Biographie de Pierre Joseph Proudhon

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Pierre-Joseph Proudhon, né le 15 janvier 1809 à Besançon[1] dans le Doubs et mort le 19 janvier 1865 à Passy, était un polémiste, publiciste, économiste, sociologue et socialiste français, le premier à se qualifier d'anarchiste. Proudhon est célèbre pour sa fameuse formule « la propriété, c’est le vol ! » dans son mémoire Qu’est ce que la propriété ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement qui fut son premier ouvrage majeur, publié en 1840.

La publication de Qu'est-ce que la propriété ? attire l’attention des autorités françaises mais aussi de Karl Marx qui entame une correspondance avec Proudhon. Les deux hommes s’influencent mutuellement ; ils se rencontrent à Paris où Marx est en exil. Leur amitié s’achève quand, en réponse à La Philosophie de la misère de Proudhon, Marx écrit La Misère de la philosophie. Au sein de l’Association internationale des travailleurs (première Internationale), il y eut une scission entre les anarchistes de Bakounine et ceux de Proudhon. Les mutualistes proudhoniens pensaient que la propriété collective était indésirable et que la révolution sociale pouvait être atteinte pacifiquement.

Proudhon donna dans son Système des contradictions économiques publié en 1846 une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l'objet même de la liberté, le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié, in fine la liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l'inégalité. Ces contradictions sont éternelles et n’annoncent nullement l’autodestruction du capitalisme qu'aurait annoncée Marx.

Dans son livre Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février, Proudhon écrit entre autres choses la fameuse phrase « l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Il tenta de créer une banque nationale qui donne des prêts sans intérêts, similaire d’une certaine façon aux mutuelles d’aujourd'hui.





Proudhon est né à Besançon, d’un père garçon brasseur et d’une mère cuisinière. Enfant, il garde les vaches et mène une vie simple. Cependant, il est un brillant élève ; à dix ans, il est admis au collège royal de Besançon, bien que sa famille soit si pauvre qu'elle ne pouvait lui fournir les livres nécessaires à ses études, qu'il devait emprunter à ses camarades. À dix-neuf ans, il devient typographe et corrige des œuvres ecclésiastiques, ce qui lui permet d’apprendre l’hébreu, de se perfectionner en grec et en latin, et d'acquérir une bonne connaissance de la théologie. C'est son Essai de grammaire générale qui manifeste pour la première fois son audace intellectuelle, malgré le manque patent de connaissances philosophiques. En 1838, il obtient la pension Suard, décernée par l’Académie de Besançon : une bourse de 1500 francs par an pendant trois ans pour l'encouragement des jeunes hommes prometteurs. Pendant quelques temps, Proudhon gère une petite imprimerie à Besançon, mais sans succès. En 1842, il devient chef du contentieux et du service financier dans une entreprise de transport par voie d’eau, détenue par des amis lyonnais. En 1847, il quitte son emploi et s'installe finalement à Paris. Il devient franc-maçon cette même année.



En 1839, il écrit son traité L'Utilité de la célébration du dimanche, qui contient les germes de ses idées révolutionnaires. À peu près à cette époque, il part pour Paris. Il y mène une vie pauvre, ascétique, studieuse et il y découvre les idées socialistes. En 1840, il publie sa première œuvre Qu'est-ce que la propriété ?. Sa célèbre réponse à cette question, « la propriété, c'est le vol », ne plut guère à l'académie de Besançon, qui hésita à lui retirer sa pension, pour finalement n'en rien faire. Pour son troisième mémoire sur la propriété, qui prit la forme d'une lettre adressée au fouriériste Victor Considérant, il est jugé à Besançon mais est acquitté. En 1846, il publie son œuvre maîtresse, le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère.



Proudhon est surpris par la révolte parisienne de février 1848. Il participe au soulèvement et à la composition de ce qu'il nomme « la première proclamation républicaine » de la nouvelle république. Mais il avait des doutes à propos du nouveau gouvernement, parce qu'il poursuivait une réforme politique aux dépens d'une réforme socio-économique que Proudhon tenait pour fondamentale.

Pendant la Deuxième République, Proudhon développe ses activités de journaliste. Il est impliqué dans quatre journaux différents : Le Représentant du Peuple (février 1848 - août 1848), qu'il publie et dont il tire la notoriété qui le fera élire ; Le Peuple (septembre 1848 - juin 1849) ; La Voix du Peuple (septembre 1849 - mai 1850) ; Le Peuple de 1850 (Juin 1850 - Octobre 1850). Ces journaux sont tous condamnés et supprimés successivement. Il s’illustre par son style polémique, combatif, ses incessantes critiques des politiques du gouvernement et sa campagne en faveur d’une réforme du crédit.

Parallèlement, il publie Solution du problème social, dans lequel il présente un programme de coopération financière mutuelle entre travailleurs. Il pensait ainsi transférer le contrôle des relations économiques depuis les capitalistes et financiers vers les travailleurs. Son projet s'appuie sur l'établissement d'une « banque d'échange» qui accorderait des crédits à un très faible taux d’intérêt (le taux n'est pas nul en raison des coûts de fonctionnement), ainsi que sur la distribution de billets d’échange qui circuleraient à la place de la monnaie basée sur l'or, qui serait supprimée.

Proudhon se présente à l'élection de l'Assemblée constituante en avril 1848, mais échoue, bien que son nom apparaisse aux scrutins de Paris, Lyon, Besançon, et Lille. Il est néanmoins élu lors des élections complémentaires du 4 juin. Il participe donc aux débats au sujet des ateliers nationaux. Bien qu’il n’ait jamais approuvé cette institution, institution de charité qui ne résout pas la question sociale, il s’oppose à leur fermeture, sous réserve qu'une alternative soit proposée aux travailleurs dont la subsistance en dépendait.

Il est choqué par la violence des Journées de Juin. Visitant personnellement les barricades, il déclara plus tard que sa présence à la Bastille à ce moment était « un acte des plus honorables de sa vie ». Mais Proudhon s'oppose à l'insurrection en prêchant une conciliation pacifique, posture en accord avec son engagement contre la violence qui ne se démentira pas. Il désapprouve les révoltes et les manifestations en février, mai et juin 1848 bien que sympathisant des injustices sociales et psychologiques que les insurgés avaient été forcés d'endurer. Il considère que les forces de la réaction sont responsables des événements tragiques.



Proudhon critique de façon récurrente les politiques du gouvernement et promeut la réforme du crédit. À cette fin, il tente de mettre en place une banque populaire (la Banque du Peuple) au début de l'année 1849, mais malgré l'inscription de plus de 13000 personnes (surtout des travailleurs) et un capital de 5 millions de francs français (FF), il y a un défaut de recettes de 18,000 FF et une condamnation de Proudhon qui font que l'ensemble de l'entreprise est essentiellement mort-née. Il est incarcéré trois ans à la prison Sainte-Pélagie pour le délit de presse d'« offense au Président de la République » (du 7 juin 1849 au 4 juin 1852).



En 1858, il est condamné pour la publication de son livre Nouveaux Principes de philosophie pratique, il s'exile en Belgique, refuse l'amnistie de 1859 tout comme Victor Hugo et Louis Blanc. Amnistié en 1860, il revient en France mais renonce à son parti et à son passé et s'oriente vers l'ultramontanisme. La même année, le gouvernement vaudois lance un concours sur l'impôt. À la demande du conseiller d'État Louis-Henri Delarageaz, Proudhon y participe et remporte un premier accessit de 1000 francs, sans attribution de premier prix. Ce travail est publié à titre posthume en 1866 sous le titre Théorie de l'impôt. Après son décès en 1865 Amédée Jérôme Langlois sera son exécuteur testamentaire.



Proudhon est le premier théoricien connu à se désigner lui-même comme un « anarchiste ». Il écrit dans Du Principe fédératif que « la notion d' "anarchie", en politique, est tout aussi rationnelle et positive qu'aucune autre .» Proudhon défendait la liberté individuelle contre toute force dominante : l'Église, la religion et toute espèce de dictature, l'individu ne doit jamais être sacrifié à l'intérêt général ou à la justice sociale.



Proudhon a une grande confiance dans la science économique, qu'il considère comme la seule qualifiée pour changer la société : « je persiste à croire que les questions sur Dieu, sur la destinée humaine, sur les idées, sur la certitude, en un mot, toutes les hautes questions de la philosophie font partie intégrante de la science économique, qui n’en est, après tout, que la réalisation extérieure »[2]. Comme Fourier ou Saint-Simon, il affirme ainsi le primat de l’économie sur la politique.

Dans ses Contradictions économiques, Proudhon s’attache à montrer que l’économie est fondée sur des contradictions internes : ainsi, le machinisme allège la peine de l'ouvrier mais le met au chômage, la division du travail accroît la richesse sociale mais abrutit l'ouvrier, le crédit peut émanciper le travailleur mais n’est accordé qu’aux riches, la propriété foncière est le fondement même de la liberté, mais produit des privilèges.

La concurrence est de même contradictoire, d'un côté elle est injuste par ses effets (il lui prête de mener nécessairement au monopole) mais Proudhon l'accepte car elle est efficace et nécessairement opposée aux privilèges : « Par cela seul que l'ouvrier de l'administration n'a point de concurrence, qu'il n'est intéressé ni aux bénéfices, ni à la perte, qu'il n'est pas libre en un mot, sa productivité est nécessairement moindre et son service trop cher. ». Les dirigeants deviennent « par leur traitement (leurs subventions), des aristocrates aussi coûteux qu'inutiles et les autres, les salariés, sont retenus à jamais dans une condition subalterne » [3],[4]

Face à ces contradictions qui sont éternelles, la révolution est vaine et il faut chercher une nouvelle façon de considérer les rapports économiques, fondée sur le droit et le contrat.

S'il se montre très critique envers l’économie capitaliste, le socialisme ne trouve pas davantage grâce dans ses écrits. Ce qu’il ne peut accepter, c'est l'utopie, qui, pour lui, conformément à l’étymologie, est un « lieu de nulle part » qui ne peut pas être. Or, le socialisme est une utopie : « seul, dans le vague de ses idées, il proteste contre l’unanimité du genre humain » ; aussi, « il n’y a point d’heure marquée pour lui ; il est condamné à un perpétuel ajournement ». Quand le capitalisme affirme que ce qui doit être est, le socialisme affirme que ce qui doit être n’est pas. Quand l’économie politique affirme que le travail est organisé, le socialisme utopique affirme qu’il faut l’organiser. Fidèle à la dialectique hégélienne dont il se prétend un grand adepte, Proudhon réfute ces deux conclusions ; il est d’avis que le travail s’organise. C’est qu’il n’admet pas l'hypothèse d’un état stationnaire : pour lui, la société évolue depuis la naissance du monde et évoluera jusqu’à la fin du monde. Par conséquent, il s’oppose aussi bien aux économistes classiques — qui décrivent les réalités du monde de l’époque sans penser qu’elles sont transitoires et qu’elles pourraient évoluer — qu’aux socialistes, pour qui l’avènement d’une société idéale marquera la fin de l’histoire.

Proudhon se veut l'apôtre d'une troisième voie, celle du socialisme scientifique, qui va prendre la forme de l’« anarchie positive » ou du « fédéralisme autogestionnaire ». Le fédéralisme autogestionnaire de Proudhon est fondé sur deux structures parallèles, l’une correspondant aux activités économiques, et l’autre au corps politique. Ces deux constructions doivent être distinctes mais coopérer. Sur le plan de la production, il s’agit d’une « démocratie économique mutualiste : les agriculteurs sont propriétaires d’une parcelle qu’ils exploitent, et ils s’associent avec d’autres au sein d’ensembles coopératifs, eux-mêmes inclus dans une fédération agricole. Le secteur industriel devrait, quant à lui, être composé de multiples propriétés collectives concurrentes entre elles mais associées en une même fédération industrielle. Des groupements d’unions de consommateurs formeraient un « syndicat de la production et de la consommation », chargé de la gestion du système, indépendamment de l’État. Proudhon ne s’arrête pas là : il imagine aussi une confédération qui regrouperait tous les marchés du monde.

Sur le plan politique, la « démocratie politique fédérative » serait fondée sur des régions qui s’auto-administreraient — pour la France, une douzaine — et seraient associées pour former une république fédérale. L’échelon fédéral n’aurait « qu’un rôle d’institution, de création, d’installation, le moins possible d’exécution ». Il y aurait deux chambres : une Chambre des régions et une Chambre des professions. Le suffrage universel serait ainsi fondé sur une division régionale et socioprofessionnelle. Des nations pourraient former ensemble des confédérations. Ainsi, en 1863, Proudhon imagine une Europe confédérale dotée d’un budget, de diverses agences, d’une cour de justice et organisant un marché commun. Cette organisation ne peut être mise en place que grâce à la volonté des ouvriers et au temps. De la volonté, surtout : la pensée de Proudhon est fondée sur le contrat.



Dans ses premiers travaux, Proudhon analyse la nature et les problèmes d'une économie capitaliste. Bien que profondément critique du capitalisme, il objecte aussi aux socialistes contemporains qui idolâtrent le collectivisme. Dans des séries de commentaires, de Qu'est ce que la propriété ? (1840) jusqu'au posthume Théorie de la propriété (1863-64), il déclara d'abord que « la propriété c'est le vol », mais affirma in fine que « la propriété, c'est la liberté ». Il expliqua alors que quand il disait que la propriété est du vol, il avait été compris à contre-sens : il désignait en fait les seuls propriétaires terriens oisifs qui, d'après lui, volent les profits aux travailleurs. Plus généralement, il parlait des personnes qui tirent un revenu sans travailler. Dans Théorie de la propriété, il affirme que la « propriété est la seule force qui puisse servir de contre-poids à l'État ». Ainsi, « Proudhon pouvait maintenir l’idée de propriété comme vol et en même temps en offrir une nouvelle définition comme liberté. Il y a possibilité perpétuelle d’abus, d’exploitation qui produit le vol. Mais simultanément la propriété est une création spontanée de la société et une défense contre le pouvoir insatiable de l’État[5]. » Ainsi la propriété est la principale des contradictions éternelles qui explique la société.

En soutenant que la propriété est essentielle à la liberté, Proudhon renvoie non seulement au produit du travail de l'individu mais aussi au foyer du paysan ou de l'artisan, aux instruments de son commerce et au revenu qu'il perçoit de la vente de ses marchandises. Pour Proudhon – à la suite de Locke – la seule source légitime de propriété est le travail. Ce que chacun produit est sa propriété et rien d'autre. Il peut être considéré comme un socialiste libertaire puisqu'il plaida pour l’auto-gestion du travailleur et argua contre la possession capitaliste des moyens de production. Cependant, il rejeta la possession des produits du travail par la société. Proudhon exposait de nombreux arguments pour ne pas conférer des droits à la terre et au capital, arguments comprenant des raisons fondées sur la morale, l'économie, la politique et la liberté individuelle. Un de ses arguments était que de tels droits permettaient le profit, qui menait à son tour à l'instabilité sociale et à la guerre par la création de cycles d'endettement qui au final rendaient impossible le remboursement par le travail. Un autre argument était que cela produisait le « despotisme » et transformait les travailleurs en salariés sujets à l'autorité d'un chef.

Proudhon s'oppose à la propriété collective et à la propriété individuelle. Il les dénonce toutes les deux, cependant il abandonne finalement sa défense de la « possession » contre la « propriété » et justifie cette dernière comme mal nécessaire. Dans Théorie de la propriété, il maintient : « Or, en 1840, j'ai nié carrément le droit de propriété... pour le groupe comme pour l'individu, pour la nation comme pour le citoyen » mais ensuite il expose sa nouvelle théorie de la propriété. « La propriété est la plus grande force révolutionnaire qui existe et qui se puisse opposer au pouvoir » et « servir de contre-poids à la puissance publique, balancer l'État, par ce moyen assurer la liberté individuelle ; telle sera donc, dans le système politique, la fonction principale de la propriété. » (Théorie de la propriété). Cependant, bien qu'il soutienne maintenant la propriété de la terre (incluant le droit à l'héritage), il croit encore que la « propriété » devrait être distribuée plus égalitairement et limitée en taille afin qu'elle soit utilisée réellement par les individus, les familles et les associations de travailleurs. (Théorie de la propriété) Il supporte le droit d'héritage, défendu « comme un des fondements de la famille et de la société ». (Steward Edwards, Introduction to Selected Writings of P.J. Proudhon) Il refuse cependant de l'étendre au-delà des possessions personnelles arguant que sous la loi de l'association, la transmission de la richesse ne s'applique pas aux instruments de travail (Daniel Guerin Ni dieu ni maître)



Proudhon a une conception propre de l'exploitation : il y a exploitation en ce que le patron paye des forces de travail individuelles à ses ouvriers et recueille une force de travail collective supérieure. Ainsi, les 200 grenadiers qui ont érigé en un jour l'Obélisque sur la place de la Concorde ont accompli un travail que n'aurait pu accomplir un seul grenadier en 200 jours, mais son salaire aurait été la somme de ceux versés aux 200 grenadiers : le capitalisme ne paie pas la force immense qui résulte de l'union et de l'harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts[6].

En conséquence de son opposition au profit, au travail salarié, à l'exploitation des travailleurs, ainsi qu'à la propriété publique, Proudhon rejette à la fois capitalisme et communisme. Il préconise l'association et adopte le terme de mutualisme pour son genre d’anarchisme, qui implique le contrôle des moyens de production par les travailleurs. Dans sa vision, des artisans indépendants, des paysans, et des coopératives échangeraient leurs produits sur un marché. Pour Proudhon, les usines et autres larges lieux de travail seraient dirigés par des syndicats fonctionnant par démocratie directe. L'État serait aboli ; à la place la société devrait être organisée par une fédération de « communes libres ». Proudhon se fait théoricien du fédéralisme.

Proudhon s'oppose à la taxation de l'intérêt et de la rente, mais ne cherche pas à les abolir par la loi (Solution du problème social, 1848-49). Il considère qu'une fois que les travailleurs auront organisé le crédit et le travail, de telles formes d'exploitation disparaîtront.

La théorie de Proudhon était révolutionnaire, mais sa révolution ne signifiait pas soulèvement violent ni guerre civile mais plutôt transformation de la société par l'avènement d'une classe moyenne. Cette transformation était essentiellement morale et demandait la plus haute éthique de la part de ceux qui recherchaient le changement. C'était une réforme monétaire combinée avec l'organisation contractuelle d'un crédit bancaire et d'associations de travailleurs que Proudhon propose d'utiliser comme levier pour provoquer l'organisation de la société selon de nouvelles lignes. Il ne prévoit ni ne suggère comment les institutions monétaires devraient gérer le problème de l'inflation et la nécessité d'allouer efficacement les ressources rares.



Proudhon désapprouve l'action révolutionnaire. Fils d'artisans, il se méfie de la classe ouvrière dont il redoute la violence et dénonce les « charlataneries » d'organisation totale et globale de la société.

« L'attachement de Proudhon à la liberté individuelle, qu'aucune forme d'organisation sociale doit supprimer, pour quelque raison que ce soit, lui a permis de percevoir mieux qu'aucun autre penseur socialiste les risques attachés au triomphe de l'État, du collectif ou de la communauté »[7].

Il critiqua les socialistes autoritaires comme le socialiste étatiste Louis Blanc. Proudhon rejette vivement l'idée d'un État centralisateur.

Il flétrit de même le communisme: « le communisme est synonyme de nihilisme, d'indivision, d'immobilité, de nuit, de silence » (Système des contradictions économiques) ; le système phalanstérien « ne renferme que bêtise et ignorance ».

Proudhon fit peu de critiques publiques de Karl Marx. On peut penser que c'est parce que du vivant de Proudhon Marx était peu connu hors de certains cercles.

C'est le livre Qu'est ce que la propriété ? qui aurait convaincu Marx que la propriété privée devait être abolie. Dans un de ses premiers travaux, La Sainte Famille, Marx écrit : « Non seulement Proudhon écrit dans l'intérêt du prolétariat, mais il est lui-même un prolétaire, un ouvrier. Son travail est un manifeste scientifique du prolétariat français. » Marx publia plus tard de sévères critiques contre Proudhon. Marx écrivit La Misère de la Philosophie pour réfuter La Philosophie de la misère de Proudhon. Dans certains aspects de son socialisme, Proudhon a été suivi par Michel Bakounine. Après la mort de Bakounine, le socialisme libertaire se divisa entre anarcho-communisme et collectivisme libertaire, avec des partisans notables tels que Pierre Kropotkine et Joseph Déjacque.






Gustave Courbet en a fait un célèbre portrait en 1865, conservé au musée du Petit Palais.



  • Qu'est-ce que la propriété ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement (1840)
  • Avertissement aux propriétaires (1841)
  • Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère (1846)
  • Solution du problème social (1848)
  • Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février (1849)
  • Idée générale de la révolution au XIXe siècle(1851)
  • Le manuel du spéculateur à la bourse (1853)
  • De la justice dans la révolution et dans l'Église. Nouveaux Principes de philosophie pratique (1858)
  • Théorie de l'impôt(1861)
  • La Guerre et la Paix (1861)
  • La Fédération et l'unité en Italie (1862)
  • Les Majorats littéraires (1862)
  • Du principe fédératif et de la Nécessité de reconstituer le parti de la révolution (1863)
  • De la capacité politique des classes ouvrières (1865)
  • Du principe de l'art et de sa destination sociale (1865)
  • Théorie de la propriété (1866)
  • Théorie du mouvement constitutionnel (1870)
  • Correspondances (1875)
  • La pornocratie, ou Les femmes dans les temps modernes (1875)




  1. À noter qu’il existe à Besançon une rue Jean-Baptiste-Victor Proudhon juste en face de la rue Pierre Joseph Proudhon, mais très peu de bisontins se rendent compte de la différence de prénoms de ces deux rues !
  2. Proudhon, lettre à Bergmann, 4 juin 1847
  3. in Système des contradictions économiques, cité par Bertrand Nézeys dans Économie politique.
  4. Proudhon clôt le chapitre sur la concurrence ainsi : « Résumons : la concurrence, comme position ou phase économique, considérée dans son origine, est le résultat nécessaire de l'intervention des machines, de la constitution de l'atelier et de la théorie de réduction des frais généraux ; considérée dans sa signification propre et dans sa tendance, elle est le mode selon lequel se manifeste et s'exerce l'activité collective, l'expression de la spontanéité sociale, l'emblème de la démocratie et de l'égalité, l'instrument le plus énergique de la constitution de la valeur, le support de l'association. - comme essor des forces individuelles, elle est le gage de leur liberté, le premier moment de leur harmonie, la forme de la responsabilité qui les unit toutes et les rend solidaires.
    Mais la concurrence abandonnée à elle-même et privée de la direction d'un principe supérieur et efficace, n'est qu'un mouvement vague, une oscillation sans but de la puissance industrielle, éternellement ballotée entre ces deux extrêmes également funestes : d'un côté les corporations et le patronage, auxquels nous avons vu l'atelier donner naissance, d'autre part le monopole, dont il sera question au chapitre suivant.
    Le socialisme, en protestant avec raison contre cette concurrence anarchique, n'a rien proposé encore de satisfaisant pour sa réglementation ; et la preuve, c'est qu'on rencontre partout, dans les utopies qui ont vu le jour, la détermination ou socialisation de la valeur abandonnée à l'arbitraire, et toutes les réformes aboutir, tantôt à la corporation hiérarchique, tantôt au monopole de l'état, ou au despotisme de la communauté. » Proudhon écrit par ailleurs « Le monopole est l'opposé naturel de la concurrence. Cette simple observation suffit, comme nous l'avons remarqué, pour faire tomber les utopies dont la pensée est d'abolir la concurrence, comme si elle avait pour contraire l'association et la fraternité. La concurrence est la force vitale qui anime l'être collectif : la détruire, si une pareille supposition pouvait se faire, ce serait tuer la société. »
  5. « Proudhon could retain the idea of property as theft, and at the same time offer a new definition of it as liberty. There is the constant possibility of abuse, exploitation, which spells theft. At the same time property is a spontaneous creation of society and a bullwark against the ever-encroaching power of the State. » Copleston, Frederick. Social Philosophy in France, A History of Philosophy, Volume IX, Image/Doubleday, 1994, p. 67
  6. in Qu'est-ce que la propriété ?
  7. Bertrand Nézeys, in Économie Politique




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