Biographie de Octave Mirbeau

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Elle va dans un bureau de placement pour devenir une femme de chambre comme cela est raconté dans Le journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau. C'est-à-dire devenir la maîtresse du patron et avoir un destin de femme soumise et laborieuse.

et plus encore »



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DON NOBLE: 'The Never List' is a creepy but thrilling read
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Some are fascinated by the idea of transgression in the writings of Georges Bataille, Marquis de Sade and Octave Mirbeau. This obsession with French “theory” in the American academy, many would agree, nearly killed off the study of literature in ...


Octave Mirbeau, né le 16 février 1848 à Trévières (Calvados) et mort le 16 février 1917 à Paris, est un écrivain et journaliste français.

Octave Mirbeau a connu une célébrité européenne et de grands succès populaires, tout en étant également apprécié et reconnu par les avant-gardes littéraires et artistiques, ce qui n’est pas commun. Journaliste influent et fort bien rémunéré, critique d’art défenseur des avant-gardes, pamphlétaire redouté, il a été aussi un romancier novateur et un dramaturge, à la fois classique et moderne, qui a triomphé sur toutes les grandes scènes du monde.







Petit-fils de notaires normands, fils d’un médecin de Rémalard, dans le Perche, le jeune Octave Mirbeau fait des études médiocres au collège des jésuites de Vannes, d’où il est chassé dans des conditions plus que suspectes, qu’il évoquera en 1890 dans son roman Sébastien Roch[1]. Après son baccalauréat, il entame sans la moindre conviction des études de droit, qu’il n’achève pas, et rentre à Rémalard, où il travaille chez le notaire du village. Mobilisé, il subit la guerre de 1870 dans l’armée de la Loire, et cette expérience traumatisante lui inspirera plusieurs contes et des chapitres démystificateurs du Calvaire et de Sébastien Roch. En 1872, il « monte » à Paris et fait ses débuts journalistiques au service des bonapartistes, dans le quotidien de l’Appel au Peuple, nouveau nom du parti bonapartiste, L’Ordre de Paris, dirigé par un client et voisin de son père, l’ancien député de l'Orne Henri Dugué de la Fauconnerie, qui lui a offert l’occasion inespérée de fuir le cercueil notarial où il se sentait enfermé. Il devient le secrétaire particulier de Dugué et se trouve donc, à ce titre, chargé d’écrire tout ce qui s’écrit chez lui : épisode dont il se souviendra amèrement dans son roman inachevé, publié après sa mort, Un gentilhomme.



Pendant une douzaine d’années, Octave Mirbeau va donc faire « le domestique », en tant que secrétaire particulier, et « le trottoir », comme il l’écrit des journalistes en général, en tant que collaborateur à gages de divers organes de presse : selon lui, en effet, « un journaliste se vend à qui le paie[2] ». Ses chroniques ont paru successivement dans L'Ordre de Paris, organe officiel de l’Appel au Peuple, bonapartiste, jusqu’en 1877 ; puis à L'Ariégeois, au service du baron de Saint-Paul, député de l’Ariège, en 1877-1878 ; puis dans Le Gaulois, devenu monarchiste sous la direction d'Arthur Meyer (1880-1882) ; et enfin, en 1883, pendant six mois, dans Les Grimaces, hebdomadaire attrape-tout, anti-opportuniste et antisémite (il a fait son auto-critique dès le 14 janvier 1885 dans La France) : il en est le rédacteur en chef pour le compte du banquier Edmond Joubert, vice-président de la Banque de Paris et des Pays-Bas (1883), et il entend y faire grimacer les puissants, démasquer leurs turpitudes et dévoiler les scandales de la pseudo-République, où, selon lui, une bande de « joyeux escarpes » crochètent impunément les caisses de l’État. Paul Hervieu, qui, ainsi qu’Alfred Capus, collabore aux Grimaces sous le pseudonyme de Liris, devient son ami et son confident.

Au début des années 1880, Octave Mirbeau fait aussi « le nègre »[3]. et ainsi produit une dizaine de volumes, publiés sous au moins deux pseudonymes (Alain Bauquenne et Forsan). Cela lui permet, non seulement de gagner convenablement sa vie, à une époque où il entretient une maîtresse dispendieuse, mais aussi et surtout de faire ses gammes et ses preuves, en attendant de pouvoir voler de ses propres ailes, signer sa copie et la vendre avantageusement[4]. En 1882, sous le pseudonyme de Gardéniac, il fait également paraître dans Le Gaulois une série de Petits poèmes parisiens, où il cite pour la première fois un poème souvent attribué à Rimbaud, « Poison perdu ».



En 1884, pour se remettre et se purger d’une passion dévastatrice pour une dame de petite vertu, Judith Vimmer – expérience qui lui inspirera son premier roman officiel, Le Calvaire –, Mirbeau fait retraite pendant sept mois à Audierne, dans le Finistère, et se purge au contact des marins et paysans bretons. C’est le grand tournant de 1884-1885 : de retour dans la presse parisienne, il commence, tardivement et difficilement, à écrire pour son propre compte[5] et entame sa rédemption par le verbe : ce n’est évidemment pas un hasard si la suite projetée du Calvaire, jamais écrite, devait précisément s’intituler La Rédemption.

Dès lors il met sa plume au service de ses valeurs éthiques et esthétiques et engage ses grands combats éthiques, politiques, artistiques et littéraires, qui donneront de lui l’image durable d’un justicier et d'un imprécateur. C’est à la fin de 1884 que commence sa longue amitié pour les deux « grands dieux de [son] cœur », Claude Monet et Auguste Rodin[6].





Mirbeau poursuit désormais une double carrière de journaliste et d’écrivain. Chroniqueur, conteur et critique d’art influent, redouté et de mieux en mieux rémunéré, il collabore, successivement ou parallèlement, à La France, au Gaulois, au Matin, au Gil Blas, au Figaro, à L'Écho de Paris, puis, pendant dix ans, à partir de l’automne 1892, au Journal, où il touche 350 francs par article (environ 1 100 euros), ce qui est tout à fait considérable pour l’époque. Outre ses chroniques, il y fait paraître force contes, dont il ne publie en volume qu’une petite partie : Lettres de ma chaumière (1885) – dont l’exergue est significatif de son engagement éthique : « Ne hais personne, pas même le méchant. Plains le, car il ne connaîtra jamais la seule jouissance qui console de vivre : faire le bien » – et Contes de la chaumière (1894) ; la plupart ne seront publiés qu’après sa mort, en plusieurs volumes, et seront recueillis en 1990 dans ses Contes cruels (réédition en 2000).

Parallèlement il entame une carrière de romancier : Le Calvaire (1886), qui lui vaut un succès de scandale, notamment à cause du démystificateur chapitre II sur la débâcle de l’armée de la Loire pendant la guerre de 1870, qui fait hurler les nationalistes et que Juliette Adam a refusé de publier dans la Nouvelle revue ; puis L'Abbé Jules (1888), roman dostoïevskien dont le héros est un prêtre révolté, déchiré par ses contradictions et fauteur de scandales ; et Sébastien Roch (1890), sur un sujet tabou, le viol d’adolescents par des prêtres, ce qui lui vaut une véritable conspiration du silence. Ces œuvres novatrices sont vivement appréciées des connaisseurs et de l’avant-garde littéraire, mais sont négligées par une critique tardigrade et conformiste, effrayée par leurs audaces[7].

C’est au cours de cette période qu’il entame sa vie de couple avec Alice Regnault, une ancienne théâtreuse, qu’il épouse, honteusement et en catimini, à Londres, le 25 mai 1887, après deux ans et demi de « collage ». Mais Mirbeau ne se fait aucune illusion sur ses chances de jouir du bonheur conjugal, comme en témoigne une nouvelle au titre amèrement ironique, publiée au lendemain de son mariage : « Vers le bonheur ». « L’abîme » qui, selon lui, sépare à tout jamais les deux sexes, les condamne irrémédiablement à de douloureux malentendus, à l’incompréhension et à la solitude. Cette expérience le poussera, vingt ans plus tard, à interpréter à sa façon les relations entre Balzac et Évelyne Hanska dans La Mort de Balzac (1907), sous-chapitres de La 628-E8, où il ne cherchera pas à établir une impossible « vérité » historique et qui lui servira avant tout d’exutoire pour exhaler son amertume et ses frustrations.



Pendant les sept années qui suivent, Mirbeau traverse une interminable crise morale, où le sentiment de son impuissance à se renouveler[8], sa remise en cause des formes littéraires, notamment du genre romanesque, et son pessimisme existentiel sont aggravés par une douloureuse crise conjugale qui perdure – et dont témoigne une longue nouvelle, Mémoire pour un avocat (1894). C’est au cours de cette période difficile qu’il s’engage dans le combat anarchiste[9], qu’il découvre Vincent Van Gogh, Paul Gauguin et Camille Claudel, qu’il publie son roman Dans le ciel en feuilleton (mais non en volume), et qu’il rédige sa première grande pièce, Les Mauvais bergers, tragédie prolétarienne profondément pessimiste, qui sera créée en décembre 1897 par les deux plus grandes stars médiatiques de l’époque, Sarah Bernhardt et Lucien Guitry.



Au tournant du siècle, après l'Affaire Dreyfus, dans laquelle il s'engage passionnément, Mirbeau remporte de grands succès de ventes et de scandale avec Le Jardin des supplices (juin 1899) et Le Journal d'une femme de chambre (juillet 1900), et, à degré moindre, avec Les Vingt et un Jours d'un neurasthénique (août 1901) ; puis il connaît un triomphe mondial au théâtre avec Les affaires sont les affaires (1903), puis avec Le Foyer (1908), deux comédies de mœurs au vitriol qu’il parvient, non sans mal, à faire représenter à la Comédie-Française, au terme de deux longues batailles. La 628-E8 connaît également un succès de scandale en novembre 1907, à cause des sous-chapitres sur La Mort de Balzac. Ses œuvres sont alors traduites en de nombreuses langues, et sa réputation et son audience ne font que croître dans toute l’Europe, tout particulièrement en Russie, où paraissent deux éditions de ses œuvres complètes entre 1908 et 1912.

Personnalité de premier plan, craint autant qu’admiré, à la fois marginal – par ses orientations esthétiques et par ses prises de position politiques radicales –, et au cœur du système culturel dominant qu’il contribue à dynamiter de l’intérieur, il est reconnu par ses pairs comme un maître : ainsi Léon Tolstoï voit-il en lui « le plus grand écrivain français contemporain, et celui qui représente le mieux le génie séculaire de la France[10] » ; Stéphane Mallarmé écrit-il qu’il « sauvegarde certainement l’honneur de la presse en faisant que toujours y ait été parlé, ne fût-ce qu’une fois, par lui, avec quel feu, de chaque œuvre d’exception[11] » ; Georges Rodenbach voit-il en lui « Le Don Juan de l’Idéal[12] » et Remy de Gourmont « le chef des Justes par qui sera sauvée la presse maudite[13] », cependant qu’Émile Zola salue, chez l’auteur du Journal d’une femme de chambre, « Le justicier qui a donné son cœur aux misérables et aux souffrants de ce monde[14] ».



Après son mariage avec Alice Regnault, Mirbeau a préféré quitter Paris et s'est installé en Bretagne, à Kérisper, près d'Auray. Il a aussi passé plusieurs hivers sur la Côte d'Azur ; ainsi, son roman Sébastien Roch est en partie écrit à Menton. Puis, de 1889 à 1892, il a habité Les Damps, près de Pont-de-l'Arche, dans l’Eure, où Camille Pissarro a laissé quatre toiles de son jardin.

Mais, se sentant trop éloigné de Paris, il a déménagé à Carrières-sous-Poissy (Seine-et-Oise), où il a fait de son jardin une source d’émerveillement pour ses visiteurs. Devenu riche, il s’est installé à Paris, boulevard Delessert, près du Trocadéro, puis s’est partagé un temps entre son luxueux appartement de l’avenue du Bois (actuelle avenue Foch), où il a emménagé en novembre 1901, et le « château » de Cormeilles-en-Vexin, acheté en 1904 par sa femme Alice. En 1909, il s’est fait construire une maison à Triel-sur-Seine, où il passe ses dernières années, avant de revenir à Paris pour se rapprocher de son médecin, le professeur Albert Robin.

Dans toutes ses demeures, il a cultivé passionnément son jardin, rivalisant avec Claude Monet, a reçu abondamment ses nombreux amis – notamment Paul Hervieu, son ancien complice des Grimaces, les peintres Claude Monet et Camille Pissarro, le sculpteur Auguste Rodin, et le journaliste Jules Huret –, et il a collectionné amoureusement les œuvres d’art des artistes novateurs qu’il a contribué à promouvoir[15].



Les dernières années de la vie d’Octave Mirbeau sont désolantes : presque constamment malade, à partir de 1908, il est désormais incapable d’écrire : c’est son jeune ami et successeur Léon Werth qui doit achever Dingo, qui paraît en 1913. La terrifiante boucherie de la Première Guerre mondiale achève de désespérer un homme qui, malgré un pessimisme confinant souvent au nihilisme, n’a pourtant jamais cessé de parier sur la raison de l’homme et de miser sur l’amitié franco-allemande pour garantir la paix en Europe (voir notamment La 628-E8, 1907). Il meurt le jour de son 69e anniversaire.







Sur le plan politique, Mirbeau s’est rallié officiellement à l’anarchisme en 1890. Mais, bien avant cette date, il était déjà révolté et réfractaire à toutes les idéologies aliénantes, radicalement libertaire, farouchement individualiste, irréductiblement pacifiste, résolument athée depuis son adolescence[16], anticlérical, antireligieux[17] et antimilitariste.[18]

Il s’est battu avec constance contre toutes les forces d’oppression, d’exploitation et d’aliénation : la famille et l’école « éducastratrices » ; l’Église catholique et les croyances religieuses (tout juste bonnes, selon lui, pour les pensionnaires de l’asile de Charenton) ; l’armée, les « âmes de guerre »[19] et le bellicisme ; la presse vénale et anesthésiante ; le capitalisme industriel et financier, qui permet aux gangsters et prédateurs des affaires de se partager les richesses du monde ; les conquêtes coloniales, qui transforment des continents entiers en jardins des supplices ; et le système politique bourgeois, qui se prétend abusivement républicain, alors qu’il ne fait qu’assurer la main-mise d’une minorité sur tout le pays, avec la bénédiction des électeurs moutonniers, « plus bêtes que les bêtes » : aussi appelle-t-il ses lecteurs à faire La Grève des électeurs : « Surtout, souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est d’ailleurs pas en son pouvoir de te donner. [...] Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne disent rien, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit. » [20]).

Pamphlétaire efficace et d’autant plus redouté, Mirbeau met en œuvre une ironie démystificatrice, un humour noir dérangeant et une rhétorique de l’absurde, afin d’obliger certains de ses lecteurs à réagir et à se poser des questions, même s’il ne se fait guère d’illusions sur la majorité son lectorat. Il recourt volontiers à l’interview imaginaire des puissants de ce monde, afin de mieux dévoiler leur médiocrité et leurs turpitudes. Une anthologie de ses articles a paru sous le titre de Combats politiques[21]



Ardent dreyfusard, il s’engage avec passion dans le grand combat pour les valeurs cardinales du dreyfusisme, la Vérité et la Justice (1898-1899). Il rédige le texte de la pétition des intellectuels, qui paraît le 16 janvier 1898 ; il collabore à L'Aurore d’août 1898 à juin 1899 ; il participe à de multiples réunions publiques à Paris et en province, au risque, parfois, de se faire tabasser par les nationalistes et antisémites, comme à Toulouse, en décembre 1898, et à Rouen, en février 1899 ; et, le 8 août 1898, il paye de sa poche la grosse amende d’un montant de 7 525 francs (avec les frais du procès), à laquelle a été condamné Émile Zola pour son J'accuse, paru le 13 janvier dans L'Aurore. En août 1898 également, dans L'Aurore, il tente de mobiliser les deux groupes sociaux dont l’union est la condition du succès : d’une part, les intellectuels, qui « ont un grand devoir... celui de défendre le patrimoine d’idées, de science, de découvertes glorieuses, de beauté, dont ils ont enrichi le pays, dont ils ont la garde et dont ils savent pourtant bien ce qu’il en reste quand les hordes barbares ont passé quelque part !... » [22] ; et, d’autre part, les prolétaires, qui se sentent peu concernés par le sort d’un officier appartenant à la classe dominante : « L’injustice qui frappe un être vivant - fût-il ton ennemi - te frappe du même coup. Par elle, l’Humanité est lésée en vous deux. Tu dois en poursuivre la réparation, sans relâche, l’imposer par ta volonté, et, si on te la refuse, l’arracher par la force, au besoin. » [23]

Octave Mirbeau incarne l’intellectuel à qui rien de ce qui est humain n’est étranger. Conscient de sa responsabilité de journaliste écouté et d’écrivain prestigieux, il mène avant tout un combat éthique et, s’il s’engage dans les affaires de la cité, c’est en toute indépendance à l’égard des partis, en qui il n’a aucune confiance, et tout simplement parce qu’il ne peut supporter l’idée d’être complice, par son silence, comme tant d’autres par leur passivité, de tous les crimes qui se perpètrent à travers le monde : « Je n’ai pas pris mon parti de la méchanceté et de la laideur des hommes. J’enrage de les voir persister dans leurs erreurs monstrueuses, de se complaire à leurs cruautés raffinées... Et je le dis », confie-t-il en 1910, alors que son état de santé le condamne à une semi-retraite.[24] Son devoir est avant tout d’être lucide et de nous forcer à voir, en nous inquiétant, ce que, aveugles volontaires, nous préférons généralement éviter de regarder en face, histoire de préserver notre confort moral.[25] Telle est donc la mission humaniste de la littérature : « Aujourd’hui l’action doit se réfugier dans le livre. C’est dans le livre seul que, dégagée des contingences malsaines et multiples qui l’annihilent et l’étouffent, elle peut trouver le terrain propre à la germination des idées qu’elle sème. […] Les idées demeurent et pullulent : semées, elles germent ; germées, elles fleurissent. Et l’humanité vient les cueillir, ces fleurs, pour en faire les gerbes de joie de son futur affranchissement. »[26]



Parallèlement, en tant que critique d’art influent et doté d’une espèce de prescience, il pourfend l’art académique et pompier des Édouard Detaille, Jean-Louis-Ernest Meissonier, Alexandre Cabanel et William Bouguereau, il tourne en ridicule le système des Salons, ces « bazars à treize sous », ces « grandes foires aux médiocrités grouillantes et décorées »[27], et il bataille pour les grands artistes novateurs, longtemps moqués et méconnus[28], parce que les sociétés, selon lui, ne sauraient tolérer le génie : « Tout l’effort des collectivités tend à faire disparaître de l’humanité l’homme de génie, parce qu’elles ne permettent pas qu’un homme puisse dépasser de la tête un autre homme, et qu’elles ont décidé que toute supériorité, dans n’importe quel ordre, est, sinon un crime, du moins une monstruosité, quelque chose d’absolument anti-social, un ferment d’anarchie. Honte et mort à celui dont la taille est trop haute ! »[29] Mirbeau se fait donc le chantre attitré d’Auguste Rodin, de Claude Monet et de Camille Pissarro ; il est l’admirateur de Paul Cézanne, d’Edgar Degas et d’Auguste Renoir, le défenseur d’Eugène Carrière, de Paul Gauguin — qui, grâce à ses articles élogieux, en février 1891, peut payer son voyage à Tahiti —, de Félix Vallotton, d’Édouard Vuillard et de Pierre Bonnard, le découvreur de Maxime Maufra, de Constantin Meunier, de Vincent Van Gogh, de Camille Claudel, dont il proclame à trois reprises le « génie », d’Aristide Maillol et de Maurice Utrillo.

Ses articles sur l’art ont été recueillis dans les deux gros volumes de ses Combats esthétiques, parus à la Librairie Séguier en 1993.



Il mène aussi le bon combat pour des écrivains également novateurs : il lance notamment Maurice Maeterlinck en août 1890, par un article retentissant du Figaro[30], et Marguerite Audoux en 1910[31] ; il défend et promeut Remy de Gourmont, Marcel Schwob, Léon Bloy et Jules Renard, qu’il fait élire à l’Académie Goncourt en 1907, en menaçant de démissionner[32] ; il vient en aide à Alfred Jarry et à Paul Léautaud ; il admire inconditionnellement Léon Tolstoï et Dostoïevski, qui lui ont révélé les limites de l’art latin, fait de clarté et de mesure ; il prend à deux reprises la défense d’Oscar Wilde condamné aux travaux forcés[33] ; et il contribue à la réception en France de Knut Hamsun et d’Ibsen.

Nommé membre de l’Académie Goncourt par la volonté testamentaire d’Edmond de Goncourt, qu’il a plusieurs fois défendu dans la presse, Mirbeau fait entendre sa voix et se bat avec ferveur, à partir de 1903, pour de jeunes écrivains originaux qu’il contribue à promouvoir, même s’ils n’obtiennent pas le prix Goncourt : Paul Léautaud, Charles-Louis Philippe, Émile Guillaumin, Valery Larbaud, Marguerite Audoux, Neel Doff, Charles Vildrac et Léon Werth[34].

Ses chroniques sur la littérature et le journalisme ont été recueillies en 2006 dans ses Combats littéraires, L’Âge d’Homme, Lausanne.





Mirbeau s’est d’abord avancé masqué et a publié, sous au moins deux pseudonymes, pour plusieurs commanditaires, une dizaine de romans écrits comme nègre (cinq d’entre eux sont accessibles sur Internet, sur le site des éditions du Boucher, notamment L'Écuyère, 1882, La Maréchale et La Belle Madame Le Vassart, 1884). Il y fait brillamment ses gammes, varie les modèles dont il s’inspire et inscrit ses récits dans le cadre de romans-tragédies, où le fatum prend la forme du déterminisme psychologique et socioculturel. Et, déjà, il trace un tableau au vitriol de ce « loup dévorant » qu’est « le monde », et de la « bonne société » qu’il abomine et dont il connaît les dessous peu ragoûtants pour l’avoir fréquentée pendant une douzaine d’années.

Il fait, dans le genre romanesque, des débuts officiels fracassants, sous son propre nom, avec un roman qui, publié chez Ollendorff, obtient un succès de scandale, Le Calvaire (1886), où il se libère par l’écriture des traumatismes de sa destructrice passion pour Judith Vimmer, rebaptisée Juliette, en même temps que, dans le chapitre II, il dresse un tableau impitoyable de l’armée française pendant la guerre de 1870, qu’il a vécue, comme « moblot » (mobile), dans l’armée de la Loire.

En 1888, il publie, chez Ollendorff, L'Abbé Jules, premier roman dostoïevskien et pré-freudien de notre littérature, vivement admiré par Léon Tolstoï, Georges Rodenbach, Guy de Maupassant et Théodore de Banville, où, dans le cadre percheron de son enfance, apparaissent deux personnages fascinants : l’abbé Jules et le père Pamphile. Dans un troisième roman autobiographique, Sébastien Roch (1890), il évacue un autre traumatisme : celui de son séjour chez les jésuites de Vannes – « un enfer », écrivait-il en 1862 à son confident Alfred Bansard[35] – et des violences sexuelles qu’il pourrait bien y avoir subies, à l’instar du personnage éponyme. Il transgresse ainsi un tabou qui a duré encore plus d’un siècle : le viol d’adolescents par des prêtres[36].



Il traverse alors une grave crise existentielle et littéraire, au cours de laquelle il remet radicalement en cause le genre romanesque. Il publie néanmoins en feuilleton un extraordinaire roman, très noir, expressionniste et pré-existentialiste avant la lettre, sur la souffrance de l’humaine condition et la tragédie de l’artiste, Dans le ciel. Il y met en scène un peintre directement inspiré de Van Gogh, dont, à l’insu de sa pingre épouse, il vient d’acheter au père Tanguy, pour 600 francs (1 800 euros !), deux toiles qui, revendues en 1987, seront alors les plus chères au monde : Les Iris et Les Tournesols...

Au lendemain de l’affaire Dreyfus, son pessimisme est encore renforcé, et il publie deux romans fin-de-siècle qui en témoignent. Jugés « scandaleux » par les Tartuffes et les « bien-pensants » de tout poil, ils n’en connaissent pas moins un énorme succès à travers le monde (ils sont traduits dans une trentaine de langues et sont constamment réédités dans tous les pays) : d'abord, Le Jardin des supplices (1899), où la distanciation géographique et l’exotisme facilitent sa dénonciation d’une prétendue civilisation reposant sur la culture du meurtre.[37] ; ensuite, le Journal d'une femme de chambre (1900), où, à travers le regard d’une soubrette lucide, il s’emploie à démasquer les « honnêtes gens », pires à ses yeux que les « canailles ».[38] Il y met déjà à mal le genre romanesque, en pratiquant la technique du collage, et en transgressant les codes de la vraisemblance, de la crédibilité romanesque et des hypocrites bienséances. Les 21 jours d'un neurasthénique (1901) systématise le recours au collage et nous donne une vision grinçante des hommes et de la société, à travers le regard d’un neurasthénique qui projette son mal-être sur un univers et une société bourgeoise prise de folie, où rien ne rime à rien et où tout marche à rebours de la justice et du bon sens.



Octave Mirbeau achève de mettre à mort le vieux roman prétendument réaliste dans ses deux dernières œuvres narratives : La 628-E8 (1907), amputée in extremis de La Mort de Balzac, qui se présente comme un récit de voyage en automobile à travers la Belgique, la Hollande et l’Allemagne ; et Dingo (1913), achevé par Léon Werth, parce que Mirbeau, malade, n’était plus capable d’écrire. Les héros de ces deux récits ne sont autres que sa propre automobile (la fameuse Charron immatriculée 628-E8) et son propre chien tendrement aimé, Dingo, effectivement mort à Veneux-Nadon en octobre 1901. Mirbeau renonce aux subterfuges des personnages romanesques et se met lui-même en scène en tant qu’écrivain, inaugurant ainsi une forme d’autofiction avant la lettre. Il renonce à toute trame romanesque et à toute composition, et obéit seulement à sa fantaisie.

Enfin, sans le moindre souci de réalisme, il multiplie les caricatures, les effets de grossissement et les « hénaurmités » pour mieux nous ouvrir les yeux. C’est ainsi qu’on peut comprendre le chapitre de La 628-E8 sur La Mort de Balzac, qui a fait scandale, et où certains critiques, notamment Marcel Bouteron[39], ont voulu voir une vulgaire calomnie à l’encontre de Mme Hanska, alors qu’il ne s’agit, pour le romancier, que d’exprimer sa propre gynécophobie et d’exorciser ses propres frustrations.[40]

Par-dessus le roman codifié du XIXe siècle à prétentions réalistes, Mirbeau renoue avec la totale liberté des romanciers du passé, de Rabelais à Sterne, de Cervantès à Diderot, et il annonce ceux du vingtième siècle.[41]





Au théâtre, Mirbeau a fait ses débuts avec une tragédie prolétarienne, Les Mauvais bergers, sur un sujet proche de celui du Germinal d’Émile Zola : l’éclosion d’une grève ouvrière et son écrasement dans le sang. Elle a été créée au théâtre de la Renaissance, le 15 décembre 1897, par deux monstres sacrés de la scène, Sarah Bernhardt et Lucien Guitry. Mirbeau y proclame notamment le droit à la beauté pour tous.[42] Mais le pessimisme domine, confinant même au nihilisme : au dénouement, ne subsiste aucun espoir de germinations futures. Mirbeau jugera sa pièce beaucoup trop déclamatoire et songera même à l’effacer de la liste de ses œuvres. Mais des groupes anarchistes la traduiront et la représenteront à travers l’Europe.



En 1903, il connaît un triomphe mondial, notamment en Allemagne et en Russie, avec une grande comédie classique de mœurs et de caractères dans la tradition de Molière, qu’il a fait représenter à la Comédie-Française au terme d’une longue bataille, marquée par la suppression du comité de lecture, en octobre 1901 : Les affaires sont les affaires, créé le 20 avril 1903. C’est là qu’apparaît le personnage d’Isidore Lechat, archétype du brasseur d’affaires moderne, produit d’un monde nouveau : il fait argent de tout, intervient sur tous les terrains, caresse de vastes projets et étend sans scrupules ses tentacules sur le monde.

En 1908, au terme d’une une nouvelle bataille, judiciaire et médiatique, qu’il remporte de haute lutte contre Jules Claretie, l'administrateur de la Maison de Molière, il fait de nouveau représenter à la Comédie-Française une pièce à scandale, co-signée par son ami Thadée Natanson, Le Foyer. Il y pourfend une nouvelle fois la prétendue charité, qui n’est qu’un juteux business[43], et transgresse un nouveau tabou : l’exploitation économique et sexuelle d’adolescentes dans un foyer prétendument « charitable », avec la complicité du gouvernement républicain, qui préfère étouffer le scandale.[44]



Mirbeau a aussi fait jouer six petites pièces en un acte, recueillies sous le titre de Farces et moralités (1904) : tout en se situant dans la continuité des moralités médiévales à intentions pédagogiques et moralisatrices, il anticipe le théâtre de Bertolt Brecht, de Marcel Aymé, d’Harold Pinter et d’Eugène Ionesco[45] Il y subvertit les normes sociales, il démystifie la loi et il porte la contestation au niveau du langage, qui contribue notamment à assurer la domination de la bourgeoisie (il tourne notamment en dérision le discours des politiciens et le langage de l’amour[46]).



Octave Mirbeau était un homme, un écrivain et un intellectuel engagé pétri de contradictions[47], qui lui ont valu bien des critiques, mais qui sont constitutives de son humanité en même temps que le produit de la diversité de ses exigences.



Doté d’une extrême sensibilité, qui lui vaut d’éprouver d’intenses satisfactions d’ordre esthétique, par exemple, il est du même coup exposé de plein fouet aux souffrances et déceptions en tous genres que réserve la vie. Aussi passe-t-il par des périodes contemplatives, devant des parterres de fleurs ou des œuvres d’art où il trouve un refuge loin du monde des hommes, et aspire-t-il à une philosophie du détachement, qui rappelle l’ataraxie des stages stoïciens et qui l’amène à s’intéresser au Nirvana des bouddhistes (ce n’est évidemment pas un hasard s’il signe du pseudonyme de Nirvana les sept premières Lettres de l’Inde de 1885). Mais, à l’instar de l’abbé Jules, du roman homonyme, il est fort en peine de juguler les élans de son cœur.



Mirbeau a toujours fait preuve d’une lucidité impitoyable, et radicalement matérialiste, et il n’a eu de cesse de dénoncer tous les opiums du peuple et toutes les illusions qui interdisent aux hommes de «  regarder Méduse en face » et de se voir tels qu’ils sont, dans toute leur horreur[48]. Et pourtant ce désespéré n’a jamais cessé d’espérer et de lutter pour se rapprocher de l’idéal entrevu, comme si les hommes étaient amendables, comme si l’organisation sociale pouvait être réellement améliorée. Le pessimisme radical de sa raison est toujours contrebalancé par l’optimisme de sa volonté.



Farouchement libertaire, et foncièrement hostile à toutes les formes de pouvoir, Mirbeau a toujours refusé la forme partidaire et ne s’est rallié à aucun groupe anarchiste. Mais l’affaire Dreyfus lui a fait comprendre la nécessité de faire des compromis et de passer des alliances, fût-ce avec des politiciens bourgeois naguère vilipendés et des socialistes honnis, pour avoir quelques chances de remporter des victoires, fussent-elles provisoires. D’autre part, son anarchisme est problématique, puisque l’absence d’État et la totale liberté laissée aux individus ne pourraient qu’assurer le triomphe des prédateurs sans scrupules, tels qu’Isidore Lechat, dans Les affaires sont les affaires. Aussi a-t-il fini par faire un bout de route avec Jaurès et par accepter de collaborer à L’Humanité à ses débuts, dans l'espoir de « réduire l'État à son minimum de malfaisance »[49].



Enfin, Mirbeau est un écrivain paradoxal, qui a écrit énormément, tout en se prétendant frappé d’impuissance, et qui a contesté le principe même de la littérature, faite de mots et véhicule de mensonges[50], en même temps que tous les genres littéraires. Journaliste, il n’a cessé de vilipender la presse vénale, accusée de désinformation, de crétinisation des masses, voire de chantage[51]. Critique d’art, il s’est toujours moqué des professionnels de la critique, ratés misonéistes, aussi inutiles que des ramasseurs de crottin de chevaux de bois, et il a martelé qu’une œuvre d’art ne s’explique pas, mais doit s’admirer en silence. Romancier, il a dénoncé la vulgarité et les conventions d’un genre qui avait fait son temps. Dramaturge, il a proclamé la mort du théâtre. Et pourtant, professionnel de la plume et intellectuel engagé, il n’a cessé d’écrire pour clamer sa colère ou ses enthousiasmes.



Mirbeau n’a jamais été oublié et n’a jamais cessé d’être publié, mais on l’a souvent mal lu, à travers de trompeuses grilles de lecture (par exemple, nombre de critiques et d’historiens de la littérature l’ont embrigadé bien malgré lui parmi les naturalistes), ou bien on a voulu voir dans plusieurs de ses romans des œuvres érotiques, comme en témoignent nombre de couvertures de ses innombrables traductions. On a aussi eu fâcheusement tendance à réduire son immense production aux trois titres les plus emblématiques de son œuvre littéraire. Politiquement incorrect, socialement irrécupérable et littérairement inclassable, il a traversé, après sa mort, une longue période d’incompréhension de la part des auteurs de manuels et d’histoires littéraires ; et le faux « Testament politique », rédigé par Gustave Hervé et publié cinq jours après sa mort par sa veuve abusive, Alice Regnault, a contribué à brouiller durablement son image[52].

Heureusement, depuis vingt ans, grâce au développement des études mirbelliennes (parution de sa biographie, nombreuses découvertes de textes insoupçonnés, publication de très nombreux inédits, fondation de la Société Octave Mirbeau, création des Cahiers Octave Mirbeau, organisation de nombreux colloques internationaux et interdisciplinaires (sept entre 1991 et 2007), constitution d’un Fonds Octave Mirbeau à la Bibliothèque Universitaire d’Angers, ouverture de deux sites Internet consacrés à Mirbeau, mise en ligne de la plus grande partie de ses écrits), on le découvre sous un jour nouveau, on le lit sans idées préconçues ni étiquettes réductrices, on publie la totalité de son œuvre, dont des pans entiers étaient méconnus ou ignorés, voire totalement insoupçonnés (ses romans écrits comme nègre, par exemple), et on commence tardivement à prendre la mesure de son tempérament d’exception, de son originalité d’écrivain et du rôle éminent qu’il a joué sur la scène politique, littéraire et artistique de la Belle Époque, ainsi que dans l’évolution des genres littéraires.



En novembre 1993 a été créée la Société Octave Mirbeau, présidée par Pierre Michel, qui a son siège à Angers. Elle publie tous les ans de copieux Cahiers Octave Mirbeau. Elle a constitué un Fonds Mirbeau à la Bibliothèque Universitaire d'Angers, organisé deux colloques internationaux, créé un site Internet, co-édité plusieurs volumes de textes et œuvres de Mirbeau et édité elle-même plusieurs études sur Mirbeau.



  1. Le jeune Mirbeau a été expulsé du collège à quelques semaines seulement de la fin de l’année scolaire et sous prétexte de mauvaises notes. Dans Sébastien Roch, le héros éponyme est séduit et violé par son maître d’études, le père de Kern, qui le fait ensuite chasser, par peur d’être dénoncé, sous prétexte de relations "contre-nature" avec son camarade Bolorec, d’où la question posée par ses biographes : ne serait-il pas arrivé le même traumatisme à Mirbeau, dont le maître d’études était le père Stanislas du Lac, qui fera une belle carrière de prédicateur ? Sur cet épisode, voir Pierre Michel et Jean-François Nivet, Octave Mirbeau, l’imprécateur au cœur fidèle, Séguier, 1990, p. 42-46 ; et l’article de Pierre Michel, « Octave Mirbeau et Stanislas du Lac », dans les Cahiers Octave Mirbeau, n° 5, 1998, p. 129-145.
  2. Dans Les Grimaces du 29 septembre 1883.
  3. Sur cette expérience amère, voir en particulier un de ses tout premiers contes, « Un raté », Paris-Journal, 19 juin 1882.
  4. Cinq de ces volumes ont été publiés en annexe de l'Œuvre romanesque de Mirbeau, chez Buchet/Chastel, 200-2001, et sont aussi accessibles sur Internet, sur le site des Éditions du Boucher, décembre 2003. Voir aussi Pierre Michel, « Quelques réflexions sur la négritude », Cahiers Octave Mirbeau, n° 12, 2005, p. 4-34, et Octave Mirbeau et la négritude.
  5. Il continue néanmoins à faire le nègre pendant plus d'un an encore, et fait notamment paraître en 1885, dans Le Gaulois, de pseudo-Lettres de l'Inde, rédigées pour le compte d'un politicien opportuniste, François Deloncle, envoyé en mission en Inde par Jules Ferry.
  6. Voir Correspondance avec Rodin, Le Lérot, 1988, Correspondance avec Monet, Le Lérot, 1990, et Combats esthétiques, 2 vol., Séguier, 1993.
  7. Sur l’accueil de ces trois romans, souvent qualifiés d’autobiographiques, voir Pierre Michel et Jean-François Nivet, Octave Mirbeau, l'imprécateur au cœur fidèle, Séguier, 1990, p. 287-301, 350-355 et 406-409.
  8. C'est après avoir découvert Maurice Maeterlinck qu'il fait paraître, dans L'Écho de Paris, une série de Dialogues tristes, qui se ressentent de l'influence du poète belge.
  9. Voir Pierre Michel, «L’itinéraire politique d’Octave Mirbeau}}, Europe, mars 1899, p. 96-109, et Octave Mirbeau, Combats politiques, Librairie Séguier, 1990.
  10. Cité par Eugène Sémenoff, dans le Mercure de France de septembre 1903. Tolstoï admire tout particulièrement Le Journal d'une femme de chambre et Les affaires sont les affaires, dont Mirbeau lui a envoyé un exemplaire de luxe orné d’un envoi admiratif.
  11. Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, Pléiade, p. 329, et Correspondance, Gallimard, t. IV, p. 127.
  12. Georges Rodenbach, « M. Octave Mirbeau », Le Figaro, 14 décembre 1897 (article inséré dans L’Élite, Fasquelle, 1899).
  13. Lettre de Remy de Gourmont à Octave Mirbeau du 18 mai 1891, Imprimerie gourmontienne n° 1, 2000.
  14. Émile Zola, Correspondance, C.N.R.S., t. X, p. 169.
  15. Voir « Les demeures d’Octave Mirbeau ».
  16. « Si Dieu existait, comme le croit vraiment cet étrange animal d’Edison qui s’imagine l’avoir découvert dans le pôle négatif, pourquoi les hommes auraient-ils d’inutiles et inallaitables mamelles ? », « ? », L’Écho de Paris, 25 août 1890.
  17. « Je n’ai qu’une haine au cœur, mais elle est profonde et vivace : la haine de l’éducation religieuse. […] Est-ce que, sous prétexte de liberté, on permet aux gens de jeter du poison dans les sources ? » (« Réponse à une enquête sur l’éducation », La Revue blanche, 1er juin 1902 : Combats pour l’enfant, Ivan Davy, 1990, p. 165)
  18. « L’apologie – non pas même de la Force, qui peut avoir sa beauté –, mais de toutes les violences criminelles, voilà de quoi se compose uniquement l’éducation militaire… [...] La caserne ne fabrique pas que des assassins ; elle fabrique – ce qui est pire, peut-être, au point de vue social – des déclassés. Au sortir de la caserne, les jeunes soldats, en qui l’on s’est acharné à détruire toutes les facultés normales, tous les sentiments moyens, ne savent plus que faire, ne veulent plus rien faire, ne peuvent plus rien faire. C’est qu’en réalité ils sont maintenant inaptes à la vie civile… » (Préface à Un an de caserne, L’Aurore, 9 juillet 1901 ; Combats littéraires, L’Âge d'Homme, 2006, p. 524-5).
  19. « Âmes de guerre » est le titre de deux de ses articles parus dans l'Humanité en 1904.
  20. Son article, intitulé « La Grève des électeurs », a paru dans Le Figaro le 28 novembre 1888 et a été diffusé par les groupes anarchistes à des centaines de milliers d’exemplaires à travers l’Europe (souvent avec Prélude, paru le 14 juillet 1889) ; il est accessible en plusieurs langues sur Internet et, bien sûr, sur WikiSource
  21. Librairie Séguier, 1990.
  22. "Trop tard !", L’Aurore, 2 août 1898.
  23. "À un prolétaire", L’Aurore, 8 août 1898.
  24. Interview de Mirbeau par Louis Nazzi, Comoedia, 25 février 1910.
  25. Voir Pierre Michel, Lucidité, désespoir et écriture, Presses de l’Université d’Angers - Société Octave Mirbeau, 2001.
  26. "Clemenceau", Le Journal, 11 mars 1895.
  27. « Notes sur l’art - Éva Gonzalès », La France, 17 janvier 1885 (recueilli dans ses Combats esthétiques, Séguier, 1993, tome I, p. 104).
  28. Voir notamment son premier article sur «Claude Monet}}, dans La France du 21 novembre 1884 : « Que pensera-t-on de nous, plus tard, quand on se dira que tous ceux qui furent de grands artistes et qui porteront, dans la postérité, la gloire de ce demi-siècle, ont été insultés, vilipendés, pis encore, plaisantés ?... Les œuvres d’art, qui font naître l’émotion et le recueillement au fond des âmes naïves, ne nous inspirent à nous, nation spirituelle, que des calembours, et nous passons devant ces œuvres, ne leur laissant de notre passage qu’une sottise lancée sur un jet de salive. »
  29. « Au conseil municipal », Le Journal, 12 juillet 1899 (Combats esthétiques, t. II, p. 228).
  30. « Maurice Maeterlinck », Le Figaro, 24 août 1890.
  31. Voir la préface de Mirbeau à Marie-Claire, Fasquelle, 1910 (Combats littéraitres, p. 596-598).
  32. Voir Pierre Michel, « Octave Mirbeau et Jules Renard », dans Jules Renard, un homme de lettres, vol. 2, septembre 2001, p. 37-41
  33. Voir l'article de Pierre Michel, « Octave Mirbeau et Oscar Wilde ».
  34. Voir Pierre Michel, Octave Mirbeau et Léon Werth, 2006.
  35. Voir sa Correspondance générale, L’Âge d’Homme, 2003, t. I, p. 45.
  36. Voir Octave Mirbeau, Correspondance générale, L’Âge d’Homme, 2003, t. I, p. 45-47, et Pierre Michel et Jean-François Nivet, Octave Mirbeau, l’imprécateur au cœur fidèle, p. 33-46.
  37. « Le meurtre est la base même de nos institutions sociales, par conséquent la nécessité la plus impérieuse de la vie civilisée... S’il n’y avait plus de meurtre, il n’y aurait plus de gouvernements d’aucune sorte, par ce fait admirable que le crime en général, le meurtre en particulier sont, non seulement leur excuse, mais leur unique raison d’être... » (Frontispice du Jardin des supplices, Éditions du Boucher, 2003, p. 40).
  38. « Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens », Le Journal d’une femme de chambre, chapitre IX (Éditions du Boucher, 2003, p. 184).
  39. Voir Marcel Bouteron, « Apologie pour Mme Hanska », La Revue des deux mondes, 15 décembre 1924.
  40. Voir la préface de Pierre Michel à La 628-E8, pp 27-28 : « Aux yeux de Mirbeau, peu importe que l’anecdote soit controuvée, pour peu qu’elle permette de mettre en lumière des vérités qui lui sont chères et que l’on tient trop souvent sous le boisseau des préjugés et du politiquement correct. En l’occurrence, il s’agit de la guerre des sexes et de l’abîme d’incompréhension qui les sépare (les Balzac reviennent d’Ukraine “mariés et ennemis” pour s’être dupés l’un l’autre) ; [...] et de la parenté étroite qui lie le sexe et la mort, l’amour et la destruction, l’instinct génésique et la pourriture, et qui a déjà été illustrée dans Le Jardin des supplices et Le Journal d'une femme de chambre. On pourrait ajouter encore que, à travers Mme Hanska, il règle certainement ses comptes, une nouvelle fois avec son incompréhensive épouse, l’ex-théâtreuse Alice Regnault, comme s’il subodorait par anticipation les plus ignominieuses trahisons de sa mémoire qu’elle ne manquera pas de multiplier, au lendemain de sa mort. »
  41. Voir Pierre Michel, « Octave Mirbeau romancier », notamment p. 25 et p. 33.
  42. « Si pauvre qu’il soit, un homme ne vit pas que de pain. Il a droit, comme les riches, à la beauté », Les Mauvais bergers, acte III, scène 5 (Eurédit, 2003, p. 99.
  43. Dès l’automne 1884, Mirbeau a mené campagne contre la “charité” dans les colonnes de La France et du Gaulois, écrivant notamment : « La charité est devenue l’exploiteuse des misères, les saltimbanques battent la grosse caisse sur la peau des victimes » (« Les Fêtes de charité », Le Gaulois, 6 octobre 1884).
  44. Voir l’édition critique du Foyer dans le tome III du Théâtre complet de Mirbeau, Eurédit, 2003.
  45. Voir Pierre Michel, « Octave Mirbeau, Eugène Ionesco et le théâtre de l’absurde », Cahiers Octave Mirbeau, n° 13, 2006, p. 159-170.
  46. Voir l’édition critique des Farces et moralités dans le tome IV du Théâtre complet de Mirbeau, Eurédit, 2003, et Pierre Michel, « Les Farces et moralités », dans les Actes du colloque Octave Mirbeau d’Angers, Presses de l’Université d’Angers, 1992, p. 379-392.
  47. Voir Pierre Michel, « Octave Mirbeau : les contradictions d'un écrivain anarchiste ».
  48. Voir Pierre Michel, Lucidité, désespoir et écriture, Société Octave Mirbeau, 2001.
  49. Voir « Les Littérateurs et l'Anarchie », Le Gaulois, 25 février 1894
  50. C'est ainsi qu'il écrit à Claude Monet, en juillet 1890 : « La littérature m'embête au-delà de tout. J'arrive à cette conviction qu'il n'y a rien de plus vide, rien de plus bête, rien de plus parfaitement abject que la littérature » (Correspondance générale, tome II, p. 262).
  51. Voir « Le Chantage », Les Grimaces, 29 septembre 1883.
  52. Ce faux testament a été publié en annexe de ses Combats politiques, ainsi que le texte de Léon Werth démontrant qu’il s’agit d’un faux.




  • Le Calvaire (1886).
  • L'Abbé Jules (1888).
  • Sébastien Roch (1890).
  • Dans le ciel (1892-1893, première édition en volume en 1989).
  • Le Jardin des supplices (1899).
  • Le Journal d'une femme de chambre (1900).
  • Les 21 jours d'un neurasthénique (1901).
  • La 628-E8 (1907).
  • Dingo (1913).
  • Un gentilhomme (1920).
  • Les Mémoires de mon ami (1920 ; nouvelle édition en octobre 2007).
  • Œuvre romanesque, Buchet/Chastel - Société Mirbeau, 3 volumes, 4000 pages, dont 800 pages d’appareil critique (2000-2001). Pierre Michel y a réalisé l’édition critique de l’ensemble des romans d’Octave Mirbeau. Cinq romans écrits comme nègre y sont reproduits en annexe : L’Écuyère, La Maréchale, La Belle Madame Le Vassart, Dans la vieille rue et La Duchesse Ghislaine. Ces quinze romans sont également accessibles en ligne sur le site Internet des éditions du Boucher, avec de nouvelles préfaces de Pierre Michel (2003-2004).


  • Les Mauvais Bergers (1897).
  • Les Affaires sont les affaires (1903).
  • Farces et moralités (1904).
  • Le Foyer (1908).
  • Théâtre complet, Eurédit, 4 volumes, 2003.
  • Dialogues tristes, Eurédit, 2006.


  • Lettres de ma chaumière (1885).
  • Cocher de maître (1889 ; mise en ligne en 2008).
  • Contes de la chaumière (1894).
  • Mémoire pour un avocat (1894 ; mise en ligne en 2007).
  • Dans l’antichambre (Histoire d’une Minute) (1905). Illustré par Edgar Chahine. Librairie de la Collection des Dix. A. Romagnol, Editeur. Collection de l’Académie des Goncourt.
  • La Vache tachetée (1918).
  • Un homme sensible (1919).
  • La Pipe de cidre (1919).
  • Les Souvenirs d’un pauvre diable (1921).
  • Le Petit gardeur de vaches (1922).
  • La Mort de Balzac (1989 ; réédition en 1999).
  • Contes cruels, 2 volumes (1990 ; réédition à l’identique en 2000). Recueil de 150 contes.
  • Contes drôles (1995). Recueil de 21 contes.
  • Amours cocasses et Noces parisiennes (1995). Deux recueils parus sous pseudonyme.


  • Chez l’Illustre écrivain (1919).
  • Des artistes, 2 volumes (1922-1924).
  • Gens de théâtre (1924).
  • Les Écrivains, 2 volumes (1925-1926).
  • Notes sur l’art (1989).
  • Combats esthétiques, Séguier, 2 volumes (1993).
  • Premières chroniques esthétiques (1996).
  • Chroniques musicales (2001).
  • Combats littéraires, L’Âge d’Homme (2006).


  • La Grève des électeurs (1902, rééd. 1995, 2002 et 2007).
  • Les Grimaces et quelques autres chroniques (1928).
  • Combats politiques (1990).
  • Combats pour l’enfant (1990).
  • L'Affaire Dreyfus (1991).
  • Lettres de l’Inde (1991).
  • Paris déshabillé (1991).
  • Petits poèmes parisiens (1994).
  • L’Amour de la femme vénale (1994).
  • Chroniques du Diable (1995).
  • Chroniques ariégeoises (1998).


  • Correspondance avec Auguste Rodin (1988).
  • Lettres à Alfred Bansard des Bois, 1862-1874 (1989).
  • Correspondance avec Claude Monet (1990).
  • Correspondance avec Camille Pissarro (1990).
  • Correspondance avec Jean-François Raffaëlli (1993).
  • Correspondance avec Jean Grave (1994).
  • Correspondance avec Jules Huret (à paraître début 2009).
  • Correspondance générale, 2 volumes parus, L’Âge d’Homme, (2003-2005), deux volumes à paraître en 2009 et 2011.




  • Reginald Carr, Anarchism in France - The Case Octave Mirbeau, Manchester, 1977, 190 pages.
  • Pierre Michel et Jean-François Nivet, Octave Mirbeau, l’imprécateur au cœur fidèle, biographie, Librairie Séguier, Paris, 1990, 1020 pages.
  • Claude Herzfeld, La Figure de Méduse dans l’œuvre d’Octave Mirbeau, Librairie Nizet, Paris, 1992, 107 pages.
  • Pierre Michel (sous la direction de), Octave Mirbeau, Actes du colloque d’Angers, Presses Universitaires d’Angers, 1992, 500 pages.
  • Pierre Michel (sous la direction de) : Colloque Octave Mirbeau, Editions du Demi-Cercle, Paris, 1994, 132 pages grand format.
  • Pierre Michel, Les Combats d’Octave Mirbeau, Annales littéraires de l’Universté de Besançon, 1995, 387 pages.
  • Christopher Lloyd, Mirbeau’s fictions, Durham University Press, 1996, 114 pages.
  • Laurence Tartreau-Zeller, Octave Mirbeau, une critique du cœur, Presses du Septentrion, 1999, 759 pages.
  • Pierre Michel, Lucidité, désespoir et écriture, Presses de l’université d’Angers – Société Octave Mirbeau, 2001, 87 pages.
  • Claude Herzfeld, Le Monde imaginaire d’Octave Mirbeau, Société Octave Mirbeau, Angers, 2001, 99 pages.
  • Samuel Lair, Mirbeau et le mythe de la nature, Presses Universitaires de Rennes, 2004, 361 pages.
  • Pierre Michel (sous la direction de), Un moderne : Octave Mirbeau, Eurédit, Cazaubon, 2004, 294 pages.
  • Max Coiffait, Le Perche vu par Mirbeau et réciproquement, L’Étrave, 2006, 224 pages.
  • Robert Ziegler, The Nothing Machine : The Fiction of Octave Mirbeau, Rodopi, Amsterdam – New York, septembre 2007, 250 pages.
  • Kinda Mubaideen et Lolo, Un aller simple pour l’Octavie, Société Octave Mirbeau, Angers, septembre 2007, 62 pages.
  • Pierre Michel, Octave Mirbeau, Les Acharnistes, 2007, 32 pages.
  • Gérard Poulouin et Laure Himy (sous la direction de), Octave Mirbeau, passions et anathèmes, Actes du colloque de Cerisy, Presses universitaires de Caen, janvier 2008.
  • Samuel Lair, Octave Mirbeau l'iconoclaste, L'Harmattan, 2008, 334 pages.
  • Claude Herzfeld, Octave Mirbeau – Aspects de la vie et de l’œuvre, L’Harmattan, 2008, 346 pages.
  • Éléonore Reverzy et Guy Ducrey (sous la direction de), L'Europe en automobile. Octave Mirbeau écrivain voyageur, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009.


  • Cahiers naturalistes, numéro spécial Octave Mirbeau, sous la direction de Pierre Michel et Jean-François Nivet, 1990, 100 pages.
  • L’Orne littéraire, numéro spécial Octave Mirbeau, sous la direction de Pierre Michel, 1992, 105 pages.
  • Europe, numéro Octave Mirbeau, sous la direction de Pierre Michel, mars 1999, 100 pages.
  • Autour de Vallès, numéro spécial Vallès - Mirbeau, journalisme et littérature, sous la direction de Marie-Françoise Melmoux-Montaubin, 2001, 317 pages.
  • Cahiers Octave Mirbeau, 1994-2009, 16 numéros parus, environ 5 700 pages (à commander à la Société Octave Mirbeau, 10 bis rue André Gautier, 49000 - Angers).








Voir Wikiquote, le site de la Société Octave Mirbeau et son portail.

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