Biographie de Marco Polo

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Marco Polo (15 septembre 1254 - 8 janvier 1324 à Venise, Italie). Parti avec son père et son oncle, patriciens et commerçants passés au service du Grand Khan mongol, il atteignit la Chine en (1275), parcourant la Route de la soie.

Il y séjourna pendant 17 ans (1274-1291) et fut employé par l'Empereur Mongol Kūbilaï qui acheva la conquête de la Chine. Celui-ci, ayant conquis Pékin en 1271, prit un titre dynastique à la manière chinoise (celui des Yuan) sans devenir véritablement un empereur chinois[1]. Marco Polo fut chargé de diverses missions par Kūbilaï Khan, tant en Chine que dans des pays de l'océan Indien.

De retour à Venise en 1295, il combattit à Gênes, y fut fait prisonnier et dicta dans sa geôle à Rustichello de Pise une narration de ses voyages dans les États de Kūbilaï intitulée Le Devisement du monde.



Né en l'absence de son père, Niccolo Polo, Marco Polo a 17 ans lorsque son père et son oncle, Matteo Polo (ou bien Maffeo Polo), reviennent d'un long voyage en Asie centrale où ils ont rencontré l’Empereur Mongol Kubilaï Khan, petit fils de Gengis Khan. Ils sont porteurs d'un message de sympathie pour le pape. Pendant deux années, les deux frères, Niccolo et Matteo, vont attendre l'élection d'un nouveau souverain pontife.

En 1271, ils repartent de Venise pour retourner en Chine et le jeune Marco les accompagne. Il a vingt ans lorsqu'il est reçu avec ses parents à la très fastueuse cour mongole. D'abord semble-t-il envoyé en légation avec son oncle dans la ville frontière de Ganzhou, à l'extrémité ouest de la grande muraille, où il fait ses classes, il devient ensuite un enquêteur-messager du palais impérial suzerain de la Chine, de l'Iran et de la Russie. À ce titre il accomplira diverses missions pour le grand khan, tant en Chine que dans l'Océan Indien (voir fonctions de M. Polo).

Vers la fin du règne de Kūbilaï Khan, M. Polo et ses parents obtiennent le droit de retourner dans leur pays. En 1295 ils embarquent à destination de l'Iran, où ils accompagnent une princesse promise à l'ilkhan d'Iran[2]. Puis il se rend à la cour de l'empereur de Chine Kubilai Khan. Dans son voyage de retour à Venise en 1292, il fait escale à Perlak dans le nord de l'île de Sumatra (dans l'actuelle Indonésie).

Rentré à Venise en 1295 avec une fortune en pierres précieuses, M. Polo fait armer une galère pourvue d'une pierrière[3], afin de participer au combat que Venise mène alors contre Gênes. Lors d'une bataille sur mer, il est fait prisonnier (soit en 1296, au large de la Turquie, entre Adana et le golfe d'Alexandrette[4], soit en septembre 1298, au large de Curzola ou Korčula sur la côte croate). Il dicte son célèbre livre dans la prison de Gênes.

Après sa libération, il épouse Donata Badoer et aura trois filles. Sans doute fut-il, comme patricien, membre du Grand Conseil de Venise, mais on ignore quel rôle il joua dans la création en 1310 du Conseil des Dix (institution secrète peu ordinaire qui ressemble au Tchoû-mi-Yuan, le conseil de sécurité de Kūbilaï). M. Polo vivait à Venise dans la Casa Polo, quartier de Cannaregio, maison familiale détruite par un incendie en 1598 (le théâtre Malibran a été construit en 1677 sur ses fondations).

En 1324, il mourut à Venise où il est enterré en l'église San Lorenzo.

En hommage à leur plus célèbre concitoyen, les Vénitiens ont baptisé de son nom leur aéroport international, et les billets italiens de 1000 lires ont longtemps porté son effigie.



Paru en 1298, le livre qui a rendu M. Polo mondialement célèbre est l'un des premiers ouvrages importants en prose européenne moderne, et le tout premier encore connu du grand public[5].



Le livre a été rédigé sous la dictée de M. Polo par Rustichello de Pise, auteur célébré en Angleterre pour ses compilations de romans courtois.Il fut donc le premier éditeur du livre de Marco Polo. Le comte Baldelli Boni a démontré en 1827 que ce texte avait été rédigé en français[6], en fait une sorte de sabir, du pisan déguisé en français, avec une orthographe étrange. La mise en français correct est faite en 1307 à Venise par de Cepoy (envoyé par Charles de Valois, frère de Philippe le Bel). Cette version qui est la plus sobre incorpore de nombreuses corrections de l'auteur.

Entre temps le manuscrit sorti de la prison de Gênes avait été transcrit dans tous les dialectes italiens et en latin. Ce fut une sorte d'édition sauvage, « en quelques mois, toute l'Italie en fut pleine »[7]. Chaque copiste le mettait dans son dialecte, en interpolant parfois des additions de source orale plus ou moins sûre. Plus de 120 copies anciennes ont été conservées : une dans le sabir de Rustichello, 16 en français de Cepoy, 18 en vénitien, 17 en toscan, plus de 70 en latin.

L'exemple des poules noires du ch. 154 montre comment le sabir de Rustichello se calque sur l'italien, et ce que fit ensuite Cepoy pour en faire du français correct  :


« Gelines qui n'ont nulles plumes mais ont poil et sont toutes noires » (Cepoy, 1307).
« Galine qe ne ont pennes mes ont peaus come gate et sont toute noire » (Rustichello, 1298).
« Galine che non ano pena ma ano pello chome le gate et sono tute negre » (vénitien).


Le Livre de Marco Polo est le titre original de l'œuvre, c'est ainsi que M. Polo la désignait. Le Devisement ou Description du Monde, Le Livre des Merveilles, Le Livre du Million de Merveilles du Monde sont des titres dus aux anciens copistes, tout comme les intertitres des chapitres.

Il Milione était le surnom plaisant donné à M. Polo par ses concitoyens, à cause de la fortune qu'il avait rapportée de Chine, et à cause des dimensions extraordinaires de ce qu'il racontait.



Le Livre de Marco Polo pourrait s'intituler le Livre de Kūbilaï Khān car il décrit, non l'histoire de Marco, mais l'empire de son patron, le plus puissant empereur de l'Histoire du monde. Quand le livre évoque la Russie, l'Asie centrale, l'Iran, l'Afghanistan, c'est que Kūbilaï était le suzerain de ces terres. Quand il parle du Japon (qu'il dénomme Cypango), du Vietnam, de la Birmanie, c'est que Kūbilaï Khān y envoyait des armées. Quand il raconte le Sri Lanka, l'Inde du sud et jusqu'à Madagascar, c'est que Kūbilaï Khān y dépêchait des émissaires pour obtenir leur soumission. Quand il décrit les côtes de l'Océan Indien, de l'Inde, de l'Arabie et de l'Afrique, c'est que les marchandises de la Chine y parvenaient.

Kūbilaï Khān est le sujet, le centre et l'unité du livre. Tout ce que M. Polo relate n'a de sens que par lui. Son livre est aussi un condensé des histoires qu'il lui racontait, car il avait su le séduire par ses talents d'observateur et de narrateur[8].

Le livre comporte un prologue et quatre parties. Le prologue raconte le premier voyage de Nicolo et Matteo Polo, ses père et oncle (1255-1269), puis le voyage qu'ils accomplirent ensemble (1271-1295).

La première partie décrit l'Orient jusqu'à la Chine : la Turquie, l'Arménie, la Géorgie (ch. 19-22) ; l'Irak et Iran (ch. 23-42) ; l'Afghanistan, le Cachemire, l'Himalaya et le Turkestan (ch. 43-51) ; l'ouest de la Chine et le désert de Gobi (ch. 52-61) ; la Mongolie et histoire des Mongols (ch. 62-74).

La seconde partie décrit Kūbilaï Khān, son gouvernement et Pékin (ch. 75-103) ; l'itinéraire de Pékin à la Thaïlande, au Tibet, au Yunnan, à la Birmanie, au Tonkin (ch. 104-129) ; enfin la Chine du sud, l'empire Song, Hangzhou (ch. 130-156). À la fin, une analyse des immenses recettes fiscales de Kūbilaï Khān fait comprendre la base de sa puissance (ch. 152).

La troisième partie décrit la mer de Chine et l'Océan Indien : Japon, Sumatra, Indonésie (ch. 157-166) ; Ceylan et Inde (ch. 167-182) ; Océan Indien jusqu'à Madagascar (ch. 183-192).

La quatrième partie comporte des fragments historiques, qui racontent surtout les guerres fratricides entre Mongols et font comprendre l'origine de leur chute (ch. 193-200).



Le livre se présente comme un recueil de belles histoires et de "merveilles" (au sens ancien : étonnant, surprenant, voire effrayant). Mais sa trame est une base continue d'informations précises, beaucoup plus nombreuses, exactes et savantes que la légèreté des récits et sa langue simple ne le laissent supposer.

– Xiangfan (ch. 145), qui révèle le rôle des parents Polo dans l'introduction des pierrières qui livrèrent l'empire Song aux Mongols, et suggère que Kūbilaï ait pu vouloir faire carrière à leur fils (voir parents Polo).

– Évaluation des recettes fiscales de la province de Hangzhou (ch. 152). Ce chiffre, le plus astronomique du livre (23 tonnes or annuellement pour le seul sel), est exactement vérifié par les annales et démontre que M. Polo n'affabule pas[9].

– Chapitre posthume[7] racontant l'histoire de l'assassinat du premier ministre en 1282. Il prouve que M. Polo eut connaissance des détails, tenus ultra secrets, d'un des évènements les plus graves du règne de Kūbilaï. Les historiens chinois créditent Po-lo d'avoir su informer Kūbilaï de façon à ce qu'il réhabilite les assassins chinois d'Achmat (voir fonctions de M. Polo).

– Chapitres décrivant l'économie : intervention sur le marché des grains (ch. 102) et fonds sociaux (ch. 98 et 103) ; appareil de production proche de l'industrie à Hangzhou (ch. 151) ; introduction du papier-monnaie, rendu obligatoire sous peine de mort (ch. 95), que Polo considère comme un formidable détournement de l'économie au profit de l'État[10] ; bateaux et commerce naval (ch. 156, 157, 177).

– Relais de chevaux, routes et rapidité des transports (ch. 97 et 99).

– Tyrannie : massacre de dizaines de milliers de personnes à l'enterrement de chaque grand khaân avant Kūbilaï Khān (ch. 68, confirmé par D'Ohsson et Pétis de la Croix) ; répression terribles (ch. 133 et 149) ; appareil militaro-policier omniprésent dans les villes et couvre-feu permanent à Pékin (ch. 84, 85), soldats sur chacun des 12.000 ponts de Hangzhou (151).

– Histoire des ismaéliens assassins (ch. 40-42), premier État terroriste. En Iran aussi, pillages des Karaonas, qui attaquent même les Polo et la princesse mongole (ch. 35 et 18).



M. Polo se joue : « qui ne l'a pas vu ne pourrait le croire » est un leitmotiv de son livre, incroyable mais vrai est sa recette. Cependant il est douteux qu'il ait été accueilli avec scepticisme à son retour par les patriciens de Venise : la République avait les moyens de savoir qu'il n'affabulait pas. De même les Génois qui lui firent rédiger son mémoire (dont ils avaient besoin pour leurs expéditions), et le frère du roi de France qui dépêcha pour en obtenir copie.

L'histoire racontée par Ramusio[7], au lendemain de leur retour à Venise où ils s'étaient présentés en habits de mendiants, avec doublure pleines de rubis et joyaux qu'ils montrèrent au cours d'un dîner pour se faire reconnaître, est évidemment un coup médiatique, une farce révélant aussi la prudence de voyageurs sachant se faire discrets à proportion de la fortune qu'ils transportent.

M. Polo émaille son livre de faits divers, de mythes, de légendes, mais ses récits de miracles sont peu nombreux, souvent symboliques, et séparés des autres narrations. Il démystifie plutôt les légendes (Arbre sec, Gog et Magog, prêtre Jean, salamandre). Les bourdes sont rares : hommes à queue de Sumatra, jambes de boas dans le Yunnan (mais l'histoire naturelle référence des boas ayant des traces de pattes), enfin la diable obscurité en plein jour dont il témoigne en Iran[11].

Les premiers mots de la préface de l'édition de 1307 sont : « Pour savoir la pure vérité » et il insiste : « Nous donnerons les choses vues pour vues, et les entendues pour entendues, en sorte que notre livre soit droit et véritable, sans nul mensonge. Chacun qui entendra ou lira ce livre devra le croire, car tout y est véritable ». Sur son lit de mort, à son confesseur, il réitère : « Je n'ai pas écrit la moitié de ce que j'ai vu ». Nous savons aujourd'hui que c'est vrai. Il n'avait que trop de matériaux extraordinaires, il n'avait pas besoin d'en rajouter.

Beaucoup d'auteurs (surtout anglais, et P. Pelliot) ont prétendu démontrer que M. Polo affabule mais l'analyse de leurs démonstrations laisse rêveur[12]. Baudelaire disait que « les récits de Marco Polo, dont on s'est à tort moqué, comme de quelques autres voyageurs anciens, ont été vérifiés par les savants et méritent notre créance ». La marque de la vérité est dans le texte lui-même, dans la cohérence de l'enchaînement des idées, la précision des détails, la constance du point de vue du conseiller d'État.



Au service de Kūbilaï, M. Polo dépendait non du gouvernement ni de l'administration chinoise, mais du palais de l'empereur, le suzerain mongol, le khaân. Il n'était pas fonctionnaire mais homme de l'empereur. Voici les fonctions que son livre mentionne :

  • Introduction en Chine de l'huile sainte de Jérusalem avec ses parents.
  • Légation avec son oncle dans la ville frontière de Ganzhou, à l'extrémité ouest de la grande muraille (ch. 61).
  • Nomination au titre de Messire (ch. 16).
  • Seigneurie sur Yangzhou, région alors rattachée au pouvoir central (ch. 143).
  • Inspection des finances (ch. 152).
  • « Envoyé dans les régions de l'ouest… bien quatre mois de route vers l'occident » (ch. 104).
  • Ambassades dans l'océan Indien (ch. 17).
  • Escorte d'une princesse en Iran, et charge de messages aux États d'Europe (ch. 18).
  • Enfin, lors d'un coup d'état à Pékin en 1282, le livre dit qu'il se trouvait sur les lieux.
Voici ce que disent les annales officielles de la dynastie Yuan :

  • En 1277, « Po-lo nommé Enquêteur-privé Envoyé-adjoint[13]
  • En 1282, au lendemain de l'assassinat de son premier ministre Achmat, l'empereur « transporté de colère se rendit le même jour à Chang-tou (sa capitale de Mongolie) et ordonna à Po-lo, enquêteur privé et envoyé adjoint, à Horh-khono-sse, surintendant des études, au conseiller d'administration A-li, et autres, de prendre des chevaux de postes et de se rendre immédiatement à Pékin pour instruire l'affaire et juger les coupables ».
  • Un mois plus tard, Kūbilaï Khān étant rentré à Pékin : « Achmat mort, l'empereur encore totalement ignorant de ses turpitudes, consultant l'enquêteur-messager Po-lo, apprit alors toute l'ampleur de ses crimes » et réhabilita ses assassins chinois[14].
Ces inscriptions correspondent exactement au livre :

  • Au ch. 16, le calcul des dates place sa nomination comme Messire vers 1277; qui est la date de l'inscription chinoise.
  • Son récit de l'assassinat d'Achmat en 1282 est le plus long du livre, le plus précis et le mieux vérifié, et prouve qu'il eut connaissance des pièces de la procédure puisque ces détails étaient secrets.[15].
  • Ses récits évoquent souvent les relais des émissaires officiels, et toutes ses missions sont celles d'un enquêteur-messager (pour Kūbilaï Khān un ambassadeur n'était rien d'autre et la seigneurie de M. Polo sur Yangzhou implique seulement qu'il y était l'œil de l'empereur).


Partis de Venise avant la naissance de Marco, Nicolo et Matteo Polo achètent vers 1255 des pierres précieuses à Constantinople (alors sous administration vénitienne) et en Crimée (où résidait leur frère), puis vont les vendre à la cour du khan de Russie, sur la Volga, où ils restent un an. Ils poussent jusqu'à Boukhara (alors capitale perse d'Asie centrale) où ils restent trois ans. Puis un enquêteur-messager de Kūbilaï ou de l'ilkhan d'Iran les invitent à se présenter au grand khaân, en qualité d'Européens.

Ont-ils atteint Pékin quand ils rencontrent Kūbilaï en 1265 ou 1266 ? Il n'est pas nécessaire de le supposer, les affaires de l'ouest se traitaient souvent à sa résidence d'été en Mongolie, Chang-tou. Ils ne restent pas longtemps car ils sont chargés de deux missions :

– Ambassade de l'empire mongol auprès du pape. Quand ils regagnent la mer Méditerranée, le pape vient de mourir et il leur faut attendre trois ans pour qu'un nouveau pape soit élu (le plus long interrègne de l'histoire de la papauté, entre Clément IV et Grégoire X). Lorsqu'ils ils repartent vers l'Asie (avec Marco), à défaut des cents savants chrétiens que demandait Kūbilaï, ils emportent de l'huile sainte de Jérusalem qui tenait lieu de relique du Christ. On peut conjecturer que le jeune Marco portait sur lui cette huile. En tout cas, lorsque Kūbilaï « dépêcha des émissaires à leur rencontre, à bien quarante journées » (ch. 13), c'était évidemment pour honorer le Christ (de nombreux sujets de Kūbilaï étaient chrétiens syriaques, les femmes des descendants de Gengis khaân l'étaient souvent).

– Transfert de technologie militaire. Cette mission, révélée par le ch. 145 sur Xiangfan, fit sans doute davantage pour la promotion des Polo dans l'empire Yuan que l'introduction du symbole de la lumière du Christ. En 1266, quand ils arrivent, la Chine ne connaissait pas les pierrières[3]. En 1271, deux spécialistes en pierrières recrutés au Moyen-Orient arrivent à Pékin[16]. Mais en 1273, quand Xiangfan tombe aux mains des Mongols après un siège de cinq ans, c'est grâce à des pierrières. « Ensuite les pierrières furent utilisées dans chaque bataille avec un invariable succès »[17], notamment sur le fleuve Yangtze où la flotte Song fut anéantie ; l'année suivante l'empire Song se rend enfin aux Mongols. Voici l'implication des parents Polo dans cette affaire : ils ont proposé les pierrières à Kūbilaï, fait réserver des madriers, et ont été les messagers dépêchés à l'ilkan Abaqa, lequel fit réquisitionner les ingénieurs[18].

– Légation de Matteo Polo avec son neveu dans la ville frontière de Ganzhou (ch. 61).

– Nomination de Matteo Polo à un emploi officiel un an après leur retour à Venise.



Voyageur, marchand de Venise, routes de la soie, aventurier : ces poncifs collent au personnage de M. Polo. Mais ce sont des projections de la période coloniale, du XVIe au XIXe siècle. Envoyé de l'empereur, ses déplacements étaient des missions, avec insignes du palais central et souvent escorte militaire. En Asie, il n'est pas marchand professionnel, il est conseiller du prince plutôt que voyageur. S'il amasse avec ses parents un trésor en pierres précieuses, il ne dit pas que ce fut par le commerce ; leurs émoluments et les cadeaux de Kūbilaï durent suffire à leur constituer une fortune.

S'ils étaient souvent "marchands", les patriciens vénitiens étaient toujours aussi officiers d'active, diplomates, conseillers d'État (Matteo Polo pourrait avoir été officier du génie expert en pierrières).

Quant au "voyage", l'itinéraire du livre est évidemment reconstruit. La préface le dit : « il y a des choses qu'il ne vit pas mais qu'il entendit d'hommes sûrs ». Les déplacements effectifs de M. Polo entre 1271 et 1295 semblent les suivants :

  • Un aller Venise, Jérusalem, Meshed, Pamir, Singkiang, Mongolie intérieure (trois ans).
  • Mission à Ganzhou, à l'ouest (« bien un an »).
  • Mission à Yangzhou, au sud (« trois ans accomplis »).
  • Plusieurs allers et retours entre les trois palais de l'empereur.
  • Peut-être une mission au sud-est de la Chine vers le Yunnan, voire le Tibet, la Birmanie.
  • Ambassade vers le Vietnam, puis les Indes, par voie de mer (Deux ans).
  • Retour par mer de Chine, Indonésie, puis océan Indien jusqu'à Ormuz, remontée de l'Iran jusqu'à Tabriz, et de là Trébizonde, Constantinople, la Grèce et Venise (trois ans).


  1. Histoire de la Mongolie
  2. L'ilkhan Arghoun, qui par lettre conservée aux Archives de France avait donné rendez-vous au roi Philippe-le-Bel en février 1291 devant Damas : « Si tu tiens ta parole et envoies tes troupes à l'époque fixée, et que dieu nous favorise, lorsqu'à ce peuple nous aurons pris Jérusalem, nous te la donnerons » (le roi de France n'envoya pas d'armée ; l'ilkhan Argun fut assassiné en mars 1291)
  3. ↑ a  b  Sorte de catapulte à bascule et contrepoids, que Rashid ed-Din appelle des « armes franques ». Voir la gravure de la galère de M. Polo équipée d'une pierrière dans Yule, The Travels of Marco Polo, Londres, 1870, réédité par Dover, New York, 1983).
  4. Selon fr. Jacopo d'Aqui, Chronica libri imaginis mundi.
  5. Ouvrages importants avant M. Polo : Villehardouin, La conquête de Constantinople, 1213 ; Latini, Le livre du trésor, 1265. Mais la Vie de saint Louis de Joinville, 1309, est postérieure, comme les Chroniques de Froissart, 1380. La Grande Chronique de France tenue à l'abbaye de Saint-Denis n'est traduite en français qu'à partir de 1274 et restera rédigée en latin jusqu'en 1340. Quant aux « romans » courtois, c'étaient des épopées en vers et non en prose.
  6. Présence de nombreux gallicismes dans les plus anciens manuscrits italiens et latins. Le françois ou dialecte d'Île-de-France est le premier à remplacer le latin en Europe. Latini, florentin, écrivait en français.
  7. ↑ a  b  c  Ramusio, Navigazioni e viaggi, 1559, première édition imprimée à Venise, qui rend publique la narration du coup d'État de Chinois contre les Mongols en 1282.
  8. M. Polo « savait que l'empereur, qui envoyait ses messagers en différentes parties du monde, voyant qu'au retour ils ne savaient rien lui raconter d'autre que ce pourquoi ils étaient partis, les tenait tous pour légers et incapables. Il leur disait : "J'aimerais mieux entendre des nouvelles et les coutumes des diverses régions, que l'objet de ta mission". Car il se complaisait beaucoup à écouter les choses étranges. Aussi, pour cela, à l'aller comme au retour, Marco Polo mit toute son attention à apprendre les diverses choses, selon les régions, afin de pouvoir à son retour les dire au grand khaân » (ch. 15).
  9. Entre 1281 et 1286 le Yuan sse (94/14) évalue l'impôt en sel à Hangzhou entre 218.000 et 450.000 yin, moyenne 339.521 yin valant 763.922 onces chinoises d'or (1 yin = 2 sacs = 2 x 9 onces d'argent / 8 = 2,25 onces d'or). M. Polo dit 5.600.000 saggio d'or, valant 933.333 onces vénitiennes (1 saggio = 1/6 once). En Chine l'once faisait 35 g, à Venise 25 g (12 dans la livre sottile, pour les précieux, de 301 g). Ce qui fait côté chinois une moyenne de 28,3 tonnes or, contre 23,3 tonnes or selon M. Polo. Son chiffre est 17 % inférieur à la moyenne chinoise. Même en faisant varier les paramètres de conversion, on ne sort pas de la fourchette des annales mongoles.
  10. Grâce à ce papier d'écorce « qui ne lui coûte rien… l'empereur achète tant chaque année que c'est sans fin son trésor… il a de cette façon tout le trésor de ses terres… la manière et la raison pourquoi il doit avoir et a plus de trésor que tous ceux du monde ».
  11. Mais Chardin : «On observe encore deux choses singulières dans ces régions chaudes durant l'été : l'une c'est que les champs sont brûlés, comme si le feu y avait passé ; l'autre, c'est qu'il s'y élève, surtout le soir et le matin, de certaines vapeurs excitées par l'inflammation de la terre, qui en couvre la face de telle sorte qu'on ne découvre pas à cinquante pas de soi, et qu'on croit voir la mer ou quelque grand étang» (Journal du voyage du chevalier Chardin, Amsterdam, 1711).
  12. Voir par exemple la critique de Wood, Did Marco Polo Go To China ?, par Rachewiltz, quoique lui-même reste incritique vis-à-vis de la compilation anglaise de Moule et des dédales de Pelliot.
  13. Yuan sse (9/17). Textuellement : « Œil discret bouche adjointe ». Les idéogrammes évoquent un cadre sans uniforme qui, s'il montre sa carte, passe au dessus de tous. Ce qu'on appelle un Œil de l'empereur. Éventuellement, comme dit Wieger, s.j., mouchard de confiance.
  14. Yüan sse (12/7, 205/3 et 78), Soûh thoûng kian kang mouh (23/8), Li-taï ki sse (98/6), Kang-kian-i-tchi (90/16), Foung-tcheou-Kang-kian hoeï tswan (15/9).
  15. La concordance saisissante entre son texte et les annales suggère que ces dernières compilent entre autres des rapports qu'il a dictés. Plus fluide, sa narration n'atténue ni la gravité des faits ni la répression ; elle seule établit la part de responsabilité de Kūbilaï Khān.
  16. Annales Yuan : « En réponse au khaân, l'ilkhan Abaqa envoya Alaowating et Isemayin avec leur famille jusqu'à Pékin, où une première pierrière fut montée devant les Cinq Portes et essayée ».
  17. Yuan see (203/4-5, 128/3, 7/8, etc.).
  18. Le texte simplifie, résume en deux phrases, concentre préparatifs et réalisation à la troisième année du siège (comme le Yuan sse), mais en aucune façon n'affirme que les Polo se trouvaient en personne à Xiangfan, seulement qu'ils ont 1)  proposé et 2) « fait faire » des pierrières, et 3)  que les techniciens étaient « de leur suite (mesgnie) ». Les dates concordent exactement, ils sont dans le Moyen-Orient quand l'ilkan reçoit la demande d'ingénieurs en pierrières (ils pourraient même avoir accompagné le général A-Chu qui opère autour de Xiangfan dès septembre 1267). Quant à la mention de Marco (impossible, il était à Venise, avait 12 ans), c'est une erreur de Rusticello qui disparaît dans l'édition corrigée de 1307.




  • Ibn Battûta, le « Marco Polo » du monde arabe
  • Histoire de la Mongolie
  • Voyageurs étrangers en Inde
Autres Européens ayant rencontré le Khan :

  • Guillaume de Rubrouck
  • Jean de Plan Carpin
  • Did Marco Polo go to China ? (1995) : livre s'interrogeant sur la réalité du voyage de Marco Polo.
Anecdote :

  • Marco Polo, la revue de voyages de voyage francophone


  • Jacques Heers, Marco Polo, Fayard, 1990, 371 p., (ISBN 2213013446)
  • J. P. Drège, Marco Polo et la Route de la Soie, coll. Découvertes, Gallimard, 1989, 192 p., (ISBN 2070530760)


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