courant, Paul Samuelson et Franco Modigliani[3]. De nos jours la nouvelle économie keynésienne est relativement influente notamment à travers Joseph Stiglitz. À côté de ces écoles plutôt libérales, nous trouvons des écoles plus hétérodoxes tels que le post-keynésianisme plus étatiste ou en France l'économie des conventions. D'une façon générale son héritage intellectuel s'étend de la social-démocratie à certaines formes de libéralisme[N 1]. De son temps, pour Kenneth R. Hoover[4], Keynes a en Angleterre tenu une position « centriste » entre d'une part Friedrich Hayek et d'autre part Harold Laski, un des inspirateurs de l'aile gauche du parti travailliste.
John Maynard Keynes est né dans une famille d'universitaires[5]. Son père, John Neville Keynes, maître de conférences à l'Université de Cambridge enseignait la logique et l'économie politique. Il est l'auteur d'un ouvrage classique sur la méthodologie de l'économie : The Scope and Method of Political Economy paru en 1890 [N 2]. Le journal de son père révèle que dès le début celui-ci fut fasciné par son fils [6]. La mère de John Maynard, Florence Ada Brown, auteur à succès et pionnière des réformes sociales, fut élue maire de Cambridge en 1932. Il eut un frère, le futur Sir Geoffrey Keynes (1887–1982), brillant chirurgien, érudit et bibliophile, et une sœur Margaret.
À sept ans, il entre à St Faith's Preparatory School où il fait preuve d'un certain talent en mathématiques[7]. Un an plus tard, il intègre le Eton College où il est un élève brillant[N 3] qui collectionne les prix (10 en première année, 18 en seconde année et 11 en troisième année).Il est particulièrement brillant en mathématiques où il décroche tous les prix majeurs[8]. En 1902, il entre au King's College de Cambridge. En 1903, il devient membre de la société des Cambridge Apostles grâce à Lytton Strachey et Leonard Woolf, un club destiné à « la poursuite de la vérité avec une absolue dévotion et sans réserve, par un groupe d'amis intimes[9] ». Ces trois personnages sont également les cofondateurs du Bloomsbury Group. Dans cette société, il rencontre Henry Sidgwick, Bertrand Russell, Lowes Dickinson et George Edward Moore, dont le livre Principia Ethica exercera sur Keynes une influence durable[10].
En 1905, il est diplômé en mathématiques. À partir de 1906[11], il poursuit ses études à Cambridge d'abord pour passer le concours de la haute fonction publique anglaise puis pour devenir économiste. Il étudie de nouvelles disciplines comme l'histoire et la logique. C'est finalement Alfred Marshall[12] — un des plus célèbres économistes néoclassiques dont il sera alors l'assistant — qui le convainc de se consacrer aux sciences économiques. Arthur Cecil Pigou — auquel il s'opposera plus tard — sera un de ses autres professeurs et d'une certaine manière l'aidera à décrocher un poste de maître de conférences. C'est à Cambridge aussi qu'il fera la connaissance des meilleurs économistes de son époque : Francis Ysidro Edgeworth, puis plus tard Joan Robinson, Piero Sraffa, Richard Kahn, James Meade, Bertil Ohlin, etc.
La vie de Keynes sera toujours double : un côté artistique et privé lié au groupe de Bloomsbury et un côté public d'économiste et de conseiller politique[13]. Certains de ceux qui furent ses amis tel Walter Lippmann ne comprirent jamais comment lier ces deux éléments ou préfèrent s'en tenir au seul aspect public[14]. Le groupe de Bloomsbury comptait notamment le peintre Duncan Grant[15], Lytton Strachey, E. M. Forster, Virginia Woolf et d'autres. Malgré une homosexualité affichée, Keynes se marie en 1925 avec la ballerine russe Lydia Lopokova (danseuse étoile de la compagnie des Ballets russes de Serge Diaghilev). Toute sa vie, Keynes eût un grand intérêt pour l'Opéra (Covent Garden) et la Danse qu'il aida financièrement. Durant la guerre, il fut membre du Comité pour l'Encouragement de la Musique et des Arts (CEMA). Après la guerre, il eut un rôle important dans la création du Arts Councils of Great Britain.
Keynes était un grand collectionneur de livres et partageait cette passion avec Friedrich Hayek, philosophe et économiste libéral classique avec lequel il entretenait une certaine amitié bien qu'ils fussent en profond désaccord en matière d'économie. Keynes réunit dans sa collection de nombreux manuscrits d'Isaac Newton concernant l'alchimie[16] et les notes de John Conduitt. Une des dernières publications de Keynes fut ainsi Newton, l'Homme (Newton, The Man) parue pour le tricentenaire de la naissance du physicien (1942) sous la forme d'article puis en livre en 1946.
Keynes meurt le 21 avril 1946 d'une crise cardiaque, ses problèmes de cœur s'étant aggravés suite à la charge de travail qu'il doit supporter à l'occasion des accords de Bretton Woods et des problèmes financiers internationaux de l'après-guerre. Keynes ne laissera pas de descendance. Selon Joseph Schumpeter[17], il eut une vie éminemment heureuse.
Il entreprend en 1907 une carrière au service de l'État britannique, mais arrivé second au concours[18], le premier ayant choisi le Trésor, il choisit l'Indian Office (ministère de l'Inde) où au bout de deux ans il commence à s'ennuyer[19]. Début 1908, il n'obtient pas un prize fellowship (bourse d'étude) pour le King's College de Cambridge. Mais quand Arthur Cecil Pigou est élu à la chaire d'Alfred Marshall, le bureau d'économie et de politique, présidé par John Neville Keynes crée deux postes de maître de conférences dont un est offert à John Maynard Keynes[20]. En 1908, il commence à travailler sur le Treatise on Probability (Traité sur la probabilité) et en 1913, il écrit son premier livre d'économie, l'"Indian Currency and Finance" le meilleur ouvrage anglais sur l’étalon de change-or, selon Schumpeter, ce qui lui vaut une réputation de maîtriser aussi bien les problèmes techniques que les difficultés politiques et humaines[21]. Cet ouvrage lui vaut d'être nommé membre de la Royal Commission on Indian and Currency. (1913-1914)[22]. Peu de temps après le début de la guerre, il quitte Cambridge pour rentrer au Trésor. À cette époque, il commence à fréquenter Herbert Henry Asquith un libéral qui fut premier ministre[23] de 1908 à 1916. Keynes demeurera très lié à cette famille sa vie durant. Au trésor, il connait une rapide promotion et sera en 1919 le principal représentant du Trésor aux négociations du traité de Versailles. Suite à son désaccord sur le traité de Versailles, il démissionne. Une autre vie commence pour lui. Il retourne à Cambridge mais avec des fonctions plus légères et se tourne vers le journalisme, notamment au Manchester Guardian [24], et la finance[25] où il connaîtra de grands succès mais aussi des revers sérieux [26]. Au début des années vingt le succès de son livre Les conséquences économiques de la paix l'aidera à surmonter des placements malheureux. Parallèlement, il sera de 1911 à 1937, membre important de l'Economic Journal[27] une revue économique prestigieuse. Keynes voudrait voir son pays adopter l’équivalent du National Bureau Of Economic Research fondé en 1920 par Wesley Clair Mitchell aux États-Unis. Pour pallier ce besoin, il met sur pied avec notamment Herbert Henderson et William Beveridge de la London School of Economics le London and Cambridge Economic Service[28]. En 1938, il sera membre du conseil et gouverneur du nouveau National Institute on Social Resarch. Keynes nous le verrons fera toute sa vie durant partie de nombre de groupes d'experts chargés d'étudier soit un temps pour le parti libéral soit le plus souvent pour le gouvernement les problèmes économiques de l'heure. En 1941, il succédera à Lord Stamp décédé lors d'un bombardement comme membre du conseil des directeurs de la Banque d'Angleterre. [29]
La période qui va de l'entre-deux-guerres à Bretton Woods est passionnante du point de vue de la pensée économique. La grande guerre a fait exploser le système monétaire international, entrainant une dévaluation massive des monnaies européennes, introduisant l'inflation jusqu'à présent inconnue, voire l'hyperinflation : la perspective sur la monnaie change. Le traité de Versailles avait des implications économiques fortes mais qui requerraient beaucoup de travail pour être appliquées, et rien ne se passera comme il avait été prévu.
Sur le plan international et monétaire, le Royaume-Uni qui avait été au XIXe siècle la puissance dominante voit ce rôle décliner au profit des États-Unis qui hésitent, dans un premier temps, à assumer un rôle international de premier plan. Le dollar américain s'affirme peu à peu face à la livre sterling.
La crise de 1929 est exceptionnellement longue et dure, et impose des changements de conception. La seconde guerre mondiale, à son tour, impose ses contraintes économiques, tandis que les très importants progrès techniques de la période se traduisent lentement dans le système économique.
Sur le plan politique, la période voit l'application concrète de nouvelles doctrines politico-économique, communisme en URSS, fascisme en Italie et en Allemagne ; même dans le monde libéral, l'état accroit partout fortement ses interventions économiques et règlementaires, dans un but social (New Deal, front populaire, etc.)
Dans cet environnement instable ponctué de crises, à travers les écrits de Keynes qui participe activement au débat politique il est possible de saisir les questions que se posent au monde d'alors et de mieux percevoir le contexte de son œuvre majeure : la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie[30]. .
En 1919, Keynes participe à la Conférence de la Paix de Paris en tant que délégué du Trésor britannique. Il plaide pour une paix généreuse mais il n'est pas écouté et démissionne trois jours avant la signature du traité[31].
La même année, il publie Les Conséquences économiques de la paix qui deviendra vite un best-seller dans le monde entier (200 000 exemplaires vendus[32] que résume Schumpeter en ce terme : « le capitalisme du laissez-faire, cet épisode extraordinaire, a rendu l’âme en 1914[33]. »
Dans Les conséquences économiques, il compara le Traité de Versailles à une « paix carthaginoise », par référence à la rigueur du traité de paix à la fin de la Deuxième Guerre punique. Il y critique à la fois les clauses qu'il estime irréalistes du traité, l'oubli total de la dimension économique du problème et le comportement des principaux acteurs de cette conférence :
« Paris était un cauchemar et tout le monde y était mal à l'aise. Le sentiment d'une catastrophe imminente dominant la frivolité du spectacle, — la vanité et la petitesse de l'homme en face des grands événements, qui s'opposent à lui, — le sens confus et l'inexistence des décisions, — la légèreté, l'aveuglement, l'arrogance, les cris confus de l'extérieur, — tous les éléments de l'ancienne tragédie y étaient. En vérité, celui qui était assis au milieu des ornements théâtraux des salons officiels français pouvait se demander si les figures extraordinaires de Wilson et de Clémenceau, avec leur aspect et leurs signes distinctifs si marqués, étaient en réalité des visages véritables et non les masques tragico-comiques de quelque drame ou de quelque guignol », J. M. Keynes, Les Conséquences économiques de la paix, Introduction.Keynes dresse des portraits au vitriol de certains des acteurs du traité, notamment du Président Woodrow Wilson. Il dénonce le poids des réparations « exorbitantes » auxquelles doit faire face l'Allemagne et prédit la ruine de l'économie allemande[34].
En France, ce livre sera critiqué très vite, notamment par Jacques Bainville (Les Conséquences politiques de la paix)[35] dès 1920, et très longtemps puisqu'en 1946 Étienne Mantoux fera encore paraître une critique.
Son livre a joué un certain rôle dans le refus américain de ratifier le traité et de participer à la Société des Nations notamment à travers les extraits que Walter Lippmann[36] en fit paraître dans le New Republic. Plus tard Lippmann regrettera son rôle dans cette affaire.
Quoiqu'il en soit le succès du livre a établi rapidement la réputation de Keynes et lui a valu une grande célébrité en Europe et aux États-Unis[37].
Au milieu des années 1920, le Parti libéral anglais qui a été avec le Parti tory l'une des deux grandes forces politiques qui ont dominé la vie politique anglaise durant la seconde partie du XIXe siècle est sur le déclin et sur le point d'être dépassé par le Parti travailliste. Keynes qui est alors membre du Parti libéral ne se sent réellement en phase ni avec l'aile dure du Parti tory ni avec celle du Parti travailliste dont il craint qu'elles soient sur le point de donner le ton à la politique anglaise[38]. Il s'interroge dans deux articles sur ce que pourrait être un libéralisme adapté à l'époque.
Dans La fin du laissez-faire issu d'une communication faite le 6 novembre 1924 à la conférence annuelle de la Sidney Ball Foundation à Oxford et présenté à nouveau à l'université de Berlin en juin 1926, il exprime l'idée « qu'une page de l'histoire anglaise et occidentale a été irrémédiablement tournée au seuil du XXe siècle ; celle qui avait consacré un consensus autour du laissez-faire comme unique moyen d'accéder à la prospérité[39] ». Quand il s'interroge sur les raisons de l'« autorité du laissez-faire » au XIXe siècle, il émet plusieurs hypothèses :
- l'influence de l'école de Manchester et « les histoires éducatives de Miss Martineau et Mrs Marcet qui imprimèrent dans la mentalité populaire l'idée que le laissez-faire était la conclusion pratique de l'économie orthodoxe ». Sur ce point il estime que « l'expression la plus outrée et la plus dithyrambique de la religion de l'économie » se trouve dans le livre de Frédéric Bastiat[40], Les harmonies économiques ;
- le parallélisme étroit entre le laissez-faire et le darwinisme qu'Herbert Spencer fut le premier auteur de renom à reconnaître[41] ;
- les déficiences scientifiques du protectionnisme d'une part et du socialisme marxiste d'autre part[42].
À la Liberal Summer School qui s'est tenue à Cambridge en août 1925, Keynes prononce un discours intitulé Suis-je un libéral ? qui fut publié dans The Nation and Atheneum des 8 et 15 août 1925. Dans cet article, il déclare qu'« il n'y a pas place, sinon à l'aile gauche du Parti Conservateur, pour ceux qui sont attachés avec ferveur à l'individualisme à l'ancienne et au laissez-faire dans toute leur rigueur bien qu'ils aient grandement contribué au succès du XIXe siècle »[46]. Il pense qu'à l'avenir le gouvernement devra assumer de nombreuses tâches qu'il conviendra de décentraliser et de déléguer à des sociétés et à des organes administratifs semi-indépendants auxquels seront confiées les responsabilités gouvernementales, anciennes et nouvelles - sans pour autant porter atteinte au principe démocratique ou à la souveraineté en dernier ressort du Parlement[47]. Il suit John Rogers Commons qui distingue trois ordres économiques successifs : l'ère de la rareté, celle de l'abondance (qu'il situe au XIXe siècle) et enfin l'ère de la stabilisation dans laquelle ils pensent entrer[48]. Cette période est marquée par une diminution de la liberté individuelle liée surtout à la montée en puissance des grandes entreprises et des cartels, des corporations et des syndicats. Dans ces circonstances, pour lui, la véritable mission du nouveau libéralisme serait d'arriver à « contrôler et à diriger les forces économiques dans l'intérêt de la justice et de la stabilité sociale[49] », aussi en appelle-t-il à la définition d'« une politique nouvelle et des instruments nouveaux pour adapter et contrôler le jeu des forces économiques, de façon que celles-ci ne heurtent pas brutalement ce qu'on regarde aujourd'hui comme normal en matière de stabilité et de justice sociale[50] ».
Membre du Parti libéral depuis 1912, il écrit de nombreux articles pour la presse proche de ce parti principalement pour le Manchester Guardian, journal pour lequel il couvrira la Conférence monétaire internationale de Gênes en 1922. À partir des articles qu'il rédige à cette occasion, il composera son Tract on Monetary Reform (Essai sur la réforme monétaire) (1923), où il critique de la théorie monétaire classique et se prononce contre le retour de la Grande-Bretagne au système de l'étalon-or.
Aux élections de 1923, le Parti libéral est battu et lui succède un gouvernement travailliste dirigé par Ramsay MacDonald dont le chancelier de l'Échiquier Snowdon est favorable au retour à l'étalon-or[51]. Ce gouvernement ne tient que sept mois et est remplacé par un gouvernement conservateur dirigé par Stanley Baldwin dans lequel Winston Churchill est chancelier de l'Échiquier. Ce dernier annonce le retour à l'étalon-or et à la parité d'avant-guerre, Keynes alors écrit Les Conséquences économiques de M. Churchill (1925) où il prédit que cette parité sera impossible à maintenir et propose pour résorber le chômage une politique de grands travaux même si elle conduit à un déficit budgétaire. La politique de Winston Churchill conduit à une grève dure des mineurs auxquels on veut imposer une baisse des salaires en contre-partie de la réévaluation de la livre sterling. Le gouvernement de Stanley Baldwin viendra à bout de cette grève au bout de huit jours, mais cela provoquera une très forte tension à l'intérieur du Parti libéral entre Herbert Henry Asquith favorable à la ligne de Stanley Baldwin et Lloyd George favorable à une position plus conciliante. Cela conduira Keynes à s'éloigner d'Herbert Henry Asquith et à se rapprocher de Lloyd George[52]. Keynes participera à la rédaction en 1927 du Livre jaune du Parti libéral, intitulé Britain's Industrial Future. En 1928, il rédige avec Hubert Henderson une brochure intitulée Can Lloyd George Do It pour soutenir les mesures prévues dans le document du parti libéral, We can Conquer Unemployment[53]. Finalement, le Parti libéral perdra les élections et c'est le travailliste Ramsay MacDonald qui revient au pouvoir en 1929 avec Snowdon comme chancelier de l'Échiquier. La politique déflationniste menée par Winston Churchill ne sera définitivement abandonnée qu'en 1931[54].
Keynes en introduction du livre d'Hubert Henderson intitulé Supply and Demand[N 4] écrit en 1922 : « la théorie économique ne fournit pas un corps de conclusions établies immédiatement applicables à la politique. C'est une méthode plus qu'une doctrine, c'est une tournure d'esprit, une technique de pensée qui aide son possesseur à formuler des conclusions correctes... Avant Adam Smith cette tournure d'esprit n'existait pratiquement pas ». Pourtant Keynes n'abordera vraiment la théorie économique que relativement tard avec ce que Don Patinkin[55] nomme la « trilogie de Keynes », à savoir les deux tomes du Traité sur la monnaie (1930) et la Théorie générale (1936), son ouvrage majeur.
Le Traité sur la monnaie (A Treatise on Money) paraît en 1930. Pour Don Patinkin[56], Keynes qui est alors membre du Comité Macmillan chargé de « conseiller » le gouvernement de Ramsay MacDonald, n'aurait pas eu le temps de soumettre ses écrits à la critique d'autres économistes ni de réellement les réviser comme il l'aurait voulu. L'ouvrage se compose de deux volumes. Dans le premier intitulé La Théorie pure de la monnaie, Keynes définit d'abord la nature de la monnaie puis décrit ses origines historiques avant de présenter une théorie de la monnaie qui aborde à la fois les aspects statiques et dynamiques de la question[57]. Dans le volume deux intitulé La Théorie de la monnaie appliquée, Keynes procède d'abord à une étude empirique des variables critiques de sa théorie puis se focalise sur les grandes caractéristiques institutionnelles qui leur servent de cadre[58]. Enfin il expose les politiques monétaires dont les grands traits pour Don Patinkin[59]« découlent directement de son analyse théorique ». « Si le "cycle du crédit" est généré par l'altération des prix en lien avec les problèmes de coûts qui provoquent des profits (ou des pertes) puis une hausse ou (une baisse) de la production et de l'emploi alors, proclamait Keynes (comme avant lui Wicksell, Fisher, Pigou et après lui l'école de Chicago des années trente...) le moyen de stabiliser l'économie était de stabiliser les prix. Et continuait Keynes la variable majeure pour atteindre cet objectif était le taux directeur de la banque centrale qui devait être augmenté quand les prix montaient et abaissé quand ils baissaient ».
Ce livre qui comprend quelques uns des grands traits de ce qui deviendra la préférence pour la liquidité dans la Théorie générale[60] sera critiqué à sa sortie. Pour certains comme Gunnar Myrdal, Keynes reprendrait des thèses exposées depuis déjà longtemps par Knut Wicksell[61]. Don Patinkin met surtout l'accent sur deux points : les équations sont des tautologies et si « le livre a expliqué les forces qui provoquent l'expansion ou la contraction de la production.... [il] n'a pas explicité ce qui détermine le niveau réel à chaque période ». En préface de l'édition anglaise de la Théorie générale, Keynes[62] écrira que dans le Traité sur la monnaie « nous n'avions pas réussi à nous affranchir suffisamment de certaines idées préconçues ; et notre défaut d'émancipation se manifeste dans ce qui nous apparaît maintenant comme la faiblesse essentielle des parties théoriques de l'ouvrage (les livres III et IV), c'est-à-dire dans notre impuissance à fournir une explication complète des effets produits par les variations du volume de la production ».
Le Traité sur la monnaie fut discuté l'année qui suivit la parution par le Cambridge circus (cercle de Cambridge) comprenant parmi les membres les plus connus Richard Kahn, Joan et Austin Robinson, James Meade, Piero Sraffa et d'autres[63]. Par étapes va émerger ce qui deviendra la Théorie générale ouvrage qui vaut à Keynes d'être considéré comme une figure majeure de l'économie (certains vont jusqu'à dire qu'il est la « figure tutélaire[64] » de la macroéconomie moderne). Durant l'élaboration de ce livre, Keynes soumettra ses travaux non seulement à des membres du cercle mais aussi d'autres économistes comme Ralph George Hawtrey ou Dennis Robertson[65].
Keynes ne vise pas à « élaborer, comme les classiques, une théorie de l'allocation des ressources, pour un niveau de production donné, en fonction des prix relatifs[66] ». Au contraire comme il l'écrit en préface de l'édition anglaise, son livre se penche sur « les forces qui gouvernent les variations de volume de la production et de l'emploi dans son ensemble[67] ». Keynes veut se démarquer des « Klassiques » avec un K car classiques selon Keynes[68] qui regroupent à la fois de vrais classiques et certains néoclassiques. Pour lui le point-clé de la théorie « classique » est la loi de Say qui veut que l'offre crée sa propre demande. Keynes au contraire va se focaliser sur la demande effective ou « plus précisément sur la demande prévue pour la production vue comme un tout[69] ». Pour Keynes une demande effective insuffisante peut conduire à un équilibre stable de sous-emploi[70].
Si l'on en croit Don Patinkin[71], dans la Théorie générale, « la voix est celle de Marshall mais les mains sont celles de Walras ». Pour cet économiste américain, Keynes en réduisant le nombre de variables-clé rend possible une utilisation pratique de l'équilibre général, c'est-à-dire que des enseignements intéressants pour le monde réel peuvent en être tirés[72]. Cette interprétation de Keynes inaugurée par l'article de 1937 de John Hicks intitulé Mr. Keynes and the Classics puis par le livre d'Alvin Hansen A Guide to Keynes de 1949 marquera la façon dont Keynes est perçu jusqu'à nos jours dans les manuels d'économie[73]. Mais l'œuvre de Keynes est susceptible d'être interprétée d'autres manières. Olivier Favereau[74] distingue dans les écrits même de Keynes deux projets : un projet pragmatique repris par l'école dite de la synthèse néo-classique et un projet plus radical qui va inspirer en France l'école dite de l'économie des conventions.
Pour expliquer pourquoi ce livre que Paul A. Samuelson[75] juge « mal écrit, mal construit » va marquer autant l'économie, plusieurs arguments ont été avancés : d'une part Keynes a aidé les pays occidentaux à mettre fin au chômage et à la dépression dans un cadre démocratique[76] ; d'autre part la révolution théorique keynésienne intervient en même temps que la révolution opérée par Colin Clark et Simon Kuznets dans la mesure du revenu national[77] ; enfin John Hicks et d'autres jeunes économistes redécouvrent Léon Walras et réussissent une synthèse des deux courants[78].
Une crise cardiaque en 1937 va tenir Keynes éloigné de l’action publique jusqu’au déclenchement de la guerre[79]. Durant la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à sa mort il jouera un rôle relativement important même s’il fut juste « Keynes », le conseiller du ministre des finances et qu’il se décrivit comme un « demi-semi-officiel »[80]. Durant cette période, il fut un des négociateurs du Lend-Lease et des accords de Bretton Woods.
Keynes a évolué dans ses positions publiques sur le libre-échange et sur l’opportunité du protectionnisme. Dans une série d’articles publié en 1922, dans le Manchester Guardian Commercial sur le thème de la reconstruction européenne, il se montre très en faveur du libre-échange[81]. En 1923, il est très critique envers les passages du programme des conservateurs en faveur de mesures protectionnistes. À partir de 1924, sa position sur le sujet évolue. En janvier 1928, il écrit « le libre-échange dans le futur ne doit pas être basé sur les avantages abstrait du laissez-faire que peu acceptent aujourd’hui mais sur les opportunités et les avantages concrets d’une telle politique[82] ». Mais d’un autre côté, il se décrit comme « terriblement effrayé par le protectionnisme comme politique de long terme[83] ». Au printemps 1931 il est en faveur de droits de douane puis suite à la dévaluation de la Livre sterling, il devient contre et s’oppose en 1932 aux conservateurs qui utilisent ses arguments de 1931 pour établir des barrières douanières[84]. Dans son œuvre majeure la Théorie générale il n’aborde guère ce point mais le raisonnement est implicitement fait en économie fermée[85]. Dans les négociations sur la reconstruction d’un système économique international, même si pour Eichengreen[86] Keynes était d’accord sur la désirabilité de réductions tarifaires, il va surtout se focaliser sur les institutions financières internationales qu’il considérait comme un préalable[87].
Dans How to Pay the War? publié en 1940, Keynes cherche la façon de financer la guerre sans générer de l’inflation[88]. Néanmoins, la Grande Bretagne sera très vite à court financièrement et les États-Unis leur proposeront le Lend Lease (crédit-bail). Il s’agissait de fournir du matériel à la Grande-Bretagne qui paierait plus tard. Toutefois au terme de l’article VII ce pays devait accepter de revenir aux principes du libre-échange. Cet article provoqua la colère de Keynes qui bien que n'étant pas impérialiste en soi n’était pas préparé à renoncer à la préférence impériale[89]. Cordell Hull le ministre des affaires étrangères de Roosevelt, son conseiller spécial Léo Pasvolsy de la Brookings Institution ainsi que Moulton le directeur de cette institution avaient depuis le début des années trente préconisé d’établir au niveau international « un système de libre marché fort et bien construit[90] ». Dans cette optique, le département d’Etat (le ministère des affaires étrangères) voulait créer une organisation internationale du commerce pour servir de support à l’article VII [91] alors que Keynes voulait d’abord traiter les problèmes monétaires[92].
Aussi bien John Maynard Keynes que les Américains étaient d’accord sur la nécessité de rebâtir un système monétaire mondial, mais les vues étaient différentes. Keynes était pour un Système de compensation mondial et une monnaie internationale, le Bancor[93]. Il établit plusieurs moutures à cet effet en 1941. De leur côté les Américains présentèrent le Plan White qui finalement a servi de base aux accords de Bretton Woods. Les principaux points en étaient un système de changes fixes par rapport au dollar lui-même convertible en or et la création de deux institutions le Fonds monétaire international et la Banque mondiale[94]. Durant la conférence de Bretton Woods, Keynes dirigea la commission sur la Banque mondiale tandis que Harry Dexter White présidait celle sur le FMI[95]. Keynes était opposé à ce que les Américains aient la présidence de la Banque mondiale et voulait que les pays puissent adhérer à la fois à la Banque des règlements internationaux et au FMI[95], ce qu’il obtint. Pour Don Patinkin[96], les taux de change fixes avec marge de fluctuation du système de Bretton Woods sont une réminiscence des écrits de Keynes sur les points-or du Traité sur la monnaie.
Keynes raisonne d'emblée au niveau macro-économique et considère que la « théorie classique n'est applicable qu'au cas du plein emploi[97] ». Or écrivant durant la période de crise de l'entre-deux guerres ce qui l'intéresse c'est ce qui se passe en période de sous-emploi. De cela découlent deux points clés : l'offre ne crée pas comme chez Jean-Baptiste Say sa propre demande mais dépend de la demande effective ; à la différence des classiques la monnaie n'est pas un « voile » mais influe sur l'économie réelle.
La demande effective est la demande anticipée par les entrepreneurs. Ces derniers calculent la production qu'ils doivent réaliser afin de d'offrir la quantité optimale de biens et de services demandée par les agents économiques. Le sous emploi des facteurs de production est selon Keynes dû au fait que les entrepreneurs ont des anticipations pessimistes et sous-estiment la demande effective. Keynes à la différence de Jean-Baptiste Say et des néo-classiques ne raisonne pas dans le cadre d'une « parfaite rationalité des agents et... d'une information parfaite sur la situation présente et future[98] » aussi la demande effective dépend de prévisions d'agents qui peuvent ne pas conduire au plein emploi.
Pour Keynes, le salaire n'est pas seulement un coût, c'est aussi un déterminant important de la demande. Par ailleurs, pour Keynes, le mécanisme des prix sur le marché du travail n'aboutit pas usuellement au plein emploi d'où l'introduction de la notion de chômage involontaire.
- Pour les classiques l'offre de travail par les salariés dépend du salaire réel w/p. S'il y a du chômage c'est que le salaire réel w/p (w salaire nominal et p indice des prix) est supérieur à la productivité marginale du travail PmL. Le chômage ne peut être que volontaire c'est-à-dire venant du refus de travailler au nouveau salaire d'équilibre. Pour Keynes au contraire le refus des salariés de voir leur salaire baisser est finalement une bonne chose car elle évite une spirale déflationniste[99]
- Pour Keynes les salaires nominaux w ne peuvent pas baisser pour plusieurs raisons
-
- il y a une viscosité des salaires nominaux liés à la négociation des contrats[100]
- une baisse des salaires nominaux entrainerait une contraction de la demande qui provoquerait à son tour une baisse de la production. Alors que pour Jean-Baptiste Say l'offre crée sa propre demande. Pour Keynes, une demande effective insuffisante va déterminer une offre qui ne correspondra pas à une situation de plein emploi. « le seul fait qu'il existe une insuffisance de la demande effective peut arrêter et arrête souvent l'augmentation de l'emploi avant qu'il ait atteint son maximum »[101]. De sorte que pour lui le chômage peut être involontaire.
En économie fermée[104] la demande effective D est égale à la somme de la consommation (C) et de l'investissement (I).
Fonction de consommation
-
C = cY + b
- C : consommation
- c : propension marginale à consommer.« La loi psychologique fondamentale, à la quelle nous pouvons faire toute confiance, à la fois a priori en raison de notre connaissance de la nature humaine et a posteriori en raison des enseignements détaillés de l'expérience, c'est qu'en moyenne et la plupart du temps les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît, mais non d'une quantité aussi grande que l'accroissement du revenu »[105]. Aussi pour Keynes[106] si C est la consommation et Y revenu alors dC/dY c'est-à-dire la propension marginale à consommer est positive et inférieure à un
- Y : revenu
- b : consommation incompressible ou revenu désépargné.
- I = Investissement
- Y = C + I
- et Y = C + S
- donc I = S ou S = Y − C
Pour Keynes, l'investissement I dépend du taux d'intérêt et de l'efficacité marginale du capital qu'il définit comme « le taux d'escompte qui, appliqué à la série d'annuités constituée par les rendements escomptés de ce capital pendant son existence entière, rend la valeur actuelle des annuités égale au prix d'offre de ce capital[109] ». Si l'efficacité marginale est supérieure au taux d'intérêt, l'entreprise investira sinon il vaudra mieux placer l'argent. Aussi plus le taux d'intérêt est faible et plus les entreprises auront tendance à investir.
Le multiplicateur de l'investissement I dans le cas le plus simple est égal 1/(1-c)
C'est à dire qui si nous investissons 100 € et si c la propension marginale à consommer est de 0,8 alors la demande effective sera augmentée de 100 × 1/(1 − 0,8) = 100 × 5 = 500 €
Keynes a repris l'idée de multiplicateur à l'économiste R. F. Kahn[110].
Pour Keynes, nous désirons de la monnaie pour trois raisons :
- motif de transaction « i.e. le besoin de monnaie pour la réalisation courante des échanges personnels et professionnels »[111]
- motif de précaution « i.e. le désir de sécurité en ce qui concerne l'équivalent futur en argent d'une certaine proportion de ses ressources totales »[112]
- motif de spéculation « i.e. le désir de profiter d'une connaissance meilleure que celle du marché de ce que réserve l'avenir »[113]
-
- L1 = uY avec u > 0
-
-
L2 = vi + L0 avec v < 0 pour deux raisons :
- plus le taux d'intérêt est faible et moins nous avons intérêt à placer l'argent.
- plus le taux d'intérêt baisse « plus la probabilité que son mouvement se retourne à la hausse augmente, ce qui incite à détenir son épargne sous forme d'encaisses monétaires plutôt que de prendre le risque croissant d'essuyer des moins-values sur les obligations, dont les cours sont en train d'atteindre les sommets... »[115]
-
L2 = vi + L0 avec v < 0 pour deux raisons :
- Mo = L1(Y) + L2(i)
Le modèle IS/LM est un modèle économique proposé par John Hicks en 1937[116] et aménagé par Alvin Hansen (d'où son autre nom de modèle Hicks-Hansen), pour transcrire de façon formalisée la Théorie générale de John Maynard Keynes. Il est devenu le « modèle standard » en macroéconomie. Il appartient au courant dit de la synthèse néo-classique. En dépit de sa relative simplicité, et malgré les contestations dont il a été l'objet notamment à la fin des années 1970, il reste le plus couramment enseigné.
Ce modèle se compose de deux courbes
- Une courbe IS représentant tous les couples de valeurs d'équilibre (i, Y) sur le marché des biens et services, (investments and savings, d'où IS),
- Une coube LM représentant tous les couples (i, Y) d'équilibre sur le marché monétaire (liquidity preference and money supply, d'où LM).
Ce terme révolution keynésienne est le titre d'un livre de Lawrence Klein paru en 1947. Révolutionnaire la théorie keynésienne l'est par rapport à la théorie classique sur bien des points. Mais l'œuvre de Keynes arrive aussi à un moment où au niveau juridique et politique le rôle du gouvernement ou, en France de l'État, va connaître un élargissement. D'une certaine façon ses mouvements vont se fondre et de cette fusion déboucheront des keynésianismes assez différents selon les pays[N 5]. Dans le domaine de l'économie, pour Beaud et Dostaler, la révolution keynésienne en masque une autre : la mathématisation de cette discipline[117].
Selon Gilles Dostaler, pour Keynes « les grands hommes d'Etat ont pour tâche, entre autres, de prévenir les révolutions[118] » et il considérait que « les caractéristiques psychologiques des individus qui sont en position d'agir sur les évènements ont [...] une grande importance dans l'histoire ». Lui-même ne fut jamais un politique et déclina le poste de député de l'Université de Cambridge (à l'époque cette université élisait un député au Parlement). Malgré tout il fut extrêmement actif en tant que conseiller — pas assez écouté à son gré — et comme auteur tant d'articles de journaux que d'articles plus scientifiques.
Sur le plan des idées politiques, Keynes[119] a subi l'influence de Edmund Burke et des nouveaux libéraux notamment de Leonard Trelawny Hobhouse qu'il ne cite pourtant jamais. Concernant le premier, il a écrit en 1904, un manuscrit inédit intitulé The Political Doctrine of Edmund Burke[120]. Selon Dostaler, Keynes en décrivant Burke semble se dépeindre : il trouve qu'il est plein de contradiction « simultanément conservateur et libéral, libre-échangiste et impérialiste, apôtre de la Révolution anglaise et adversaire de la Révolution française[121] ». Par ailleurs, il lui trouve un certain égotisme pas déplaisant chez les grands hommes. Deux traits de la pensée d'Edmund Burke provoquent son adhésion : d'une part comme lui, il pense qu'il est dangereux de sacrifier un bien présent pour un bien futur tant le futur est incertain; d'autre part il considère que « le titre de gloire de Burke dans le domaine de la politique est la doctrine de l'"expediency" »[122]. Toutefois contre Burke, il est pour une intervention du gouvernement et de la loi dans l'économie et il est très critique envers les inégalités[123].
Malgré tout, pour Dostaler, il existe chez Keynes une certaine pente technocratique et élitiste. « Pour Keynes en effet, à l'image de la société, un parti doit être dirigé par une élite éclairée plus précisément par l'union d'un leadership fort et de conseillers d'élite ». Cette pente aristocratique irritera Harry Dexter White à Bretton Woods, tout comme le premier ministre travailliste Ramsay MacDonald s'était senti vexé lorsqu'à la sortie d'une réunion il lui avait déclaré « qu'il se considérait comme le seul véritable socialiste présent ! ». A rebours, elle a facilité ses contacts avec Winston Churchill durant la seconde guerre mondiale.
Keynes, nous l'avons vu, récuse la loi de Say. Il en découle que le marché laissé à lui-même a peu de chance d'atteindre un optimum économique. Pour Don Patinkinw[124], le manque de foi de Keynes dans le processus d'équilibrage du marché dans un contexte macroéconomique ne date pas de la Théorie générale mais est également présent dans The Economic Consequences of MrChurchill de 1925. Quoiqu'il en soit dans un tel contexte, le gouvernement doit fournir un ensemble d'incitations au marché à travers des politiques économiques budgétaires et monétaires afin d'arriver au meilleur état possible. Contre Lord Beveridge qui pensait qu'un taux de plein emploi inférieur à 3% pouvait déclencher des pressions inflationnistes, Keynes fixait ce taux à 4,5% [125]. Durant la seconde guerre mondiale il fut en faveur d'une socialisation des investissements et pour un contrôle assez large de l'activité économique par l'État. [126]
Si Keynes va donner un fondement théorique à la politique économique, son oeuvre sera profondément approfondie par l'école de la synthèse néo-classique qui doit beaucoup à Harvard et au MIT. Alvin Hansen professeur à Harvard plaide dans son livre de 1947 nommé Economic Policy and Full Employment, pour une reconstruction d’une économie de marché dotée de nouvelles institutions incluant une stabilisation des fluctuations économiques par la gestion de la demande globale[127]. Il est en phase avec les termes d’une conférence tenue par Walter Lippmann[N 6]. à Harvard en 1934 et publiée sous le titre de The Method of Freedom. Dans ce texte, dans une démarche qu’il inscrit dans la méthode expérimentale issue de Edmund Burke, Lippmann soutient que le standard de vie des citoyens et le « management » de l’économie constituent une responsabilité collective et pas seulement individuelle [128]. Ces politiques qui sont qualifiées souvent de keynésiennes ont été mises en place dans des cadres institutionnels très différents selon les pays :« étatisme libéral au Japon et en Allemagne, tradition sociale-démocrate en Europe du Nord, interventionnisme et colbertisme en France »[129].
Keynes insiste sur « l'incertitude face au futur, l'absence de déterminisme, l'ignorance. Comme l'homme de la rue, le décideur est confronté à cette réalité. Il n'y pas de lois naturelles, de sens de l'histoire, de telle sorte que les acteurs ont un rôle important à jouer. Ces acteurs, ce sont les décideurs, les hommes d'État qui ont l'œil sur le futur lointain et les politiciens qui ont le nez collé sur les problèmes immédiats. Les caractères psychologiques des individus qui sont en position d'agir sur les événements sont d'une grande importance dans l'histoire. Il attribue à la faiblesse des hommes d'État et des politiciens, à leur médiocrité, à leur stupidité et à leurs préjugés, les difficultés sociales, politiques et économiques....l'homme d'État et le penseur social doivent lutter pour que naisse le monde caractérisé par le calme, la stabilité et le progrès social, et par le respect de règles, des conventions et des traditions[130]. » Keynes insiste sur l'incertitude dans A Treatise of Probability un ouvrage qui influencera la pensée l'approche des phénomènes financiers et monétaires de Hyman Minsky.
Selon Mooridge, Keynes débutait avec une intuition, puis utilisait tous les outils formels et mathématiques à sa disposition pour détailler et prouver cette intuition, et ce n'est que s'il n'y parvenait pas qu'il tentait d'inventer de nouveaux instruments d'analyse. Il croyait surtout que la mathématisation ne dispensait pas d'avoir une science morale, ce qui le mènera à sa conception de l'économie comme étant un art plutôt qu'une science. Il critique aussi sévèrement, autant sur le plan technique que sur le plan logique, la nouvelle science économétrique, l'accusant entre autres de dénaturer la logique intellectuelle de la modélisation en tentant d'ancrer le modèle dans la réalité avec des paramètres concrets[131].
Certains auteurs avant Keynes avait mis l'accent sur l'importance de la demande et mis en cause la loi de Say qui veut que l'offre crée sa propre demande.
Thomas R. Malthus avait noté qu'une partie des revenus était épargnée ce qui pouvait provoquer un recul de l'activité économique. Par ailleurs, les produits ne s’échangent pas uniquement contre des produits, mais s’échangent aussi contre du travail. Or certains travaux sont improductifs (comme ceux des domestiques) alors que d’autres sont productifs ; il en résulte que le niveau de la production et le niveau de la demande ne sont pas nécessairement identiques. Le système capitaliste peut donc craindre une insuffisance de débouchés[132].
Aux Etats-Unis, Foster et Catchings [133] dans deux ouvrages "Business Without a Buyer" (1927) et surtout "The Road to Plenty" (1928) ont mis l’accent sur l’importance de la consommation dés avant la crise de 1929 et remis en cause la loi de Say.
Pour Olivier Favereau, la Théorie générale contient deux projets : un projet radical et un projet pragmatique en faveur duquel Keynes aurait arbitré « lorsqu'il prit conscience (en 1933) du degré d'imprégnation de l'orthodoxie classique au sein du "jeu de langage" (au sens de Wittgenstein) que pratiquent les économistes[134] ». D'une certaine façon les disciples de Keynes peuvent être classés en deux grands groupes selon qu'on considère qu'ils acceptent un partie de l'orthodoxie néoclassique ou qu'ils la récusent. Incontestablement, les néo-keynésiens de l’école de la synthèse néo-classique font parti du premier groupe. Ils ont constitué le courant dominant de la révolution keynésienne de 1945 au début des années soixante dix. Au cours des années cinquante ce courant ancrés dans les grandes universités américaines proches de Boston (Harvard et MIT) a eu à lutter contre les postkeynésiens de l’université de Cambridge, Angleterre, ce qui donna lieu notamment à la controverse des deux Cambridge.
Si le courant de la synthèse néoclassique a été dominant jusqu'aux années soixante-dix, à la fin des années soixante, il a subi les assauts des membres de la théorie du déséquilibre, puis de l’école monétariste de Chicago et enfin de la nouvelle macroéconomie classique. Si les nouvelle économie keynésienne a pris la relève, au niveau macro-économique leurs modèles continuent d’être utilisés par les gouvernements et les grandes institutions économiques[135]. Par ailleurs, au niveau universitaire, les principaux livres d’économie publiés aux Etats-Unis portent encore leur empreinte [136]
La synthèse néo-classique centrée sur le modèle IS/LM est l’œuvre de John Hicks son article de 1937 Mr Keynes and the « classics » a joué un rôle architectonique tout comme l’article de 1944 de Franco Modigliani Liquidity Preference and the Theory of Interest and Money. Le modèle a été popularisé par Alvin Hansen et par le livre de Paul Samuelson, l’économique dont la première édition date de 1948. Pour Walter Heller qui présida le Council of Economic Advisers sous l'administration de John Fitzgerald Kennedy la révolution keynésienne a trois sources : John Maynard Keynes, l'américanisation de Keynes par Alvin Hansen et la « la "modernité" des années cinquante et soixante »[N 7]
En 1962, le modèle IS-LM s’est ouvert à l’économie internationale avec ce qui est maintenant connu comme le modèle de Mundell-Fleming.Très vite des économistes comme Abba Lerner ont compris le rôle que pouvait jouer les politiques économiques. Se concevant plus selon Gregory Mankiw [137] comme des ingénieurs que comme des scientifiques, ils ont développés des outils à aider les politiques à prendre des décisions. C’est ainsi qu’ils ont contribué à la construction de modèles macroéconomiques destinés à aider les gouvernements à évaluer les impacts des politiques budgétaires, monétaires sur l’inflation et l’emploi. Parmi les économistes qui ont participé à ce mouvement, nous pouvons citer : Jan Tinbergen, James Meade, Robert Mundell, Robert Solow et bien d’autres. Cette façon de penser l'économie plus en ingénieur qu'en scientifique a permis à de nombreux néo-keynésiens comme de nos jours aux nouveaux keynésiens de devenir conseillers des gouvernements et des institutions internationales.
La courbe de Phillips quant à elle, est introduite dans le corpus néo-keynésien à partir de la fin 1959 par Paul Samuelson et Robert Solow et Robet Lipsey. Ils voient dans cette courbe la possibilité d'arbiter entre inflation et chômage. Initialement ce qui intéressait Phillips c'était surtout d'étudier l'influence sur chômage sur le niveau des salaires[138]. Avec ce nouvel outil finit de se diffuser ce que Michel Beaud et Gilles Dostaler appellent un "keynésianisme hydraulique" c'est-à-dire « un keynésianisme simplifié, réduit à une mécanique des quantités globales ou à un hydraulique de fux et entièrement vidé des dimensions essentielles de Keynes : le temps, l'incertitude non probabilisable, les anticipations et donc la prise en compte des phénomènes monétaires.. »[139].
Gregory Mankiw[140] distingue trois grandes vagues critiques.
- D'abord, l’école monétariste de Chicago avec Milton Friedman va s'attaquer à ce qui constitue dans la période de « stagflation » ( inflation croissante sans réduction du chômage) le point faible du modèle néoclassique : la courbe de Phillips. L'attaque de Milton Friedman s'inscrit à l'intérieur du cadre IS/LM et va mettre en avant la notion de chômage naturel au quels les néokeynésiens répondront par le concept de taux de chômage n'accélérant pas l'inflation NAIRU (voir Différence entre le NAIRU et le taux de chômage naturel). Pour Franco Modigliani« le trait distinctif de l'école monétariste et le véritable sujet de désaccord avec les non-monétaristes n'est pas le monétarisme mais plutôt le rôle qu'on devrait probablement assigner aux politiques de stabilisation...le principal message d'ordre pratique de la Théorie générale [est] qu'une économie d'entreprise privée utilisant une monnaie intangible a besoin d'être stabilisée, et dès lors devrait être stabilisée par des politiques monétaires et fiscales appropriées. Au contraire les monétaristes considèrent qu'il n'y a pas de besoin sérieux de stabiliser l'économie »[141]
- La seconde attaque vient de la nouvelle macroéconomie classique (Robert Lucas Jr-« Prix Nobel » d'économie 1995-, Thomas Sargent, Robert Wallace etc.). Elle repose sur trois grands principes[142] : 1) Les marchés sont en équilibre car les prix y jouent le rôle qui leur est assigné par la théorie walrassienne; 2)les agents traitent de façon optimale une information imparfaite dont l'acquisition est coûteuse; 3)les agents font des anticipations rationnelles. Il résulte de cela que contrairement à la courbe de Phillips il n'y a pas d'arbitrage entre inflation et chômage. Par ailleurs Robert Lucas Jr est critique avec l'économétrie. Ce point constitue pour Gregory Mankiw le point faible de cette théorie, comme celle du cycle réel car, cela les empêche de recourir à des pratiques proche de l'ingénierie appréciées des politiques [143].
- La troisième attaque fut celle de la théorie des cycles réels popularisée par des économistes tels que Finn E. Kydland (« Prix Nobel » d'économie 2004), Edward C. Prescott (« Prix Nobel » d'économie 2004). Cette approche « considère que les fluctuations sont générées par des chocs au niveau de la productivité, heurtant des économies dans lesquelles les marchés sont continuellement en équilibre »[144]. Kydland et Prescott dans leur article de 1977 Rules Rather than Discretion ont mis l'accent sur la crédibilité des politiques économiques qui supposent que les dirigeants n'abusent pas d'expédients.
Gregory Mankiw [145] considère la Théorie du déséquilibre comme étant la première vague de la nouvelle économie keynésienne. La seconde vague de nouveaux keynésiens pour lui cherchera avec Stanley Fischer à intégrer les anticipations rationnelles dans un contexte de déséquilibre de marché, tandis que l'objectif de la troisième vague sera de comprendre pourquoi certains marchés sont déséquilibrés.
Les post-keynésiens reprennent ce qu'il y a de plus radical chez Keynes à savoir l'incertitude radicale, l'analyse circuitiste, l'endogénéité de la monnaie... Il ne faut donc pas les confondre avec la synthèse néo-classique Il existe plusieurs écoles dites post-keynésiennes (la classification est plus ou moins changeante[146]).
- les keynésianistes de longue période comme Roy Forbes Harrod.
- les keynésianistes du chapitre XII comme G. L. S. Schackle.
- la macroéconomie kaleckienne qui part d'une synthèse entre le marxisme et le keynésianisme. Elle a été initiée par les travaux de Michal Kalecki.
- l'école de Cambridge ou post-cambridgiens. On y trouve des économistes renommés comme Nicholas Kaldor, Joan Robinson, Michal Kalecki, Piero Sraffa.
- l'école du circuit en France avec Frédéric Poulon, Schmitt, Barrère, Marc Lavoie, qui remettent au goût du jour les théories des physiocrates. Ils se focalisent sur la circulation monétaire. Ils développent en parallèle des réflexions très critiques envers la microéconomie.
Hayek estimait que John Maynard Keynes ne possédait que des connaissances limitées en théorie économique[147]. Pour lui les politiques keynésiennes de relance économique, fondées sur l'utilisation du budget public, conduisaient à terme à la fois à l'inflation, à la stagnation économique et au chômage.
Selon Jacques Rueff à l'issue de la première guerre mondiale, tous les gouvernements européens avaient affiché leur intention de ramener leurs monnaies à la même parité or qu'elles avaient avant-guerre. Au plan pratique, un tel objectif revenait à attendre de tous les acteurs de l'économie qu'ils ajustent de façon symétrique les tarifs de leurs contrats, selon une démarche accompagnant la baisse générale des prix induite par la réévaluation-or de la monnaie. Les gouvernements de l'époque pensaient que cet ajustement déflationniste suivrait simplement le chemin inverse de l'ajustement inflationniste qui l'avait précédé[148]. Un des points de controverse entre Jacques Rueff et Keynes était de savoir si une telle politique était possible. Pour Rueff la réponse était oui, pour Keynes elle était non, pas simplement à cause des conflits sociaux mais également à cause des problèmes liés à des anticipations négatives. Au plan pratique, un tel objectif revenait à attendre de tous les acteurs de l'économie qu'ils ajustent de façon symétrique les tarifs de leurs contrats, selon une démarche accompagnant la baisse générale des prix induite par la réévaluation-or de la monnaie. Les gouvernements de l'époque pensaient que cet ajustement déflationniste suivrait simplement le chemin inverse de l'ajustement inflationniste qui l'avait précédé[149]. Or la pratique s'avéra beaucoup plus problématique, notamment en raison du refus de syndicats de voir les salaires ou les montants nominaux des asurances sociales diminuer en symétrique de la réévaluation de la monnaie.
De 1919 à 1940, l'Angleterre n'eut jamais moins d'un million de chômeurs, premier cas de chômage de masse durable et là aussi Keynes et Rueff sont en désaccord sur les raisons [150][151]. [152][153].
En France une revue marxiste la "Nouvelle critique" a consacré à Keynes une série d'article parus en mars, mai, juin , juillet, août 1949. De son côté, Charles Bettelheim a publié quelques articles parus dans la Revue internationale à la fin des années quarante, début des années cinquante. Pour Cros[154], la critiques marxiste à cette époque est double :« Keynes a présenté une théorie qui méconnait les vérités scientifiques définitivement établies par Marx »;« Keynes fait partie de cette catégorie d'auteurs particulièrement dangereux pour la marche du processus révolutionnaire : les réformistes ».
Keynes a écrit de nombreux livres et articles. Aussi il est intéressant de présenter à la fois une sélection de ses travaux et une liste complète. Notons que Donald Moggridge a édité les œuvres complètes de Keynes disponibles dans certaines bibliothèques universitaires. Sa personne et son œuvre ont fait l'objet de nombreux travaux. Les principaux articles et études consacrés à Keynes de 1936 à 1981 ont été regroupés dans un recueil comprenant 150 contributions[155].
- Liste des économistes célèbres
- Concours de beauté de Keynes
- Modèle IS/LM
- Economie des conventions
- Des textes de Keynes sont disponibles sur un site de l'Université du Québec à Chicoutimi Textes sur Les Classiques des sciences sociales (Attention : copyright variable selon les pays)
- La lettre à Roosevelt est consultable sur le New Deal Network [6]
- Keynes vu par la cepa ( Newschool New York)
- Biographie de Keynes, John Maynard
- Petite histoire de la famille de Keynes
- Biographie John Maynard Keynes avec des détails
- Keynésianisme
- ↑ "For Keynes was, for want of a better word, a "neoliberal", perhaps the earliest. By his own admission, Keynes lay at the "liberal socialist" end of the broad spectrum of political and social thought that runs to Ludwig von Mises, Hayek and successors such as Milton Friedman at the other" Moggridge, 1976, p.42
- ↑ C'est grâce à lui que l'on divise l'économie en deux: économie positive et économie normative. En même temps, il introduit la notion de l'art des sciences économiques (des sciences économiques appliquées). Cfr John Neville Keynes
- ↑ « John Maynard Keynes… repéré en 1900 par l'un de ses professeurs d'Eton… Très jeune, il assiste à des réunions de salon très animées entre quelques éminents intellectuels victoriens », in Evelyne Jardin, « Keynes John Maynard », L'abécédaire des sciences humaines, Sciences humaines, hors-série, n° 38, septembre/octobre/novembre 2002.
- ↑ Keynes, introduction du livre d'Hubert Henderson, 1922, Supply and Demand, édition de 1926, p. v. « The Theory of Economics does not furnish a body of settled conclusions immediately applicable to policy. It is a method rather than a doctrine, an apparatus of the mind, a technique of thinking which helps its possessor to draw correct conclusions. Its is not difficult in the sense in which mathematical and scientific techniques are difficults; but the fact that its modes of expression are much less precise than theses, renders decidelly difficult the task of conveying it correctly to the minds of learners. Before Adam Smith this apparatus of thought scarcely existed. »
- ↑ " Ces idées ont pu être reçus, après la guerre, aussi bien par des libéraux et des radicaux anglo-saxons que par des travailistes britanniques, des sociaux-démocrates et socialistes réformateurs d'Europe, ou encore par des chrétiens démocrates, des réformateurs sociaux, des tenants du développement économique national, héritiers de colbert, List ou Carey" cité in Beaud et Dostaler, 1996, p.86
- ↑ Pour le professeur Goodwin, « In fact, the essential Keynesian policy message was delivred to a large Harvard audience in the Godkin lectures of May 1934 by Walter Lippmann published as a book entitled The Method of Freedon (1935) » Goodwin C.D. (1995), "The Promise of expertise: Walter Lippmann and policy sciences", Policy Sciences, 28, Kluwer Academic Publishers, Netherlands, p.336
- ↑ Voir livre de Heller Nouvelles Perspectives de la politique économique Paris Calman-Lévy, 1968. Citation extraite de Beaud et Dostaler, 1996, p.93
- ↑ John Maynard Keynes, 1883-1946
- ↑ Denis Clerc, 2000, p. 66 et Herland, 91, p. 52
- ↑ Estewell, 1987, p.47
- ↑ Voir Hoover, 2003
- ↑ John Maynard Keynes est né dans un milieu bourgeois victorien caractérisé par le sens des affaires, le goût des belles choses, l'intellectualisme et l'élévation morale [1]
- ↑ Skidelsky, 2003, p.40
- ↑ Mooridge, Maynard Keynes. An Economist's Biography, p. 25-29.
- ↑ Skidelsky (2003), p. 50
- ↑ Beaud, 1993, p. 36
- ↑ Beaud, 1993,p. 36
- ↑ La vie et l'œuvre de Keynes
- ↑ John Maynard Keynes y étudie sous la direction de A. Marshall (La vie et l'œuvre de Keynes).
- ↑ Beaud, 2001, p.17
- ↑ Ronald Steel, 1998, Walter Lippmann and the American Century, Transaction Publishers, p.306.
- ↑ (en) Escoffier, Jeffrey. "Keynes, John Maynard." In Glbtq: An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture. glbtq, Inc.: Chicago, 2004
- ↑ voir article du New York Times 12 juin 2003
- ↑ J. Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, Paris, Galimard, 1983, Tome 3, p.563]
- ↑ Sidelsky, 2003, p. 105
- ↑ Skidelsky, 2003, p.108
- ↑ Skidelsky, 2003, p.110
- ↑ A. Samuelson, Les grands courants de pensée économique, PUG, 1990, p.397
- ↑ Don Patinkin, 1987, p.19
- ↑ . Le parti libéral était un parti de centre-gauche formé par l'association du parti whig et des radicaux influencés par la pensée de Jeremy Bentham
- ↑ Dostaler, 2005, p.286
- ↑ Moggridge, 1976, p.62
- ↑ Dostaler, 2005, p.286
- ↑ Sidelsky, 2003, pp.161-162
- ↑ Dostaler,2005, pp.134-135
- ↑ Skidelsky, 1945, pp.674-675
- ↑ C'est un peu la démarche que recommande Gilles Dostaler Keynes et la politique, p.4
- ↑ Keynes, qui était membre de la délégation britannique à la Conférence de Paris et qui en démissionna en avril 1919 pour rédiger son pamphlet, explique aux Européens qu’un comportement généreux serait le calcul le plus réaliste. Réintégrer l’Allemagne au flux normal des relations économiques — en un mot renoncer aux réparations — signifierait assurer sa propre prospérité et panser rapidement les plaies de la Grande Guerre (Le rôle clé de l'Allemagne en Europe).
- ↑ Clerc (2000), p. 64
- ↑ Joseph Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, Paris, Galimard, 1983, tome 3, p. 567
- ↑ l'hyper-inflation allemande qui succèdera à la guerre sera évoquée à l'appui de ses thèses
- ↑ "L'ouvrage retentissant de Keynes est un pamphlet d'apparence scientifique qui a obtenu un succès de curiosité et de scandale par les paradoxes dont il est rempli. Il est devenu le manuel de tous ceux qui désirent que l'Allemagne ne paye pas ou paye le moins possible les frais de son entreprise man-quée. La thèse de Keynes est bien connue. Elle a exercée une action certaine sur 1'opinion et sur le gouvernement britanniques. [...] Keynes voit noir pour les pays vaincus. Il est optimiste pour les vainqueurs. Son évaluation des dommages que la France a subis est très basse. [...] Dans son parti pris évident pour l'Allemagne, la thèse de Keynes est déjà jugée. Ce qu'elle a de futile en général tient dans cet exemple-là". [l'exemple en question est celui de la France et de la Russie révolutionnaires, l'une comme l'autre financièrement détruites, ce qui ne fût pas un obstacle à leurs succès militaires]
- ↑ Ronald Steel, Walter Lippmann and the American Century, Transaction Publishers, 1998, p. 164-165.
- ↑ Une politique à courte vue ?
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 21-22
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 55
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 68-69
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 73
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 75
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 80-81
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 82
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 82-83
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 23
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 24
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 27
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 28
- ↑ Franck Van de Velde, Keynes, 2002, p. 29
- ↑ Keynes et la politique, p. 6
- ↑ Keynes et la politique, p. 7
- ↑ Keynes et la politique, p. 7
- ↑ Combemale (1999), p. 7
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 33
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 34
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 21
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 21
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 21
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 22
- ↑ Sur ce point voir Don Patinkin (1987), p. 23
- ↑ Keynes (1936), p. 11
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 23
- ↑ De Vroey, M. et Malgrange, P. (2006), La théorie et la modélisation macroéconomiques, d’hier à aujourd’hui, Working paper, N° 2006–33
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 23
- ↑ Pascal Combemale (2006), p. 66
- ↑ Keynes (1936), p. 11
- ↑ Le terme « classique » vient de Hutchinson (1978), voir Favereau (1985), p. 37
- ↑ « The demand schedule for output as a whole », JMK XIV, p. 83-86 cité in Patinkin (1987), p. 24
- ↑ Voir Don Patinkin (1987), p. 25
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 35
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 27
- ↑ Sur ce point voir, Pascal Combemale (2006), p. 12
- ↑ Combemale (2006), p. 14
- ↑ P. A. Muet, Théories et modèles de la macroéconomie, Tome 1, Paris, Economica, p.102
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 30
- ↑ Don Patinkin (1987), p. 30
- ↑ Voir Claude Ménard, « Le keynésianisme : naissance d'une illusion », Œconomia (Cahiers de l'I.S.M.E.A), n°3, 1985.
- ↑ Moggridge, 1976, p.113
- ↑ Moggridge, 1976, p.114
- ↑ Eichengreen, 1984, p. 364
- ↑ JMK, vol 19, p. 152, cité in Eichengreen 1984, p. 365
- ↑ JMK, vol 20, p. 115 cité in Eichengreen 1984, p. 366
- ↑ Eichengreen, 1984, p. 363
- ↑ Sur ce point voir Patinkin, 1987, p. 39
- ↑ Eichengreen, 1984, p. 368
- ↑ Eichengreen, 1984, p. 368
- ↑ Don Patinkin, 1987, p.33
- ↑ Skidelsky, 2003 p. 636
- ↑ Gooddwin, 1996, p. 91
- ↑ Mikesell, 1994, p.9
- ↑ Eichengreen, 1984, p. 369
- ↑ Keynes, Proposals for an International Clearing Union (Second Draft), 1941c.
- ↑ Voir Cepa.Newschool [2]
- ↑ a b Minc, 2006, p. 317
- ↑ Don Patinkin, 1987, p. 38
- ↑ Keynes, 1936, p. 45
- ↑ Brémond, 1987, p. 37
- ↑ Combemale, 2006, p. 23
- ↑ Combemale, 2006, p.23
- ↑ Keynes, 1936, p.57
- ↑ Voir Combemale, 2006, pp.20-21
- ↑ « alors que la main d'oeuvre résiste ordinairement à la baisse des salaires nominaux, il n'est pas dans ses habitudes de réduire son trvail à chaque hausse du prix des biens de consommation » citation de Keynes in Combemale, 2006, p.21
- ↑ Combemale, 2007, p.47
- ↑ Keynes, 1936, p.117
- ↑ Keynes, 1936, p. 117
- ↑ Pour une discustion sur ce point, voir, Pascal Combemale, 2006, p.69
- ↑ Voir les termes du débat sur l'encyclopédie du CEPA [3]
- ↑ Keynes, 1936, p. 153
- ↑ Keynes, 1936, p. 133
- ↑ Keynes, 1936, p.184
- ↑ Keynes, 1936, p.184
- ↑ Keynes, 1936, p.184
- ↑ Keynes, 1936, p.211
- ↑ Combemale, 2006, p.35
- ↑ Vour l'article de Hicks Mr Keynes and the "Classics": A Suggested Interpretation.
- ↑ Beaud et Dostaler, 1996, p. 84
- ↑ Dostaler, 2002, p. 9
- ↑ Dostaler, 2002, p. 10
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- ↑ Dostaler, 2002, p.11
- ↑ Don Patinkin, 1987, p.29
- ↑ Beaud et Dostaler, 1996, p.81
- ↑ Beaud et Dostaler, 1996, p.82
- ↑ Beaud et Dostaler, 1996, p.89
- ↑ Walter Lippmann W. (1934), The Method of Freedom, George Allen 1 Unwin LTD, London, pp.7 et 57
- ↑ Beaud et Dostaler, 1996, pp.89-90
- ↑ Gilles Dostaler, Ibidem, p.9
- ↑ Schumpeter, Ten Great Economists, pp. 261, 287 et Mooridge, Maynard Keynes. An Economist's Biography, pp. 165, 553, 621.
- ↑ Marc Montoussé, Théories économiques, Paris, Bréal, 1999, p.25
- ↑ Schlesinger, 1971a, p. 156
- ↑ Favereau, 1985, p. 29
- ↑ Mankiw , 2006, p.42
- ↑ Mankiw, 2006, p.43
- ↑ Mankiw, 2006, p.29
- ↑ Jean-Marc Daniel, "La courbe de Phillips", Le Monde du 08/03/2005
- ↑ Beaud et Dostaler, 1996, p.96
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- ↑ Modigliani discours présidentiel de 1977 devant l'American Economic Association, cité dans Beaud et Dostaler, 1996, p.191
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- ↑ On distingue parfois les fondamentalistes, les sraffiens et les kaleckiens
- ↑ Hayek, Choice in Currency, A Way to Stop Inflation, The Institute of economics affair, 1976, p. 10 : « a man of great intellect but limited knowledge of economic theory ».
- ↑ Jacques Rueff Souvenirs et réflexions de l'âge de l'inflation, § Les politiques de stabilisation après la première guerre mondiale, conférence de 1956 reprise dans son ouvrage L'âge de l'inflation, Payot, 1963
- ↑ Jacques Rueff Souvenirs et réflexions de l'âge de l'inflation, § Les politiques de stabilisation après la première guerre mondiale, conférence de 1956 reprise dans son ouvrage L'âge de l'inflation, Payot, 1963
- ↑ Jacques Rueff, [4], Revue politique et parlementaire, 1925
- ↑ Jacques RueffLe chômage, les salaires et les prix, Le monde, 1976
- ↑ Jacques Rueff, [5], Revue politique et parlementaire, 1925
- ↑ Jacques RueffLe chômage, les salaires et les prix, Le monde, 1976
- ↑ Jacques Cros,1951, Le néo-libéralisme : étude positive et critique, Librairie de Médicis, p.322
- ↑ J.C.Wood, éd. ; « JMKeynes : critical assessments », 4 volumes, Beckenham, 1983. P.Delfaud « Keynes et le keynésianisme », Que sais-je ? n°1686, 3e édition, 1983 pour une approche simplifiée.
Ouvrages sur Keynes
- Beaud M.Dostaler, 1993, ' 'La pensée économique depuis Keynes, Michel Beaud, Gilles Dostaler, Points économie édition utilisée 1996.
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- Keynes J.M, 1936, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, édition utilisée Bibliothèque scientifique Payot, 1990.
- Keynes J.M., 2002, La pauvreté dans l'abondance, Galllimard (cet ouvrage préfacé par Jean-Paul Fitoussi et Axel Leijonhufvud reproduit un certains nombre d'articles de Keynes dont "Suis-je un libéral" et la fin du "laissez-faire").
- Franck Van de Velde introduction à l'ouvrage précédent.
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- (en) Eichengreen Barry,1984, "Keynes and Protection", The Journal of Economic History, vol XLIV, n°2
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-
Cahiers d'économie politique, numéro spécial Keynes : économie et philosophie, n°30-31.
- Athol Fitzgibbons " Against Keynes Recantation"
- Anna Carabelli " Keynes on Probability, Uncertainty and Tragic Choices"
- Elke Muchlinski "The Philosophy of John Maynard Keynes (A reconsideration)"
- Gilles Dostaler, 2002, Keynes et la politique, document de travail Université du Québec à Montréal Dostaler, 2002
- (en) Gregory Mankiw, 2006, "The Macroeconomist as Scientist and Engineer", Journal of Economics Perspectives, volume 20, n°4, automne 2006.
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- Alain Minc A., 2007 ; Une sorte de diable : les vies de John Maynard Keynes
- Henry G. M;, 1997, Keynes, Gérard Marie Henry, Armand Colin(223 p.)
- Stewart, M., 1973, Keynes, éditions du Seuil (Points-Économie), 1973
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