Biographie de Serge Netchaïev

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Sergueï Guennadievitch Netchaïev (en russe : Сергей Геннадиевич Нечаев ; ISO 9 : Sergej Gennadievič Nečaev) est un nihiliste et révolutionnaire russe (1847-1882).

Il exposa ses principes dans son Catéchisme du révolutionnaire, rédigé avec Bakounine en 1868 (la participation de Bakounine à la rédaction de cet ouvrage est néanmoins contestée[1]) dans lequel il prône l'anéantissement de l'État et l'assassinat des opposants. Il y définit sa conception de la révolution, ainsi que l'attitude du révolutionnaire envers lui-même, ses camarades et la société. Il soutient la thèse selon laquelle le révolutionnaire doit accentuer les souffrances du peuple, afin que celui-ci trouve le courage de se révolter.

Il fonda à Moscou un groupement révolutionnaire, la Vindicte du peuple (1869), et organisa l'assassinat de l'étudiant Ivanov qu'il accusait de trahison (événement ayant inspiré la rédaction des Possédés de Dostoievski). Il rejoint ensuite l'Allemagne et se brouille avec Bakounine, qui est effrayé par son cynisme et sa violence[2]. Il se réfugie ensuite à Londres puis à Paris (1870). Il retourne en Suisse d'où il est extradé vers la Russie en 1872 et est emprisonné à Saint-Pétersbourg, à la Forteresse Pierre-et-Paul. Il y meurt dix ans plus tard.



  1. Relations avec Serge Netchaiev, Michel Bakounine, Œuvres vol.5, Éditions TOPS, ISBN 2912339286
  2. Bakounine écrit ainsi (cf. Boris Souvarine, Staline, aperçu historique du bolchevisme, 1935, p. 532 [nouvelle édition, Paris, Éditions Champ libre, 1977]) :
    « [Serge Netchaïev] est arrivé peu à peu à se convaincre que pour fonder une société sérieuse et indestructible, il faut prendre pour base la politique de Machiavel et adopter pleinement le système jésuite — pour corps la seule violence, pour âme le mensonge. La vérité, la confiance mutuelle, la solidarité n'existent qu'entre une dizaine d'individus qui forment le sanctus sanctorum de la société. Tout le reste doit servir comme instrument aveugle et matière d'exploitation aux mains de cette dizaine d'hommes. Il est permis et même ordonné de les tromper de les compromettre, de les volet et même au besoin de les perdre. »
    Cette conception politique fut reprise par Dostoïevski, conception qu'il attribuera à son personnage Chigaliev, dont la théorie est ici expliquée par Piotr Stiepanovitch Verkhovensky :
    « — Il y a du bon dans son manuscrit, poursuivit Verkhovensky, — il y a l’espionnage. Dans son système, chaque membre de la société a l’oeil sur autrui, et la délation est un devoir. Chacun appartient à tous, et tous à chacun. Tous sont esclaves et égaux dans l’esclavage. La calomnie et l’assassinat dans les cas extrêmes, mais surtout l’égalité. D’abord abaisser le niveau de la culture des sciences et des talents. Un niveau scientifique élevé n’est accessible qu’aux intelligences supérieures, et il ne faut pas d’intelligences supérieures ! Les hommes doués de hautes facultés se sont toujours emparés du pouvoir, et ont été des despotes. Ils ne peuvent pas ne pas être des despotes, et ils ont toujours fait plus de mal que de bien ; on les expulse ou on les livre au supplice. Couper la langue à Cicéron, crever les yeux à Copernic, lapider Shakespeare, voilà le chigalévisme ! Des esclaves doivent être égaux ; sans despotisme il n’y a encore eu ni liberté ni égalité, mais dans un troupeau doit régner l’égalité, et voilà le chigalévisme ! Ha, ha, ha ! vous trouvez cela drôle ? Je suis pour le chigalévisme ! » Les Possédés, Deuxième partie, chapitre VIII.


« À toute vapeur, à travers la boue ; détruisez le plus possible ; ne résistera dans les institutions que ce qui est fondamentalement bon. »