Biographie de Nicolas Lémery

Voir son actualité

Nicolas Lémery, né à Rouen le 17 novembre 1645 et mort à Paris le 19 juin 1715, est un médecin et chimiste français.



Son père, Julien Lémery, né en 1589 à Rouen et mort le 18 mai 1657 dans cette même ville, était procureur au Parlement de Normandie. De religion protestante, il eut sept enfants dont Nicolas Lémery.

Après des études qu'il fit au collège protestant de Quevilly il entre en apprentissage en 1660 chez son oncle Pierre Duchemin qui était apothicaire à Rouen. En 1666 il vient à Paris étudier la chimie sous la direction de Christophe Glaser (1615-1672) apothicaire ordinaire de Louis XIV et démonstrateur de chimie au Jardin du Roi. De 1668 à 1672 il est pensionnaire d'Henry Verchant, maître apothicaire à Montpellier dans l'île du puits des Esquilles au Sixain Sainte Croix. Il devient le démonstrateur de Verchant et donne des leçons de chimie aux étudiants en médecine et même à leurs professeurs. De retour à Paris en 1672 il rachète le 18 septembre 1674 la charge d'apothicaire privilégié d'Antoine Régnier décédé. Il ouvre alors une officine et un laboratoire dans les caves d'une maison à l'enseigne de la Porte dorée située rue Galande près de la place Maubert où il donne des cours à un public nombreux et choisi, avide de voir enfin révélés les secrets de la chimie. Selon Fontenelle "Les Dames mêmes entraînées par la mode, avaient l'audace de venir se montrer à des assemblées si savantes". Il se marie en janvier 1676 avec Madeleine Bellanger, fille de François Bellanger, bourgeois de Paris, dont il eut six enfants. En 1681 les protestants commencèrent à être inquiétés et sous la pression royale qui voulait écarter les protestants de la profession d'apothicaire, il dut vendre sa boutique de la rue Galande qu'il céda le 6 février 1683 à Jean Fradin, maître apothicaire à l'Hôtel Dieu de Paris, puis il démissionna de sa charge d'apothicaire le 23 avril 1683 au profit de Denis Machereau. Après un brèf séjour en Angleterre, il regagne la France. On le retrouve vers la fin de l'année 1683 à l'Université de Caen où il se fait recevoir docteur en médecine. De retour à Paris il vit en exerçant la médecine, mais suite à la révocation de l'Edit de Nantes, le 18 octobre 1685, qui interdisait aux protestants l'exercice de la médecine et de la pharmacie, il décide au début de l'année 1686 d'abjurer sa foi avec femme et enfants. Le 8 avril 1686, Louis XIV qui avait pour lui de la considération, eu égard à ses talents, lui accorda de nouvelles lettres patentes qui lui permettent d'ouvrir à la fin de l'année une nouvelle boutique d'apothicaire et un laboratoire de chimie au bas de la rue Saint-Jacques près de la fontaine Saint-Séverin.

Ensuite, selon Fontenelle "Les jours tranquilles revinrent, et avec eux les écoliers, les malades, le grand débit des préparations chimiques, tout cela redoublé par l'interruption." Après le renouvellement de l'Académie royales des sciences par Louis XIV, le 20 janvier 1699, il est nommé associé chimiste le 28 janvier de la même année, puis pensionnaire chimiste le 23 novembre 1699 à la mort de Claude Bourdelin. En 1712, il est nommé directeur, mais gravement malade, il est contraint de démissionner le 6 mars 1715. Il reçoit alors le titre de pensionnaire vétéran. Il meurt le 19 juin 1715 dans sa maison de la rue Saint-André des Arts qu'il occupait depuis le mois de décembre 1693, et où il avait installé boutique et laboratoire.

Lémery ne se préoccupait pas beaucoup de spéculations théoriques. Il tenait la chimie pour une science démonstrative et se bornait à exposer sans détours les faits et les expériences. En conséquence, sa salle de cours était remplie de personnes de toutes sortes, avides d’entendre un homme qui évitait les obscurités stériles des alchimistes et ne considérait pas la recherche de la pierre philosophale ou de l’élixir de longue vie comme fin unique de la science.

Son Cours de chymie (1675) ne connut pas moins de treize éditions et fit autorité pendant un siècle. On compte, au nombre de ses autres publications, la Pharmacopée universelle (1697), le Traité universel des drogues simples (1698), le Traité de l’antimoine (1707]), ainsi qu’un certain nombre d’articles publiés par l’Académie des sciences, dont l’un offre une explication chimique et physique des feux souterrains, des tremblements de terre, de la foudre et du tonnerre.

Outre ses recherches en chimie et en médecine, on lui doit notamment la découverte du fer dans le sang. Il découvrit qu'un mélange de soufre et de fer auquel on ajoute un peu d'eau pour en former une pâte, s'enflamme spontanément en reproduisant, selon lui, le phénomène volcanique.

Son fils aîné, Louis (1677-1743) fut médecin, chimiste et membre de l'Académie des sciences (élu le 9 juin 1743, nommé pensionnaire le 18 mars 1715 en remplacement de son père). Son fils cadet Jean, nommé Jacques par les biographes, (1678-1721), également chimiste, fut élu à l'Académie des sciences le 22 août 1712 et nommé associé le 5 juin 1715.



  • Cours de chimie, contenant la manière de faire les opérations qui sont en usage dans la médecine, par une méthode facile, avec des raisonnements sur chaque opération, pour l’instruction de ceux qui veulent s’appliquer à cette science (1675). Texte en ligne Ouvrage souvent réédité et traduit dans la plupart des langues européennes.
  • Le Nouveau recueil de curiositez rares et nouvelles des plus admirables effets de la nature et de l’art, composé de quantité de beaux secrets gallans et autres, dont quelques uns ont été tirez du cabinet de feu M. le marquis de L’Hôpital, expérimentez et composez par le sieur d’Emery (1685) Texte en ligne 1 2
  • Recueil de secrets, divisé en deux parties : la première concernant la conservation de la santé et de la beauté, la seconde concernant les arts, et les maladies des animaux (1692)
  • Nouveau recueil des plus beaux secrets de médecine, pour la guérison de toutes les maladies, blessures et autres accidens qui surviennent au corps humain, avec un Traité des plus excellens préservatifs contre la peste, fièvre pestilentielle et toutes sortes de maladies contagieuses. Le tout expérimenté, recueilli et donné au public par une personne très-habile et charitable (1694)
  • Pharmacopée universelle, contenant toutes les compositions de pharmacie qui sont en usage dans la médecine, tant en France que par toute l’Europe : leurs vertus, leurs doses, les manières d’opérer les plus simples et les meilleures : avec un lexicon pharmaceutique, plusieurs remarques, et des raisonnemens sur chaque opération (1697) Texte en ligne 1 2
  • Dictionnaire universel des drogues simples, contenant leurs noms, origine, choix, principes, vertus, étymologie, et ce qu’il y a de particulier dans les animaux, dans les végétaux et dans les minéraux (1698) Texte en ligne
  • Traité de l’antimoine, contenant l’analyse chymique de ce minéral et un recueil d’un grand nombre d’opérations rapportées à l’Académie royale des sciences (1707). Traduit en allemand en 1709 par Jean-André Mahlern.




  • Dorveaux Paul., Apothicaires membres de l'Académie royale des sciences. VI, Nicolas Lemery, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1931, n° 75, 208-219.
  • Giron Didier., Nicolas Lemery, 1645-1715 ; Thèse de Doctorat en Pharmacie, Paris V, Université René Descartes, 1986 [1]
  • Bougard Michel., La chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols, 1999.
  • Bourzat Jean-Dominique., Lecture contemporaine du Cours de Chymie de Nicolas Lemery, Lyon, Editions du Cosmogone, 2005.